Le PAS Giannina en quête d’histoire

Martial Debeaux
Martial Debeaux - Publié le 14 juillet 2016

Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ainsi pourrait-on parler de la saison 2015-2016 du PAS Giannina, ce club plutôt modeste situé dans la ville d’Ioannina, dans la région de l’Épire au nord-ouest de la Grèce. Si le grand public hors Grèce ne connaît pas forcément cette équipe, c’est qu’elle n’a jamais goûté (ou presque) aux joies de l’Europe avant cette année. Et qu’elle revient de loin, aussi. Présentation.

L’avènement de l’Ajax d’Épire

Avant de s’intéresser à la période actuelle, revenons un peu sur les origines du Panepirotic Athletic Club Giannina, en VO. L’histoire du club commence au cours de l’année 1966, lorsque la fusion de deux petites équipes locales – l’AO Ioanninon et le PAS Averof – donne naissance, un 8 juillet, au PAS Giannina. Niveau patrimoine, la nouvelle entité hérite d’un logo frappé d’un taureau, comme sur les pièces de monnaies de l’Épire antique. Difficile de faire plus classe, pour un club qui a fêté ses 50 ans tout juste cette année. Les débuts footballistiques, eux, se font lentement, dans la seconde division de l’époque. L’équipe se structure, vivotant au milieu de tableau, entre la 5e et la 13e place, sans vraiment parvenir à jouer la montée ni craindre pour une éventuelle relégation. Jusque-là, rien de bien croustillant à raconter pour l’ancien club du légendaire joueur de l’OM Ibrahima Bakayoko.

Mais le déclic, ou plutôt le grand changement, arrivera en 1971. Comme souvent, en Grèce, c’est un étranger qui permettra de changer radicalement la face de l’équipe, et sa philosophie sportive. Un Portugais, en l’occurrence. Le fameux Gomez de Faria est nommé coach du PAS Giannina cette année-là, alors que l’équipe est toujours en deuxième division, et ne parvient pas à monter. Des joueurs argentins arriveront ensuite par légion, afin d’apporter leur savoir du football à une équipe et un football qui en ont bien besoin. La délivrance arrivera finalement lors de la saison 1973-1974, avec une montée validée par un titre de champion de Beta Ethniki.

Si cette époque-là est marquante pour le PAS, c’est parce qu’elle fut la source d’un surnom qui colle encore au club à l’heure actuelle : « L’Ajax d’Épire », en référence à la qualité de jeu pratiquée par le club grec proche de celle de son homologue hollandais, sous la houlette de ses magiciens venus d’Argentine (Alfredo Glasman, José Pasternac, Eduardos Kontogeorgakis, mais aussi Juan Montes, Oscar Alvarez et Eduardo Lisa). Une équipe sans star, avec un stade de 7.000 places à peine, mais capable d’aller embêter les gros clubs du pays, et de déjouer les pronostics. Un phénomène – l’achat de joueurs étrangers – que l’on retrouve abondamment aujourd’hui, mais qui, à l’époque, était plus que novateur, surtout pour une structure avec des moyens plutôt modestes.

© pasgiannina.gr

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Un déclin inévitable

Malgré son influence sud-américaine, le PAS Giannina n’en reste pas moins un club grec, avec tout ce que ça suggère de bien et de moins bien. Après avoir validé sa montée, les premières années dans l’élite seront couronnées de succès, avec des classements plus qu’honorables, comme cette 5e place lors de la saison 1975-1976. Mais, comme beaucoup d’équipes avant et après lui, le PAS n’a pas su profiter de sa période dorée pour pérenniser le club dans l’élite. Privée de ses meilleurs éléments, partis en retraites ou ailleurs, et pas forcément bien remplacés, l’équipe glisse dangereusement, et petit à petit, vers les profondeurs du classement. L’issue paraît inévitable.

Le couperet tombera finalement en 1984, avec une relégation à l’issue de deux matchs de barrages contre le Panionios. S’en suit alors une période où le club effectuera plusieurs allées et venues entre la première et la deuxième division, sans parvenir à retrouver une stabilité qui lui avait permis, quelques années avant, de devenir une équipe modèle pour la plupart des clubs du pays. Le PAS n’a pas le niveau de la Superleague, mais semble meilleur que le reste de la deuxième division. Enfermé entre deux eaux, la seule éclaircie du club sera une finale de la Coupe des Balkans, lors de la saison 1993-1994, perdue contre les Turcs de Samsunspor. Un bilan bien maigre, qui sera bientôt terni par une relégation en troisième division deux années plus tard.

Au plus bas de son histoire sportive, le PAS parviendra tout de même à revenir dans l’élite à la fin de l’année 2000. Mais sans jamais parvenir à s’y installer durablement, là aussi. Difficile donc d’éviter un sort qui a frappé presque toutes les formations ayant évolué un jour en Super League : la crise financière. Le schéma a été vu et revu dans le pays, et touche plusieurs équipes chaque année, toutes divisions confondues. Une instabilité sportive qui découle sur des soucis financiers, qui elle-même découle sur des retards de salaire avant de se terminer par des pénalités de points et la relégation.

