Euro 2016 : Danny l’absent

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Publié le 6 juillet 2016

Ce soir le Portugal va jouer à Lyon pour une place en finale face à la surprenante sélection galloise mais chez les hommes de Fernando Santos, un homme est absent de la liste : Danny. Celui qui est devenu en quelques années, un des symboles du Zenit Saint-Pétersbourg n’a jamais eu de chance avec les blessures et à cause d’une rupture des ligaments, il a dû regarder un nouveau tournoi international à la télévision. Revenons sur l’homme et sa carrière alors que l’on ne devrait plus le revoir sur un terrain avant l’année prochaine.

 

De Caracas à Madère

En effet, Daniel Miguel Alves Gomes est né en 1983 à Caracas, la capitale du Venezuela et ne retrouvera le Portugal qu’à l’âge de quatorze ans. Ses parents ont en fait émigrer dans les années 1950 comme bon nombre de Portugais. Quasiment 100 000 sont alors parti s’installer en Amérique du Sud dont une bonne moitié était originaire de l’île de Madère. Une immigration qui a donné a également donné au football Leonardo Jardim ou une équipe quatre fois championne du Venezuela entre 1986 et 1993, le Maritimo de Venzuela (en hommage au Maritimo Funchal, club phare de l’île). C’est d’ailleurs avec le Maritimo que le jeune Danny va associer pour la première fois football et Portugal lorsqu’à l’âge de quatorze ans, il quitte son pays natal pour rejoindre son Grand-Père à Funchal. Une période qui sera d’ailleurs difficile pour lui car il n’aura pas le droit de jouer avec les équipes de jeunes du club pendant plus de six mois à cause de problèmes administratifs avec son passeport. C’est peut-être ce qui l’a rendu plus fort, car il se souvient avoir beaucoup pleuré à cette époque, à la fois loin de ses parents et de sa passion, mais il finira par s’imposer en équipe de jeunes comme en équipe première une fois les problèmes réglés.

Malgré son retour au Portugal et le fait qu’il ait aidé ses parents à revenir également dès qu’il a commencé à toucher un salaire de footballeur professionnel, il n’oublie pas pour autant son pays natal. Ainsi il revendiquait avec fierté en 2010, être le premier Vénézuélien à disputer une Coupe du Monde (NDLR : en Afrique du Sud avec le Portugal) et regrettait que la sélection vénézuélienne n’ait jamais réussi à se qualifier. Il indiquait également rêver de pouvoir rentrer à la maison un jour, lui qui est parti d’Amérique du Sud, il y a déjà quasiment vingt ans. Il a d’ailleurs toujours accepté les sollicitations des médias locaux et insistait pour y répondre en espagnol.

 

Des débuts professionnels compliqués

Après sa première saison à Funchal, Danny est repéré par le Sporting Portugal qui le fait signer sans vraiment lui faire confiance et le renvoie directement sur son île au bout d’un an en prêt alors qu’il n’aura jouer qu’un seul match pour le club lisboète. Une saison pleine plus tard, il revient à Lisbonne et cette fois, il semble rentrer dans les plans de José Peseiro qui le fait participer à la plupart des matchs en cette fin d’année 2004. Danny a 22 ans et est le joker des Leoes. Cependant, il va accepter un challenge complètement inattendu et donner un tournant décisif à sa carrière. Jorge Mendes l’envoie alors au Dinamo Moscou qui lance un projet fou, qui sera un échec comme finissent souvent les projets du club maudit.

Après une neuvième place, et avec le légendaire Oleg Romantsev aux commandes, le Dinamo fait signer Danny mais également ses compatriotes Luis Loureiro, Cicero, Nuno Frechaut, Jorge Ribeiro, ainsi que Derlei, champion d’Europe avec Porto. L’adaptation est difficile pour un tel effectif mais la stratégie de l’ancien club du NKVD est en place : le Portugal est l’avenir du football croit-on là-bas et dès juillet, Maniche, Nuno Espirito, Costinha, Thiago Silva ainsi que le Grec Seitaridis se rajoutent à la fête. On trouve même un entraîneur brésilien pour chapeauter le tout, mais les résultats ne suivent pas et le Dinamo finit neuvième. Dans tout ça, le jeune Danny qui était sans doute la moins clinquante des recrues de cette folie moscovite, fût le joueur le plus utilisé par les trois entraîneurs s’étant succédé à la tête du club.

Danny aux prises avec Evseev, sous les couleurs du Dinamo. ⒸDima Korotayev/Epsilon/Getty Images

Danny aux prises avec Evseev, sous les couleurs du Dinamo. ⒸDima Korotayev/Epsilon/Getty Images

En 2006, tout ira encore plus mal pour le club moscovite malgré l’arrivée de Yuri Semin, les lusophones sont quasiment tous repartis ou tricards (Maniche, Seitaridis ou Costinha seront écartés) et seuls Derlei, Cicero et Danny continuèrent une aventure tendue avec une seule victoire jusqu’en août (contre le Luch Vladivostok) et une quatorzième place finale à la limite de la relégation grâce au retour de Coach Kobelev. C’est avec cet entraîneur fidèle et au sein d’un effectif beaucoup plus rationnel que Danny va connaître ses meilleurs moments dans la capitale russe : cinquième en 2007 et troisième en 2008, saison dont il ne verra pas le terme avec le Dinamo puisqu’il est transféré fin août.

