Il était temps que cela finisse ! Au bout d’une année forcément hachée par la pandémie, le championnat d’Estonie a pu aller à son terme, ou presque, son dernier match ayant dû être annulé pour cause de coronavirus. Malgré tout, on a pu vibrer durant cette année un peu folle. Grâce à la formidable saison du Flora Tallinn, et à son beau parcours européen, mais également grâce aux performances de Paide, du Viljandi Tulevik ou encore aux déceptions FCI Levadia et Nõmme Kalju.

Classement officiel © jalgpall.ee

Une journée… puis plus rien ! Lorsque la Premium Liiga reprend début mars, les favoris répondent présents, mais la menace aussi. Alors que l’Europe subit de plein fouet la pandémie, le gouvernement estonien ordonne à son tour un confinement dès la fin de la première journée de championnat. Une pause qui dure plus de deux mois, premier signe de la dureté avec laquelle le gouvernement estonien a prévu de lutter face à la situation sanitaire.

Mis à mal, le football estonien s’organise. L’EJL réduit le nombre de journées d’un quart, et prévoit finalement de découper le classement en trois groupes afin de réduire encore le nombre de matchs en toute fin d’année. Au final, le classement au championnat reste follement fidèle à la réalité du terrain : le Flora est loin devant.

1. Flora Tallinn – 80 pts

« Je n’ai pas de mots assez forts pour féliciter l’équipe. » Prononcés après la victoire face au FCI Levadia lors du dernier Tallinna Derbi de l’année, ces mots de Jürgen Henn résument parfaitement cette saison 2020 du Flora. Dominatrice de la première à la dernière journée, son équipe a joué le jeu jusqu’au bout, continuant de dominer ses adversaires les plus proches alors même qu’elle était déjà titrée dès le mois de novembre. Et pas qu’un peu, comme en témoigne le 1-7 infligé à son dauphin Paide sur son propre terrain lors de la 29e journée !

Champion en titre, le Flora se présente avec un effectif proche de celui de l’an dernier. Deux départs importants sont à noter : le buteur Erik Sorga (DC United) et le capitaine Gert Kams, qui a mis fin à sa carrière pour devenir directeur sportif à Paide. Des départs finalement sans effet négatif. Malgré des blessures qui ont mis à mal le secteur défensif – au point de rappeler le jeune Marco Lukka de son prêt à Kuressaare pour en faire un titulaire régulier – Henn et son staff ont su profiter de cette continuité pour faire progresser tout l’effectif. Un signe ne trompe pas : le Flora s’est montré bien moins dépendant de son maître à jouer Konstantin Vassiljev. Meilleur joueur du championnat l’an passé, Maestro reste décisif lorsqu’il est sur le terrain, mais a vu ses coéquipiers remporter des matchs décisifs sans lui. Un beau signe de progression, et une belle promesse pour l’avenir, alors que Vassiljev a fêté ses 36 ans cet été.

Revenu d’une expérience mitigée en Slovénie, Rauno Sappinen est l’homme qui a fait la différence cette année pour le Flora. Avec 26 buts (et cinq passes décisives) en 28 matchs, le buteur a survolé la saison. au point de faire le grand chelem lors du gala de fin d’année de l’EJL : meilleur buteur et meilleur joueur de Premium Liiga, mais également le trophée de meilleur joueur estonien de l’année, propriété de Ragnar Klavan depuis sept ans !

Vassiljev, Sappinen et le Flora ont fait tourner les têtes © Oliver Tsupsman

Dominateur sans partage en championnat, le Flora a égalemen brillé sur la scène continentale. Eliminés aux tirs au but par les Lituaniens de Suduva en Ligue des champions, les joueurs de Tallinn ont digéré cette déception en se hissant jusqu’aux play-offs de Ligue Europa. Ce qu’aucun club estonien n’avait réussi jusque-là. Après avoir éliminé le KR Reykjavik et les Maltais de Floriana, les joueurs de Jürgen Henn sont logiquement tombés face au Dinamo Zagreb. L’une des deux seules défaites subies en cette année 2020 !

Pour en arriver à ce niveau, le Flora n s’est pas appuyé sur deux joueurs décisifs, mais bien sur tout un effectif. Difficile ainsi de nommer tous les joueurs ayant brillé cette année. Mention spéciale néanmoins à Märten Kuusk, au portier Matvei Igonen ainsi qu’à Vladislav Kreida et Vlasiy Sinyavskiy, passés en un an du statut de jeunes prometteurs titulaires en sélection nationale. La formation reste l’atout maître du Flora Tallinn, puisque ces performances sont acquises alors que plusieurs jeunes ont quitté le club cette année : Henri Järvelaid (21 ans – D2 danoise), Maksim Paskotši (17 ans – Tottenham U18) et Markus Seppik (18 ans – en prêt au Holstein Kiel U19). Prometteur pour l’avenir.

