2015 – Six mois de football en Serbie

Zvezda 6
Lazar Van Parijs
Lazar Van Parijs - Publié le 20 février 2016

C’est l’heure de la reprise en Serbie. Avec presque dix semaines d’interruption, la pause est longue en Serbie, et pour ne rien rater de la seconde partie de saison, nous vous récapitulons la situation afin d’être prêts à suivre la SuperLiga comme au premier jour. Car oui, on ne dit plus Jelen SuperLiga mais seulement SuperLiga. La bière d’Apatin n’a pas renouvelé son partenariat, symbole d’un football en crise où les financements se tarissent.

Le haut de tableau dominé par Zvezda

Le championnat serbe est outrageusement dominé par l’Etoile Rouge de Belgrade. Le club est invaincu en championnat et a aligné des performances exceptionnelles comme ce 7-2 face à Cukaricki à l’extérieur. L’apport de ce qu’on pourrait appeler « la filière russe », composée de plusieurs joueurs – Hugo Vieira (ex-Torpedo), Donald (ex-Mordovia), et de l’entraîneur Miodrag Bozovic, dit « Grof » (le Conte en serbo-croate) – durant l’été 2015 explique en partie la bonne forme affichée par l’équipe titrée en 1991. À côté de ces joueurs étrangers, on retrouve des joueurs de la jeune génération championne du Monde U20 comme Grujic ou Jovanovic ou d’autres, transférés cet été, comme Plavsic ou Srnic. De plus, Katai, définitivement transféré de l’Olympiakos, se révèle très efficace. L’attaque de Zvezda est en feu avec 65 buts, et trois des six meilleurs buteurs du championnat. Les Rouge et Blanc jouent en 4-2-3-1 où Donald et Grujic forment une doublette de « 6 » extrêmement efficace. C’est la grande force de l’équipe. Avec l’arrivée de Damien Le Tallec cet hiver, le nouveau joueur de Liverpool devrait évoluer un cran plus haut en position de numéro 10.

Cependant tout n’est pas aussi rose que l’impression le laisse penser. Le club a été éliminé dès les phases de qualification d’Europa League, après une double confrontation face au Kairat Almaty où le club serbe n’était pas au niveau. Idem en coupe où le club s’est fait sortir par Borac Cacak, alors que « Grof » avait un peu remanié son équipe, sur le terrible score de 1-5 à la maison. Cela laisse des séquelles. De plus, l’Etoile Rouge est toujours sous pression d’un point de vue financier. Un jour, lors d’un entrainement, Grof a demandé un café et on lui a répondu que le club n’avait même plus les moyens d’en acheter. Ça a fait les choux gras de la presse locale pendant plusieurs jours. L’avance confortable devrait permettre au club de préparer la qualification en Ligue des Champions lors de cette seconde partie de saison.

Borak Cacak est la surprise de cette première partie de saison et tout est l’oeuvre de Nenad Lalatovic, l’ex-entraîneur de l’Etoile Rouge qui a terminé second en 2015 et dont le contrat n’avait pas été renouvelé. Ils ont un effectif pour jouer entre la septième et la dixième, et le club est là où il en est grâce au travail de Lalatovic. La ville de Cacak est plus connue pour son équipe de basketball que pour celle de football. Le club est soutenu par Milenko Kostic, le directeur d’Auto Cacak, l’importateur de Skoda pour la Serbie et la région, ce qui explique que le club est l’un des rares a avoir un sponsor maillot en Serbie. Le Borak végétait avec un statut semi-professionnel dû à des défauts de paiements. Si les joueurs ne sont pas payés au bout de plusieurs mois, ils peuvent partir. C’est dans ce contexte qu’est arrivé Nenad Lalatovic. Réputé plein de confiance et détestant la défaite, il a réussi à motiver ses troupes dans ce contexte très particulier.

