#8 Semaine spéciale Budapest Honvéd – On a discuté avec Mamadou Diakité, ancien joueur du Budapest Honvéd

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 21 juillet 2017

La Semaine spéciale Budapest Honvéd touche à sa fin. Pour clore celle-ci, nous avons eu la chance d’échanger avec Mamadou Diakité, ancien joueur du club en 2011-2012, passé par Caen puis Metz, mais également Setubal, Mouscron et Crotone. Entre une jeunesse difficile, un parcours mêlant musique et football entrecoupé par des tournées avec le Wati-B, entretien avec un homme à la vie riche et pleine d’enseignements.


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Comment as-tu commencé à jouer au football ? Quels sont tes premiers souvenirs en tant que joueur ou spectateur ?

J’ai débuté dans mon club de quartier, à Neuilly-sur-Marne, ville d’où je suis originaire et dans laquelle j’habite toujours aujourd’hui. J’ai commencé le football grâce à mes grands-frères, ils faisaient du football avant moi et je les ai suivis sur les terrains. De là, j’ai suivi le même parcours qu’eux dans le milieu amateur. Par la suite, j’ai intégré dans un premier temps, avec l’un de mes frères, le SM Caen, puis, dans un second temps, le FC Metz.

Avant ça, tu étais supporter d’un club en particulier dans ta jeunesse ?

Etant originaire de la banlieue parisienne, j’avais le PSG. Mais je n’étais pas forcément supporteur acharné. J’étais aussi un fan d’Arsenal à l’époque de Bergkamp, Kanu, Henry ou encore Adams. J’étais un grand fan de ce club dans ma jeunesse, c’était les belles années des Gunners.

Avais-tu l’occasion d’aller au stade ?

Malheureusement, je n’avais pas les moyens à l’époque d’aller au Parc. Par contre, on allait à Saint-Ouen avec les potes du quartier et du club pour voir le Red Star. Même si c’était à l’époque un petit club de D2, ça nous permettait de quitter le quartier et de pouvoir vivre cette euphorie dans un stade de football. On rêvait tous d’être joueurs professionnels, d’être à la place de tous ces mecs sur le terrain. On était jeunes, c’était une belle ambiance.

Et surtout, le Red Star, c’était « notre club ». Il nous représentait. Les joueurs sur le terrain, ils étaient comme nous, tu avais des Noirs, des Blancs, des Arabes. C’était festif.

Arrivais-tu combiner tes ambitions footballistiques avec tes études ?

On va dire que je peux ranger mon parcours scolaire en deux catégories. D’abord, il y a les études que j’ai faites avant de rejoindre les centres de formation de Caen puis Metz, puis, il y a eu le sport-étude avec ces derniers. Je n’étais jamais dans les premiers de classe ni dans les derniers, j’étais un élève qui s’intéressait à ce qu’il faisait. Du coup, j’ai poursuivi avec un BEP vente obtenu en une année quand j’étais au FC Metz. Avant ça, j’ai effectué une école de remise à niveau au centre de formation de Caen, puis une année de BEP compta.

Tu as aussi eu une jeunesse assez compliquée, avec notamment un père t’ayant abandonné.

Ce n’était pas forcément simple parce qu’effectivement j’ai grandi avec mes deux grand-frères et ma mère qui était seule pour élever ses trois garçons. Je n’ai pas honte à dire que j’étais un enfant de Coluche. On pouvait remplir notre frigo grâce aux Restos du Cœur. Ma mère est arrivée du Mali, avec mon papa à l’époque. Elle ne savait ni lire ni écrire, mais elle a toujours fait en sorte de nous donner la meilleure des éducations et que l’on ne manque de rien.

Le football était un moyen pour toi de sortir de tout cela ?

Totalement. C’était un vecteur de réussite important, que ce soit au niveau personnel ou financier. Il ne faut pas se le cacher, c’était aussi important. Bien que ce soit très louable de réussir à travers les études, je n’aurais pas pu avoir ce bien financier à un moment précis de ma vie où ma famille en avait besoin. C’est-à-dire qu’à un moment donné, tu ne peux plus vivre des allocations. Quand je regarde les chiffres que j’ai gagnés grâce au football, je n’aurais pas pu avoir la même chose en si peu de temps avec un Bac+5.

Du coup, tu as toujours eu en tête ce rapport avec la « vie réelle » ? Je veux dire par là que tu connaissais la valeur de l’argent et que tu savais que le football pouvait s’arrêter à tout moment.

