Saison 2015-2016 : Un an de football en Hongrie

Thomas Ghislain
Thomas Ghislain - Publié le 16 mai 2016

Enfin un titre ! Avec 18 points d’avance sur son premier poursuivant à la trêve, ce n’était qu’une question de temps pour que le Ferencvaros remporte son premier sacre depuis 2004, une éternité pour le club le plus titré de Hongrie. Derrière, la bataille pour les places européennes et pour la descente aura été intéressante jusqu’à la dernière journée. Retour sur cette saison 2015/2016 du football hongrois, qui se poursuivra en France lors de l’Euro.

Ferencvaros au-dessus du reste

Comme on vous l’avait expliqué en janvier, Ferencvaros a pris le temps de se reconstruire après un passage en seconde division dans les années 2000. Thomas Doll, le coach allemand, a réussi à former une équipe solide qui a littéralement survolé cette saison, puisque les Fradi terminent champions avec 21 points d’avance sur son dauphin. 5e en 2013, 3e en 2014, 2e et vainqueur de la Coupe en 2015 : la première place ne pouvait leur échapper cette année.

Cela leur promet une place acquise en Ligue des Champions car la Ligue Europa, ce n’est pas leur truc : éliminé au second tour par Zeljeznicar l’an passé (après avoir pourtant éliminé les Go Ahead Eagles, qualifiés au prix du fair-play, ndlr), ils étaient sortis au même stade un an plus tôt par Rijeka. Ils essayeront d’égaler la performance de Debrecen qui en 2010 avait réussi l’exploit d’atteindre les phases de poules de la C1. Un constat dont est conscient le coach allemand, qui l’a indiqué dès le titre acquis : « Au niveau européen, cela ne sera toujours pas suffisant donc nous devons certainement nous renforcer cet été ».

Cerise sur le gâteau, Thomas Doll accroche une deuxième coupe nationale consécutive et offre donc un doublé au club de la capitale. En finale, ils ont pris le dessus face au rival Ujpest, grâce au légendaire Zoltan Gera qui, sur une combinaison subtile sur corner, a trouvé là une bien belle manière de fêter ses 37 (!) bougies.

Et sans surprise, Ferencvaros a squatté les récompenses annuelles décernées il y a quelques jours. Thomas Doll meilleur coach de l’année, Adam Nagy révélation de l’année, Zoltan Gera joueur de l’année, Daniel Böde meilleur buteur et auteur du plus beau but (voire ci-dessous). Une unanimité supérieure à celle d’Orban dans les urnes, fallait le faire!

Une lutte à quatre pour le podium

Un quatuor se disputait alors les places d’honneur, à savoir le MTK Budapest, Ujpest, Haladas et Debrecen. Puis, progressivement, un cinquième larron a fait son apparition : le champion en titre Videoton, revenu en boulet de canon. La lutte sera intense jusqu’à la dernière journée, lorsqu’un MTK battu à domicile laisse le plaisir à Videoton et Debrecen de se glisser sur le podium.

Mais qu’importe, au final : la finale de la Coupe ayant opposé Ferencvaros, qualifié pour la C1, à Ujpest, banni des compétitions européennes pour une saison encore, la 4e place du championnat est qualificative pour la Ligue Europa et c’est donc le MTK qui la grappille au nez et à la barbe d’Haladas, battu par les Fradi lors de la dernière journée.

Le septuple champion Debrecen complète donc le podium et retrouve l’Europe après une saison blanche. Jamais en mesure d’inquiéter Ferencvaros, les hommes de Kondas ont livré une saison honorable, qui aurait pu terminer en apothéose sans cette élimination en demi-finale de la coupe face au champion. Il en faudra cependant plus la saison prochaine, surtout en défense, pour batailler pour le titre. Derrière, le MTK s’est fait avec cette quatrième place et ces trois défaites inattendues en fin de saison qui ont failli leur coûter l’Europe. Surtout, celle face au FC Puskas, 0-1 à domicile, a fait parler d’elle. Le « club d’Orban » accueillait cette victoire avec joie puisqu’elle permettait au club de Felcsut de sortir de la zone rouge. Une zone rouge qu’ils ont fini par embrasser à la dernière journée, à la faveur d’une victoire de Vasas… à Budapest face au MTK ! Entre-temps, le MTK avait sombré face à Videoton (5-0).

