Une année catastrophique pour le Dinamo Zagreb

Damien F - Publié le 22 novembre 2016

Alors que le Dinamo Zagreb continue ce soir son parcours européen face à l’Olympique Lyonnais, retour sur cette année bien difficile pour le club de Zagreb. Entre une Ligue des Champions chaotique, un stade vide et une situation générale bien inquiétante.

Une Ligue des Champions cataclysmique

Une parodie de football. C’est avec ces quatre mots que l’on que l’on peut résumer la campagne de Ligue des Champions 2016/2017 du Dinamo Zagreb. Amusant au premier abord, le désolant spectacle tragi-comique a laissé la place à la lassitude et à la peine. Même les supporters de Séville, à 3-0 pour leur équipe, commencèrent à quitter le stade tant le show était ridicule. Leur équipe finit avec la statistique effrayante de 30 tirs provenant de tous les joueurs, excepté le gardien de but. Nous ne parlerons pas des supporters du Dinamo qui doivent supporter de se faire ridiculiser devant l’Europe entière. Mais ce n’est pas une nouveauté pour des fans qui, s’ils n’étaient pas adeptes du sadomasochisme et de ses dérivés, ont dû s’y résoudre. Les trois dernières campagnes de Ligue des Champions du Dinamo ont accouché sur des statistiques pitoyables comme le prouve le goal average : 3-18, 1-14 et 3-14. Bien que cette dernière soit considérée comme presque réussie, l’équipe étant assez compétitive pour accrocher une troisième place. Nous pensions alors que la politique du club avait changé, mais cette année nous prouve que, bien au contraire, les joueurs talentueux avaient été gardés uniquement pour être mieux vendus quelques mois plus tard. Tout va bien, donc, avec un retour à la normale et un goal average de 0-12 après … 4 matchs. Ce qui nous fait un total hallucinant de 20 défaites et un goal average 7-58 en 22 rencontres de Ligue des Champions.

Et pourtant, le Dinamo réussit toujours à sa débrouiller pour accéder à la phase de poule (d’ailleurs Marko Rog n’est parti qu’une fois la qualification acquise cette année). Cela lui fournit la moitié de son budget annuel qui lui permet d’avoir plus de ressources que tous les autres clubs croates réunis. Ainsi, la domination de ligue nationale est assurée, un ticket est acquis pour la campagne européenne suivante qui est la vitrine parfaite afin de montrer les joueurs les plus vendables. La boucle est bouclée.

Les principaux coupables ne sont ni les joueurs, ni l’entraîneur, mais bien la politique du club, dont l’activité principale consiste à vendre ses meilleurs joueurs chaque saison, sans jamais songer à les remplacer. Mais cette année sera probablement la pire jamais vécue. Et, depuis qu’il a pris les rênes de l’équipe, Ivailo Petev redonne un nouveau sens au mot humiliation avec sa tactique blockhaus. À domicile, contre Séville, c’est avec un bloc plus bas que bas (5 défenseurs, 2 milieux défensifs et 0 avant-centre) que le bulgare a pensé obtenir un résultat. Au match retour, contre le même adversaire, Petev a terminé avec une configuration comprenant 6 défenseurs, dont 4 centraux.

On se demande qui peut encore regarder ce spectacle. Après avoir vendu tous ses joueurs avant la coupe d’Europe (Pjaca, Rog, Eduardo), le Dinamo qui évolue dans le pire stade d’Europe, préfère exposer ses nouveaux joueurs inexpérimentés à forte valeur ajoutée quitte à se faire ridiculiser. Le sport, lui, est anecdotique depuis bien longtemps. Invité à la table des riches, le Dinamo ne se distingue même pas par un courage ou une volonté de déjouer les plans de l’adversaire. Heureusement que le football n’est pas la guerre, car le plan contre Séville semblait de se laisser tirer dessus. Et il est probable que le plan sera le même pour les deux matchs restants.

© Suradnik13

© Suradnik13

Un stade Maksimir toujours aussi vide

Absolument affligeantes en championnat, les affluences ne sont pas plus brillantes en Ligue des Champions ces dernières années. Un regain d’intérêt a été observé cette année contre la Juventus de Mandzukic, à l’image de ce qu’il s’était passé il y a cinq ans contre le Real Madrid de Mourinho, Cristiano Ronaldo et Modric. Dans les deux cas, les affluences ont dépassé les 20.000 personnes, une exception pour un club plus habitué à jouer devant 1000 personnes ces derniers temps. Mais à y regarder de plus près, il n’y a rien de surprenant. Les chiffres de ventes contre la Juventus montrent que c’est un public de spectateurs qui est venu : les sièges les plus vendus étant les mieux placés et les plus confortables (si on peut employer ce mot pour qualifier un endroit d’un tel stade). Cela correspondant parfaitement au ciblage de Mamic qui a tout fait pour virer les ultras et les fervents supporters du stade afin de les remplacer par des sages pères de famille ou toute personne qui ne contestera rien. En bref, le public visé est celui qui va voir la Coupe Davis ou un concert à l’Arena. Un public de consommateur, et pas de fan. Le problème est que la Juventus ne se produit qu’une fois dans l’année, le pain quotidien se nommant plutôt Cibalia, Inter Zapresic ou Slaven Belupo…