Totalement. C’est avant tout une passion, ça, c’est indéniable. Quand j’étais jeune, je n’avais pas forcément à l’esprit de gagner tant ou tant, le principal était de pouvoir jouer au football et de vivre de ce métier. Mais effectivement, quand tu prends conscience que tu peux gagner aisément ta vie et mettre ta famille dans de bonnes conditions, cet objectif vient naturellement par la suite.

J’ai aussi cru comprendre que le rap avait une place importante dans ta vie, et ce depuis ta jeunesse.

J’étais passionné de musique, ouais. Quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, c’était soit la musique soit le football. L’année de notre sacre en Ligue 2 avec Metz, j’écrivais encore mes textes et mes chansons lors de nos mises au vert. C’était le côté équitable de ma vie, entre ma passion et mon métier. J’avais besoin de ces deux choses-là pour me sentir bien. Ça me permettait de couper avec le football, de voir autre chose, et de m’enlever aussi une certaine pression. C’était surtout un exutoire. Je ne faisais pas de la musique pour faire danser les gens, c’était un exutoire par rapport à des mal-être que j’avais au fond de moi et dont je n’avais pas forcément envie de parler ouvertement. Mais par contre, je trouvais cette ouverture d’esprit en écrivant.

Tu as quelques artistes qui t’ont marqué ?

Je suis un grand fan de Kery James. Son écriture m’a toujours frappé, interpellé et ému. Il a une plume, il arrive faire ressentir sa sensibilité à travers son écriture. En plus de ça, il a une très bonne élocution. Les messages de Kery James m’ont toujours parlé. Après je suis d’une génération qui a grandi avec du Booba, du Rohff, la Mafia K’1 Fry, la Fonky Family, tous ces classiques.

Est-ce que durant ta formation tu as pu rencontrer certains éducateurs qui t’ont marqué, voire qui ont pris la place manquante de ton père ?

La place de mon père, non. Ça ne se remplace pas. Par contre, j’ai rencontré des éducateurs qui m’ont appris les valeurs de la vie. Le nom qui me vient, là, comme ça, c’est Francis De Taddeo. Il attendait beaucoup de moi, il pouvait être très méchant quelque part, mais ça m’a permis d’apprendre à garder mon sang-froid, à pousser mes limites et à aller toujours plus loin. Il n’était jamais satisfait de moi, il attendait toujours plus de moi. C’est vrai que ça, ça m’a poussé. Au final, cet apprentissage, ce n’était pas que celui du terrain, c’était aussi celui de la vie. Rien n’est jamais acquis, rien n’est gagné d’avance, il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers. C’était ça, Francis De Taddeo. Il m’a appris à aller toujours plus loin dans mes efforts.

Francis De Taddeo | © JACQUES DEMARTHON / AFP PHOTO

Avec du recul, je pense qu’il savait, sans aucune prétention, le potentiel que j’avais. Que je pouvais finalement développer encore plus le potentiel présent en moi. D’ailleurs, c’est lui m’a fait revenir du Portugal pour signer une nouvelle fois à Metz, c’est lui qui m’a propulsé dans le groupe de Joël Müller lors de mon premier match de Ligue 1, c’est lui qui est venu me chercher au SM Caen et c’est encore avec lui que j’ai gagné le championnat de Ligue 2. Tout cela me laisse croire qu’il me portait finalement dans son estime et qu’il me voulait du bien.

Comment as-tu été repéré par Caen ?

Ah bah, à Caen, c’est clairement du piston. Mon frère signait au centre de formation, et il a parlé de moi. Après, évidemment, ils ont quand même regardé qui j’étais afin de s’assurer de ne pas recruter un bras cassé. À cette époque, j’étais déjà en équipe de Seine-Saint-Denis et j’avais d’autres clubs qui me voulaient, notamment Toulouse et Le Mans, là où j’ai rencontré Lassana Diarra lors de mes essais.

Quand tu arrives à Caen, tu rejoins une belle génération où l’on retrouve Bodmer, Costil ou encore Gouffran. N’as tu pas eu de problèmes pour t’intégrer ?

C’était assez simple, ouais. On avait tous la même mentalité, on venait tous plus ou moins des mêmes lieux, donc le courant passait bien et il n’y avait aucune animosité. Je suis toujours plus ou moins en contact avec eux via les réseaux sociaux. J’étais dans la même classe que Benoît Costil, j’avais surtout en tête de m’amuser avec lui, mais c’est vrai qu’il était déjà très fort à cette époque. C’est la génération 87, il était déjà à cette époque en Equipe de France avec les Benzema & co. Je savais déjà qu’il allait devenir l’un des meilleurs gardiens français. Mathieu Bodmer, c’est la même chose. C’était un régal à l’entraînement. Déjà grand, longiligne, technique, jouant à une touche de balle, trouvant la profondeur. Il a toujours été en avance de ce côté-là. Et surtout, c’est une personne qui n’a pas changé malgré ses réussites. C’est un peu comme Franck Beria, ce sont des personnes très simples.

