2012 : quand le transfert de Witsel a failli faire exploser le Zenit

Karim Hameg
Karim Hameg - Publié le 11 janvier 2017

Après un peu plus de quatre ans de bons et loyaux services, Axel Witsel vient de quitter le Zenit Saint-Pétersbourg. Convoité par la Juventus, le milieu de terrain international belge a préféré privilégier l’aspect financier (un salaire de 50 millions d’euros sur trois ans !) et a choisi de signer, de manière surprenante, au Tianjin Quanjian, en Chine. Ce n’est pas la première fois qu’Axel Witsel fait un choix de carrière surprenant aux yeux des observateurs : son arrivée au Zenit Saint-Pétersbourg, en septembre 2012, avait déjà fait couler beaucoup d’encre. Elle a surtout causé des remous à l’intérieur même du club russe qui n’ont pas été sans conséquence sur la saison vécue par celui-ci.

Le contexte sportif

Quand démarre la saison 2012/2013, le Zenit Saint-Pétersbourg surfe sur la vague du succès. Le club entraîné par l’Italien Luciano Spalletti reste à l’époque sur deux titres de champion de Russie consécutifs. Il a également remporté une coupe de Russie (2010) ainsi qu’une Supercoupe (2011). Sur la scène européenne, enfin, le Zenit s’est distingué en Ligue des Champions en franchissant pour la première fois de son histoire la phase de poules (au détriment, notamment, du FC Porto) avant de se faire éliminer en huitièmes de finale par Benfica, malgré une belle victoire au match aller (3-2, 0-2).


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La saison démarre plutôt bien pour le Zenit malgré une défaite en Supercoupe face au Rubin Kazan (0-2). Après sept journées de championnat, il est en tête avec cinq victoires pour un match nul et une défaite et est à la fois meilleure attaque (17 buts marqués) et la meilleure défense (4 buts encaissés).

Arrive alors la dernière journée du mercato estival. Le 2 septembre 2012, le Zenit Saint-Pétersbourg frappe très fort en enrôlant Hulk et Axel Witsel pour près de 100 millions d’euros. Le premier cité, international brésilien, débarque du FC Porto et est tout simplement l’un des joueurs les plus convoités d’Europe à l’époque. Quant au second, plus méconnu, il arrive de Benfica où il s’est vite imposé comme titulaire au milieu après avoir été l’un des piliers du Standard de Liège au sein duquel il formait avec Steven Defour et Marouane Fellaini un trio de choc au milieu de terrain. Witsel est en outre, à 23 ans seulement, l’un des cadres d’une sélection belge qui monte en puissance.

Вячеслав Евдокимов – fc-zenit.ru / © Wikimedia Commons

Avec l’arrivée de ce duo issu du championnat portugais, le Zenit Saint-Pétersbourg veut enfin se montrer à la hauteur de ses ambitions sur la scène continentale. Ces investissements font parler dans le reste de l’Europe et Carlo Ancelotti, alors entraîneur du PSG, n’hésite pas à placer le Zenit comme outsider pour la victoire finale.

Un effectif à dominante russe

Ses premiers coups d’éclats, le Zenit les a réalisés avec une équipe à forte dominante russe. Ainsi, seuls quatre joueurs étrangers figuraient dans le onze de départ aligné en finale de la Coupe de l’UEFA 2008 sous la direction de Dick Advocaat, remportée par le Zenit face aux Glasgow Rangers (2-0) : le Croate Ivica Križanac, le Tchèque Radek Širl, l’Ukrainien Anatoliy Tymoshchuk et le Turc Fatih Tekke, ce dernier profitant de la suspension de Pavel Pogrebnyak (un Russe) pour se faire sa place à la pointe de l’attaque.

L’équipe alignée par Luciano Spalletti était elle aussi majoritairement constituée de joueurs russes, leur nombre dans l’équipe-type pouvant varier de cinq à huit. Les étrangers présents le plus régulièrement dans l’équipe étaient Bruno Alves (Portugal), Nicolas Lombaerts (Belgique), Tomáš Hubočan (Slovaquie), Domenico Criscito (Italie) et l’indispensable Danny (Portugal).


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L’un des symboles de cette identité russe dans l’effectif d’alors est Igor Denisov. À 28 ans, ce joueur de toujours du Zenit traverse alors la meilleure période de sa carrière. Buteur en finale de la Coupe de l’UEFA 2008, Denisov est un ancien milieu relayeur replacé devant la défense par Luciano Spalletti, avec succès. Homme clé du trio du milieu de terrain qu’il constitue en club comme en sélection avec Roman Shirokov et Konstantin Zyryanov, le milieu défensif a été élu meilleur joueur de RPL en 2011/2012, a été titulaire avec la Russie durant l’Euro en fournissant de bonnes prestations et il vient d’être désigné capitaine de la Sbornaya par Fabio Capello, arrivé durant l’été 2012 à la tête de la sélection russe.

Igor Denisov sera, comme les deux recrues, au cœur des troubles qui vont agiter le Zenit.