2. Paide Linnameeskond (64 pts)

Quatrième du classement à trois petits points du podium l’an dernier, le Club de la Ville de Paide (traduction littérale de Paide Linnameeskond) a poursuivi sa progression, dépassant toutes ses espérances pour réaliser au final la meilleure saison de sa courte histoire. Rappelons que le club n’a été créé qu’en 2004, mis n’a cessé de progresser depuis, restant notamment à ce jour l’unique club estonien a avoir connu quatre promotions consécutives pour venir s’installer en Premium Liiga.

A Paide, la progression de l’équipe suit celle de tout le club. Dans un pays fortement tourné vers sa capitale Tallinn, le club du Comté de Järva réussit le tour de force de venir bouleverser le trio Flora-Levadia-Kalju. Tout sauf un hasard. Depuis plusieurs années, le club s’améliore sur tous les plans : formation, scouting, recrutement, soutien populaire, identité de jeu…

© facebook.com/PaideLinnameeskond

Et ça marche. Porté par plusieurs anciens du Flora au sein de son staff comme sur le terrain (avec le capitaine Frolov), l’Eesti Barcelona est apparu pour la toute première fois sur la scène européenne (défaite 0-2 face au Zalgiris Vilnius). Une étape de plus dans sa progression. La prochaine : s’installer durablement sur le podium du championnat, et pourquoi pas lutter pour le titre à partir de l’an prochain.

Pour cela, Paide peut compter sur un excellent recrutement, notamment à l’étranger, ce qui a été le gros point faible de ses adversaires (hormis le Flora, à l’effectif volontairement 100% estonien). Le club a ainsi réussi à mettre en place un réseau en Afrique qui fonctionne parfaitement. Après les passages réussis l’an dernier du Gambien Jatta (vendu à Viborg, Danemark) et de l’Ivoirien Yao (Spartak Trnava), d’autres joueurs africains ont brillé cette année : l’arrière gauche gambien Muhammed Sanneh (20 ans), arrivé l’an dernier et élu dans l’équipe type du championnat cette saison, du buteur gambien Edrisa Lubega (22 ans), deuxième meilleur buteur du championnat avec 14 unités, ou encore le défenseur ghanéen Yusif, dont l’arrivée a été retardée par la pandémie mais a très rapidement gagné sa place de titulaire. Une sacré faculté d’adaptation à 19 ans à peine !

Yusif, Owusu-Sekyere, Dramé et Sanneh © facebook.com/PaideLinnameeskond

Hormis cette filière africaine d’autres renforts se sont révélés décisifs dans la course à la deuxième place. Après Siim Luts l’an dernier, Paide a réussi à faire revenir au pays deux hommes forts. A commencer par Sergei Mošnikov, qui n’a rien perdu de sa superbe à 32 ans. Déjà trois fois champion d’Estonie et meilleur joueur du championnat en 2011, l’ailier a régalé sur son côté droit, finissant meilleur passeur cette saison avec 14 unités. Puis, le club a profité de l’arrêt des compétitions en Europe pour faire signer l’international Henri Anier. Arrivé des Pays-Bas au mois d’août, Anier a brillé durant sa demi-saison en Premium Liiga. Alors que le secteur offensif était déjà bien en place, l’attaquant de 30 ans a rapidement gagné sa place grâce à ses 10 buts marqués en 11 matchs, dont seulement trois disputés en intégralité. Soit le ratio extraordinaire d’un but toutes les 52 minutes ! Mais ce n’est pas tout. Egalement arrivé au mois d’août, le Néerlandais d’origine ghanéenne Deabeas Owusu-Sekyere a lui aussi crevé l’écran. Dès sa première titularisation, conclue par un doublé, cet attaquant arrivé du Portugal impressionne par sa vitesse, sa technique et sa puissance. S’il semble parfois trop oublier ses coéquipiers dans les vingt derniers mètres, sa finition parle pour lui, avec 10 buts en 13 apparitions.

Zahovaiko et Mošnikov © Liisi Troska

Avec une telle force de frappe, Paide Linnameeskond affiche la meilleure attaque de la saison, avec 80 buts marqués en 30 matchs. Un régal pour Vjatšeslav Zahovaiko, l’ancien buteur passé sur le banc voila deux ans. Un entraîneur qui progresse visiblement avec son équipe, et peut encore élever le niveau. Car si son équipe s’est montrée plus dominatrice en possession du ballon, elle est restée vulnérable défensivement, comme l’attestent les 43 buts encaissés en championnat, mais surtout l’élimination précoce en Coupe d’Estonie face au Viljandi Tulevik.