 

L’éloignement avec ta mère et ton autre frère ne t’a pas dérangé ?

Je voulais être footballeur, et ça demande des sacrifices. Je n’avais pas peur de m’éloigner, je savais que je voulais vivre du football et qu’il fallait passer par là. Quand tu veux réussir quelque part, tu dois aussi savoir faire des concessions. Et là, en l’occurrence, ce sacrifice c’était la distance. Puis, Caen n’est qu’à quelques heures de Paname.

Finalement, j’ai l’impression que tu as acquis une maturité assez tôt.

Ouais, je pense. Quand je suis parti là-bas, ce n’était pas pour faire la fête. Moi, mon objectif, c’était de devenir footballeur professionnel et de rendre ma mère fière de moi.

Tu avais d’autres offres à part Metz ?

J’avais des offres, mais je ne les ai même pas regardées. Metz, à cette époque, c’était la génération Adebayor, la génération Gambardella. Je n’ai même pas chipoté, pour moi mon avenir était là-bas.

As-tu vu des différences entre les méthodes de formation à Caen et celles à Metz ?

Pas trop. Simplement, à Metz, on avait un directeur du centre de formation, le fameux Francis De Taddeo, qui était beaucoup plus proche des jeunes. C’est quelqu’un de très passionné, une personne qui ne prend pas de congés, s’il doit être présent du lundi au dimanche, de 6h à 19h, c’est quelqu’un qui va le faire. Il vit pour le football. À travers lui, il m’a fait comprendre qu’il fallait manger, chier, pisser et dormir football. Que ta vie devait être centrée sur le football.

Metz reste réputé pour être un club formateur.

Ouais, c’est vrai. Quand on voit les Pjanic, Cornet, la filière sénégalaise, je suis arrivé dans un club qui me permettait de progresser dans les meilleures dispositions.

C’est aussi là que tu as rencontré Beria. As-tu encore des contacts avec certains anciens ?

Metz, c’est le club de ma vie. C’est là où j’y ai passé le plus de temps. Je me sens messin de coeur quoi qu’il en soit. J’ai tissé des liens avec Franck Beria, mais comme avec Obraniak, Pjanic, Sissoko, Bassong, Gueye, Cissé, Cardy, Agouazi, je pourrais t’en citer plein. Franchement, à Metz, j’ai gardé de très bons contacts.

Avec Franck, ce sont des relations d’amis, de coéquipiers, de pères. Je n’aurais pas pu tomber sur quelqu’un de mieux que lui, c’est quelqu’un d’intègre, qui te donne envie de mouiller le maillot. Quand je suis parti à Mouscron, j’habitais Lille, comme lui. Du coup, on était très proche, on allait au cinéma ensemble, j’étais sa petite meuf en gros (rires). On a toujours gardé de bons rapports, malgré mes transferts à l’étranger. Il a toujours été là et c’est tout naturellement qu’il est parrain de mon association. En fait, quand il se présente à toi, tu ne peux pas imaginer qu’il a 300 matchs de Ligue 1. Quand tu le vois, tu peux penser que c’est un peu monsieur tout le monde, que ça pourrait être le boulanger de Saint-Avold. Mais ce n’est pas monsieur tout le monde. C’est un grand ami.

© Archive personnelle de Mamadou Diakité

C’est rare, ça, dans le football ?

Il y a peu de personnes comme Franck qui sont au service des autres. Il y a beaucoup de joueurs qui se contentent de mener leur carrière. Franck, il ne se force pas, il est là naturellement pour les autres. Après c’est clair que je ne peux pas avoir la même relation que j’ai avec Franck qu’avec les autres joueurs du titre en Ligue 2, par exemple. Mais ce n’est pas pour autant que je n’aime pas les autres, c’est juste que tu ne peux pas être ami avec tout le monde, que ce soit dans le football ou dans la société.

Avec Franck, j’aime bien dire que nos destins étaient liés. On a gagné ce titre ensemble, on s’est retrouvé à Lille quasiment en même temps, on a ce petit bout de chemin qu’on a fait ensemble et qu’on continuera ensemble.

Tu avais tes habitudes sur Metz ?

J’étais vraiment bien à Metz. J’étais tellement bien que, lorsque le club était en Ligue 1 et que l’on était un peu la risée du championnat en étant dernier, les dirigeants m’avaient demandé de partir à la trêve, car ils ne comptaient plus sur moi. Et je n’ai pas voulu, préférant jouer en CFA plutôt que quitter cette ville. Et je n’ai pas eu tort puisque j’ai débuté quelques mois plus tard face à Nice. J’avais mes petites habitudes à Metz.

