Pour les amateurs de football lituanien, l’Atlantas Klaipeda est indissociable d’un sulfureux moustachu, Vacys Lekevičius. On nous a dit de lui ; « Vacys aime Atlantas, le problème est qu’il aime encore plus l’argent ». Ancien policier devenu patron de club, l’homme sanguin et craint dans son pays possède de nombreuses relations dans le monde des agents et de milieux troubles qui lui permettent de vendre du vent et entretenir artificiellement un club professionnel. Aujourd’hui, le système Vacys semble néanmoins avoir atteint ses limites, et l’Atlantas est à l’agonie.

La genèse

Port stratégique par sa situation privilégiée sur la Baltique, Klaipeda est une ville de 170 000 habitants. Fondée en 1252 par les chevaliers teutoniques sous le nom de Memel, la ville est annexée par la Lituanie en 1923, mais garde une population majoritairement allemande. En 1939, suite à un ultimatum allemand, la ville est cédée à Hitler. La population allemande disparaît ensuite, avec l’arrivée de l’Armée rouge. La ville prend alors définitivement le nom de Klaipeda. Le football suit les soubresauts de l’histoire et les premiers clubs établis dans la ville ont des noms typiquement allemands : Freya Klaipeda, Spielvereinigung, VFB. En 1939, le club le plus « lituanien », le KKS Klaipeda, doit émigrer à Telšiai avant de disparaître un an plus tard.

Il faut attendre 1962 pour que soit établi un club d’envergure à Klaipeda, sous le nom de FK Granitas Klaipėda, Granitas venant du nom de la société à laquelle est associé le club, comme le veut alors la coutume soviétique. Le club parvient à évoluer dans les divisions nationales inférieures soviétiques et sert en fait de sorte d’équipe réserve au Zalgiris Vilnius qui représente une équipe nationale lituanienne informelle au sein du championnat soviétique. Dans les années 70, le club est sponsorisé par l’industrie de la pêche du port de Klaipeda et prend le nom d’Atlantas, en référence à l’océan Atlantique.

Granitas 1962 © Atlantas.lt

L’indépendance

Dans le chaos de la Lituanie nouvellement indépendante en 1990, un championnat national est recréé, avec le Zalgiris Vilnius, qui joue à cette époque le top 5 dans le championnat soviétique, deux clubs évoluant dans les divisions nationales inférieures, l’Inkaras Kaunas et l’Atlantas Klaipeda, et des équipes locales s’apparentant en grande partie à des clubs corporatifs.

En 1990, l’Atlantas perd le soutien de son sponsor et reprend son nom originel de Granitas. Ses joueurs  passent massivement au Sirijus Klaipeda, qui a réussi à trouver des sponsors (Vakarų banka et VLPFK). Les deux clubs évoluent ensemble en première division.

En 1992, le club prend le nom de Granitas-Aras, puis d’Aras Klaipeda l’année suivante. Aras est le nom que porte la Lietuvos policijos antiteroristinių operacijų rinktinė ARAS, soit les forces spéciales antiterroristes de la police lituanienne, tout juste créée et dont fait partie un certain Vacys Lekevičius, qui nous est présenté comme le bras droit du patron des ARAS. Gardien de formation, il évolue en fonction de ses affectations à Kaunas puis au Suduva et est nommé à Klaipeda en 1991. Rapidement, il s’implique au sein du Granitas/ARAS, qui devient une équipe composée de policiers. D’où vient l’argent ? Mystère. Plusieurs sources évoquent des fonds suspicieux venant de Russie.

Aras © Ces Ka

Le Sirijus Klaipeda est progressivement abandonné par ses sponsors, avant d’être absorbé par l’Aras en 1996. Le club reprend alors le nom d’Atlantas, qu’il conserve définitivement. L’argent fait toujours défaut, mais la situation du club change en 1998 avec l’arrivée du soutien financier de la société Argus, spécialisée dans la sécurité et détenue par un certain Romualdas Jonaitis. Celui-ci devient également le président du club, et de la fédération de football de Klaipeda. Spécialisée dans la sécurité, sa société Argus travaille pour la fédération lituanienne. Et certains voient sa patte derrière la grande compréhension dont fera preuve la fédération dans le futur du club.