Pour améliorer l’ensemble, Paide peut compter sur sa formation. A l’image du défenseur Kristjan Pelt, qui a gagné sa place de titulaire en défense centrale à 19 ans, de l’équipe U21, championne d’Esiliiga B et promue en Esiliiga, la deuxième division, ou encore de l’équipe U19, championne elle aussi de son groupe en quatrième division. Une belle génération qui va pouvoir se mesurer aux jeunes du Flora, du Tammeka et du FCI Levadia dans l’antichambre de Premium Liiga. Le beau travail de formation de Paide s’illustre également par le départ cet été de son attaquant Kristofer Piht (19 ans) à la SPAL, où il évolue avec la Primavera.

3. FCI Levadia (57 pts)

Titré pour la dernière fois en 2014, le FCI Levadia a encore une fois manqué le seul objectif qu’il se fixe en début de saison. Et pas qu’un peu ! Car le rival intime du Flora n’a jamais semblé en position de lui contester sa suprématie. Pire, le club a pointé à la quatrième place durant une bonne partie de la saison. Un résultat qui l’aurait privé de toute compétition européenne pour la première fois depuis 22 ans ! Un terrible échec qui peut s’expliquer par plusieurs facteurs.

Le premier facteur est un manque de continuité qui, paradoxalement, devient habituel. Année après année, le club semble faire un nouveau pari. Si cela a pu marcher, comme lors du passage d’Anton Miranchuk en 2016, miser ainsi est risqué. Et cette année encore, les recrues étrangères ont déçu. Ce sont notamment trois Ukrainiens qui sont arrivés, Yuriy Kolomoets, Oleksandr Safronov et Zurab Ochigava. Avec des destins différents. Arrivé en prêt, le jeune Safronov est très bon, à tel point qu’il rappelé en Ukraine par le SK Dnipro-1 dès le mois de juillet, laissant le club de Tallinn en difficulté à son poste d’arrière droit. Ochigava a lui fait le job en défense centrale, sans surnager. Kolomoets a lui été excellent en attaque (neuf buts et huit passes décisives en 24 matchs) mais a été contraint de quitter l’Estonie avant la fin du championnat, suite à l’expiration de son visa. La pandémie ayant obligé la fédération à retarder le championnat, celui-ci a terminé plus tard que prévu… Autre arrivée, celle de l’attaquant Camerounais Manucho. Un joueur qui a déjà évolué avec succès en Estonie puisqu’il a terminé en 2012 meilleur buteur d’Esiliiga (D2) sous le maillot du FCI Tallinn. Son retour est bien moins glorieux. Souvent maladroit devant le but, Manucho ne s’impose pas. Evoluant à 19 reprises seulement, relégué à deux reprises en réserve, il quitte le club avant même la fin de saison. Au final, aucun de ces éléments ne sera présent l’an prochain.

Manucho, mauvaise mine © Raido Kull

Sur le banc également, l’incertitude est présente. L’an dernier, le Serbe Aleksandar Rogic a été démis de ses fonctions en cours de saison, laissant son jeune adjoint Vladimir Vassiljev finir la saison. Pour la nouvelle saison, le FCI Levadia s’offre une pointure en la personne de Martin Reim, précédemment à la tête de la sélection nationale. Las, l’expérience tourne court. A la mi-juillet, Reim quitte le club, se plaignant de trop nombreuses dissensions au sein de l’effectif. Une démission inattendue au soir de la 11e journée. Alors qu’il compte déjà sept points de retard sur le Flora, le FCI Levadia est mis à mal. Vassiljev reprend l’intérim, alors que le club cherche un nouvel entraîneur. Le nom de Sergey Frantsev est annoncé, mais les choses trainent en longueur. Au bout de deux semaines, sa venue est officiellement annulée. Entre temps, l’équipe a perdu face au Flora et à Paide. Fin de la course au titre. Et Vladimir Vassiljev reste finalement sur le banc.

L’organisation a fait défaut, mais les éléments extérieurs n’ont eux aussi pas été favorables. Notamment lors de la participation en Ligue Europa. Lors du tirage au sort, le FCI Levadia tombe sur le vainqueur du match de qualification entre le B36 Torshavn et St Joseph’s. Des adversaires a priori plus faibles, mais qui s’affrontent une semaine plus tôt seulement. Problème, ce délai est trop court pour l’obtention des visas des joueurs extra-européens. S’ensuit une situation ubuesque où, entre blessés, suspendus et joueurs sans visa, le FCI Levadia se déplace aux Iles Féroë avec un effectif réduit à onze joueurs, accompagnés de jeunes de l’équipe U21. Pour au final, une défaite (3-4) au bout des prolongations.