Malgré tout, tu quittes le club et découvres rapidement ce qu’est la réalité d’une vie de footballeur, entre le fait de ne pas jouer, un prêt au Portugal et un dépôt de bilan.

En fait, ce n’était même pas un prêt à la base. J’étais en fin de contrat, je devais attendre de voir si Jean Fernandez allait rester ou non …

Tu serais resté à Metz si c’était le cas ?

Je pense que j’avais les moyens d’entrer dans ses plans, oui. Sans proposition messine, sans proposition de France, j’ai un agent qui m’a appelé du jour au lendemain en me disant qu’un club portugais jouant l’Europe était intéressé par moi. En fait, au départ, j’ai cru que c’était une blague de mes potes, du coup je lui ai répondu « Les gars, faites pas les cons, on ne rigole pas avec ça. » Au final, ce n’était pas mes amis, mais véritablement un agent. Il est venu le lendemain matin et on est parti au Portugal.

Sans que tu le connaisses avant ça ?

On ne se connaissait pas. J’ai su qu’il s’était renseigné auprès de Francis De Taddeo, qu’il avait vu quelques vidéos de moi et que le Vitória Setubal avait également une vision de ma personne en m’ayant suivi lors des matchs en CFA. À l’époque, je signe un contrat de cinq ans, ce n’était pas un prêt. Tout le monde a pensé que c’était un prêt étant donné que je suis revenu six mois plus tard à Metz.

Quand tu arrives au Portugal, tu découvres un autre football ou c’était dans la continuité de ce que tu avais connu en France ?

C’était globalement la même chose. Il y avait peut-être moins l’abnégation messine si je puis dire. J’avais encore en tête ce côté où Francis était tout le temps sur toi, te demandant de te donner toujours plus. Là, je passe du CFA à un groupe professionnel, donc bien évidemment l’entraîneur ne peut pas être sur ton dos tout le temps, c’était aussi à moi de me prendre en charge. J’ai découvert une autre mentalité, mais surtout le football professionnel, tout simplement.

Heureusement pour toi, quand tu arrives au Vitória Setubal, tu y rencontres quelques francophones comme Modou Sougou, Siramana Dembélé, Gregory Lacombe et Fabien Farnolle. Ça t’a permis de t’intégrer plus facilement dans la vie du groupe ?

Oui et non. Je me souviens que les premiers mois au Portugal, c’était très difficile. Je pleurais tous les soirs dans ma chambre. C’était difficile au point de vouloir rentrer chez moi à Paris. Il y avait des francophones, ouais, mais à côté de ça j’avais 20 ans, on m’a filé une maison, et je ne savais pas quoi faire. Tu arrives dans un pays étranger, tu ne parles pas la langue du pays, tu es jeune, seul, donc ma vie après l’entraînement c’était un calvaire.

Un an avant, j’étais nourri, blanchi dans le centre de formation du FC Metz, et là, à 20 ans, je me suis retrouvé au Portugal dans une grande maison et je n’avais plus aucun repère. Heureusement, Modou Sougou est arrivé au club et a changé ma vie à Setubal. J’ai dû l’héberger, il parlait portugais et là, tout allait parfaitement.

Et finalement, tout s’arrête très vite…

C’est un peu l’histoire de ma carrière, ouais. Malheureusement, à chaque fois j’ai su rebondir, de nouveaux problèmes arrivés : soit c’était les blessures, soit c’était les finances des clubs. Là, le Vitória Setubal avait des retards de paiement dès les premiers mois, puis après au bout de quelques mois on n’avait plus rien. Du fait de cette situation, le club nous a donné la possibilité de quitter le club librement, et c’est ce que j’ai fait…

Sans recevoir d’argent ?

Dans un premier temps, ouais. Du coup, j’avais un peu peur. Résilié, ouais, mais pour aller où ?

Tu n’avais plus de lien avec l’agent ?

Non, il a fait son coup et je ne l’ai plus jamais revu.

Aujourd’hui, est-ce un regret pour toi d’être parti si tôt à l’étranger, avec un agent comme cela, sur un coup de tête ?

Non, je ne regrette rien de ma carrière. J’ai fait les choix qui me semblaient être les meilleurs à un moment précis. Et surtout pas le Portugal. La situation était certes compliquée, voire désastreuse, mais quand je vois ce que ça m’a apporté, je suis heureux d’avoir vécu cela. Si je ne signe pas au Portugal, peut-être que je rentre au quartier et que je deviens un dealer, je n’en sais rien.