ATTILA KISBENEDEK/AFP/Getty Images

© ATTILA KISBENEDEK/AFP/Getty Images

Le cas d’Ujpest est différent, interdiction de Coupes européennes oblige, et surtout depuis que les Mauves ont accédé à la finale de la coupe de Hongrie. Ils ont dès lors balancé le championnat (leur dernière victoire remonte au 6 avril face au Honved) pour se concentrer sur l’ultime objectif : un trophée face au récent champion, alors que la qualification pour la coupe d’Europe est assurée via cette finale. Calcul qui n’a pas payé pour les hommes de Nebojša Vignjević qui n’a d’ailleurs pas caché sa déception à l’issue de la finale perdue face à l’ennemi juré. Maigre consolation, la qualification automatique en C3 via cette finale perdue. La perte de Diagne, en mars, parti en Chine alors qu’il était meilleur buteur de la saison, a également fait du mal au club de la capitale. Enfin, Haladas a failli accroché l’Europe après avoir évité la descente de justesse la saison passée, de bon augure pour la saison prochaine.

Videoton : second !

Qui aurait cru que Videoton allait finir deuxième du championnat après le début de saison catastrophique sous la houlette de Casoni ? Et pourtant, grâce à leur ultime victoire à Budapest, face à Ujpest, le champion en titre s’offre une place de dauphin et la Coupe d’Europe. Après cinq défaites lors des six premiers matchs de championnat, agrémentés d’une défaite en Supercoupe, d’une double élimination européenne (face au BATE en C1, puis face au Lech en C3) et du limogeage dudit Casoni, tous les voyants étaient au rouge à la fin de l’été. L’arrivée de Ferenc Horvath, l’ancienne légende du RC Genk, a remis de l’huile dans le moteur à l’automne et rebâti la solidité défensive du club de Székesfehérvár. Le début d’année fut poussif mais Videoton a terminé la saison sur un 16/18 salvateur malgré un calendrier difficile (MTK, Ferencvaros déjà champion, Debrecen), lors duquel Loic Nego s’est transformé en buteur avec quatre réalisations en avril.

Le sauveur Horvath ne sera pourtant pas prolongé : le club a confirmé la venue du Norvégien Henning Berg dès la fin du mois de mai.

« J’ai gagné des titres en tant que joueur et puis en tant qu’entraîneur du Legia. Je m’attends à la même chose en Hongrie. Videoton est l’un des meilleurs clubs du pays, et bien que Ferencvaros a un léger avantage, je suis certain que nous relèverons le défi et les concurrencerons pour le titre de champion. C’est un challenge alléchant  pour moi en tant que coach de pouvoir travailler dans un club qui lutte pour le titre » a-t-il déclaré lors de son intronisation.

Vasas sauvé à l’ultime journée

Pour cette première saison à douze clubs, les deux promus ont failli retourner fissa à l’échelon inférieur. Mais c’est finalement le Puskas FC qui rejoint la seconde division en compagnie de Békéscsaba. La faute à une victoire 1-0 de Vasas dans le match à six points à l’avant-dernière journée. Pourtant, le destin avait semblé choisir le « club du président » lorsqu’il parvenait à s’imposer 0-1 sur le terrain du MTK. Le Premier ministre avait été surpris avec le président du MTK quelques jours avant le match, renouvelant du même coup les suspicions de possibles matchs arrangés dans le pays, trois ans après un vaste scandale qui entourait 11 matchs de D1 avec le lien sur le passage « renouvelant du même coup les suspicions de possibles matchs arrangés dans le pays

Du côté des promus, Gyirmót (de Gyõr) est assuré de monter tandis que la lutte reste féroce pour le deuxième ticket – la deuxième division se termine le 5 juin et six équipes peuvent encore mathématiquement prétendre à la montée.

Des stades en pagaille

La construction des stades se poursuit : les sommes accordées à la reconstruction ont été revues voire augmentées, ainsi Haladas, Videoton, Paks, Békéscsaba, Vasas, Honved, Diosgysor et le MTK sont concernés, tous verront leur nouveau jouet prêt à l’emploi d’ici quelques mois (probablement en Août pour le MTK) à quelques années.

