Formé à Sochaux, dans l’un des meilleurs centres de formation de l’Hexagone, Jean-Baptiste Léo a débarqué en Grèce, en D2, à 21 ans et avec une Gambardella dans ses valises. Un itinéraire pas forcément idyllique qui, presque trois ans plus tard, l’a mené à devenir un élément reconnu du paysage grec sous les couleurs du PAS Giannina, qu’il était tout proche de ramener dans l’élite locale avant que ne frappe le coronavirus.

L’histoire prend sa source dans le Rhône, à Lyon. Là, dans la capitale des Gaules, Jean-Baptiste Léo commence son petit bonhomme de chemin. Un chemin qui, quelques années plus tard, le mènera un peu plus à l’Est, dans le Doubs, à l’été 2013. « J’ai été repéré vers 17 ou 18 ans. J’ai fait deux essais à Sochaux, et cela s’est bien passé parce que j’ai été pris, » retrace l’intéressé, qui a donc rejoint l’un des centres de formation les plus réputés du pays. Et son chemin, donc, continue doucement, mais sûrement. Léo y côtoie des joueurs ayant « percé », à l’image de Marcus Thuram, Jeando Fuchs ou encore Jérôme Onguéné.

Cette petite bande, sous la houlette d’Éric Hély, va même chercher le Graal de tout jeune footballeur en herbe : la Coupe Gambardella, que les Lionceaux remportent face à l’Olympique Lyonnais de Maxwell Cornet en finale (2-0), avec Jean-Baptiste Léo parmi les titulaires au Stade de France. Un troisième sacre qui valide, s’il le fallait encore, l’excellence de la formation sochalienne. « Je n’ai que des bons souvenirs là-bas. On a gagné cette compétition en 2015, et ce fut une bonne expérience, parce qu’on a affronté des clubs plus huppés », confie l’attaquant, remplacé à un quart d’heure de la fin lors de la grande finale. La suite, alors, semble radieuse, aussi bien pour lui que pour ses petits camarades.

2017, un premier tournant

Mais le football, surtout chez les pros, est tout sauf un long fleuve tranquille. Si Jean-Baptiste Léo caresse le monde professionnel avec le FCSM, en apparaissant une fois en Coupe de la Ligue et en étant sur le banc en Ligue 2 face à Évian, son aventure ne décolle guère. « J’ai signé pro pour un an avec Sochaux, mais je pense que j’étais un peu juste pour m’imposer, expose-t-il. Quand on signe le premier contrat pro, il faut que ce soit pour trois ans minimum. La première année est toujours difficile, parce que tu évolues le plus souvent avec la réserve, à part les gros joueurs qui arrivent à s’imposer directement.« 

Alors, après plus d’une soixantaine de rencontres avec la réserve, à cheval entre CFA et CFA2, le plus dur commence : l’après. Autrement dit, trouver un endroit où rebondir pour réellement lancer une carrière qui ne demande qu’à démarrer. « Quand on sort de Sochaux, on pense qu’on va trouver un club facilement. Mais ça n’a pas été le cas », concède Léo. Qui vit un été 2017 plutôt délicat, où les promesses vaines et les déceptions s’enchaînent. « J’ai fait la reprise avec l’UNFP, et ça s’est plutôt bien passé. J’ai eu des agents qui m’ont contacté, mais il n’y avait rien de concret », enchaîne-t-il.

Le salut vient d’une petite île située à des milliers de kilomètres : la Crète, davantage connue pour ses plages et ses activités estivales que pour son football professionnel. Pourtant, la plus grande des îles grecques est une vraie place de football, avec notamment l’OFI, le plus connu des clubs locaux. Mais Jean-Baptiste Léo, lui, ne rejoint pas la formation d’Héraklion. « En septembre, j’ai signé à Kissamikos, en deuxième division grecque, raconte-t-il. Cette période a été difficile, parce que c’était la première fois que je partais à l’étranger, et je ne parlais même pas anglais. C’était un saut dans l’inconnu, mais c’était aussi dur, parce que moi, je suis très famille, et d’un coup, je me suis retrouvé seul.« 

Au deuxième échelon du football grec, l’inconnu est souvent synonyme de mésaventure, voire de déroute. Et les mauvaises surprises ne sont jamais bien loin. « Au niveau des infrastructures, ce n’est pas la même chose. À Sochaux, c’est professionnel, mais surtout droit », sourit l’ancien Sochalien. Mais contrairement à bon nombre de ses compatriotes qui rebroussent très vite chemin une fois que la situation devient trop dure à supporter, le Lyonnais s’accroche. « Je me suis habitué. Et puis, j’avais signé un an, donc l’objectif était de tout casser pour partir », appuie-t-il. Bien aidé par un cadre de vie plutôt appréciable, avec un soleil permanent et la mer, il fait de sa saison 2017-2018 une véritable réussite : huit buts, un peu plus d’une dizaine de passes décisives, et un ticket pour l’élite.