Quand tu quittes un centre de formation, tu n’es jamais certain de trouver un club professionnel. En soi, ce bouffon d’agent, peut-être qu’il m’a laissé, mais il m’a néanmoins permis de rentrer dans le milieu professionnel. Grâce à lui, j’ai eu ce foutu papier qui faisait de moi un joueur professionnel. Je ne regrette pas, ça m’a servi pour les contrats qui ont suivi.

Les éducateurs messins t’ont vite fait comprendre les réalités du football professionnel, qu’il y avait beaucoup d’appelés pour très peu d’élus ?

De ce côté-là, Metz te le fait vite comprendre. Et même sans ça, quand tu es à l’intérieur du centre, tu constates que des têtes sautent chaque année. Donc tu te dis que ton tour peut venir à tout moment. C’est par ton comportement et tes prestations que tu dois réussir à faire comprendre que tu peux signer professionnel. Après, j’ai toujours eu cette mentalité dès le plus jeune âge. Quand je rentre sur le terrain, c’était pour être le meilleur.

Après le Portugal, tu rebondis… à Metz.

Je quitte le Portugal et rentre d’abord à Paris. J’étais entre guillemets la seule source financière de ma mère, donc j’essaie de ne pas l’inquiéter et de lui dire que je vais retrouver un club rapidement au Portugal avant le 31 janvier. Le plus drôle, c’est que j’ai signé mon contrat avec Metz le 31, justement.

Tu as rapidement donné de l’argent pour aider ta mère ?

C’était ancré en moi, ouais. Je lui ai rapidement donné une bonne partie de mon salaire. Bon, déjà, je ne suis pas le seul à le faire, donc ce n’est pas un exploit. Mais c’est quelque chose de normal de venir en aide à sa mère. Elle a tout donné, elle a éduqué ses enfants toute seule. L’une des raisons pour lesquelles j’ai fait du football, c’était dans l’objectif de faire souffler ma mère et de lui permettre d’avoir une meilleure vie. Qu’elle puisse s’arrêter de travailler. J’ai réussi à le faire et j’en suis fier, c’est la plus grande chose que j’ai réussi à faire dans ma carrière. Ça vaut tous les trophées.

Tu te souviens de ton premier match, face à Nice ? Tu as été mis au courant à l’avance ou c’était une surprise pour toi ?

Je savais que j’allais être dans le groupe, mais pas titulaire. Ça reste un souvenir inoubliable.

Malgré tout, la saison était très difficile. Comment vit un groupe lors d’une saison galère comme celle-ci ?

J’ai intégré le groupe vers la fin de saison, tu sentais le groupe fatigué et impatient que ça se termine. Malgré tout, il y avait une bonne entente et, quand j’ai fait mon match, il y avait des ondes positives, de la solidarité, de l’entraide. Même si tout était joué, on voulait donner une bonne image du club sur le terrain.

En plus de tout cela, il y avait une très bonne connexion entre les gens. Dans l’équipe, tu avais la filière sénégalaise, avec des Français et Luxembourgeois, un Hongrois, un Sud-coréen ou des Russes. Franchement, c’est ça qui était marrant et sympa à vivre. Tu avais une multitude de cultures au sein du vestiaire et on était heureux de pouvoir échanger avec l’Autre. Bon, après, à l’époque on était cons, on ne cherchait pas à apprendre les mots les plus intelligents en sud-coréen (rires).

Et puis, il y a cette saison en 2006/2007 où le club termine champion de Ligue 2. Ton premier trophée.

Francis De Taddeo prend la tête de l’équipe et s’est appuyé sur les jeunes qu’il a formés, donc j’étais très heureux à l’entame de cette nouvelle saison. Malheureusement, j’ai eu pas mal de pépins physiques. À partir de là, une équipe se crée sans moi, les automatismes se font, ils mettent des raclées tous les week-ends. Donc c’était totalement logique qu’il garde cette ossature et que je ne sois intégré que dans la rotation à mon retour de blessure.

Je ne vais pas te dire que je l’ai bien vécu, car tu ne peux pas, quand tu es footballeur professionnel, être heureux d’être remplaçant, mais il y avait une bonne équipe en place. Les matchs où j’ai joué, je pense que j’ai réussi à montrer que j’avais malgré tout le niveau pour intégrer cette équipe. Donc j’étais heureux de cette saison. Et puis remporter ce trophée avec ton club formateur, c’était dingue. Encore plus de le remporter avec la bande d’amis avec qui tu étais au centre de formation. C’était une belle fin avec Metz.

