Une nouvelle saison du championnat serbe s’est terminée. Lors de ce baisser de rideau, un certain nombre de joueurs dont Saša Ilić, Nenad Milijaš ou encore Vladimir Torbica ont foulé une toute dernière fois les pelouses serbes. Le départ de ces joueurs iconiques va marquer le championnat serbe, alors que ce dernier connaît une compétition toujours plus féroce ou peut-être, devrions nous dire, un niveau nivelé par le bas, renforçant dès lors la compétition hormis pour la place de champion… 

Le départ à la retraite de joueurs emblématiques   

Ilić c’est 876 matchs avec le Partizan, il a affronté les plus grands comme le Real de Zidane avec le club belgradois. Se plonger dans la carrière de Saša, c’est revivre les évolutions historiques de la Serbie : champion de Yougoslavie puis de Serbie-et-Monténégro pour terminer par les titres de champion de Serbie. Le capitaine peut ainsi écrire 11 titres de champion dans son pays avec son club sur son CV, plusieurs matchs de Ligue des Champions, mais également quelques expériences à l’étranger au Celta Vigo, Galatasaray -champion-, Red Bull Salzbourg et à Larissa. Le milieu de terrain a également joué pour sa sélection nationale à 36 reprises, faisant partie du voyage en Allemagne en 2006 pour la Coupe du Monde. Malgré la rivalité avec Crvena Zvezda, les Delije ont rendu à l’homme âgé de 41 ans lors du dernier Derby, c’est dire si le respect est immense pour ce roc du championnat serbe. L’aura du joueur est si grande que son légendaire numéro 22 sera retiré du Partizan. Une première pour le club serbe.

Ces même Delije ont eux perdu Nenad Milijaš, vainqueur de cinq titres avec les Rouge et Blanc, mais qui était surtout au club lors de la période compliquée lorsqu’en 2014, le club n’a pas eu sa licence pour jouer sur la scène européenne. ll a assumé ses responsabilités dans les moments difficiles et s’est adressé à la presse pour tirer la sonnette d’alarme. Le club ne payait plus ses factures d’électricité et les joueurs n’étaient également plus payés. Nenad Milijaš aidait alors les plus jeunes de ses coéquipiers avec l’argent qu’il avait gagné en Angleterre aux Wolverhampton Wanderers et payait le loyer de ceux qui venaient de débuter leur carrière. Nenad Milijaš restera à tout jamais comme une des meilleures pattes gauches du championnat, une précision remarquable tant à la passe que sur coups de pied arrêtés. Il ne sera pas resté loin des terrains très longtemps, il est déjà à l’oeuvre cet été en tant qu’adjoint de Milojević.

C’est enfin une troisième légende des terrains serbes qui a pris sa retraite, le capitaine du Spartak Subotica. Le milieu de terrain a porté le maillot de Subotica à 357 reprises depuis juillet 2008 quand il a rejoint le club. Âgé de 38 ans, et après 15 matchs cette saison, il a décidé de raccrocher les crampons après avoir quand même marqué 51 buts dans sa carrière. Alors qu’il se fait de plus en plus rare de voir un joueur faire toute sa carrière dans le même club, certains clament leur amour pour un club et le prouvent jour après jour comme ces trois légendes. Ces joueurs ont défendu un certain idéal, et un amour pour le maillot ce qui est devenu si rare de nos jours. Une pensée pour les Marseillais qui attendent toujours le retour de Drogba…     

Avec leur départ à la retraite, c’est une conception du football qui s’en va, certains qui ont commencé à jouer en pro dans les années 90, quand le football était loin de la médiatisation ou du business d’aujourd’hui. On pourrait trouver des joueurs dans le championnat actuel qui ont tout pour prendre cette relève et être des ambassadeurs dotés d’un certain romantisme que c’est avec le retour de Mikić à Vozdovac, Borjan signant un nouveau contrat avec Zvezda ou encore avec Stojković au Partizan, mais seul le temps reproduira des joueurs comme Sasa et Nenad, de vrais joueurs qui ont joué pour le blason et rien d’autre. D’ici là, la Superliga restera un tremplin pour les championnats d’Europe et du monde entier afin que les joueurs serbes, connus sous le nom de Brésiliens d’Europe, non pas en raison de leur talent, mais parce qu’ils sont prêts à aller jouer partout à l’étranger.  

Un classement chamboulé

Le départ de ces géants du football local fait perdre un peu de saveur à la Superliga, que de nombreux joueurs cherchent à quitter et où ceux qui, souvent partis trop tôt à l’étranger, reviennent. Cependant, tout n’est pas si noir et l’arrivée d’un joueur comme Marko Marin à Zvezda l’été dernier simplement parce qu’il aime le club de son enfance est un rayon de soleil, et pas seulement parce qu’il illumine le jeu de par sa présence sur le terrain. Il existe également d’autres raisons de se réjouir, en tout cas sur le papier. Pour la première fois depuis 1999 et la seconde place d’Obilić, le Partizan et Crvena Zvezda ne se sont pas partagé les deux premières places. Il aura donc fallu attendre 20 ans pour voir le duopole et la mainmise des tours jumelles. Il y a différentes façons de lire ce résultat. Čukarički nous avait habitués à terminer troisième en 2015 ou encore en 2016 puis, a dégringolé en 2017 en terminant premier des play-offs relégation. Depuis cette neuvième place, le club est remonté à la sixième, puis à la quatrième position. Il est compliqué pour le club, qui est surement le mieux géré du pays de continuer de renouveler son effectif avec des moyens toujours limités.

De son côté, depuis le décès de Bata il y a quelques années, Vojvodina accuse le coup et les supporters ont peu à peu pris le pouvoir au club, qui vient d’enchaîner deux huitièmes places consécutives. On assiste donc à un écroulement du football serbe derrière la locomotive Crvena Zvezda. Cela relance d’une certaine façon le suspense et la compétition. 

La compétition va gagner la saison prochaine un nouveau sponsor avec l’entreprise chinoise Linglong, qui va renommer le championnat en « Linglong Tire Superliga » pour la modique somme de 1,2 million d’euros sur trois ans. Les liens footballistiques entre la Serbie et la Chine vont ainsi se reserrer d’un cran. Certains matchs débuteront à midi afin d’être visibles en Chine à une heure « correcte ». L’entreprise de pneumatiques, concurrente de Michelin entre autres, possède une usine en Serbie. La nouvelle manne financière devrait légèrement aider les clubs serbes qui connaissent de façon chronique des problèmes financiers.

Lazar van Parijs

Image à la Une : © Onur Coban / Anadolu Agency

Superliga, la fin d’une époque
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