Villes de coupe du Monde – Épisode 3 : Ekaterinbourg

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Publié le 3 janvier 2017

Après un grand été international, il est temps de se plonger dans la prochaine grande compétition internationale afin de ne pas s’ennuyer. Ainsi, chaque mois, à intervalle plus ou moins régulier, nous allons tâcher de vous faire découvrir une nouvelle ville hôte de la Coupe du Monde 2018 en Russie.


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Elles sont au nombre de onze, et j’ai eu la chance de visiter huit d’entre elles. Le hasard fait bien les choses ! Cela nous laisse également la possibilité de visiter les trois dernières avant l’année prochaine. Pour ce troisième épisode – qui s’est fait trop longtemps attendre, comme le précédent – voici la plus orientale des villes choisies pour 2018 : Ekaterinbourg, capitale de l’Oural et quatrième ville de Russie.

Ekaterinbourg en hiver | © Adrien Laëthier

Un peu d’histoire

La ville est créée au moment de l’édification d’une forteresse dans l’Oural en 1723 et doit son nom à la femme de Pierre le Grand qui deviendra Catherine Première de Russie. La région est déjà peuplée de Russes depuis plus d’un siècle mais cette date donne le départ de l’histoire de la ville. Elle est tout de suite un centre métallurgique important pour le pays, n’attendant donc pas les grandes migrations d’usines liées à la Seconde Guerre mondiale pour s’industrialiser (l’Oural tout entier devenant alors le « poumon » métallurgique de l’Union Soviétique). Également utilisée comme porte d’entrée vers l’Asie, la ville accueille beaucoup de garnisons militaires durant l’époque impériale mais va vivre deux siècles de tranquillité jusqu’au fait le plus célèbre de la ville.

En 1918, le Tsar et sa famille sont assassinés dans la ville alors qu’ils y sont retenus prisonnier. L’assassinat, qui a lieu dans la villa Ipatiev, est pressé par le fait que des légions tchécoslovaques approchent de la capitale de l’Oural et font peser une menace de libération de la famille royale. La villa est détruite par Boris Eltsine à la fin des années 1970 puis une basilique est érigée à sa place au début des années 2000, dans la nouvelle Russie. En 1924, la ville est renommée Sverdlovsk en « hommage » au leader révolutionnaire Yakov Sverdlov. La région de Ekaterinbourg s’appelle d’ailleurs toujours Sverdlovskaya Oblast alors que la ville a retrouvé son nom originel dès 1991.

La ville profite de sa période soviétique pour développer de plus en plus son industrie, avec l’ouverture du complexe Uralmash (qui va d’ailleurs donner son nom au club de football de la ville) et s’impose comme la capitale régionale incontournable. A la fin de la période soviétique, elle devient même « seconde capitale » de la Russie indépendante au moment du coup d’état de 1991. Boris Eltsine, soutenu par la population de sa ville natale, y fait installer un gouvernement de réserve.

Malgré la présidence d’un local, c’est seulement à la fin des années 90 que la ville commence sa mue, après quelques années marquées par le désordre et une très forte criminalité (peut-être même plus que dans d’autres grandes villes de Russie). Des bâtiments ainsi que des hôtels modernes y sont construits tandis que la ville commence à accueillir des sommets politiques internationaux comme celui des BRICS ou encore un sommet russo-allemand entre Gerhard Schröder et Vladimir Poutine, symbole de l’importance prise par la ville au niveau national. La ville est également très active en 2012 durant les manifestations qui suivent les élections nationales, Ekaterinbourg étant traditionnellement une ville où Russie Unie ne fait pas ses meilleurs résultats.

Église et gratte-ciel modernes à Ekaterinbourg | © Adrien Laëthier

La culture

Le passage culturel obligé, on y revient, c’est l’Eglise sur le sang (Храм на крови) construite à l’endroit où la famille du dernier Tsar de toutes les Russies a été assassiné durant la période révolutionnaire. Il s’agit donc du principal lieu de culte de la ville pour ce qui est du tourisme. L’édifice a été construit en 2003 et vous permet de vous immerger dans l’histoire de la Russie et de l’URSS.  Si l’on sort du religieux, Ekaterinbourg est une ville assez vivante culturellement avec un nombre important de théâtres où jouent des troupes de qualité, ainsi qu’un grand opéra. La ville jouit de sa position de grande capitale régionale pour ainsi regrouper certaines des meilleures représentations de Russie. Cette valeur de capitale lui permet aussi d’être dynamique pour tout ce qui est concerts (d’artistes nationaux et internationaux) ainsi qu’au niveau du cirque et d’événements culturels divers.

