Yerkebulan Seydakhmet, enfin le Kazakh qui s’exportera ?

Seydakhmet, Ufa
Damien F - Publié le 16 mars 2018

Parmi les espoirs kazakhs, il en est un qui fait parler de lui depuis de longues semaines, de longs mois. « Le Messi Kazakh », celui dont les conseillers pensaient, déjà voilà un an, à raccourcir le nom pour qu’il fasse plus « occidental-friendly ». Yerkebulan Seydakhmet est officiellement devenu un joueur d’Ufa, l’équipe de la capitale du Bachkortostan. Comment à tout juste 18 ans et 15 matchs professionnels, l’espoir a-t-il réussi à être le sujet de conversation numéro 1 des médias de son pays ?

« Tout le Kazakhstan te connait ! Pourquoi tu as besoin d’une haltère ? Pour ton pénis ? »  La vidéo postée sur la chaîne Youtube d’Ufa voit les joueurs Russes, en séance de renforcement musculaire, plaisanter avec leur nouveau camarade de jeu. Arrivé un mois auparavant au club, Seydakhmet est précédé d’une flatteuse réputation. A tel point que la télévision bachkire n’hésite pas à lancer un sujet sur le jeune footballeur, en reprenant son surnom donné par la presse kazakhe : « le Messi kazakh. »

Un Memorial pour se lancer

Le Memorial Granatkin n’est pas le tournoi de jeune le plus connu. Lancé en 1981 à la mémoire de l’ancien vice président de la FIFA Valentin Granatkin, il a pourtant vu défiler de grands noms tels que Daniele Rugani, Oliver Bierhoff, Carsten Jancker, Kevin De Bruyne, Dries Mertens, Marcel Desailly, Lukasz Piszczek, Aleksandr Movostoï ou Artem Dzyuba. Une liste à laquelle on pourrait y ajouter un jour Yerkebulan Seydakhmet, venu étaler sa technique et martyriser de pauvres défenseurs slovaques, azéris, lituaniens, slovènes et grecs qui se souviendront probablement du nom du prodige kazakh, meilleur buteur du tournoi.

Des prestations pas passées inaperçues, qui ont grandement aidé le Kazakhstan à terminer pour la première fois deuxième du tournoi (défaite en finale contre la Russie). Peu habitués à un tel succès, même en équipe de jeunes, même dans un tournoi de quatrième zone, les supporters Kazakhs ont accueilli en triomphe leurs jeunes héros. Une euphorie largement partagée par la presse, comblée de pouvoir écrire sur des nouvelles autres que les sempiternelles déceptions et humiliations de ses équipes nationales. Seydakhmet est alors érigé en héros, comparé avec rien de mois qu’un gamin de Rosario devenu star d’un des plus grands clubs au monde. « Le Messi kazakh »par ici, « Le prodige national » par là, les associations vont bon train pour un frêle joueur de 16 ans évoluant toujours à Taraz et vivant avec sa mère, ses frères et sœurs…

Ayant grandi dans un village de la région de Taraz, Yerkebulan – prénom qui signifie « gâté » en kazakh – se met au football quand ses parents partent tenter leur chance et trouver de meilleures conditions de vie dans la grande ville. « Quand j’avais environ sept ans, je jouais au football dans la cour avec les copains. Le voisin a remarqué ma vitesse et m’a emmené à la section football. Au début, j’étais gardien de but mais je pense que je n’aurais jamais pu faire carrière à ce poste ! »

Sa vitesse, comme remarquée par le voisin, mais aussi sa technique et sa vision du jeu l’emmènent au centre de formation de Taraz, le meilleur du pays. Et à l’équipe première, où il joue 15 matchs en 2017, montrant ses qualités et ses défauts (manque de physique, finition, tirs). Ce qui n’empêche pas les commentateurs de le présenter comme le « Messi kazakh » à chaque sortie. Seydakhmet, comme Messi, aime bien dribbler, mais la comparaison s’arrête là. Le Kazakh est droitier et son toucher est loin de celui de l’Argentin au même âge. Sans compter que la Masia kazakhe n’est pas tout à fait l’égale de celle de sa confrère catalane, malgré la quantité impressionnante de bons joueurs qui sont sortis du centre de formation de Taraz.

yerkebulan Seydakhmet

Le Kazakhstan n’a d’yeux que pour Seydakhmet

Un an avant de partir à Ufa, Yerkebulan était déjà proche de faire le grand saut. Mis à l’essai par le Zenit St-Pétersbourg après le Mémorial Granatkin, le jeune Kazakh fait forte impression. A tel point que le mastodonte russe formule une proposition de contrat. L’adolescent veut s’engouffrer dans la brèche, tant pis s’il n’a jamais joué en professionnel dans son club formateur. La mort de son père dans un accident de voiture quatre ans auparavant a laissé des séquelles. Deuxième de la fratrie, Yerkebulan est déjà le principal soutien financier de sa famille à 16 ans, grâce à ce que veut bien lui donner son club de Taraz. Mais la FIFA n’autorise pas la transaction en raison de l’âge du jeune homme, pas encore majeur. Un mal pour un bien, puisque Yerkebulan reste chez lui et prend le temps de s’initier au niveau professionnel. De quoi calmer pour un temps les ardeurs de tout le microcosme du football kazakh, bien trop émoustillé à l’idée d’avoir un joueur pouvant figurer un jour parmi les meilleurs du monde. « Ils lui mettent beaucoup de pression, j’espère que ça va le faire pour lui,» s’inquiète Mathias Coureur, qui a pu suivre depuis Kyzylorda la ferveur nationale pour l’adolescent.