Mauvais résultats et crise interne

Le premier match du Zenit Saint-Pétersbourg avec ses nouvelles recrues a lieu le 14 septembre 2012, juste après la trêve internationale. Il s’agit d’un match au sommet face au Terek Grozny, surprenant co-leader du championnat. Hulk et Witsel démarrent sur le banc. Le Brésilien entre en jeu à la pause, le Belge à vingt minutes du terme. Ces changements seront sans effet et pire encore, les Tchétchènes repartent du stade Petrovsky avec les trois points de la victoire grâce à deux buts tardifs (2-0). Quatre jours plus tard, le Zenit joue son premier match de Ligue des Champions de la saison sur le terrain de Malaga. Hulk est titulaire tandis que Witsel n’est pas dans le groupe. Face à des Andalous emmenés par un Isco intenable, le club russe s’écroule et se retrouve mené 0-2 après moins d’un quart d’heure de jeu. Il s’en tirera finalement avec une lourde défaite (0-3) qui compromet déjà ses chances de qualification pour les huitièmes de finale.

Le match suivant est un déplacement sur le terrain du Krylia Sovetov Samara, un match a priori à la portée du Zenit. Surprise : Igor Denisov ne figure pas dans le groupe. Sur le terrain, le club de l’ancienne capitale impériale patine et se retrouve mené 0-2 à la pause. Hulk, pour son premier but en Russie, puis Shirokov permettront au Zenit de limiter les dégâts et de s’en sortir avec un match nul (2-2).

Александр Мысякин – soccer.ru / © Wikimedia Commons

Les raisons de la mise à l’écart d’Igor Denisov seront connues par la suite. Celui-ci avait en fait été très affecté par les arrivées de Hulk et de Witsel et par leurs salaires plutôt conséquents (6,5 millions d’euros annuels pour le Brésilien, 3 pour le Belge). Estimant que les deux joueurs ne méritaient pas leur salaire au vu de leur niveau et reprochant en creux à sa direction un manque de considération envers les joueurs russes, Denisov entre en conflit avec les dirigeants du club et il se retrouve en conséquence exclu de l’équipe (lire L’équipe ici et 7sur7 ici) et condamné à jouer avec les jeunes. Il est soutenu en interne par nombre de joueurs russes de l’équipe, notamment par Aleksandr Kerzhakov qui n’hésite pas à moquer depuis le banc de touche le style de jeu de Hulk.

Dans l’opinion publique russe, la fronde menée par Denisov passe plutôt mal car si le joueur a un salaire moins important que celui des nouveaux arrivants, il n’en est pas moins l’un des joueurs les mieux payés du championnat et il dispose bien évidemment d’un niveau de vie bien meilleur que celui de la plupart de ses compatriotes.

La suite des événements

Un temps exclu, Aleksandr Kerzhakov est rapidement réintégré dans l’équipe. Il figure notamment dans l’équipe qui concédera une défaite rageante à domicile face au Milan AC en Ligue des Champions (2-3), une défaite qui condamne quasiment le Zenit à l’élimination. Igor Denisov ne réintégre quant à lui le groupe qu’au début du mois de novembre, à l’occasion d’un match gagné face au FK Rostov (2-1). Il entre en jeu à la 59ème minute en lieu et place de Viktor Fayzulin.

Cette affaire aura affecté la saison du Zenit. Loin de l’émulation souhaitée, l’arrivée de Hulk et Witsel a perturbé un groupe qui se connaissait depuis longtemps et qui était sur une bonne dynamique sans que cela ne justifie bien évidemment le comportement de Denisov et des autres. Au final, la saison 2012/2013 du Zenit Saint-Pétersbourg sera ratée avec une deuxième place en championnat, une élimination dès le premier tour de la Ligue des Champions puis en huitièmes de finale de Ligue Europa et enfin avec une élimination en demi-finales de la coupe, par l’Anzhi Makhachkala (0-1).

L’Anzhi Makhachkala, c’est justement le club que rejoindra Igor Denisov en fin de saison, un choix dicté avant tout par des raisons financières. L’aventure du milieu défensif au Daguestan tournera court : des tensions entre le joueur et des cadres de l’équipe (Lassana Diarra et Samuel Eto’o notamment) ainsi que les mauvais résultats du club lors des premières journées de championnat pousseront le propriétaire de l’Anzhi Suleyman Kerimov à réduire les frais de fonctionnements du club. Denisov quittera l’Anzhi après trois matchs seulement pour signer au Dinamo Moscou.

© Wikimedia Commons

Hulk et Witsel resteront quant à eux au Zenit Saint-Pétersbourg. Les deux joueurs, pourtant régulièrement annoncés sur le départ, ont fini par s’intégrer au club et ils en deviendront des éléments moteurs. Hulk quittera le Zenit pour le Shanghai SIPG à l’été 2016 tandis qu’Axel Witsel restera six mois de plus avant de rejoindre un autre club chinois, le Tianjin Quanjian. Les deux joueurs n’auront pas véritablement permis au Zenit de franchir un palier : le palmarès du club durant leur présence est assez mince avec un titre de champion de Russie (2014/2015), une coupe de Russie (2015/2016) et deux Supercoupes de Russie (2015 et 2016). Sur la scène européenne, le Zenit aura franchi deux fois la phase de poules de la Ligue des Champions (2013/2014 et 2015/2016, avec une superbe phase de poules) pour se faire éliminer à chaque fois au stade des huitièmes de finale. Il aura également atteint les quarts de finale de la Ligue Europa en 2014/2015.

Karim Hameg


Image à la une : © Вячеслав Евдокимов / ФК «Зенит» (Veaceslav Evdokimov – FC Zenit) / fc-zenit.ru

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Ex-géographe aujourd'hui dans l'informatique, passionné de football russe et ukrainien.

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