 

La sélection portugaise, une histoire à remous

C’est en 2007 alors qu’il est toujours au Dinamo, que le jeune milieu de terrain portugais fait part en interview de son rêve de jouer un jour pour le Portugal. Lui qui a obtenu la médaille de bronze en 2004 avec les espoirs portugais pensent avoir été souvent supervisé par le sélectionneur Scolari « Quand je suis arrivé au Dinamo, il y avait de nombreux joueurs de l’équipe nationale, ainsi l’entraîneur a eu l’occasion de me voir jouer assez fréquemment ». Son rêve se réalisa donc un peu plus d’an plus tard, le 20 août 2008, contre les Îles Féroé. Trois jour plus tard, il disputa son dernier match avec le Dinamo, mais avec le Portugal, il va s’installer durablement.

Seulement, voilà, Danny est parti jeune et est assez méconnu au Portugal comme nous l’explique Nicolas Vilas. Personne ne conteste vraiment sa présence, mais il n’apparaît pas indispensable non plus car il n’a jamais été vu par les supporters de la Selecçao car il n’a jamais porté vraiment les couleurs de l’un des grands du pays. De plus, il est assez difficile de savoir comment l’utiliser. C’est d’ailleurs ce qui ressort le plus chez les suiveurs de l’équipe nationale : a quel poste doit-il être utilisé ? Neuf et demi ? Dix ? Sur le côté ? En Russie, il montre son talent principalement sur l’aile gauche, mais la place est réservée par Cristiano Ronaldo au Portugal. Ses prestations sont également convaincantes en position de neuf et demi en club mais seulement les tactiques du Portugal et du Zenit sont clairement différentes et le joueur ne parvient pas à s’imposer à la hauteur que son talent le voudrait.

Néanmoins, titulaire ou remplaçant, il va effectuer toutes la campagne de qualifications au mondial 2010 ainsi que la compétition elle-même avant d’enchaîner avec les éliminatoires de 2012 et de voir son élan coupé avec une deuxième rupture des ligaments. Il va manquer l’Euro polono-ukrainien et va petit-à-petit disparaître de la sélection, la faute à une brouille avec le nouveau sélectionneur Paulo Bento. Trois apparitions et puis c’est tout, pas de deuxième coupe du monde pour l’enfant de Caracas. Les deux hommes ne vont jamais s’épancher sur les raisons de cette brouille, mais Danny aurait décliné une sélection sur blessure avant d’être très (trop ?) rapidement aligné en club. On ne saura jamais vraiment le fin mot de l’histoire, sachant que Paulo Bento avait une fâcheuse tendance à se brouiller avec ses joueurs.

Danny sous le maillot portugais, bientôt une image d'archive ? ©MIGUEL RIOPA/AFP/Getty Images)

Danny sous le maillot portugais, bientôt une image d’archive ? ©MIGUEL RIOPA/AFP/Getty Images

Ironie du sort, c’est Fernando Santos, nommé en 2014 après une défaite portugaise contre l’Albanie qui va le rappeler. Ce même entraîneur qui ne lui avait pas fait confiance au Sporting en 2003, préférant le renvoyer en prêt sur son île de Madère. Danny revient donc, et une nouvelle fois, ne donna pas d’explication sur son absence pendant deux ans, prétextant qu’il n’en avait pas lui-même : « Personne ne doit donner d’explications. L’entraîneur fait ses choix et nous devons les accepter » déclare-t’il alors. Toujours est-il que Danny est de nouveau titulaire en équipe nationale, face à la France tout d’abord puis dans les cinq matchs de qualifications suivants. En fait, il participera à la campagne éliminatoire complète (à l’exception du match perdu par Paulo Bento) mais il ne trouve toujours pas complètement sa place sur le terrain, d’abord « neuf » puis ailier gauche tant dans un 4-3-3 que dans un 4-4-2, il finira par jouer relayeur dans un système en 4-1-2-3 non sans être passé par le poste de numéro 10. Un poste où tout le monde espérait pourtant le voir exploser car Fernando Santos avait l’habitude de jouer avec un meneur de jeu à l’ancienne dans la plupart de ses équipes. Seulement le pragmatisme a pris le dessus et le sélectionneur s’adapte et se cherche tactiquement.

