Serbie contre Albanie, quand l’histoire s’emmêle

Lazar Van Parijs
Lazar Van Parijs - Publié le 14 octobre 2014

Il y a ces confrontations qui dépassent le cadre sportif, là où l’histoire et la politique se mêlent de ce qui se passe sur le terrain. Le Serbie – Albanie de cette semaine entre dans cette catégorie. Pour Aleksandar Stojanovic, journaliste sportif serbe, « pour l’Albanie, personne ne s’attend à des matchs faciles, mais la Serbie a un groupe plus expérimenté. Si nous parlons de connotations politiques ou sociales du jeu, c’est sûr que ce sera différent du match face à l’ Arménie mais personne ne l’a souligné après le tirage au sort. »

Il convient de s’intéresser d’une part au sort des Albanais et d’autre part à celui des Kosovars.

 L’avant match

Après bien des atermoiements, la sentence est tombée. Les supporters albanais ne pourront pas venir au JNA supporter leur équipe nationale. La fédération serbe (FSS) avait proposé de jouer à guichets fermés, mais l’Albanie a refusé. Après avoir alors demandé à la fédération albanaise de fournir une liste avec un nombre incalculables de détails sur les supporters qui feront le déplacement , celle-ci n’a pu répondre en temps et en heure à l’ultimatum serbe, qui a alors décidé de ne pas autoriser les supporters albanais.

Il faut également revenir sur le choix du stade. Les problèmes financiers de Crvena Zvezda font que le Marakana est impraticable pour l’équipe nationale. Il faut faire des travaux pour le mettre à niveau. Or, le JNA est plus difficilement sécurisable que le Marakana, avec des tribunes latérales totalement ouvertes. L’achat d’un billet permet d’entrer dans le stade, on peut entrer à un endroit et faire tout le tour, sans obstacle, entrainant dès lors des contraintes supplémentaires pour les forces de l’ordre.

Quelques 500 Serbes faisant partie de la minorité albanaise de Presevo sont attendus par les autorités de la capitale. Ayant eu leur ticket légalement et étant citoyens serbes, les organisateurs du match n’ont pas trouvé de parade pour leur interdire de venir. Cependant, toute personne avec un drapeau ou un article de supporteur albanais sera expulsé immédiatement du stade. La situation de 300 fans kosovars du groupe des « Plisat » est au moment où nous écrivons ces lignes encore incertaine.

La police a décidé d’un plan d’action en 3 étapes : en dehors du périmètre du stade, la police ne laissera pas passer d’individus sans ticket. Le deuxième contrôle sera à proximité du stade et le 3ème sera aux portes d’entrées.

Toujours à propos du stade, après une demande d’Advocaat et d’Ivanovic, le président de la fédération a décidé de changer la pelouse. Dans une très mauvaise condition face à la France, cette nouvelle pelouse devrait encourager un jeu de passes offensif.

pitch

Le terrain du Partizan se refaisant une beauté

Il peut être intéressant de noter que les médias locaux évoquent certes ce match, mais il n’occupe pas tous les journalistes. La venue de Vladimir Poutine cette semaine à Belgrade et le 147ème Veciti Derbi (derby éternel) ce week end occupent bien plus les journaux que ce match. La pression semble venir de l’étranger comme le souligne Stojanovic : « Les gens de l’étranger veulent inscrire ce match dans un cadre politique et historique. Beaucoup de journalistes étrangers ont essayé à l’époque de mettre le match face à la Croatie dans une perspective non sportive. C’est la même chose aujourd’hui. Et de nombreux journalistes vont demander une accréditation espérant des débordements. Ce n’est bon ni pour le sport, ni pour le jeu, ni pour les joueurs, ni pour les fans. J’espère que ce match sera du football et uniquement du football ».  Cette pression de l’étranger se traduit également par l’étrange promesse de Besnik Benz, un entrepreneur kosovar aujourd’hui installé en Suisse. Celui-ci a promis 1 million d’euros de prime à l’équipe albanaise en cas de victoire ce soir.

De plus, gageons que les supporters serbes seront au rendez-vous après la colère de Kolarov, qui a laissé échappé sa frustration en zone mixte après le match face à l’Arménie.

Le match

Concernant le match en soi, Aleksandar Stojanovic nous dit : « Oui, je vois la Serbie comme meilleure mais cela ne signifie pas que ce sera un match facile. Personne ne doit sous-estimer l’Albanie, surtout après leur victoire face au Portugal. Je discutais avec De Biasi avant et après le match et il disait que le travail commence maintenant, après la victoire au Portugal, en disant que les adversaires vont traiter l’Albanie avec un grand respect. Cette victoire contre le Portugal est un coup double. Cela va renforcer la confiance de l’Albanie mais également la prudence et le respect des autres équipes. »

Concernant l’équipe serbe, Stojanovic nous dit qu’Advocaat n’a pas changé la formation et qu’il s’attend « à ce que ce soit la même que le 4-2-3-1 introduit par Siniša Mihajlović au début des qualifications pour la Coupe du Monde 2014 (ndlr : le 4-2-3-1 a été confirmé ce matin). Cependant, le nouvel entraîneur souhaite voir une équipe plus agressive quand elle défend. En attaque, Advocaat devrait utiliser la vitesse de Zoran Tošić et celle de Lazar Marković plus que lors du match face à la France qui s’est terminé par un nul 1-1. D’ailleurs ce match a montré que la Serbie devrait mieux se débrouiller lors des matchs à l’extérieur à cause du caractère des joueurs ». La défense de la Serbie pourrait évoluer après le match nul face à l’Arménie : l’absence de temps de jeu de certains, Nastasic notamment, les rend plus nerveux sur le terrain. Le défenseur Mitrovic ne devrait pas être reconduit tout comme Gudelj. Quelqu’un devrait le remplacer à la récupération avec Matic. Quant à Djordjevic, sa position de renard des surfaces ne correspond pas avec le jeu pratiqué par le coach néerlandais et devrait aussi s’asseoir sur le banc.

Du côté de l’Albanie, on retrouve des joueurs originaires du Kosovo, comme Lenjani, le buteur du match face au Danemark. Dans une interview donnée à Supersport, celui-ci a déclaré « être à 200% à cause de mes origines ». Face au Danemark, sept des onze joueurs albanais titulaires étaient nés au Kosovo. La provocation de Matic qui s’est affiché avec des supporters arméniens et un drapeau « le Karabagh est arménien, le Kosovo est serbe » passe plutôt mal et motive encore plus les joueurs. Toujours du côté albanais, Cana va détenir le record de sélections en égalant Altin Lala.

provocation

Après le match nul de la Serbie face à l’Arménie, l’équipe de Dick Advocaat a la pression, et celle-ci ne viendra pas uniquement des tribunes. Il faut un bon résultat pour rester bien placé dans la course à la qualification pour l’Euro 2016.

Merci à Aleksandar Stojanović pour ses éclaircissements.

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Je me suis réveillé un beau matin à Belgrade à cheval entre Europe de l' Ouest et le bloc soviétique après une nuit sur un Splav à boire de la Rakija. J'ai décidé de prendre le train de nuit suivant, direction Moscou, finir l'aventure devant l' Hotel Ukraina !

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