Comme à Zvezda, il s’est appuyé sur des joueurs qu’il connait et a entraîné à Proleter comme Srdjan Vujaklija, auteur de 11 buts et cinq passes décisives en 21 matchs, pas mal pour un joueur qui a jamais marqué plus de 10 buts en une saison – et encore, en seconde division. Lalatovic a relancé Filip Knezevic, ailier droit prêté par le Partizan et auteur de huit buts ainsi que trois passes décisives. La création est confiée à Darko Zoric, 22 ans, Monténégrin. Malgré l’enchaînement de bons résultats, les salaires n’ont pas été payés, il y a eu des avertissements, un jour de grève, puis deux et la situation est sortie dans la presse. Lalatovic est allé au clash avec la direction pour qu’elle paye au moins les joueurs, lui étant secondaire, mais finalement, il a démissionné pour signer à Vojvodina. Le club a alors nommé l’expérimenté Ljubisa Stamenkovic pour le remplacer, qui a fait sensation en éliminant de la coupe l’Etoile Rouge sur le score de 5-1 chez le club belgradois. Cet hiver, le club de Cacak a subi de nombreux départs dont celui de Knezevic à Cukaricki. Tout porte à croire qu’il sera très compliqué pour le club de conserver cette seconde place.

Troisième la saison dernière, troisième à la trêve, Cukaricki est régulier. À force de dire que c’est l’équipe qui monte, celle-ci semble avoir atteint un plafond de verre. La saison avait pourtant commencé dans la douleur avec une élimination en qualification d’Europa League puis quatre défaites lors des onze premiers matchs avant d’enchainer neuf matchs consécutifs sans défaite dont une victoire probante face au Partizan. Cependant, la défaite à domicile 2-7 face à Zvezda a réactualisé les doutes sur l’équipe du district de Banovo Brdo. Le début poussif s’explique avec les départs de cadres : Nikola Stoiljkovic à Braga, Rajkot Brezancic à Alkmaar ou encore Slavoljub Srnic à l’Etoile Rouge. La direction a réagi avec un changement d’entraineur en octobre pour placer Zoran Popovic à ce poste. Le gardien Nemanja Stevanovic a été élu meilleur gardien de la première partie de saison et le club s’est renforcé cet hiver avec Nemanja Radonjic, espoir du football serbe, arrivé en prêt de l’AS Rome et Knezevic susmentionné. On peut également noter les bonnes performances répétées de l’arrière droit et capitaine, Filip Stojkovic. Le meilleur buteur est Andrija Pavlovic avec sept réalisations. Le club a par contre été éliminé de la coupe par Jabor, 5-4 aux tirs au but.

Des grosses déceptions

La déception de cette saison est le Partizan qui pointe à la quatrième place. Le champion 2015 pointe à 26 points du leader, un gouffre. Le club champion s’est renforcé lors de la trêve estivale avec l’arrivée de noms connus tels que Valeri Bojinov, Aboubakar Oumarou ou Alen Stevanovic. Nous avons vu deux équipes différentes en championnat et en Europa League. L’une conquérante en Ligue Europa, qui a été éliminée d’un rien et une autre capable du meilleur (rarement) et surtout du pire comme ces défaites face à Novi Sad, Metalac ou face à des concurrents directs comme Cukaricki ou Vojvodina. Les changements d’entraineur, trois exactement depuis le début de la saison (et quatre en un an) n’ont pas aidé l’équipe tout comme la blessure de Zivkovic qui correspond au temps mort de l’équipe. La trêve hivernale n’a pas non plus été de tout repos : Ivan Saponjic, Stefan Babovic, Nikola Ninkovic, Nikola Trujic et Filip Knezevic ont quitté l’équipe. Du côté des bonnes nouvelles, l’attaquant vedette, ex-légende de la Juventus est plus affuté que jamais, il a perdu 10 kilos cet hiver.

Bojinov plus affûté que jamais. | © Instagram Bojinov

Bojinov plus affûté que jamais. | © Instagram Bojinov

Du côté des finances, celles-ci sont en amélioration, merci les ventes, mais également grâce à la multiplication des partenariats annoncés en fin d’année 2015. A noter que Zivkovic a refusé de signer une prolongation, le joueur sera libre en juin. Vexé de devoir payer 2,5 Millions d’euros (car il avait vendu 50% des droits et en cas de départ libre, le club du 1 de la rue d’Humsk doit débourser 2,5 millions pour rembourser l’agent qui détient les droits), le Partizan a envoyé le joueur en réserve (Teleoptik) et se prive donc de son meilleur joueur pour la seconde partie de saison…
L’autre déception est le FK Vojvodina, les Blanc et Rouge de Novi Sad. Quatre entraineurs sur l’année 2015, voici un autre club qui aurait besoin de plus de stabilité. Le fait marquant de leur saison ? Ils se sont payé le scalp de la Sampdoria en qualification d’ Europa League avec notamment une magnifique victoire 4-0 en Italie, avant de s’écrouler à domicile au retour ainsi que face au Viktoria Plzen au tour d’après. En championnat, l’équipe est capable du meilleur, victoire face au Partizan, comme du pire, le 4-0 en ouverture face à Cukaricki en atteste. Mais d’autres défaites face à des équipes inférieures sur le papier viennent confirmer cela : Spartak Subotica, Radnicki Nis, ou encore Radnik Surdulica. Cependant depuis l’arrivée de Nenad Lalatovic, l’équipe est invaincue avec notamment une belle victoire 2-0 au JNA face au Partizan. L’équipe se repose essentiellement sur le jeune attaquant Ognjen Ozegovic et le milieu offensif central, qui joue sous l’attaquant, Mirko Ivanic, capitaine de l’équipe. On peut également noter que l’équipe est toujours en lice en coupe.