© Archives personnelles de Mamadou Diakité

Il y avait notamment Gueye qui flambait, certains joueurs t’ont impressionné ?

Par rapport aux qualités intrinsèques, non, mais je m’intéressais surtout à la mentalité de mes coéquipiers. Et à cette époque, il y a deux personnes qui m’ont impressionné : Cheikh Gueye et Papiss Cissé. Ces mecs, ils rentraient sur un terrain, ils n’en avaient rien à branler. Ils avaient un je-m’en-foutisme de la pression assez impressionnant. Il fallait jouer, ils jouaient. Après il y avait Julien François qui savait très bien qu’il n’était pas Paul Pogba, mais c’était un guerrier. Il n’était jamais fatigué, faisait toujours le maximum d’efforts en s’arrachant sur le terrain. C’était un mec toujours positif, une mentalité de gagneur. C’était ce que je voulais apprendre.

À Mouscron, tu joues un peu plus de matchs. En plus de cela, tu rencontres un certain Enzo Scifo.

Ouais, Enzo c’était… En fait, à la base, j’étais assez fan d’Enzo Scifo quand il était à Monaco. C’était un mec qui avait cette finesse, cette capacité de voir le jeu avant les autres, d’éliminer assez rapidement, de donner cette dernière passe. Retrouver un tel mec en tant qu’entraîneur, c’était la meilleure des occasions pour progresser. Il m’a appris pas mal de choses sur le football, sur la mentalité à avoir. Et surtout, j’ai été validé par Enzo Scifo, il pensait de bonnes choses de moi et il me faisait jouer. Pour la confiance, ça fait du bien.

En plus de ça, tu jouais au côté de Walter Baseggio.

Il était déjà plus ou moins en fin de carrière. Il avait déjà quelques kilos en trop, mais il avait encore cette passe magistrale qui te permettait de trouver les angles et la dernière passe. Jeu long, jeu court, entre les intervalles, un pur technicien. C’était très intéressant de jouer avec lui, même si je devais courir beaucoup plus que lui (rires).

Comment s’est passée la faillite ?

Lors de la seconde saison, on a un changement d’entraîneur, et très rapidement on entend parler des soucis financiers du club, vers septembre-octobre. On sait que le club n’a plus les moyens de nous payer, que les sponsors ne répondent plus à l’appel. On ne comprenait pas trop, car sur le terrain ça se passait super bien. Pour te dire, à la fin du championnat, le premier relégable n’avait pas autant de points que nous malgré la faillite…

On appréhendait, on n’avait pas envie, et moi c’était déjà la seconde fois que je devais faire face à cette situation après le Portugal. Tu te poses des tas de questions à ce moment-là, au point de te voir comme un chat noir. À ce moment-là, je ne savais pas ce que j’allais devenir.

Donc le club ne t’a pas aidé pour la suite de ta carrière ?

Non, ce n’est pas le but des clubs. Certains n’ont pas réussi à trouver un club après cette faillite, d’autres, comme Maxime Lestienne, n’ont pas eu ce souci. Mais j’ai des potes à moi qui n’ont jamais su se relever de cette aventure à Mouscron. Heureusement, moi, la proposition du Qatar est venue assez rapidement et je n’ai pas réfléchi. Je ne suis pas originaire du seizième arrondissement, je sais à quel point l’argent est difficile à gagner, donc quand on me propose ce contrat d’un an au Qatar, je ne me pose pas de questions et je signe.

Comment était ta vie là-bas ?

Sportivement, le niveau était loin d’être ridicule. Ils ont de l’argent, il y a de bonnes infrastructures, d’anciens joueurs internationaux qui viennent terminer leur carrière, donc tu as de quoi faire sur le terrain. Je ne te dis pas que c’était niveau Ligue des Champions, mais je n’ai pas ressenti une très grande différence avec mon expérience belge.

En dehors de ça, le Qatar m’a permis d’être en adéquation avec ma foi. Je suis quelqu’un de très spirituel et j’étais en osmose avec ma religion. Je me suis bien acclimaté au Qatar, c’était très enrichissant. En plus de ça, j’étais avec mon ami Amara Diané, donc c’était une bonne expérience.

Après cette pige qatarienne, tu décides de prendre du recul et tu te retires des terrains pendant un an et demi. Assez rare pour un footballeur professionnel.

À la fin de cette expérience, mes ligaments sont touchés et j’avais besoin de redescendre des nuages. C’est un peu l’histoire de ma carrière, il y avait le football, mais pas que. Parfois on ne pouvait plus me voir pendant quelque temps, mais tu pouvais être sûr que je revenais toujours, que je savais rebondir.

