Coupe du Monde 2018 – Croatie : Présentation de la Croatie

Cédric Maiore - Publié le 15 juin 2018

Elle est là : la Coupe du Monde 2018. La vôtre … et la nôtre. Pour fêter cette compétition, chez nous, dans nos contrées russes, notre rédaction a décidé de faire les choses comme il faut en vous offrant différentes séries d’articles. Il est temps de passer à l’heure russe ! 

Depuis 1996, la Croatie n’aura manqué que deux phases finales de compétitions internationales : l’Euro 2000 et le Mondial 2010. Un bilan qui semble bien propre pour une si petite nation mais beaucoup plus décevant dans les faits si on regarde les résultats. La seule fois où les Vatreni ont passé la phase de groupes en Coupe du Monde, c’était en 1998. Depuis, un enchaînement de désillusions plus ou moins importantes mais avec toujours la sensation d’un gros gâchis. Sans parler de l’Euro 2016 il y a deux ans devant un huitième de finale affligeant de frilosité contre le Portugal (0-1 ap) alors même que la bande à Modrić avait fait lever les foules contre la Turquie (1-0) et l’Espagne (2-1).

LA SÉLECTION

Gardiens :

Dominik Livaković (Dinamo Zagreb), Lovre Kalinić (La Gantoise), Danijel Subašić (AS Monaco)

Défenseurs :

Šime Vrsaljko (Atlético Madrid), Ivan Strinić (Sampdoria), Vedran Ćorluka (Lokomotiv Moscou), Dejan Lovren (Liverpool FC), Tin Jedvaj (Bayer Leverkusen), Duje Ćaleta-Car (Red Bull Salzbourg), Domagoj Vida (Beşiktaş JK), Josip Pivarić (Dynamo Kiev)

Milieux :

Ivan Rakitić (FC Barcelone), Mateo Kovačić (Real Madrid), Luka Modrić (Real Madrd), Marcelo Brozović (Inter Milan), Filip Bradarić (HNK Rijeka), Milan Badelj (Fiorentina)

Attaquants :

Ivan Perišić (Inter Milan), Andrej Kramarić (Hoffenheim), Nikola Kalinić (AC Milan), Mario Mandžukić (Juventus), Ante Rebić (Eintracht Francfort), Marko Pjaca (Schalke 04)

L’Equipe Type

Les points forts

Pour autant, cette année, la Croatie semble plus forte que jamais. Sur le papier, l’attaque et surtout le milieu de terrain n’ont rien à envier aux cadors. Néanmoins, cette fois-ci, une nouvelle déception pourrait être fatidique. Beaucoup de joueurs participent certainement à leur dernier grand tournoi au top de leur forme. La « génération Modrić » veut reproduire les exploits d’il y a 20 ans.

Un nouvel espoir pour une cohésion d’équipe

Depuis le départ de Slaven Bilić, plus aucun sélectionneur n’arrive à tenir plus de deux ans sur le banc croate. D’abord Igor Štimac viré en 2013, puis Niko Kovač en 2015 avant que le très discuté (et discutable) Ante Čačić ne prenne la porte en 2017. Il est amusant de voir que tous ces départs se sont faits aux mêmes moments de l’année, à l’automne, au terme d’éliminatoires tumultueux. Ante Čačić, quidam réputé pour avoir eu sa place grâce au bon vouloir du « fameux mafioso » Zlatko Mamić, n’aura pas laissé beaucoup de bons souvenirs. Hormis cette historique victoire contre l’Espagne à l’Euro, l’absence de choix tactiques forts et de style de jeu, l’autogestion du groupe et la communication déplorable du sélectionneur ont failli coûter la qualification pour le Mondial. Après un enchaînement de mauvais résultats lors de prestations grotesques (défaites contre la Turquie et l’Islande, nul face à la Finlande, victoire minimale 1-0 sur le Kosovo), Zlatko Dalić a repris les choses en main avec de solides matchs décisifs en Ukraine (2-0) et en barrage contre la Grèce (4-1, 0-0). Avant cela, il avait passé cinq ans comme assistant des U21 croates avant de connaître le succès au Moyen-Orient, à Al-Ain, où il a atteint la finale de Ligue des Champions d’Asie. Très respecté dans cette région du monde, il bénéficie d’une expérience nettement supérieure à ses prédécesseurs à leurs arrivées même s’il ne connait pas le meilleur niveau des championnats européens.