Pour ce match, le FCI Levadia a notamment été privé de son meneur Aimé Marcellin Gando Biala. Une absence qui s’est vue tant le Camerounais a porté une fois encore son équipe, dont il est le meilleur buteur cette saison. Gros travailleur, Gando Biala a encore beaucoup progressé, notamment sur le plan physique. A 22 ans, le milieu offensif a annoncé son départ cet hiver, à la fin de son contrat. Prévu de longue date, son départ reste un véritable coup dur pour le club, qui aura du mal à le remplacer après ses cinq très belles années.

Et c’est tout le problème pour le FCI Levadia, qui va encore devoir bouleverser son effectif à l’intersaison. Car peu nombreux ont été les joueurs sous un bon jour cette année, mais leur page pose également problème. Parmi les meilleurs éléments de cette année, le portier Artur Kotenko a 39 ans, l’arrière gauche Dmitri Kruglov – aussi inusable que la puissance de ses frappes – a 36 ans, et Markus Jürgenson en a 33. Des joueurs qui seront néanmoins présents en 2021, aux côtés des plus jeunes Brent Lepistu, Bogdan Vaštšuk ou Mark Oliver Roosnupp, qui font désormais partie des cadres de l’effectif. A eux d’entourer les jeunes perles que sont Artjom Komlov (18 ans) et Karl Rudolf Õigus (22 ans). Véritable révélation cette saison, Õigus est passé en un été d’anonyme remplaçant à titulaire régulier sur l’aile droite, où sa vitesse et sa technique lui ont permis de se muer en passeur décisif efficace. Un joueur sur lequel le club compte s’appuyer à l’avenir… sans pour autant savoir qui sera son entraîneur en 2021 !

Õigus, une des rares satisfactions du FCI Levadia @ Jana Pipar

4. Nõmme Kalju (49 pts)

Le dindon de la farce ! Quatrième, Nõmme Kalju se voit privé d’Europe pour la première fois depuis 2014. Une immense déception pour ce club qui a fort bien débuté l’année, avant de subir de plein fouet les affres du Covid-19 sans jamais parvenir à s’en remettre. Malgré le bon travail effectué par son entraîneur Marko Kristal, cette saison 2020 sera à oublier, tant pour l’équipe, qui termine à 31 points (!) du Flora, que pour son entraîneur, qui a quitté son poste.

A l’instar du FCI Levadia, Nõmme Kalju a connu pas mal de modifications durant l’intersaison, avec un nouveau coach et de nouvelles recrues étrangères ayant la lourde tâche de remplacer les cadres Uggè, Mbu Alidor et Liliu, qui ont fait les beaux jours du club ces dernières saisons. Le travail est colossal, mais Kristal réussi à mettre en place un collectif solide qui obtient immédiatement des résultats. S’il ne résiste pas au Flora (deux défaites), Kalju tient tête à ses concurrents directs (une victoire et une défaite contre Paide, une victoire et un nul face au FCI Levadia). Une défaite surprise face au Legion et nul contre le Tammeka constituent les seuls accrocs de cette équipe qui pointe à la deuxième place du classement au soir de la 18e journée. Nous sommes fin août, moment où tout bascule.

© Jana Pipar

Une semaine avant son entrée en lice en Ligue Europa, le club officialise un cas de covid-19 au sein de son effectif. Le joueur est mis à l’isolement, mais, fidèle à sa ligne de conduite dans sa lutte contre la pandémie, le gouvernement estonien se montre intraitable et fait annuler la rencontre face aux Slovènes du NS Mura. La suite lui donne raison puisque, confiné dans un hôtel, l’effectif compte au total 17 éléments positifs une semaine plus tard. Reporté, le match de Ligue Europa se joue finalement, mais en Hongrie, sur terrain neutre. Avec une équipe plus qu’expérimentale, Nõmme Kalju est logiquement battu (0-4). Une claque physique et psychologique.

Après un mois d’arrêt forcé, l’équipe retrouve la Premium Liiga fin septembre, mais affiche un tout autre visage. La seconde partie de saison est un calvaire, avec deux petites victoires lors des douze dernières journées ! L’année se termine sur un festival, avec la défaite 7-4 sur le terrain de Paide.

Une défaite cinglante qui précipite la démission de Marko Kristal, qui sera l’an prochain l’adjoint de Sergey Frantsev, qui revient à la tête d’une équipe qu’il a portée au titre en 2018. Comme le FCI Levadia, Kalju doit reconstruire pour 2021. Il pourra compter sur les meilleurs éléments de cette année : le gardien Marko Meerits, le latéral droit Andri Markovitš, mais surtout le Russe Amir Natkho, auteur de 14 passes décisives et seul joueur à tirer son épingle du jeu au sein d’un secteur offensif très décevant. S’il faudra trouver des remplaçants valables en défense centrale à Ivan Lobay et Pedro Victor, qui n’ont pas été conservés, Frantsev aura pour principal chantier le secteur offensif, et notamment le poste d’attaquant, où personne n’a su briller cette année. Un travail sas filet, le président Kuno Tehva ayant affiché l’objectif de retrouver l’Europe à court terme, soit en gagnant la Coupe d’Estonie cet été, soit en finissant dans les trois premiers du championnat en 2021.