Un an et demi sans jouer dans le monde professionnel, c’est rare, tu peux t’y perdre. Et c’est à ce moment-là que la musique me sert. Là, pendant un an et demi, je lâche totalement le football et décide de partir dans la tournée du Wati-B, avec Maître Gims, Black M, etc… Là, je fais des concerts dans toute la France et je ne pense plus du tout au football. J’étais avec mes potes, en sautant sur scène en train de faire le con. Tout ça grâce à Dawala, mon cousin, qui a créé le Wati-B.

Bon, j’essaye quand même de me maintenir physiquement, puis je reviens dans le football en m’entraînant avec Mouscron et en enchaînant quelques essais à droite et à gauche.

© Archives personnelles de Mamadou Diakité

Alors que certains joueurs galèrent pendant des mois pour rebondir, toi, un an et demi après ta pause, sans jouer un match durant ce laps de temps, tu arrives à signer en Hongrie ?!

Ouais, c’est fou. C’est un agent italien, avec qui j’étais en contact depuis des années, qui me permet d’avoir ce lien avec le Budapest Honvéd. Mais je réfléchis quand même.

Attends. Tu n’as pas joué pendant un an et demi, on t’offre la possibilité de rebondir, mais tu réfléchis ?

Ouais, ouais, je réfléchis. Mais pas négativement. Je me demandais si j’étais prêt à aller en Hongrie. Mais j’accepte très rapidement l’offre.

T’es arrivé en même temps que Marco Rossi, l’entraîneur qui a fait gagner le titre au club la saison dernière. Qu’est-ce que tu peux nous dire sur lui ? Il te voulait ?

Oui, il me voulait. Je fais un essai avant de signer, j’ai quelques kilos en trop, mais j’ai su le mettre d’accord dès le premier entraînement. Marco Rossi, c’est un gagneur, un travailleur, une personne intègre. Je ne suis pas étonné qu’il ait réussi. Il arrive transmettre des valeurs importantes dans la réussite d’une équipe.

C’est plus un meneur d’hommes qu’un tacticien ?

Effectivement, j’ai connu de meilleurs tacticiens que lui. C’était un défenseur central avant d’être entraîneur, il avait ses repères et sa vision du jeu. Mais c’est vrai que c’est un sacré meneur d’hommes.

Tu n’es donc pas étonné de ce titre de champion ?

Je ne vais pas te mentir, c’est inattendu pour moi. Qu’il puisse réussir, oui, je m’y attendais, mais à ce point, non, personne ne pouvait s’y attendre.

Au niveau du club, as-tu senti une différence avec ce que tu avais connu à Metz ou en Belgique ?

Ils ont des efforts à faire. Hemingway, le président, mise beaucoup plus sur la formation que les infrastructures. C’est un peu bizarre, pour moi les deux choses vont ensemble. Mais évidemment, pour lui, il faut produire de jeunes joueurs de qualité pour mieux les vendre. Je pense qu’ils vont devoir mettre les moyens au niveau des infrastructures pour continuer à évoluer et remporter des titres.

T’es-tu intéressé à la culture football du pays, notamment les derbys de Budapest avec Ferencváros ou Újpest ?

C’est important de prendre conscience des derbys. Tu sens monter la pression, la volonté des supporters à remporter absolument ces matchs. C’est bouillant un derby contre Ferencváros. Tu sens qu’il faut absolument le gagner, qu’il faut les taper. Tu passes de 4 000 spectateurs à 8 000 spectateurs dans un stade en ébullition.

Et au niveau de l’histoire du club ? On t’a vite fait comprendre que tu ne mettais pas les pieds n’importe où ?

On me le dit directement. On m’explique l’histoire du club, et c’est l’une des raisons pour laquelle je signe. Se dire que tu viens jouer dans le club de Ferenc Puskás, ce n’est pas rien.

Malheureusement, tu ne joues pas…

Ouais, je me blesse au quatrième entrainement avec le club. Forcément, quand tu arrêtes le football pendant un an et demi, la machine est difficile à remettre en route… Je reviens un mois plus tard, et je me blesse une nouvelle fois au même endroit. Là, on est au mois de novembre et je ne fais que me blesser. On me dit de partir en vacances, de revenir en janvier en pleine forme. Je me prépare comme un malade, je reviens, et je me blesse au métatarse lors du tout premier entraînement…

Au départ, j’essaie de tenir, de ne rien dire, mais la douleur était trop forte. Sauf que j’étais le plus gros salaire du club, donc on commence à penser que j’étais un mytho, que je ne voulais tout simplement pas jouer. Puis je passe une radio et on voit que j’ai une fracture.