Les montagnes russes au PAS Giannina

Quatrième, son équipe rate le wagon pour la Superleague, dans lequel s’engouffrent l’OFI Crète et surtout l’Aris Salonique, de retour dans l’élite après une chute douloureuse en D3. Qu’importe : Jean-Baptiste Léo a su séduire, et il franchit tout naturellement le cap pour rallier le PAS Giannina, club plutôt modeste mais qui s’est offert une parenthèse européenne à l’été 2016. Mais, là encore, l’été est un peu compliqué. « J’arrive blessé de Kissamikos, où j’ai été touché lors de l’avant-dernier match. Ça a été difficile, parce que j’ai dû faire beaucoup d’entraînements pendant la préparation. Quand je reviens, c’est le match contre l’Olympiakos (deuxième journée, le 2 septembre), et je n’étais pas dans le groupe. La première rencontre que je joue, chez l’Apollon Smyrnis (troisième journée), je marque et fais une passe décisive, glisse l’ancien Doubiste. J’ai pu enchaîner deux matchs avant de me re-blesser au même endroit et de me faire opérer. Ça m’a coupé dans mon élan, parce que j’ai été blessé cinq mois. Ça m’a mis un coup au moral. J’ai essayé de revenir après, mais je n’étais pas à 100 %. »

Ce match au Panathinaïkos, à la toute fin du mois de septembre 2018, lui coûtera cher. Touché entre le psoas et le quadriceps, Jean-Baptiste Léo passe sur le billard et rate une bonne partie de la saison. Ses onze dernières apparitions sur la fin de saison, plutôt timides (aucun but ni passe décisive) ne suffisent pas à empêcher la relégation de son équipe. Avec encore deux ans de contrat, la question se pose alors : replonger en D2, ou s’en aller ? « L’été dernier, j’ai beaucoup réfléchi. J’ai déjà vécu une année en D2, et je ne savais pas ce qu’il fallait faire. Par ailleurs, j’avais un contrat à respecter. Et en ayant bien réfléchi à la chose, je pensais qu’après ma blessure, refaire une année en D2 était peut-être le mieux », répond-il.

Le voilà de retour dans cette D2 grecque, désormais rebaptisée Superleague 2 après la refonte du football hellène, qui dispose de trois divisions professionnelles. Comme tout relégué, le PAS Giannina fait figure de favori. En juin dernier, le jeune Argirios Giannikis, tout juste 39 ans, prend les rênes de l’équipe, en lieu et place de l’emblématique Giannis Petrakis qui, après plus de cinq ans et demi à la tête du PAS, faisait office de véritable anomalie de longévité dans un pays réputé pour sa consommation excessive d’entraîneurs. Natif de Nuremberg, en Allemagne, le technicien bi-national a décidé de retourner sur ses terres d’origine, après avoir longtemps officié dans les différentes équipes de Karlsruhe (jeunes, réserve, assistant) puis à Rot-Weiss Essen et enfin Aalen. « Le coach aime beaucoup construire, partir de la défense, ce qu’on faisait un peu moins l’année dernière. Beaucoup de choses ont changé, et on a trouvé un bon équilibre. On sent qu’il faut faire des passes, être patients, parce qu’on sait que beaucoup d’équipes vont nous attendre. On effectue beaucoup d’entraînements avec de la conservation », détaille Jean-Baptiste Léo, conquis.

Le coronavirus comme coup d’arrêt

Car la mayonnaise a très vite pris. Le tableau de marche, d’ailleurs, est plutôt impressionnant : 15 victoires en 20 journées, une seule défaite, et surtout 44 buts inscrits pour une formation qui s’appuie sur des éléments d’expérience, comme Michalis Boukouvalas (32 ans), Apostolos Skondras (31 ans), Stefanos Siontis (32 ans) ou encore Sandi Krizman (30 ans) sur le front de l’attaque. Au milieu de tout ça, Jean-Baptiste Léo a su se faire une place. Et avec dix réalisations, l’ancien de Sochaux est d’ailleurs tout proche de la place de meilleur buteur. « C’est ma meilleure saison, acquiesce-t-il aisément. Il y a une bonne ambiance dans les vestiaires, et quand ça gagne, forcément, tout va bien. » Une réussite qui lui a valu les louanges de la presse grecque, toujours aux aguets de ces profils de D2 susceptibles d’intéresser des écuries de l’élite.

Mais, comme on l’a vu, le destin footballistique de Jean-Baptiste Léo se heurte souvent à des difficultés. Et quand ce n’est pas une blessure ou une fin de contrat, c’est une épidémie planétaire de coronavirus qui le freine en pleine ascension. « C’est un peu difficile avec ce virus qui me stoppe en plein élan. J’étais en pleine bourre, et ce n’est pas évident de stopper comme ça. J’espère qu’on va reprendre très rapidement », regrette celui qui est resté confiné à Ioannina, petite ville charmante de l’Épire. Et l’intérêt de formations plus huppées n’est pas du genre à lui faire tourner la tête. « C’est toujours plaisant de voir que des équipes sont intéressées, mais le premier objectif, c’est la montée. Après, le reste, on verra plus tard. Il me reste toujours un an de contrat », pointe Léo, conseillé par Antonis Rikka, ancien joueur franco-grec formé à l’OM, mais qui a fait l’essentiel de sa carrière en Grèce (AEK, Kerkyra, Niki Volos, et les sélections de jeunes), et qui connaît donc bien les rouages d’un football grec parfois déroutant pour qui le découvrirait.

Alors, si l’avenir sportif immédiat semble incertain, avec le risque réel de voir cette saison ne jamais reprendre, Jean-Baptiste Léo, lui, a réussi son pari : celui de vaincre les éléments pour se faire un nom en Grèce. Un destin loin d’être tout tracé, mais qu’il s’est bâti, petit à petit, sur les pelouses délicates d’une D2 grecque d’où il pourrait bien s’en aller avec la tête haute, et le sentiment du devoir accompli. Histoire de continuer son odyssée, tout simplement.

Martial Debeaux

Image à la Une : © AC86

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