© Andrei Smetana

5. Tammeka Tartu (32 pts)

Difficile de comprendre la saison du Tammeka Tartu, lui qui a réussi à prendre 21 points à l’extérieur, contre seulement onze à domicile, où il ne s’est imposé qu’à deux reprises ! Le constat est néanmoins implacable : alors que son président annonçait en 2017 une place sur le podium pour cette saison, le Tammeka est très loin de pouvoir lutter pour cet objectif. Pire, son niveau a légèrement baissé cette année, avec 0,22 point de moins par match en moyenne.

Au rayon des bonnes nouvelles, le club a pu compter sur un Tristan Koskor revenu à son meilleur niveau après une année 2019 difficile. Avec ses douze buts, Koskor a été la locomotive d’un secteur offensif où son association avec Sten Reinkort a fait merveille. Derrière eux, le jeune Mihkel Järviste a lui aussi énormément progressé. Présent dans notre sélection des espoirs Footballski 2018, Järviste est devenu l’élément principal de l’entrejeu de son équipe, bien au-delà de ce que ses stats (cinq passes décisives) peuvent laisser penser.

La victoire (ci-dessus) face au FC Kuressaare résume bien la saison du Tammeka. Si le duo Koskor-Reinkort porte bien l’attaque, le secteur défensif est le gros point faible de l’équipe. Les postes de latéraux sont pourtant bien tenus. A gauche, Kevin Aloe est devenu incontournable à son poste, tout comme Mikhail Slashchev sur son côté droit. C’est dans l’axe que le bas blesse. Arrivé du FCI Levadia, Igor Dudarev n’a pas pu s’élever au niveau escompté, et le manque de partenaire au niveau ne l’a pas aidé. Club formateur par excellence, le Tammeka a subi les limites de son système, avec un manque de niveau à certains postes, et une faible profondeur de banc. Cette saison, le club n’a utilisé que 23 joueurs, dont 21 joueurs de champ (et encore, Jogi n’est apparu qu’une seule fois).

Pour 2021, l’entraîneur Kaido Koppel aura donc du travail pour redresser la barre, alors que le niveau général de la Premium Liiga s’est fortement resserré cette année. Devant, Sten Reinkort ne sera plus là. Recruté par le Flora, il est néanmoins déjà remplacé par les arrivées de Sander Kappel (Viljandi) et de l’expérimenté international Taijo Teniste, de retour de Norvège. Koppel pourra également compter sur le jeune Patrick Veelma, qui a montré de belles choses cette année, du haut de ses 18 ans. En défense en revanche, le club ne s’est pas encore renforcé en défense, alors qu’il a déjà perdu Mikhail Slashchev, en fin de contrat.

Avant comme après le huis-clos, le public de Tartu est resté l’un des plus fidèles cette saison © Liisi Troska

6. Viljandi Tulevik (31 pts)

Les apparences sont parfois trompeuses, malgré sa sixième place, le Viljandi Tulevik a réalisé une saison exceptionnelle ! On n’avait pas vu le club à pareille fête depuis sa cinquième place en 2005, c’est dire ! Au final, cette sixième place, bien qu’inespérée au départ, est une petite déception au regard de l’incroyable parcours de l’équipe en première moitié d’année.

© Marit Stepanova

Duran l’intersaison, l’EJL a mis place un système de solidarité financière aux clubs ne participant pas aux compétitions européennes, à l’image du mécanisme mis en place aux Pays-Bas. Un soutien qui a permis aux clubs de fin de classement de faire un pas vers la professionnalisation, et de resserrer les choses en Premium Liiga. Le Viljandi Tulevik est clairement le club qui a le plus profité de ce système, en faisan signer des joueurs tel que Pavel Marin (FCI Levadia), Sander Kapper (Tammeka Tartu) et de prolonger le prêt d’Herol Riiberg (Flora).

Au retour de confinement, le club connaît un printemps magique en remportant huit de ses 14 premiers matchs, avec en point d’orgue une victoire face à Paide mais surtout celle acquise face au Flora, qui connaît là son unique défaite de la saison. Un véritable exploit !