Lire aussi : Coupe du Monde 2018 – Croatie : Zlatko Dalić, dernier coup de Zdravko Mamić ?

Une nouvelle vision de jeu

Sur les sept matchs dirigés par Dalić, on assiste à une dynamique nouvelle. Une véritable volonté collective, offensive, qui consiste à systématiquement utiliser les ailes pour déborder l’adversaire grâce aux centres de Šime Vrsaljko et surtout des ailiers de ce 4-2-3-1 : Ivan Perišić et Ante Rebić. Car oui, Rebić, auteur d’une deuxième partie de saison mémorable avec l’Eintracht Francfort, pourrait même avoir les clés du côté gauche d’habitude occupé par le joueur de l’Inter. Un choix qui en dit gros sur la confiance de Dalić envers lui. Modrić a plus que jamais les clés du jeu, c’est lui qui donne le tempo en match. En conférence de presse, il le répète : il faut que ça aille vite, que ça percute et que ça marque. Nous le verrons dans la suite de cet article, ce n’est pas sur la défense qu’il va falloir compter.

Un milieu de terrain XXL

Clé de voûte du jeu croate, la principale tâche du staff est d’optimiser ce milieu de stars qui doit être le moteur de l’équipe. Depuis qu’il a endossé le brassard de capitaine, Luka Modrić assume pleinement son rôle de leader et propose des prestations dignes du Real. Plus besoin de présenter son génie balle au pied et sa vision du jeu, Lukita est le maître à jouer qui donnera le ton à l’équipe. On n’en attend pas moins de lui ! Ivan Rakitić, inconstant voire fantomatique, semble avoir trouvé sa place en sélection. Il l’assure en affirmant que sous Dalić, il a le même rôle qu’au Barça et il se sent plus à l’aise ainsi. Cela s’est vu en amical contre le Mexique (1-0) en mars dernier où il a été un vrai leader. A ses côtés, comme récupérateur, c’est Milan Badelj qui devrait faire la machine à laver. Taulier de la Fiorentina en partance cet été, Badelj est un très bon joueur de relance mais, avec sa morphologie fluette, il n’a pas l’impact physique d’un Niko Kovač. C’est donc aux défenseurs centraux que revient la tâche de mettre des stops aux adversaires ! Mateo Kovačić, qui représente bien sûr le futur de la sélection, n’a pas encore sa place de titulaire malgré ses indéniables qualités. Il jouera, c’est certain, mais sa présence dans le schéma actuel n’assure pas autant de complémentarité dans les rôles au milieu de terrain.

Marcelo Brozović, auteur d’une bonne saison à l’Inter, reste un joker de luxe. Soit au milieu ou alors comme ailier droit où son coup de patte peut faire la différence tout comme son incroyable capacité d’endurance. Néanmoins, « Epic Brozo » n’a pas toujours la tête sur les épaules, capable de bourdes et de gestes d’humeur qui ne doivent pas pénaliser l’équipe au plus haut niveau. Filip Bradarić de Rijeka, meilleur milieu de Prva Liga, complète la sélection.

Les points faibles

La variable émotionnelle

A la fois point faible et point fort. En Croatie, la variable émotionnelle est très importante. Dalić, à l’image de Slaven Bilić, est proche de ses joueurs, discute beaucoup et crée un lien de confiance et une proximité que confirme Ivan Rakitić : « J’ai une relation spéciale avec Dalić. Il a été entraîneur adjoint quand je jouais avec les U21, et nous avons beaucoup d’amis communs à Split. C’est un lien vraiment très spécial. Mais c’est d’abord un grand travailleur, un grand tacticien avec des idées bonnes et claires. J’aime travailler avec lui, je suis heureux qu’il soit avec nous. Je suis convaincu que cela nous aidera au maximum, nous serons plus fort qu’avant. » Ce lien « très spécial » fait la différence avec les Vatreni, capables de se transcender pour défendre leurs couleurs à l’image de Ćorluka qui était en feu au dernier Euro. Si Dalić trouve le ton, et arrive à canaliser les émotions, la Croatie ne deviendra pas forcément candidat à la victoire finale mais pourra faire place au beau jeu, celui qu’on l’on attend d’une telle sélection.

