Championnat à six, crise du Covid, passage éclair de David N’Gog, comme un peu partout en Europe, c’est une saison un peu particulière et chaotique qui vient de s’achever en Lituanie avec comme conclusion la fin du règne de Suduva et le retour du titre à Vilnius après trois ans d’attente. Un titre qui ne fut pas tâche aisée tant le début de saison laissait craindre le pire pour le Zalgiris Vilnius.

Le championnat à six et le Covid

Zalgiris @Elvio Žaldario

L’intersaison aura été marquée par les discussions pour tenter de trouver huit participants à la A Lyga, mais le 26 février, Valdas Murauskas président de la Ligue et de Suduva devait admettre qu’il n’y avait pas d’autres options qu’un championnat 2020 à six équipes en Lituanie, soit le plus petit championnat d’Europe. Championnat qui commençait le 6 mars, c’est dire si une solution a été cherchée jusqu’à la dernière minute. Cette situation est en grande partie le résultat d’une saison 2019 émaillée de problèmes extra sportifs concentrés principalement par les clubs du Stumbras Kaunas, Palanga et Atlantas Klaipėda.

Fin juillet 2019, le Stumbras Kaunas, exsangue financièrement, mettait la clé sous la porte. Le club appartenait à des propriétaires irlandais et portugais qui comptaient gagner de l’argent via la revente de joueurs. Ce fut un échec cuisant. Atlantas et Palanga ont été relégués en D3 dès la saison finie suite à des matchs truqués. Atlantas et ses 500 000 € de dettes repritv pourtant en début de saison, et à la surprise générale, par un avocat de Kaunas qui a dû composer avec un budget étriqué tout au long de la saison.


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Palanga, petit club sans argent, était également repris par d’obscurs investisseurs russes qui ont multiplié les transferts exotiques pour des résultats catastrophiques. Tout au long de la saison a plané sur ces deux clubs des suspicions de matchs truqués, la décision de la fédération ne fut donc pas une grande surprise.

Il fallait donc rapidement trouver en D2 trois nouveaux participants à la A Lyga 2020. Mais seul Banga a accepté de faire le grand saut. Dainava Alytus (intéressant pas son potentiel public et son stade récent), Dziugas Telšiai et Hegelmann Kaunas ont tenté de trouver des sponsors permettant d’atteindre le budget requis de 300 000 € pour obtenir la licence, mais en vain. Restaient deux demandeurs, le Vytis Vilnius mais qui ne remplissait pas les conditions requises pour la licence et de façon très opportuniste l’Atlantas Klaipėda (qui n’avait même pas fait de demande de licence) et qui n’avait aucun joueur sous contrat à deux semaines de la reprise… Autre conséquence, pas de descentes en fin de saison.

Le message était cette fois-ci clair, plus de licence accordées avec des dérogations pour au final se retrouver avec des clubs impliqués dans de sombres histoires de matchs truqués ou des faillites en cours de saison. Un mal pour un bien, espérons-le. L’objectif est maintenant de repasser à dix en 2021, et ce sera donc le gros sujet de cette intersaison.

Covid @Elvio Zaldario

La solution à six entérinée, c’est la crise du Covid qui s’abattait sur la Lituanie, et après une seule journée de championnat jouée début mars, la compétition était contraint à un arrêt forcé jusqu’au 30 mai. Vu les circonstances, il a été décidé de modifier la formule du championnat, qui sera raccourci. Il y aura quatre tours au lieu de six, ce qui fera 20 matchs par équipe avec des restrictions au niveau de la présence des spectateurs qui évolueront en fonction des diverses phases de propagation du Covid.

Zalgiris Vilnius

La saison commençait plutôt mal, à peine nommé, le nouvel entraineur espagnol Juan Ferrando (ex Volos) devaitt renoncer au poste à cause de son état de santé. Le biélorusse Aliaksej Baga (ex Bate Borisov) reprenait le poste dans la foulée. Le recrutement était effectué majoritairement en ex-Yougoslavie avec l’addition d’une recrue star, la signature de David N’Gog. L’ancien joueur du PSG et de Liverpool étant sans contestation le nom le plus connu ayant jamais signé dans un club de la baltique. Hélas, le français était clairement en fin de course et suite au premier match post confinement sanctionné d’une défaite étonnante contre Riteriai, le club annonçait que le joueur mettait un terme à sa carrière et engageait un ancien du club Andrija Kaludjerovic pour le remplacer.