Un homme s’est particulièrement mis en valeur durant cette période : Pavel Marin. Barré au FCI Levadia, l’ailier a décidé de quitter Tallinn pour se relancer. Excellente décision ! Sur son flanc gauche, Marin a survolé la première moitié de la saison, au point de gagner sa place en sélection nationale. Mais réduire la forme de L’Avenir de Viljandi à un seul homme serait réducteur. Car bien d’autres ont brillé cette année, comme le gardien Karl-Romet Nõmm, qui a notamment réussi à garder sa cage inviolée à huit reprises. L’on peut également citer le jeune Nikita Komissarov, arrivé de l’équipe U21 du Flora et qui fait partie des joueurs ayant le plus progressé cette saison, pour sa première année en Pemium Liiga.

Karl-Romet Nõmm, symbole de la belle saison du Tulevik Viljandi © Liisi Troska

Troisième du classement à la mi-saison, à égalité avec le FCI Levadia et Paide, le Viljandi Tulevik voit son conte de fées brutalement prendre fin au mois d’août. Dans un championnat accéléré où l’on joue tous les quatre jours en moyenne, la fatigue prend le dessus. Malchanceux, le club est également mis à l’arrêt durant deux semaines après que plusieurs joueurs aient été cas contact et mis à l’isolement. Une série de six défaites consécutives le font rentrer dans le rang. Pire, le club ne remporte qu’un seul de ses 14 matchs de seconde partie de saison ! Et il voit le Tammeka passer devant, et rester après un match nul (3-3) lors du duel final.

Au final, cette année restera historique. Mais le plus dur arrive. Il faut dorénavant garder ce niveau, alors que de très nombreux changements vont être effectués cet hiver. Sur le banc, Jaanus Reitel succède à Sander Post, passé directeur sportif. Et sur le terrain, l’équipe perd ses meilleurs éléments : Karl-Romet Nõmm a été recruté par le Flora, où retourne également Herol Riiberg. Sander Kapper retourner lui au Tammeka, tandis que Pavel Marin a décidé de quitter le club, à la recherche d’un nouveau défi. Autant de joueurs essentiels auxquels il faudra trouver des successeurs de taille !

7. Legion Tallinn (31 pts)

La vie a souvent été très dure pour les promus ces dernières saisons. Le Legion n’échappe pas à la règle, mais réussit au final à se maintenir sans trop d’inquiétude en fin de saison. Grâce à la faiblesse d’une partie de ses concurrents directs, mais également grâce à sa capacité de réaction sur le marché des transferts.

Pour sa toute première saison dans l’élite, le Legion a décidé de miser sur l’expérience pour garder sa place, avec le recrutement de trentenaires aguerris comme le portier Pavel Londak, Nikolay Mashichev (tous deux du Nõmme Kalju), Kirill Nesterov (FCI Levadia) et Artjom Artjunin, mais aussi les plus jeunes German Slein et Maksim Gussev, tous deux cédés par le Flora.

Pavel Londak, 40 ans et toute son efficacité © Liisi Troska

Si Londak fait des miracles sur sa ligne, la mayonnaise a du mal à pendre. Au soir de la 19e journée, le promu n’a remporté que trois petits matchs et ne doit sa neuvième place qu’à l’extraordinaire faiblesse de la lanterne rouge Kalev. Mais les choses évoluent ensuite. A l’image de Paide par exemple, le Legion profite de l’arrêt des compétitions dans plusieurs pays européens pour rapatrier des joueurs libérés. Trois nouveaux trentenaires rejoignent l’équipe : Albert Prosa, Nikita Andreev et Aleksandr Dmitrijev, qui revient sur les terrains après avoir été libéré de son poste d’entraîneur au Kalev.

Si Prosa est un échec, l’arrivée de Nikita Andreev est une franche réussite. Arrivé de quatrième division espagnole, le buteur n’a rien perdu de son envie. Avec ses 10 buts marqués en quatorze apparitions, Andreev est le chainon manquant d’une équipe qui n’avait pas marqué durant sept matchs consécutifs en début de saison. Son efficacité permet au Legion d’assurer son maintien en passant même devant Kuressaare et le Trans Narva. Le contrat est rempli. Reste maintenant à confirmer l’an prochain.

Nikita Andreev © Jana Pipar

8. Trans Narva (25 pts)

La grosse déception de cette année. Cinquième en 2017, quatrième en 2018, le Trans Narva avait perdu du terrain l’an dernier. Mais cette saison a été pire encore, avec un ombre de points par match réduit de moitié ! Chronique d’une saison où tout a raté.