En soi, l’idée de faire des matchs de football une industrie du divertissement et une attraction touristique ne semble pas incroyable puisque c’est le tournant qu’a pris le football européen sur les deux dernières décennies. Sauf que ce qui marche pour des pays comme l’Angleterre, qui ont une culture du football très prononcée, ne marche pas forcément en Croatie. En Angleterre, les équipes de cinquième division ont des affluences plus élevées qu’au Dinamo, car les gens viennent pour voir leur équipe locale ou fétiche jouer. C’est ce qui est aussi le cas en Écosse où le Celtic fait 50.000 spectateurs de moyenne dans une ligue qui n’est pas meilleure que la ligue croate. La différence est qu’en Croatie, il n’y a pas cette même culture football pouvant permettre de remplir des stades modernes aseptisés pour consommateur. Les Croates sont dans un rapport plus passionnel et ont besoin de s’approprier leur club, leur équipe, à l’image du succès rencontré par l’Hajduk. Qui, rappelons-le, a dépassé les 40.000 membres cette année. Cependant, même en épurant leurs spectateurs, le Dinamo pourrait probablement faire venir plus de monde qu’actuellement. Il faudrait pour cela avoir une réelle stratégie sportive. Et arrêter de penser uniquement à faire grandir des talents à valeur marchande avec pour seul but d’en tirer un gros bénéfice, entraînant automatiquement un manque d’esprit d’équipe et de culture de jeu.

Une situation inquiétante en championnat pour le Dinamo

18 titres de champion de Croatie (dont 10 d’affiliés-série en cours-) et 14 coupes de Croatie empochés montrent que le Dinamo Zagreb écrase son championnat sans laisser à quiconque le droit d’espérer. Depuis l’indépendance, seules 3 équipes ont gagné un titre, dont le NK Zagreb qui n’est pas prêt de revenir à un niveau décent. L’Hajduk, de son côté, n’a plus gagné un titre de champion depuis 12 ans. Quand bien même Rijeka ou l’Hajduk auraient des ambitions, la Ligue, sous le contrôle de Mamic, fait tout pour favoriser le Dinamo. Cette situation n’est bien entendu en rien profitable au football croate, qui s’enlise dans un marasme total.

Mais cette année, la situation semble différente. Déjà dépassé au classement par Rijeka, Osijek et l’Hajduk, le Dinamo Zagreb est au pied du mur. Au moment de créer l’équipe pour cette saison, Mamic devait penser que l’effectif du Dinamo (amputé de ses 3 meilleurs joueurs et sans aucune recrue notable) suffirait à gagner un titre devant un Rijeka avec moins de moyens que l’année précédente, un Hajduk toujours convalescent et un Osijek nouvel ambitieux, mais trop tendre. Si l’analyse pour Osijek ou l’Hajduk est risquée, mais possible, l’analyse au sujet de Rijeka est mauvaise. En effet, les bleus et blancs écrasent tout sur leur passage. Sous la houlette du slovène Kek, Rijeka a écrasé le Dinamo 5-2 ou l’Hajduk 4-2, entre autres. Cela ne tient pas du hasard. Alors que son adversaire ne recrutait personne, Rijeka engageait Mario Gavranovic, ancien de Schalke et international suisse ainsi qu’Alexander Gorgon, ancien milieu de l’Austria Vienne. Ce n’est pas la première fois que Rijeka tente ce genre de coups puisqu’on se souvient du pari Andrej Kramaric, paria au Dinamo qui a explosé sur la côte Adriatique. Outre un recrutement intelligent, la stabilité est l’un des atouts notables de ce club. Preuve en est, Matjaz Kek est le coach de l’équipe depuis Février 2013 alors que le champion en titre change d’entraîneur tous les quatre matins (sauf quand c’est Zoran Mamic le coach…).

Malgré des départs de joueurs importants qui ont rapporté 8 millions dans les caisses, Rijeka a recruté intelligemment et a surtout travaillé à construire une équipe compétitive. La stabilité du club et l’intelligence du staff ont permis la création d’une véritable équipe avec un beau collectif et un jeu attractif. En bref, un travail que n’a jamais su faire le Dinamo Zagreb qui a toujours pensé à accumuler les individualités avant de créer un collectif, avant de revendre ces individualités – souvent formés au sein du club – financées par les contribuables croates – à prix d’or. Mais Rijeka se méfie. En 1999, le club avait perdu le titre d’un petit point après un but refusé injustement à la dernière journée. Une enquête avait été ouverte par la suite, montrant que le président Franjo Tudjman, fan du Dinamo Zagreb, avait joué un rôle important en utilisant l’Agence de Renseignement croate pour influencer les décisions de la ligue et les arbitres tout le long de la saison… Un ancien président qui aurait été heureux de voir qu’après sa mort, les traditions ont été perpétuées.

Damien Goulagovitch


Image à la une : © AFP PHOTO / CRISTINA QUICLER

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