David N »Gog @Elvio Zaldario

Au niveau sportif les résultats n’étaient pas bon et le Zalgiris accusait jusqu’à huit points de retard sur Suduva mi-juillet mais parvenait à se relancer en infligeant un sévère 4-0 à son rival lors de la 9ème journée. Le club de la capitale va alors enchainer les bons résultats en comptant notamment sur un Hugo Videmont en super forme. Le club enchaine par cinq victoires consécutives avant de connaitre un creux la mi-août avec une défaite contre Suduva et un nul contre Riterai qui laissent à penser que le titre est devenu inaccessible. Arrive l’intermède européen ou après avoir facilement éliminé les estoniens de Paide, le Zalgiris est éliminé par les norvégiens de Bodo/Glimt (3-1). Mais le club redresse la tête et la fin du championnat est une succession de victoires avec pour seul bémol l’élimination en demi-finale de la coupe contre Suduva.

La dernière journée de championnat se présente alors comme une véritable finale, Suduva n’ayant plus qu’un point d’avance. Las, l’équipe de Suduva est contrainte de demander le report du match pour une explosion de cas de Covid au sein du noyau et le match initialement programmé le 30 octobre est finalement joué le 14 novembre sans spectateurs et est un véritable récital du Zalgiris Vilnius qui s’impose facilement 3-0 contre une équipe de Suduva apparemment pas remise de son intermède Covid. Le français Videmont est le grand homme de la saison puisque avec 13 réalisations il est le meilleur buteur du championnat. Avec six joueurs dans le onze de la saison (Tatomirovic, Mikoliunas, Simkus, Vorobjovas, Antal et Videmont), le Zalgiris Vilnius était incontestablement la meilleure équipe cette année.

Suduva

Après trois titres consécutifs sous son règne, l’entraineur Kazak, Ceburin, quittait Suduva pour rentrer au pays. La très lourde tâche de le remplacer était confié à l’autrichien Heimo Pfeiffenberger qui ne faisait pas long feu et était licencié pendant le confinement. Le courant n’étant apparemment jamais passé entre lui et le club. Nouvelle recrue, le tunisien Hamdi Nagguez se faisait lui remarquer en étant arrêté dans son pays pour non-respect du confinement. Le contrat avec le joueur était rapidement résilié. Suduva faisait alors appel à Saulius Sirmelis (un lituanien de 64 ans qui a passé ces dernières années à l’étranger, principalement au Kazakhstan) pour reprendre la tête de l’équipe et deux lettons (Glebs Kluskins et Valerijs Sabala) étaient engagés pour renforcer l’équipe. Néanmoins malgré ces tracas extra sportifs, sur le terrain, Suduva aligne les victoires et la voie pour un nouveau titre semble déjà toute tracée. Premier couac, le 12 juillet avec une lourde défaite contre le Zalgiris Vilnius (4-0), le club perd des points par ci par la mais une victoire le 12 août contre le Zalgiris semble être décisive.

Las, la fin de saison ne sera pas brillante. Le parcours européen est assez triste, une qualification sans la manière contre le Flora Tallinn suivie d’une sévère défaite contre le Maccabi Tel Aviv (0-3). Reversé en Ligue Europa, nouvelle déception avec une élimination directe des œuvres des finlandais du KuPS. Cependant, le club aborde la fin de saison avec toutes les cartes en mains pour réaliser le doublé coupe/championnat et va finalement tout perdre.

Première grosse surprise avec la coupe ou en éliminant le Zalgiris Vilnius en demi, Suduva avait normalement fait le plus dur mais c’est Panevėžys (très mal en point en championnat) qui l’emporte après les tirs au but. Ensuite, le club se retrouve gangréné par les cas de Covid et le match pour le titre au Zalgiris Vilnius tourne au fiasco complet (3-0), Suduva aura donc tout perdu… Le club ne prolongera pas Saulius Sirmelis et va devoir se pencher sur un renouvellement d’un noyau vieillissant, particulièrement en défense. Le croate Josip Tadic (ancien de Grenoble) fini meilleur buteur du club avec onze réalisations, mais à 33 ans il n’est évidemment plus une solution d’avenir. On peut donc s’attendre à une grande lessive durant le mercato hivernal, par ailleurs, l’ambiance entre lituaniens et étrangers du noyau a été problématique cette saison selon les rumeurs.