Sanctionné par la fédération grecque en 2002-2003, le club échoue même en troisième division l’année suivante, et décide de prendre le statut semi-professionnel. On est bien loin, à cette époque, d’imaginer ce qui se passera une décennie plus tard. La seule éclaircie viendra d’un parcours inespéré en coupe de Grèce, lors de la saison 2006-2007. En quarts, le PAS hérite de l’Olympiakos au tirage, et sortira deux matchs de légende pour écarter l’ogre de sa route. Après une victoire 2-0 à domicile à l’aller, c’est un but d’Evangelos Kontogoulidis dans le temps additionnel du match retour qui arrachera la qualification (défaite 2-1). L’aventure s’arrêtera en demi-finale, face à l’AEL Larissa. La lente remontée vers les sommets et la stabilité peut alors commencer.

Une première frustration européenne

Dans le sillage de ce bon parcours en Coupe, le PAS commence à retrouver une certaine régularité, que ce soit sur ou en dehors du terrain. En 2008, un nouvel actionnaire arrive, en la personne de Giorgos Christovasilis, homme d’affaires (forcément), bien décidé à redorer le blason du club de la région d’où sa famille est originaire. Il parviendra à monter dès la fin de l’année, mais sera relégué celle d’après. Un coup pour rien, donc, mais qui reste, à ce jour, la dernière saison du PAS dans l’antichambre de l’élite du football grec.

En parallèle, le fait d’armes majeur viendra d’une victoire 4-0 face au PAOK en quart de finale de la Coupe 2009-2010, dans le si particulier stade Zosimades. Mais Cissé et ses camarades du Pana viendront mettre fin au rêve du PAS en demi-finale. Cruel. Mais la véritable frustration arrivera quelques années plus tard, lors de la saison 2012-2013. Coaché par Giannis Christopoulos, et sous la houlette de joueurs comme Brana Illic ou Tomas de Vicenti (actuellement à l’APOEL), le club termine 5e de la saison régulière, devançant, par exemple, le Panathinaïkos.

Mais parfois le destin n’est pas toujours favorable. Non autorisé à participer aux éliminatoires de la Ligue Europa, le club épirote voit donc le Skoda Xanthi, 7e, lui piquer sa place et échouer face au Standard de Liège au 3e tour. Rageant. Autant dire que la pilule a du mal à passer. Pas question, pour autant, de se laisser abattre ni de ressasser cette histoire. Les saisons qui suivent furent d’ailleurs utiles pour asseoir le club en Super League, avec une 11e, puis une 6e place en 2014-2015, et la révélation de certains joueurs (Vellidis, Charisis). Avant que le destin, encore lui, ne vienne s’en mêler. Cette fois-ci, dans le bon, voire le très bon sens.

L’Europe, enfin

La roue finit toujours par tourner, dit-on. Là encore, cette expression bien connue s’est appliquée au PAS Giannina. Sous les ordres de Giannis Petrakis, arrivé en janvier 2014, le club a bouclé, cette année, l’une de ses saisons les plus abouties. Comme à sa grande époque, l’équipe n’a pas de star, mais un collectif rôdé, avec quelques joueurs intéressants, avec, par exemple, Michalis Manias et ses 10 buts, ou encore le gardien Vellidis, parti au PAOK en cours de saison. Pourtant, le PAS croit échouer tout près du but en terminant 6e à deux petits points des playoffs et de la belle surprise Panionios.

C’est sans compter sur les difficultés financières que connaît le club athénien qui, malgré sa remarquable saison, se verra refuser la licence européenne par l’UEFA, au terme de plusieurs semaines de procédures auprès de différentes instances. Le PAS, lui, avait légèrement senti le coup, en s’arrachant pour terminer 6e de la saison régulière. Qui sait ce que le destin financier des clubs au-dessus pouvait réserver ? La stratégie, plus fortuite que volontaire, fut payante. Et voici donc le PAS Giannina qualifié pour les tours préliminaires de Ligue Europa pour la première fois de son histoire. Cette fois-ci, aucune frustration ne viendra gâcher ce plaisir.

Forcément, le petit club de l’Épire s’apprête à vivre ses plus belles heures. Les Blue Vayeros, principaux ultras de l’équipe, ne manqueront pas de mettre de l’ambiance dans ce stade petit, mais bouillant. Un supplément d’âme qui sera bien utile, avec le départ de quelques joueurs cadres (Manias, Illic, Struna, Tsoukalas) à l’issue de la saison. Côté arrivée, le PAS peut compter sur l’ancien Bastiais Christopher Maboulou pour se frayer un chemin vers un but ultime et presque inespéré : les phases de poules de Ligue Europa. Le premier obstacle qui se présente sur cette longue route est le club norvégien d’Odds Ballklub. Abordable, mais loin d’être gagné d’avance. Qu’importe, le PAS Giannina a déjà remporté sa première victoire, avec cette participation historique. La légende est déjà en marche.

Martial Debeaux


Image à la une : © pasgiannina.gr

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Le pied gauche d'Holebas, la hargne de Karagounis, la technique de Fortounis, la classe de Nikopolidis & le jeu de tête de Charisteas.
04/07/2004 à tout jamais.

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