Aras – Zalgiris © Sveiks Valio

De joueur, Vacys Lekevičius se mue rapidement en entraîneur et président, et se distingue en avril 2000 en agressant l’arbitre Gintaras Ratkevičius, ce qui lui vaut une suspension jusqu’à la fin de la saison.

Atlantas – Kocaelispor © Ces Ka

Le club innove, à une époque où les joueurs étrangers sont rarissimes dans le championnat mis à part quelques Russes. Au début des années 2000, l’Atlantas fait signer le Japonais Minoru Takenaka et l’Anglais Adebayo Akinfenwa, le dernier nommé étant amené par un agent marié à une Lituanienne qui acquiert plus tard une petite notoriété en jouant de son physique avantageux. Il n’en garde pas un souvenir impérissable, comme il le confie à SoFoot.

«  J’ai passé de sales moments. C’était la partie la plus difficile de ma carrière. Il faut bien comprendre que j’étais le seul joueur noir du championnat. Je me souviens très bien de mon premier match de présaison, sur un petit terrain sans tribune, entouré d’un millier de personnes. Le chant des supporters, tout autour du terrain, c’était « zigga, zigga, zigga, shoot the fuckin nigga « . (Il écarquille les yeux, NDLR) 600 d’entre eux, c’étaient les fans adverses, mais 400 soutenaient ma propre équipe. Ils m’ont hué à la mi-temps et ont célébré à l’unisson ma sortie du terrain. J’avais 18 ans et je venais de Londres, j’hallucinais. Durant la saison, les chants ont progressivement stoppé et on s’est qualifié pour la finale de la coupe, qu’on a remportée 1-0. »

De 2000 à 2005, le club parvient à se qualifier chaque année pour la Coupe d’Europe, s’offrant une victoire de prestige en Intertoto contre le Spartak Moscou, mais sans grand succès, et en ramassant au passage une raclée 8-0 par le Rapid Bucarest. Par la suite, les résultats commencent à décliner et l’argent à faire gravement défaut.

Takenaka durant un Atlantas – Ekranas © Sveiks Valio

Pour garantir la subsistance du club, Vacys collabore avec une figure extrêmement controversée du football lituanien : Vladimir Romanovas. Ayant fait fortune à la chute de l’URSS, on le dit proche de la mafia de Kaunas et de son chef, Henrikas Daktaras. Mais pour se donner une image plus présentable, il prend des participations importantes dans l’une des plus importantes banques lituaniennes, Ūkio Bankas. Très riche, il investit massivement dans le sport via le FBK Kaunas, puis acquiert en 2005 le Heart of Midlothian FC et le club biélorusse du MTZ-RIPO Minsk qu’il rebaptise Partizan Minsk. Le FBK Kaunas domine alors largement le football lituanien, remportant huit titres entre 1999 et 2007, mais sa domination sportive est de plus en plus contestée par la montée en puissance d’Ekranas Panevėžys, que Romanavas tente de contrer par tous les moyens.

Atlantas 2002 © Ces Ka

Ūkio Bankas sponsorise alors le FBK Kaunas et l’Atlantas. Le club de Kaunas enregistre des dizaines de joueurs sous contrat qu’il prête ensuite à Atlantas, à Hearts ou au FK Šilutė, petit club qui lutte chaque année pour éviter la relégation.

Vacys 2006 © Evaldas Semiotas

Dans ces conditions, les conflits d’intérêts sont évidents et la dépendance d’Atlantas et Šilutė au FBK Kaunas est totale.

Vladimir Romanovas entre alors en conflit avec le président de la fédération, Liutauras Varanavicius, qui n’est autre qu’un de ses anciens employés. Varanavicius semblant vouloir s’écarter du droit chemin, Romanovas tente de reprendre la mainmise sur la fédération. N’y arrivant pas, il décide de saboter le championnat, et Ūkio Bankas stoppe son financement au FBK Kaunas et à l’Atlantas, ce qui envoie les deux clubs en troisième division (Šilutė plongeant en deuxième division). Il investit alors massivement dans le plus grand club de basket lituanien, le Zalgiris Kaunas, équipe légendaire dans un pays ou le basket est roi. Emporté par le scandale de la chute d’Ūkio Bankas, Vladimir Romanovas est aujourd’hui en fuite en Russie.