En 2019, la saison du Trans Narva a été pourrie par les problèmes récurrents avec ses entraîneurs, pas moins de quatre en une saison ! En choisissant le Turc Cenk Özcan, déjà passé en 2018, le club espère tenir sur le long terme. Espoirs rapidement déchus. Le début de saison est pourtant glorieux, avec la réception, pour la première fois à Narva, de la Supercoupe d’Estonie, où le tenant du titre est logiquement battu (2-0) par le Flora. Dans la foulée, c’est de nouveau en Coupe que le club brille en éliminant Kalju en quarts de finale.

En championnat, les choses sont en revanche bien plus difficiles. Inexplicablement d’ailleurs. Le Trans Narva joue bien, mais rate systématiquement l’occasion de s’imposer. L’équipe tient tête aux meilleurs, mais ne s’impose pas : 0-1 contre Kalju, 2-3 face au Flora (avec un but encaissé à la 88e minute), 1-2 contre Paide (avec deux penaltys imaginaires), ou encore ce match fou conclu à 4-4 face au FCI Levadia. Sans oublier ce match perdu 2-3 face à Kuressaare après avoir mené 2-0…

Au soir de la 10e journée, le Trans Narva n’a ainsi toujours pas gagné le moindre match, et pointe en dernière place du classement avec trois points. C’est la fin pour Cenk Özcan, démis de ses fonctions, et un deuxième intérim en quelques mois pour son adjoint Oleg Kurotškin, qui reste en poste jusqu’en fin de saison. Ironiquement, c’est dès le match suivant que l’équipe remporte enfin sa première victoire, face à Paide. La première d’une série de cinq succès en sept matchs. L’on pense alors la machine enfin lancée, mas il n’en est rien. Les bonnes individualités ne font pas une équipe, un phénomène qui s’accentue alors que la tension monte sur les terrains, notamment face à un arbitrage perçu comme trop défavorable.

Elysée Irie cherche en vain une solution © Brit Maria Tael

Après la belle période estivale, où le redressement en championnat se double d’une nouvelle finale de Coupe (encore perde face au Flora), le club de Narva retombe dans une nouvelle série de dix matchs sans victoire. Le maintien est néanmoins assuré par un succès (3-0) face à Kuressaare, alors que le club est obligé de libérer deux de ses joueurs, faute de visa, avant la fin de saison.

Deux départs qui ne sont pas les seuls. Après avoir libéré le gardien Andreas Vaikla, le Trans Narva perd également les attaquants Plotnikov (fin de contrat) et surtout Geoffrey Chinedu (fin de prêt), mais aussi la quasi-totalité de ses joueurs étrangers. Afin de préparer au mieux la nouvelle saison, le club a déjà officialisé l’arrivée du Russe Igor Pyvin sur son banc. Pas encore arrivé en Estonie (eh oui…), ce dernier pourra compter sur le meilleur joueur de l’équipe, le milieu offensif Aleksandr Zakarljuka, mais aussi sur les jeunes Martin Käos, prêté par le FCI Levadia et qui a signé pour deux ans, et Nikita Mihhailov, l’une des révélations de cette saison à 18 ans à peine.

9. FC Kuressaare (24 pts)

Ls années se suivent et se ressemblent plus ou moins pour le FC Kuressaare. Promu en 2018, le club de l’île de Saaremaa termine pour la troisième fois consécutive en position de barragiste, arrachant son maintien au bout du match aller-retour face au deuxième d’Esiliiga.

La joie du maintien © Allan Mehik
Les supporters de Kuressaare, parmi les plus actifs du pays © Allan Mehik

Mais cette année a été plus difficile que prévu pour l’île de Saaremaa, berceau supposé de l’épidémie de covid-19 en Estonie, qui s’est soudain accrue après un match de volley face à une équipe venue de Milan début mars, alors qu’un festival se tenait sur le même site. Les hôpitaux ont rapidement été débordés, et de nombreux malades rapatriés dans le reste du pays. Même chose pour toute l’équipe du FC Kuressaare, contrainte de vivre la période de confinement sur le continent, alors que les liaisons étaient coupées avec l’île. Alors que la fédération prévoyait de leur faire disputer une série de matchs à l’extérieur afin de limiter les déplacements, ses joueurs ont finalement pu retrouver leur stade dès le retour du championnat à la mi-mai.

A la reprise de la compétition, l’équipe est à son rang, perdant contre les favoris mais s’imposant face à ses concurrents directs pour le maintien. Et s’offre même un beau 3-0 face à un Tulevik Viljandi alors en pleine forme. Las, elle aligne ensuite une terrifiante série de… 17 matchs sans victoire ! Avec un Sander Läht bien moins tranchant que l’an dernier, le FC Kuressaare doit s’appuyer sur son collectif, ce qui s’avère compliqué avec un effectif jeune, et dont pas moins de six joueurs arrivent en prêt du Flora U21. Sans compter le gros handicap subi dès l’été, lorsque le défenseur Marco Lukka est rappelé en catastrophe par le club de la capitale.