Zalgiris Kaunas

Fondé en 2004 sous le nom de Spyris Kaunas, le club est devenu en 2015 la filiale football du club de basket Zalgiris Kaunas qui est un ogre au niveau européen dans sa discipline et en a adopté le nom. La section football reçoit de plus en plus d’argent pour se développer et forcément cela se voit dans les résultats qui n’ont de cesse de s’améliorer. Le club, avec cette troisième place, obtient le meilleur classement de son existence. Le stade de Kaunas étant en phase de rénovation, le club évolue provisoirement dans un petit stade plutôt destiné au niveau régional mais n’évoluant devant quasi personne cela n’a que peu d’importance, car et c’est le gros problème, le club ne parvient pas à fédérer et créer beaucoup d’intérêt à Kaunas. Le parcours européen s’est arrêté directement suite à une gifle reçue de la part des norvégiens de Bodo/Glimt (1-6), mais il faut dire que l’adversaire était de qualité. A voir l’année prochaine si le recrutement permettra de venir concurrencer le duo Zalgiris Vilnius/Suduva. A noter la présence dans l’équipe du français Steven Thicot (formé à Nantes et passé par la Grèce, Portugal, USA, etc…) titulaire régulier et auteur d’une saison solide à Kaunas.

Banga Gargždai

Le club de la ville de Gargždai, située à proximité de la côte de la mer Baltique, faisait son retour parmi l’élite lituanienne après cinq saisons en division 2. Sans faire de folies financières et jouant avec peu d’étrangers l’équipe entrainée par Tomas Tamošauskas à réussit une belle saison et obtient avec cette quatrième place le meilleur classement de son histoire. Grosse déception néanmoins, par la faute de la victoire de Panevėžys, cette quatrième place normalement synonyme de qualification pour l’Europe ne l’est plus.

Banga @Jurgita Riekašienė

FK Panevėžys

Pour la deuxième saison du club au sein de l’élite, le recrutement avait été à forte connotation brésilienne (dont l’éphémère joueur du RWDM et du Standard, Edenilson Bergonsi) et ce fut un échec complet. L’entraîneur moldave Alexandru Curteian prend rapidement la porte, remplacé par le portugais Joao Luis Martins (arrivé en Lituanie via le fumeux projet Stumbras Kaunas et qui entrainait le Zalgiris Vilnius en fin de saison en 2019). Néanmoins cela ne provoquera pas de grosse amélioration des résultats et le bilan final est désastreux, deux petites victoires et un total de douze points.

Cependant, pour le club fondé seulement en 2015 suite à la faillite du club phare de la ville, Ekranas (dont le nom vient d’être racheté par un club de divisions inférieures), la saison est réussie suite à la victoire en coupe, à la surprise générale, contre Suduva qui est synonyme de qualification pour l’Europe la saison prochaine !

Panevezys @FK Panevezys

FK Riteriai

Saison complétement ratée et lanterne rouge pour l’ancien FK Trakai, qui jouant à Vilnius faute de stade conforme dans sa ville. Le club a opté pour le nom de Riteriai (chevaliers) dans l’optique de se présenter géographiquement comme le club du « grand » Vilnius. Comme chaque saison l’objectif était d’accrocher une qualification européenne. Alignant une équipe très (trop) jeune l’ancien FK Trakai avait opté pour remplacer Terem Moffi (partit à Courtrai puis Lorient pour 8 millions, montant sur lequel Riteriai aurait droit à 15%, un vrai jackpot au niveau lituanien) sur le brésilien Michael Thuique, un fiasco total. Le seul moment positif de la saison fut la qualification en Ligue Europa contre Derry City (3-2) suivie d’une lourde défaite contre Liberec (1-5) au tour suivant.

Son joueur le plus en vue, Donatas Kazlauskas quittait Riteriai pour l’Ukraine et le FK Lviv alors que le club avait encore une grosse opportunité de sa qualifier via la coupe. La fin de saison s’est donc jouée sans trop de pression et de motivation, vu l’absence d’enjeu.