Les interrogations défensives

Le discours ne change guère, c’est sur cette ligne que la Croatie est la plus faible. Sans être mauvais, Ćorluka et Vida ne sont pas des esthètes, et jouent plus sur leur puissance physique pour faire la différence. Ce sont de véritables soldats à la cause croate, toujours à 100% mais relativement limités. Dejan Lovren devrait prendre une des deux places de titulaire, surtout après la magnifique saison de Liverpool. L’ancien défenseur de l’OL se mue parfois en buteur mais peut se rater complètement sur certaines interventions. Sur le côté gauche c’est la mort depuis plus de dix ans (qui sera le successeur de Robert Jarni ?!). Par défaut, le moyen Ivan Strinić est de retour car ce ne sont pas Josip Pivarić ni Marin Leovac qui donnent plus d’assurance. Les tentatives d’y placer Domagoj Vida n’ont pas été plus convaincantes, si ce n’est pire quand on voit comment le géant blond a eu du mal en amical contre le Sénégal. Néanmoins, à droite, Darijo Srna a son successeur : Sime Vrsaljko qui prend tranquillement le relais de Juanfran à l’Atlético de Madrid. Plus offensif que défensif, Vrsaljko détonne par sa qualité de centre, son aisance balle au pied et ses bons choix de passe. Ce n’est donc pas que par conviction que Dalić décide de miser sur l’attaque.

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Qui pour prendre la pointe ?

Le taulier Mandžukić ou le chouchou du public Kramarić ? Ce dernier a explosé cette saison en Allemagne et s’est montré déterminant dans la qualification à la Coupe du Monde l’automne dernier. Plus mobile et technique que Mandžukić, il s’approche davantage de la définition d’un 9. Par contre, Mandžukić est très intelligent sans ballon et il est capable de mettre sa tête ou son genou pour débloquer un score serré. L’argument sera sans doute celui de l’adversaire. Face aux grandes équipes, le léger Kramarić risque de ne pas avoir de place, alors que Mandžukić aura moins de problème pour jouer des coudes, dans le parfait style de vieux briscard de la Juve : avantage à « la scuola Chiellini ? » Nikola Kalinić passe donc troisième dans la hiérarchie des buteurs, mais en vrai renard des surfaces, il pourrait devenir un joker de luxe.

Malgré tout, la véritable interrogation se fait autour de Mandžukić. Ce dernier est souvent décevant avec la sélection nationale et porte sur lui quelques questions. Nous nous demandons si ce dernier saura tenir son rôle et être ce buteur dont la Croatie a besoin.

L’homme à suivre

Ante Rebić est la sensation croate de la fin de saison. Son doublé en finale de Coupe d’Allemagne contre le Bayern est le signe d’un joueur en pleine confiance, pouponné par Niko Kovač à l’Eintracht, qui lui faisait déjà confiance il y a quatre ans lors de la Coupe du Monde au Brésil. Rebić c’est rapide, puissant et capable de fissurer une défense au point que le grand espoir Marko Pjaca est aujourd’hui relayé au second plan. Un pari sans aucun doute car il a tout à prouver en sélection. Dalić compte sur lui quitte à déplacer Perisic sur l’aile droit. Une sacrée hype !

La prévision

L’esprit de l’épopée de 98 est dans toutes les têtes pour plusieurs raisons. D’abord parce que la génération Šuker brillait il y a exactement 20 ans, mais aussi car jamais l’équipe n’a semblé aussi forte avant une Coupe du Monde depuis cette date. Il existe une vraie volonté de montrer que Modrić and co peuvent faire quelque chose au plus haut niveau, pour le pays. Le sentiment de revanche est présent non seulement avant le match de poule contre l’Islande (défaite 1-0 en fin de partie lors des éliminatoires) et pourquoi pas de rencontrer la France en huitièmes : un cas possible si les Bleus terminent premiers et les Vatreni deuxièmes (ou l’inverse !).

Comme pour toutes les nations, le premier match sera déterminant. Contre le Nigeria, il faudra gagner pour aborder au mieux la très attendue rencontre face à l’Argentine, comme en… 98 ! Il n’y a pas d’objectif de performance précis pour la sélection, le but est d’aller le plus loin possible, en sortant évidemment du groupe. Même si ce ne sera pas simple, la Croatie devrait pouvoir sortir des poules pour le début d’une nouvelle compétition, celle des matchs à élimination directe. Et ça, on sait que les Croates en souffrent. Quoi, la dernière victoire à ce niveau était le 3-0 en quarts contre l’Allemagne il y a 20 ans ? Cher Zlatko Dalić, on aimerait bien pouvoir t’appeler « Salvateur » dans quelques semaines.

Cédric Maiore


Image à la une : SERGEI SUPINSKY / AFP

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