Au final, Kuressaare assure sa place de barragiste en fin de saison, et aborde son duel face à Maardu, relégué l’an dernier, en position de favori. Un statut assumé dès le match aller. Un match absolument dingue, remporté 3-5 à l’extérieur après que les eux équipes aient mené au score, alternant des buts tantôt splendides, tantôt absurdes, et quelques ratés du meilleur goût. Le match retour n’est pas en reste, avec une nouvelle victoire (4-2). En avant pour une nouvelle saison dans l’élite, certainement aussi difficile que les dernières.

10. Kalev Tallinn (20 pts)

Trois ans après avoir retrouvé l’élite, le Kalev Tallinn, véritable club historique puisqu’il a été champion d’Estonie en 1923 et 1930, retrouvera l’an prochain l’Esiliiga, la deuxième division. Une déception, forcément, mais pas un échec pour ce club formateur dans l’âme, dont le très jeune effectif pourra certainement bénéficier d’un plus grande liberté d’action à l’échelon inférieur.

Dans sa lutte pour le maintien, Kalev mise clairement sur sa formation. Le groupe de 27 joueurs utilisés cette saison en Premium Liiga affiche en effet une moyenne d’âge de18 ans seulement ! Avec parmi eux des joueurs déjà devenus des cadres incontournables, à l’image de Daniil Sõtšugov, qui a disputé tous les matchs de son équipe, pour sa deuxième saison dans l’élite à 17 ans à peine. Sõtšugov qui a été nommé, tout comme le milieu offensif Murad Velijev (18 ans) parmi les meilleurs jeunes du championnat cette saison. L’on peut également citer parmi les réussites du club le transfert cet été à l’AS Roma du milieu axial de 16 ans Martin Vetkal.

Cela n’a malheureusement pas été suffisant pour se sauver cette saison. Pour sa première expérience sur un banc, l’ancien international Aleksandr Dmitrijev ne convainc pas. Moribonde, son équipe ne montre aucun fond de jeu, peine à aligner les passes et entame une longue traversée du désert de 17 matchs consécutifs sans victoire. Le tournant intervient fin août, avec l’arrivée de son successeur, le Letton Dmitrijs Kalašnikovs.

Après avoir sauvé le FC Kuressaare l’an dernier, le technicien doit réaliser un véritable miracle, car personne ne voit son équipe s’en sortir, elle qui compte neuf petits points… et autant de retard sur son premier concurrent ! Et pourtant, il le réalise presque. Après quelques match d’adaptation à un nouveau système qui lui redonne peu à peu confiance, l’équipe renoue avec la victoire, à trois reprises en cinq journées. Au soir de la 27e journée, Kalev a doublé son capital et est revenu à deux petits points de Kuressaare. Décisives, les trois derniers matchs ne tournent pas dans le bon sens (deux nuls et un défaite). Mais Kalašnikovs a montré que cette jeune équipe avait finalement le niveau.

L’objectif sera maintenant de retrouver l’élite rapidement. Avec un nouvel entraîneur, puisque l’international Ats Purje quitte la Finlande pour rejoindre Kalev, où il vient d’être nommé entraîneur-joueur. Et ce sera sans l’homme fort de cette équipe, son gardien Karl Andre Vallner (21 ans), qui au bout d’une saison remarquable, a gagné un transfert au FCI Levadia. En attendant de savoir où ira son meilleur buteur, Hannes Anier (petit frère de Henri Anier, le buteur de Paide), qui ne restera pas au club.

L’équipe de l’année

© soccernet.ee

Sans surprise, l’équipe de l’année votée par les fans est composée en quasi-intégralité de joueurs du Flora et de Paide, les deux équipes qui ont écrasé la saison. Le seul intrus est Pavel Marin, qui réalise l’exploit de doubler Amir Natkho ou Vlasiy Sinyavskiy sur son flanc gauche. Pas une mince affaire en jouant dans une équipe de milieu de tableau. Notons l’absence rare de tout joueur du FCI Levadia et du Nõmme Kalju.

Les buts de l’année

Comme chaque année, la Premium Liiga permet d’élire chaque mois le plus beau but. Ce qui nous offre en fin d’année une belle sélection de patates longue portée et de lucarnes bien nettoyées. Lequel mérite le titre de plus beau but de l’année ?

L’autre but de l’année, c’est celui marqué par Rauno Sappinen (encore lui !) avec l’équipe nationale estonienne. Un but magnifique – seul rayon de soleil au cœur d’une bien terne année pour la sélection estonienne – qui lui vaut le Ballon d’Argent 2020 remis par l’EJL, la fédération nationale estonienne.

Pierre-Julien Pera

Image à la Une © Liisi Troska

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