Le ventre mou

Le FK Radnicki Nis continue sur sa lancée de la seconde partie de saison de l’année dernière, passant de la 15ème à la 9ème place avec seulement deux défaites, cette dynamique est à mettre au compte de Milan Rastavac, l’entraîneur nommé à l’époque. Les travailleurs ont débuté par une défaite face à Borak Cacak avant d’enchainer dix matchs sans défaites, dont deux nuls, face aux gros clubs de la capitale ainsi qu’une victoire face à Cukaricki. Mais la mécanique s’est grippée et le club a arrêté de faire des nuls pour perdre face à des rivaux directs ou des clubs moins bien classés comme Novi Pazar, Vozdovac ou Surdulica. La perte du milieu offensif central Kirghiz Anton Zemlyanukhin cet hiver, auteur de quatre buts en 16 matchs est un coup dur pour le club de Nis. Encore qualifié en coupe, cela pourrait leur permettre d’aller en Europe et de pouvoir enfin utiliser l’aéroport international qui est installé dans leur ville.

Le plus beau but de la saison jusqu’à présent est l’oeuvre Ognjen Ozegovic, le buteur de Vojvodina face à Javor.

Mladost Lucani et Javor Ivanjica complètent le premier groupe pour les play-offs. Mladost a perdu cet été son buteur n°1 Patrick Friday Eze, auteur de 16 buts en 25 matchs la saison dernière. Le jeune Sacha Jovanovic a la lourde tache de le remplacer et a déjà marqué à six reprises cette saison. Parmi les résultats les plus probants, on peut citer une victoire face à Cukaricki ou un nul face au Partizan. L’équipe de Lucani a par contre été éliminée en coupe par le club de seconde division le FK BSK Borca. L’érable d’ Ivanjica a terminé second l’année passée de deuxième division et leur présence à la trêve dans la première partie de tableau est une excellente nouvelle pour ce club. Avec un groupe peu remanié lors de la trêve estivale (cinq arrivées, ce qui est peu en Serbie), le promu a très bien démarré la saison avant de sombrer petit à petit. Pour redresser la barre, Mladen Dodic, ancien entraîneur de Novi Pazar a été nommé il y a quelques semaines. Le club jouera face à Vojvodina en coupe le 2 mars pour continuer à rêver dans cette compétition.

Nous passons après à la seconde moitié du classement. Il faut savoir que la Serbie innove et à l’image du championnat belge,à la fin de la saison régulière, le championnat sera divisé en deux. Un groupe de play-off et un groupe de play-down. Les points seront alors divisés par deux et deux mini championnats redémarreront avec une unique confrontation. Un pour les places européennes et le titre donc et l’autre pour la descente. Vozdovac est neuvième du championnat, juste devant le Radnik Surdulica. Le club de Surdulica découvre après 89 années d’existence la première division pour la première fois. Les champions de Prva Liga 2015 peuvent remercier leur buteur Slavisa Stojanovic, qui a percé les filets à huit reprises en 16 matchs. Après un début de saison compliqué, le club s’est ainsi rattrapé avec neuf matchs sans défaite, dont un nul face au Partizan et des victoires face à Novi Pazar et Vojvodina. C’est pour l’instant une belle histoire qui ne demande qu’à continuer.