Khram na Krovi de nuit | © Adrien Laëthier

Parmi les musées, je citerais surtout le dernier-né, que je n’ai pas eu l’occasion de visiter, le centre présidentiel Boris Eltsine, qui est un des endroits les plus fréquentés de Russie actuellement. Outre l’ancien président, notons qu’Ekaterinburg est également la ville natale de Giorgiy Shishkin, Aleksey Khvostenko ou Boris Ryzhy, qui sont tous des artistes contemporains témoignant du dynamisme actuel de la ville.

En dehors de cela, il n’y a pas tellement de monuments à voir en ville, et ce n’est d’ailleurs pas la raison pour laquelle on se rend dans l’ancienne Sverdlovsk. On citera tout de même la rue piétonne (Vaynera), qui bien qu’elle soit loin d’être une des plus agréables de Russie, regroupe quelques bâtisses pré-révolutionnaires. Pour les amateurs de monuments peu ordinaires, le cimetière de la Mafia des années 1990 est quelque chose d’incontournable, pour « admirer » les stèles géantes avec photos des défunts dans différentes positions de leurs vies mouvementées passées : vestes bordeaux ou grosses voitures pour citer quelques exemples. Le bord de l’Izet laissera également apparaître un clavier Qwerty géant fait en pierres, qui se situe dans le centre-ville.

Le fameux clavier géant, un petit-peu glacé | © Adrien Laëthier

Mes impressions

C’est une ville assez particulière pour moi (comme toute la région de l’Oural) car c’est la première ville que j’ai vu en Russie. Ce furent également mes premières températures sous les – 30°C car oui, en tant que ville la plus orientale choisie pour la Coupe du Monde, Ekaterinbourg en est également sans conteste la plus froide en hiver. Si vous y allez pour la compétition, vous n’y serez bien sûr pas confrontés mais l’été continental peut être farceur et on y rencontre aussi bien des semaines complètes à 10° que d’autres dans une atmosphère irrespirable et une température de 38° à l’ombre. Vous êtes donc prévenus.

Si côté climat, elle n’est pas la plus agréable, son autre principal défaut est sa circulation, et cela finit par rendre fou. Contrairement à la plupart des autres villes de construction soviétique, Ekaterinbourg a gardé beaucoup de rues assez étroites (une ou deux voies de circulation pour les voitures) et on peut perdre énormément de temps dans les embouteillages sur certaines voies d’accès au centre-ville. Heureusement, le métro s’agrandit.

Arrivée en avion et barres d’immeubles | © Adrien Laëthier

En faisant abstraction de cela, j’ai toujours aimé ce type de villes soviétiques, avec un centre sympa et animé, des quartiers industriels, d’autres résidentiels et une architecture soviétique assez monumentale par endroit. Une ville de contraste comme on en trouve beaucoup en Russie, et en général plus elles sont grandes, plus elles sont intéressantes. Il y a beaucoup de lieux pour sortir et également une population étudiante importante qui regroupe aussi bien les petites villes de l’Oblast de Sverdlovsk que les grandes villes environnantes. Là est l’avantage d’être la plus grande ville à 1 000 kilomètres à la ronde.

A défaut de voir Chelyabinsk pendant la Coupe du Monde, je ne peux donc que vous conseiller Ekaterinbourg pour un vrai dépaysement. Une des meilleures villes de Russie pour voir le contraste dont je parlais (les villes de l’Oural étant selon moi plus agréables que leurs homologues sibériennes de taille équivalente) mais également s’amuser, faire la fête et suivre un programme culturel de concerts, théâtres et opéras.

Le football

L’équipe locale est intimement liée à la grande usine de la ville à en voir les différents noms que le club a porté : Uralmashstroya, Uralmashzavoda, Avangard, Mashinostroitel et Uralmash Ekaterinbourg avant de devenir le FK Ural en 2003 et d’adopter la couleur orange.