Riteriai @FKRiteriai

Varia

L’élection du président de la fédération lituanienne s’est déroulé cette année et a été l’occasion d’un spectacle lamentable. D’un côté l’ancien joueur et actuel titulaire du poste, Tomas Danilevicius, de l’autre un ancien arbitre Paulius Malzinskas, qui en délicatesse avec la fédération, jouait la carte antisystème. Il faut dire que la LFF à une très mauvaise image dans l’opinion publique et pour certains Tomas Danilevicius ne serait qu’un homme de paille au service de certains profiteurs. Force est de constater qu’en comptant comme vice-président, Arunas Pukelis, un proche, officiellement repenti, de la sanguinaire mafia de Kaunas dont l’ancien patron (Henrikas Daktaras) purge actuellement un peine de prison à vie, elle ne fait pas grand-chose pour soigner son image. Malzinkas a donc orienté sa campagne (qu’il savait perdue d’avance) sur la dénonciation des maux de la fédération, la présence de personne de l’acabit de Pukelis et la situation catastrophique du football lituanien. Tout cela à bien entendu fait les choux gras des médias locaux qui ce sont délectés de ce pitoyable spectacle. Le sommet fut atteint lors des débats retransmis en live sur internet. Les soutiens de Danilevicius invectivant Malzinskas de manière grossière en lui rappelant qu’il avait été soupçonné de match truqué durant sa période comme arbitre et qu’il avait côtoyé lui-même il y a une dizaine d’année des présidents de Fédération impliqués dans des affaires de corruption, de blanchiment d’argent et autres joyeusetés.

Au final, Danilevicius est réélu sans surprise à une écrasante majorité, Malzinskas puni en étant suspendu de fonctions officielles pour son impudence et le controversé Arunas Pukelis quittait finalement son poste de vice-président quelques mois plus tard, les pressions venant cette fois du monde politique. Il faut dire que ce brave homme avait des ambitions pour un poste au Comité Olympique Lituanien ce qui faisait sans doute un peu trop pour un homme qui est resté dans l’opinion publique lituanienne célèbre pour avoir transporté le fils de de son ancien ami, Henrikas Daktaras, patron de la mafia de Kaunas et actuellement en prison à perpétuité, dans le coffre de sa voiture pour le tabasser dans un bois. Une réputation difficile à blanchir.

Pukelis et Daktaras à la grande époque

Le XI de l’année

@ALyga

Les chiffres de la saisons

La moyenne de spectateurs pour cette saison fortement perturbée est de 589 selon futbolas.lt https://www.sportas.lt/naujiena/423619/a-lygos-lankomumas-augo-nepaisant-apribojimu , soit le meilleur résultat depuis 2014. Suduva est le leader de ce classement particulier (723 spectateurs) suivi du Zalgiris Vilnius (709), de Panevėžys (685), de Banga (682, de Riteriai (512)) et enfin du Zalgiris Kaunas (355).

Pirma Lyga

La seconde division (Pirma Lyga) est remportée par le Nevezis Kėdainiai. Quatre clubs sont normalement promus, à savoir les quatre premier (Nevezis, Hegelmann Litauen, Jonava et Dziugas Telšiai). Šiauliai se tient en réserve si l’un des quatre précités ne devait pas obtenir la licence, et le Dainava Alytus annonce également être candidat à l’obtention de la licence. A voir comment cela ce passera dans la réalité. Le début de la saison 2021 est fixée à la première semaine de mars on peut espérer que cela laissera le temps de définir rapidement les dix participants à cette nouvelle saison.

Neptunas Klaipėda

Suite aux déconvenues d’Atlantas Klaipėda, le club de basket local à l’image du Zalgiris Kaunas a créé sa propre section football qui a commencé directement en D3, soit au même niveau qu’Atlantas, l’occasion d’un beau derby, le club ayant bénéficié du soutien des ultras du club de basket privés d’entrée dans les salles vu le Covid. Neptunas semble ambitieux et annonce avoir demandé la licence pour évoluer en D2 la saison prochaine.


Le nom et le logo Ekranas (géant du football lituanien, déclaré en faillite en 2014) ont été rachetés au curateur par le club de division inférieures, Aukstaitija Panevėžys. Ekranas revit et a fait son retour sur la carte du football lituanien à l’occasion d’un match de coupe contre Dainava Alytus. L’occasion pour ses ultras après des années de silence de ressortir leurs bâches et de rêver d’un jour un retour en A Lyga. Le club va demander la licence pour évoluer en D2 la saison prochaine.

Viktor Lukovic

Image à la Une © Elvio Zaldario

1 Comment

  1. Dp media 5 janvier 2021 at 11 h 57 min

    Très bel article complet. J’ai bien plongé dans la saison

    Le premier fléau de ce championnat demeure les matchs truqués

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