Ne regrettes tu pas de ne pas avoir reçu un programme spécifique du fait de ton absence des terrains pendant un an et demi ?

Ouais, je pense que c’est ce qui m’a manqué. J’étais affûté, mais les efforts que tu fais chez toi, pour te remettre en forme, ce n’est pas les mêmes que dans un entraînement ou un match. Je pense que dans un gros club professionnel, on m’aurait accompagné dans ma reprise. Après, on ne peut pas tout avoir, je n’étais pas au Real Madrid, c’était comme ça.

Tu gardes malgré tout un bon souvenir de cette expérience ?

Franchement, ouais. Les personnes du club ont compris que ces blessures n’étaient pas de mon ressort. Ce n’est pas comme si j’étais blessé en buvant une bière en boite de nuit. La spiritualité m’a permis d’accepter tout cela, que ce n’était que des épreuves dans ma vie et qu’il fallait l’accepter.

Tu as eu ce déclic en lisant certains livres ?

C’était religieux. C’était une période où je me suis rapproché de Dieu. J’avais des douleurs physiques, mais aussi mentales. Quand tu te blesses à répétition, tes dirigeants commencent à se poser des questions, et ce même si le staff et les joueurs comprennent ce que tu as. Quand on commence à remettre en cause ce que tu as, tes douleurs et tes blessures, ça devient douloureux mentalement. Je devais trouver les ressources et la force nécessaire, pour me canaliser et être déterminé à me soigner. J’avais aussi Franck Beria et Franck Le Gall, le médecin de l’Équipe de France, qui m’ont beaucoup aidé et m’ont accompagné dans cette remise en forme.

Malgré cette saison blanche, j’arrive rebondir à Crotone, en Serie B, après un essai concluant. Sauf que ce fameux métatarse pète une nouvelle fois et je termine ma carrière sur cette même ligne directrice faite de blessures. Malgré tout, je suis très content de cette carrière. Je tombe, mais je me relève. Toujours. Je n’ai aucun regret. J’ai fait les efforts qu’il fallait, je me suis donné les moyens d’être footballeur professionnel. J’aurais pu faire plus. J’avais les qualités. Mais il y a un destin, j’aurais aimé que ce soit différent, mais on doit l’accepter. Il faut s’appuyer sur ces épreuves pour continuer et avancer.

Dorénavant, tu te consacres surtout à ton association, Give Dream.

Avant de créer mon association, j’avais besoin de digérer cet échec à Crotone. Du coup, comme à l’époque, je replonge dans le monde de la musique et repars en tournée avec Maitre Gims, Soprano, Lartiste, etc. À cet instant, je vivais de mon passage au Qatar, j’ai su placarder l’argent, ne pas le dilapider. Je n’ai pas fait la carrière à Cristiano Ronaldo, j’ai eu des succès et des échecs, mais je n’ai jamais terminé à la manche. Malgré tout, je réfléchissais à mon avenir.

J’ai voyagé, je me suis intéressé à de multiples sujets, je me suis ouvert l’esprit. Ça m’a permis de savoir ce que je voulais faire. Avec ce que j’ai connu lors de ma jeunesse, le fait d’avoir vécu grâce au Restos du Cœur, c’était un cheminement logique pour moi. Avec Give Dream, le but premier est de remettre le rêve au centre de nos vies. Les rêves, c’est ce qui te permet de maintenir les efforts, de maintenir un certain comportement et une ligne directrice. Quand tu rêves de quelque chose, tu te donnes les moyens d’y parvenir, de continuer les efforts. Au départ, le but de cette association était d’apporter de la force aux enfants malades en accomplissant des rêves grâce à mes contacts dans le football ou la musique. De donner la possibilité à des enfants qui ne peuvent pas se déplacer, qui sont hospitalisés, de rencontrer ces personnes, ces footballeurs, ces chanteurs.

Par la suite, j’ai décidé d’élargir la chose en faisant des maraudes, que ce soit sur Lille ou à Paris. Donc l’action de l’association est assez large. On fait aussi des actions socioculturelles, comme à Lille dernièrement avec la GD Cup, un tournoi de football féminin pour fédérer.

Nous remercions Mamadou Diakité du temps qu’il nous a consacré pour ce riche entretien et nous lui souhaitons beaucoup de santé, de bonheur et de succès pour ses projets futurs. Vous pouvez retrouver l’actualité de son association Give Dream sur leur page Facebook.

Pierre Vuillemot / Tous propos recueillis par P.V pour Footballski.fr


Image à la une : © fcmetz.fr

Couverture : © honvedfc.hu

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Pierre Vuillemot

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