Créée en 1930, l’équipe ne va apparaître dans les championnats soviétiques qu’après la guerre, et ne va obtenir son accession pour le deuxième échelon qu’en 1963, pour monter dans l’élite en 1969 et y finir dernier. Ensuite le club va continuer en faisant plusieurs aller-retours avec les groupes régionaux et ne terminant jamais mieux que neuvième en 1979 en deuxième division. C’est en fait la dernière saison soviétique qui va lancer le club avec une troisième place cette fois, en 1991. Profitant de l’absence de nombreux clubs de républiques ayant déjà déclaré leur indépendance, cette place de troisième lui permet de valider son ticket pour le tout premier Championnat de Russie de l’Histoire. La période soviétique de l’actuel Ural est donc très discrète malgré trois quarts de finale de coupe obtenus alors que le club évoluait au troisième échelon (éliminé par le Chernomorets, le Torpedo et le Lokomotiv).

En Russie, le club va se maintenir anonymement dans le ventre-mou de l’élite pendant quelques saisons, obtenant même le droit de jouer la défunte Coupe Intertoto en 1996, les seuls matchs européens de son histoire. Vainqueur des Turcs de Kocaelispor, des Maltais d’Hibernians et du CSKA Sofia, Uralmash n’est tenu en échec qu’à Strasbourg (1-1) avant de perdre en demi-finale de la compétition face aux Danois de Silkeborg, qui les éliminent au but à l’extérieur (1-2; 1-0). La première européenne est donc plutôt honorable mais augure de temps bien difficiles pour le club.

En effet, Uralmash termine 16e du championnat en 1996 et rejoint la D1 (actuelle FNL), qu’elle termine en 20e position en 1997 pour tomber en D2-Oural et dans l’anonymat du football russe pour de longues années. Sept saisons (avec une remontée non concluante en FNL) au niveau régional pour enfin retrouver durablement l’antichambre de l’élite en 2005 et tourner autour de la montée avec huit saisons consécutives dans le Top 8 du championnat. Peut-être l’effet du changement de nom ? le FK Ural réalise également sa meilleure performance en Coupe nationale avec une demi-finale perdue contre le rival Amkar Perm en 2008.

Le stade pendant la première rénovation | © Adrien Laëthier

En 2013, emmené par Spartak Gogniev, Ural est champion est retrouve enfin l’élite. Le club termine même huitième l’an passé, après deux saisons compliquées. La saison actuelle s’avère également assez délicate, et Ural est encore loin d’être assuré de sauver sa place dans l’élite. Espérons que tel soit le cas, pour ne pas voir un stade supplémentaire de cette Coupe du Monde appartenir a une équipe de deuxième ou troisième division.

Au cours de son histoire, Uralmash aura connu quelques noms qui ont marqué le club comme Nikolay Sergeev, Gennadiy Sannikov, Evgeniy Averyanov, Marat Galimov ou Vladimir Golubev mais aucune grande star, ce qui est en adéquation avec l’histoire modeste du club. Seuls, Fyodor Smolov et Oleg Shatov ont porté les couleurs du club plus récemment et avant d’exploser définitivement au plus haut niveau.


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Les autres sports

Souvent quand on se dirige vers l’Est de Moscou, on parle principalement de hockey sur glace. A Ekaterinbourg ce n’est pas forcément le cas. Alors, oui, ce sport y est très populaire mais le club local n’a ni une grande tradition, ni de grands résultats en KHL malgré une amélioration récente. L’Avtomobilist, puisque c’est de lui qu’il s’agit, peine même à remplir sa salle Uralets les soirs d’hiver, un comble pour l’Oural.

Le palais de la glace « Uralets » vide comme trop souvent… | © Adrien Laëthier

La fierté de la ville réside plutôt dans le basket, le basket féminin plus précisément car les filles de l’UMMC dominent régulièrement l’Europe (trois titres en Euroligue) et sont invincibles en championnat national (sept titres consécutifs). D’ailleurs certaines des meilleures joueuses du monde ont foulé les parquets de la salle Dinamo, comme Diana Taurasi, une grande partie de l’équipe nationale russe mais aussi les françaises Céline Dumerc et Sandrine Gruda. L’équipe masculine a été la seule a remporter le championnat de Russie (à deux reprises) en dehors du CSKA Moscou mais elle est aujourd’hui en difficulté en bas de SuperLeague (désormais le deuxième échelon derrière la ligue unifiée VTB).

…qui contraste avec la salle Dinamo pleine pour un match d’Euroligue contre Galatasaray | © Adrien Laëthier

Le volley-ball féminin a également longtemps dominé la Russie avec l’équipe d’Uralochka, aujourd’hui en partie exilée à Nizhniy Tagil. Le point d’orgue de cette domination dans les années 90 fut les quelques saisons ou l’équipe 2 d’Uralochka terminait sur le podium du championnat derrière l’équipe principale.