Malgré des investissements conséquents dans le football, le Kazakhstan est toujours en mal d’idoles. Le vivier peine à croître et les meilleurs joueurs manquent d’ambition, à l’image du meilleur d’entre eux, Baurzhan Islamkhan. Celui que beaucoup considéraient comme le plus grand talent du football kazakh ces dernières années, et qui devait avoir un avenir brillant. Après quelques matchs pour l’équipe de jeunes du Kuban Krasnodar, Islamkhan (formé à Taraz) est pourtant rentré dans son pays natal. Et maintenant, comme d’autres, il se contente de son statut de star du village. Certes, ce « village » est de la taille d’un grand nom du football kazakh, mais très loin d’être une référence européenne… Alors, quel est le problème?

Probablement, une prédisposition locale à se contenter de peu. En rejoignant le Kairat ou Astana, les meilleurs joueurs du pays gagnent bien leur vie, le tout avec un bon statut et une pression toute relative. Ainsi, jusqu’ici, les Kazakhs expatriés se sont arrêtés à des performances inégales dans les meilleures divisions des championnats des états post-soviétiques, en Finlande, en Autriche ou en Israël. Les grands noms se résument à Evgueni Yarovenko, feu Anton Schoch et Oleg Litvinenko, il y a déjà de trop longues années. Tous trois, comme d’autres, se sont essayés à l’étranger à différents moments, mais pas dans des championnats réputés.

Pourtant, Yerkebulan n’a pas peur de se mettre de la pression et d’afficher tout haut ses ambitions. Il veut devenir celui qui va réussir dans un championnat de référence : « Je veux jouer en Premier League et en Liga et devenir aussi bon que mon grand frère Bauyrzhan Islamkhan, je veux devenir la fierté du Kazakhstan. Quand je regarde Islamkhan, j’apprends beaucoup. Il est mon idole. » Et accessoirement, devenir le premier Kazakh à s’exporter brillamment.  Alors, le déclic pourrait-il venir de Seydakhmet?

L’exemple Zinchenko

Il se pourrait bien qu’Yerkebulan Seydakhmet ait un destin différent de ses compatriotes. En général, Ufa est un très bon tremplin pour viser plus haut. La politique du club visant le développement des espoirs (contrairement au Zenit) a permis de faire éclore de grands talents tels que l’Ukrainien Oleksandr Zinchenko. Après avoir passé un an et demi dans l’équipe d’Ufa, le jeune footballeur est parti à Manchester City en signant un contrat à long terme avec le célèbre club anglais, où il a fait ses débuts en Premier League. En 2018, Zinchenko a déjà joué quatre matchs pour Manchester City, preuve que Guardiola l’inclut de plus en plus dans l’équipe.

Un exemple qui n’a pas échappé à l’œil de Seydakhmet : « Shamil Gazizov (le président) et Sergei Semak (l’entraîneur) font partie des meilleurs. J’ai tout de suite accepté la proposition car c’est une chance unique pour progresser et devenir un grand footballeur. Tout le monde connaît Ufa grâce au transfert de Sasha Zinchenko. J’ai lu que c’était une sorte de conte de fées : il jouait dans une équipe amateur, puis est arrivé à Ufa et il est soudainement parti pour le meilleur club du monde. Je suis allé sur Youtube et je suis tombé sur la chaîne d’Ufa. J’ai réalisé que ce n’était pas un conte de fées, il s’est entraîné avec tous ceux qui sont maintenant dans l’équipe ! »

Le Kazakh parviendra-t-il à suivre le chemin tracé par l’Ukrainien? Bien sûr, cela dépendra de Yerkebulan lui-même, noté 58 dans le jeu FIFA 18. Le choix du club semble avoir été le bon, à lui de saisir cette opportunité. Au vu des premières images des matchs de pré-saison, le Kazakh a été très bien reçu dans l’équipe bachkire. Aucun problème d’adaptation dans la capitale du Bachkortostan ne devrait surgir – ni linguistique, ni psychologique. Et puis Ufa n’est pas très loin du Kazakhstan. Le 4 mars dernier, les Rouges ont repris leur saison contre le Dynamo Moscou (1-1). Une délégation de 300 à 400 Kazakhs y était attendue : « La distance avec le Kazakhstan n’est pas si grande. Les Kazakhs soutiennent toujours leurs compatriotes. Vous pouvez vous attendre à un grand débarquement ! » assurait un Seydakhmet pas du tout effrayé par la pression populaire. Las, le joueur est resté sur le banc lors de ce match.

Nul ne sait de quoi l’avenir sera fait, mais l’ancien apprenti de Taraz a son destin entre ses mains. Et pourrait montrer la voie à une nouvelle génération de joueurs Kazakhs aux pieds en or.


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Damien F.


Image à la une : UFA

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