Titulaire ou remplaçant ? Oui mais à quel poste ? Voici les question qu’on se posait sur lui avant l’Euro au Portugal mais il était acquis qu’il serait dans le groupe, mais une blessure, une nouvelle rupture des ligaments ont eu raison de lui et Danny n’aura jamais participé à une seule phase finale de Championnat d’Europe des Nations. Ainsi s’est (sans doute) terminée son histoire en équipe nationale au soir d’un amical relocalisé contre la Belgique. 37 sélections pour 4 buts pour le maudit, souvent blessé au mauvais moment et qui aura pris part à quatre phases de qualifications pour ne jouer qu’une seule phase finale avec son pays.

 

Homme et joueur fidèle

Visiblement il s'est bien habitué aux conditions locales. Ⓒ Ogol.com

Visiblement il s’est bien habitué aux conditions locales. Ⓒ Ogol.com

Au lendemain de sa première sélection, il a donc rejoint le Zenit Saint-Pétersbourg. Nous sommes en 2008 et le club de la capitale impériale vient tout juste de remporter la Coupe UEFA et s’apprête à disputer la Supercoupe d’Europe contre Manchester United. Premier match, premier but et premier trophée ! Le ton de la carrière péterbourgeoise du Portugais était ainsi donné. Les sept saisons qui allaient suivre se termineront toutes sur le podium du championnat avec trois titres et deux coupes de Russie et ce malgré les blessures. Ils est d’ailleurs toujours prêt à gagner pour sa neuvième saison au club.

En effet, Danny est un homme fidèle, tout d’abord dans sa vie privée où il a rencontré celle qui allait devenir sa femme, Petra alors qu’il n’avait que 17 ans (elle 14) mais surtout dans le football. Ainsi il y a un peu plus d’un an, arrivé en fin de contrat, il annonçait son départ du Zenit et pensait avoir joué son dernier match mais un coup de téléphone de son ex-club allait le faire revenir. Il a déclaré qu’il devait s’engager avec un club européen le lendemain, mais que ce coup de téléphone avait tout fait changer. Saint-Pétersbourg est donc devenu sa maison (après Caracas et Funchal) au point qu’il s’est fait tatouer un monument de la ville sur le corps. Sa famille également était soulagé de rester dans sa ville d’adoption. « Это наш дом » [Eto nash dom], fût sa courte explication sur son retour soudain et inattendu : « C’est notre maison ». Il faut savoir que ses jumeaux Francisco et Bernardo jouent dans les équipes de jeunes du Zenit et pourraient bien un jour porter le maillot de… la Sbornaya puisqu’ils ont reçu la nationalité russe au mois de juin, ce qui leur permet surtout de participer aux tournois régionaux de Saint-Pétersbourg. Deux enfants qui se voient donc jouer seulement au Zenit et se prennent à rêver que leur père entraîne alors le club comme ils l’ont dit dans une interview datant de 2014.

Le tatouage du joueur en l'honneur de sa ville d'adoption. Ⓒ Instagram du joueur.

Le tatouage du joueur en l’honneur de sa ville d’adoption. Ⓒ Instagram du joueur.

Avant devoir si les jeunes héritiers de la famille porteront un jour ce maillot, Danny père a lui à ce jour fait 242 apparitions pour l’équipe première avec 64 buts et 72 passes décisives, ayant donc influé quantitativement sur le résultat de plus de la moitié des matchs auquel il a participé. Avec 161 matchs de RPL pour le Zenit, il n’est resté sur le banc que lors d’un seul match (contre le Torpedo l’an passé) et n’a perdu que 14 matchs sous ses couleurs fétiches en championnat. Il fût élu sept fois dans les 33 meilleurs joueurs du championnat, donc six sous les couleurs de Piter et quatre dans la première équipe. La principale ombre au tableau, là encore, ont été ses blessures qui lui auront coûté 77 matchs soit l’équivalent de deux saisons complètes de football…

Mais la plus belle des consécrations pour lui a sans doute été le capitanat. Il l’est devenu une première fois fin 2012 après sa grave blessure lui ayant coûté l’Euro et s’était d’ailleurs confié au site officiel du club pour évoquer sa fierté. Mais il va le perdre à cause de sa discipline et un rouge reçu face à Anzhi qui lui coûtera trois matchs de suspensions avant de le redevenir au début de la saison 2014/2015. Le Portugais aura donc porté le brassard à 72 reprises jusqu’à maintenant et ce n’est peut-être pas fini car il reviendra sans doute début 2017 au poste de milieu relayeur qu’il occupe désormais afin d’aider le Zenit de Lucescu à reconquérir sa suprématie dans le championnat national russe.

En attendant nous sommes loin de tout cela, et « Miguel Danny » sera devant son écran pour espérer que son pays prenne le pouvoir sur l’Europe pour la toute première fois et cela passe par Lyon et par le Pays de Galles dès ce soir.

 

Adrien Laëthier

Remerciements à Nicolas Vilas pour son aide. 


Image à la une : © MARCO BERTORELLO/AFP/Getty Images

 

Euro 2016 : Danny l’absent
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A propos de l'auteur

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Amoureux de la Russie et de l'Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l'Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J'essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d'ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,...) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

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