Du côté des grands sportifs originaires de la ville, on pourrait citer les hockeyeurs Pavel Datsyuk, Aleksey Yashin et Nikolay Khabibulin, le biathlète Viktor Maigurov, le Tsar Aleksander Popov, l’athlète Olga Kotlyarova, ou encore le footballeur Artyom Fidler (il fallait bien en trouver un).

Alors, est-on prêt ?

Le stade a été plusieurs fois rénové récemment, car une première rénovation avait été lancée avant même de savoir que le stade allait accueillir le plus grand événement mondial de football, ainsi le stade est prêt et il se situe à distance de marche du centre-ville, ce qui en fait un atout non-négligeable pour la ville ainsi que pour les spectateurs étrangers qui ne seront pas perdus au moment de rejoindre le Centralniy Stadion.

La ville en elle-même profite de son statut de capitale régionale pour avoir déjà de nombreux avantages indispensables pour accueillir un événement mondial. Et ce malgré que la ville ne se soit que très rarement positionnée pour accueillir des événements sportifs planétaires. L’aéroport principal, Koltsovo, au nord de la ville fût un des premiers rénovés de Russie et est opérationnel depuis plusieurs années déjà. Sans être extraordinairement moderne, il tranche quand-même largement avec les aéroports soviétiques visibles dans la plupart des villes voisines. Il est pratique, compréhensible et correctement relié au centre-ville (ce qui devrait être amélioré en vue du début de la compétition). La ville possède également un deuxième aéroport, plus petit, que je ne connais personnellement pas.

La gare | © Adrien Laëthier

Ekaterinbourg est également un nœud ferroviaire extrêmement bien desservi aussi bien sur l’axe est-ouest car il se trouve sur la route moderne du transsibérien que sur l’axe nord-sud car il se trouve à la jonction des villes pétrolifères du nord avec le sud du pays. Ainsi la plupart des trains venant de Moscou et desservant l’Oural, la Sibérie et l’Extrême-Orient s’y arrêtent pour une longue période. La gare, elle, n’est pas le principal atout de la ville : charmante de l’extérieure avec son bâtiment historique, elle est extrêmement petite et sombre (pour ne pas dire lugubre) au contraire de celles des villes voisines. Malheureusement, des travaux d’extensions ne semblent pas prévus. La ville possède également deux gares routières, dont une adossée à la gare, qui vous permettra de vous rendre dans un grand nombre d’autres villes russes (voire même à l’étranger).

La ville possède un métro en pleine expansion, un réseau développé de transport en commun, un parc hôtelier également en croissance continue depuis quelques années avec de plus en plus d’hôtels de standing internationaux (Hyatt, Novotel) mais également un développement des auberges de jeunesse qui n’étaient que peu présentes auparavant. Je n’ai pas eu l’occasion de les tester mais la demande croissante de jeunes voyageurs étrangers se lançant dans l’aventure du transsibérien a créé la demande pour ce genre d’hébergements car Ekaterinbourg est souvent le premier arrêt envisagé par les touristes après Moscou et un peu plus de trente heures de train. La ville a également renforcé son offre en cafés, centre-commerciaux ainsi qu’en chaînes de fast-food étrangères : la plus célèbre d’entre-elles est maintenant omniprésente en centre-ville (en face de la gare par-exemple) alors qu’il y a encore cinq ans, ses rares représentants étaient assez loin du centre.

Enfin, notons que depuis cinq années, les noms des principaux axes du centre-ville sont inscrit en double affichage anglais-russe, pour une meilleurs orientation des visiteurs de la ville. A la lumière de ces différents points, je pense pouvoir dire que la ville est prête à accueillir l’événement et que la ville en a besoin pour améliorer son rayonnement international car hormis sa position de « passage obligé » pour aventurier ferroviaire, elle n’a que trop peu utilisé la possibilité d’être reconnue à l’étranger, par rapport à sa position dans le paysage russe.

© Adrien Laëthier

J’espère vous avoir donné envie de visiter l’Oural, région qui m’est chère, en commençant par Ekaterinbourg. On se retrouve dans quelques semaines avec une ville beaucoup plus occidentale : Kaliningrad ! Bonne année à tous !

С Новым Годом !

Adrien Laëthier


Image à la une : © Adrien Laëthier / Footballski

Villes de coupe du Monde – Épisode 3 : Ekaterinbourg
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A propos de l'auteur

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Amoureux de la Russie et de l'Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l'Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J'essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d'ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,...) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

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