Vient ensuite Novi Pazar en onzième position. Le club singulier a beaucoup stagné à la huitième place avant de dégringoler avec le départ de Mladen Dodic. Le club avait pourtant bien démarré avec une victoire face au Partizan lors de la troisième journée. Cependant le remplaçant de Dodic n’obtenant pas de résultats probants, celui-ci a déjà été remplacé au mois de janvier par Zoran Maric. On en est donc à trois entraîneurs depuis le début de la saison. A la douzième place on retrouve Metalac GM. Le club troisième de Prva Liga la saison dernière fait ce qu’il peut pour se sauver cette année. Cette année, il semble avoir trouvé sa place autour de la 11ème/12ème position. A leur actif on peut notamment citer une victoire face au Partizan ou une dramatique série de penalties en coupe face à OFK perdue 10 à 9. Ce qui nous permet d’ailleurs d’enchaîner avec l’OFK, treizième du championnat. Sacrée déception pour le troisième club de Belgrade et champion incontesté du turnover des entraineurs ! Cinq sur l’année civile 2015 ! Avec une anecdote concernant la légende Dragan Stojkovic dit Piksi. Lorsqu’il était entraineur d’OFK, il avait prévenu à l’avance qu’il ne pourrait pas être l’entraîneur de son équipe face à Zvezda, car il est trop lié sentimentalement avec l’équipe qui a fait de lui la légende qu’il est… Étonnement il n’a pas fait long feu. Le club a accueilli cet hiver Emir Dautovic et Marko Pavlovic en prêts de Mouscron, qui devraient donner un coup de boost au collectif. Le club va jouer en coupe le 2 mars face à Borac Cacak pour sauver sa saison.

La course au maintien

Les quatorzième et quinzième du championnat sont deux autres déceptions: Jagodina et Rad. Jagodina, c’est l’équipe ambitieuse de ces dernières années, qui souhaitait monter un projet similaire à celui de Cukaricki. Ils ont gagné la coupe en 2014, et cet hiver ont été invités pour un match amical au Ghana, une histoire extraordinaire. Cependant, l’ancien club de Freddy Adu semble patiner dans la semoule et le jeune capitaine Filipovic ne devrait pas trainer longtemps dans ce club à la déroute. Dur de se relever lorsqu’on commence par quatre défaites consécutives même si l’entraineur Milojko Gosic a la confiance de son président et les joueurs pour réagir. Enfin, le FK Rad a enchaîné une série de sept défaites consécutives et n’a pas gagné depuis le 19 septembre dernier. Le temps est long. Le club a également été sorti en coupe.

Enfin il faut un dernier, et malheureusement c’est le Spartak Subotica. Malheureusement, car c’est un club qui a tout pour être sympathique. Ils essayent beaucoup, ils ont des méthodes modernes, mais on sent qu’ils restent limités. L’entraineur Stevan Mojsilovic souhaite jouer offensif, en 4-3-3 mais le club n’a pas les joueurs pour. Cependant il parvient à l’emporter face à Vojvodina, dans le derby de la Voïvodine mais perd 2-1 dans un match assez particulier face au Partizan, avec un but à la 98ème minute… De la même façon, le Spartak menait 3-1 face au FK Rad avant que les visiteurs obtiennent deux penaltys dans les dernières minutes du match pour terminer à 3-3. La fédération avait tout d’abord retiré quatre points à l’équipe de Subotica avant que la sanction ne soit revue à deux points. L’équipe a ainsi été déstabilisée et faute de buteur, est restée sur sept matchs consécutifs sans un but. Après la défaite face à Cukaricki, l’entraîneur a sauté, remplacé par le russe Andrey Chernishov. Progressivement l’ambiance est revenue, même s’il reconnait jouer pour prendre le point du nul et survivre. Le départ de Plavsic à Zvezda se fait d’ailleurs toujours sentir même si celui-ci a été en partie dicté par des problèmes financiers. Vladimir Kovacevic, défenseur central, est la bonne surprise de la saison, leur meilleur joueur. Makaric a marqué des buts importants alors que Stefan Ilic et Stefan Milosevic, qui ont été champions du monde en Nouvelle-Zélande, doivent montrer plus de choses sur le terrain.

Sur l’année 2015, c’est pas moins de 49 entraineurs différents qui se sont succédé en Serbie. Plus que jamais, l’entraineur est le fusible facile d’un football en crise où l’absence d’argent et de perspectives à long terme rend tout travail très compliqué.

Lazar van Parijs


Image à la une : © Footballski

2015 – Six mois de football en Serbie
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A propos de l'auteur

Lazar Van Parijs

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Je me suis réveillé un beau matin à Belgrade à cheval entre Europe de l' Ouest et le bloc soviétique après une nuit sur un Splav à boire de la Rakija. J'ai décidé de prendre le train de nuit suivant, direction Moscou, finir l'aventure devant l' Hotel Ukraina !

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