La raison ? Orban est un fou de foot, tout simplement, et veut redonner ses lettres de noblesse au football hongrois qui traverse il est vrai une période assez morose. Il y a de quoi être sceptique a priori, surtout au vu des affluences hebdomadaires faméliques dans les stades du pays qui n’appellent pas la rénovation ou construction de nouvelles enceintes. Une étude publiée en décembre 2015 a par ailleurs indiqué que les Hongrois pensent que le gouvernement dépense trop d’argent dans ces « programmes de construction de stades » ou tout simplement dans le football au détriment d’autres sports. L’avenir nous dira si ces stades trouveront leurs fans, mais l’arène aussi extraordinaire que vide de Felcsut est un cas typique d’un stade qui n’en verra probablement pas.

La qualification de la Hongrie à l’Euro 2016 représente ici un coup de pouce apporté à la politique dépensière du gouvernement en matière de football. Mais les Hongrois ne peuvent oublier que les montants alloués à ces constructions auraient pu être dirigés vers les soins de santé, la lutte contre la pauvreté ou l’éducation.

L'entrée du Stade Ferenc Puskas | © Wikimedia

L’entrée du Stade Ferenc Puskas | © KovacsDaniel

Enfin, peut-être que cette politique a convaincu l’UEFA de donner à Budapest l’honneur d’accueillir l’Euro 2020 – au grand plaisir des fans qui auront l’occasion de passer quelques jours là-bas. Mais, de nouveau, cela a un coût : il faut construire un nouveau Ferenc Puskas Stadium d’ici là, et on a donc commencé la destruction de l’enceinte veillote mais mythique du quartier XIV de la capitale.

Le but de l’année

Selon les fans, c’est ce but victorieux de Daniel Böde, dans le derby face à Ujpest, à la 89e minute, qui fait office de plus beau but de la saison. Un régal!

Les images de l’année

Casoni tout heureux de signer au Videoton | © sportolunk.sk

Casoni tout heureux de signer au Videoton | © sportolunk.sk

Deux petits mois et puis s’en va. L’expérience de Bernard Casoni à Videoton a tourné au vinaigre, et c’est peu de le dire. En charge des tout récents champions de Hongrie, le coach français aura réussi l’exploit de les faire ressembler à des promus qui découvrent la NB I. Défaite en supercoupe, défaites en championnat, et élimination en Ligue des Champions face à BATE. La coupe était pleine, et Bernard Casoni de repartir du club au mois d’août. Heureusement pour les champions en titre, ils ont réussi à redresser la barre sous les ordres de Ferenc Horvath.

Prêté par la Juventus à Ajaccio, au Lierse, à Al-Shabab puis à Westerlo, Mbaye Diagné a touché le jackpot en signant en Hongrie, au FC Ujpest. 14 matchs joués en mauve, pour 11 buts marqués, et alors meilleur buteur du championnat, le joueur sénégalais s’est vu proposer le challenge lucratif de la Chinese Super League sous les couleurs de Tianjin Teda. Une plus-value rapide et intéressante pour Ujpest, un contrat qui ne se refuse pas pour le joueur. Tout le monde s’en sort gagnant, ou à peu près: Ujpest n’a plus mis un pied devant l’autre peu après son départ, tandis que Diagné ne joue plus aussi souvent qu’en Hongrie.

Les travaux ont commencé... © dailynewshungary.com

Les travaux ont commencé… © dailynewshungary.com

Comme on l’avait indiqué précédemment, la démolition du stade Ferenc Puskas a commencé. Cela prendra huit mois au total, afin de faire place à une toute nouvelle enceinte qui devrait être terminée pour l’Euro 2020. C’est donc un stade mythique qui a autant vu le onze d’or hongrois battre l’Angleterre 7-1 qu’Emil Zatopek se faire battre pour la première fois, sur 10.000 mètres, par József Kovács. C’était également une salle de concert où Queen, Depeche Mode, Michael Jackson, U2, Louis Armstrong et Tina Turner se sont produits.

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Image à la une : © ATTILA KISBENEDEK/AFP/Getty Images

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La Syldavie gagnera la Coupe du Monde 2018. Folie sur la PMAN.

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