La galère

Le passage en troisième division est une formalité. L’Atlantas remonte directement en deuxième division, mais y rencontre moins de succès, ne finissant qu’à une modeste septième place sur dix équipes. Le club est néanmoins étonnamment autorisé par la fédération à remonter dans l’élite pour la saison 2011. Il se dit que l’influence de Romualdas Jonaitis au sein de la fédération n’y est pas étrangère.

La saison est évidemment catastrophique. Sans argent, le club termine avant-dernier. Vacys Lekevicius, alors âgé de 48 ans, reprend place dans le but pour la fin de saison, avec des prestations parfaitement ridicules. Le début de saison 2012 est catastrophique et Atlantas collé à la dernière place. La situation va alors complètement changer. Un nouveau directeur sportif arrive, Giorgio Bisson, accompagné d’un entraîneur français, Sebastien Roques (FC Mougins) et d’une flopée de joueurs français : Julian Rullier Keita (formé à l’AS Monaco), Malik N’Diaye, Franck Boissier (FC Gap), Walid Khadraoui et pléthore de joueurs venant des quatre coins du monde. Parmi eux, le buteur croate Tino Lagator qui, en inscrivant onze buts, permet à l’Atlantas de finir huitième sur dix.

À la fin de la saison, Sébastien Roques et les joueurs amenés par son duo avec Bisson se voient indiquer la sortie par Vacys. Une partie du contingent francophone part à Kruoja (qui déclare forfait en cours de saison suite à des présomptions de matchs truqués) car une nouvelle ère s’ouvre avec l’arrivée de Konstantin Sarsania. Tout cela ce fait avec grande classe, comme nous l’indique Julian Rullier Keita : « La saison s’est super bien déroulée, on a fait une super remontée au classement, tout le monde était content. Tout était prévu pour qu’on revienne l’année suivante et qu’on fasse une bonne préparation, mais ils n’ont plus jamais appelé. J’ai trouvé cela super ingrat. On avait sauvé le club.

Sur Vacys il indique : Il est chaud. Je me rappelle que sa main faisait les deux miennes. On le voyait se promener avec son chien aux entraînements. Il ne parlait pas anglais donc on communiquait avec des signes ou des mots simples en lituanien. Je ne savais pas réellement quel était son rôle dans le club, on était en contact surtout avec Giorgio Bison qui était le directeur sportif du club. » D’où vient l’argent durant cette période ? Personne n’en a aucune idée…

Vacys © FK Suduva Facebook

L’âge d’or

Agent très influent, Konstantin Sarsania amène avec lui de l’argent frais venant d’investisseurs russes dont l’identité est inconnue. L’agent Christophe Hutteau dit de lui qu’il « était très proche du pouvoir et des hommes importants en Russie ».

À lire aussi : On a évoqué l’ancien directeur sportif du Zenit, Konstantin Sarsania, avec Christophe Hutteau, agent de joueurs et ami

Martynas Vainorius d’Atvira Klaipeda nous indique « selon les données officielles, depuis 2012, 50% des parts appartiennent à Romualdas Jonaitis, 25 % à Tomas Jonaitis et 25% à Vacys Lekevičius ». Officiellement donc nulle trace de Sarsania ou des investisseurs, qui restent inconnus.

Sasarnia et Vacys © Atlantas.lt

Vacys, lui, fait de la figuration durant cette période. « Il signait les papiers, mais n’avait rien à dire. C’est Sarsania qui décidait de tout, nous résume un membre du club de l’époque. La première saison, l’argent venait de Russie. Ensuite, le club se finançait avec son propre argent et les transferts. »

La politique menée par Sasarnia consiste à recruter de jeunes lituaniens et russes prometteurs dans le but évident de les revendre par la suite. Il travaille notamment avec l’agent Christophe Hutteau. C’est ainsi qu’Edvinas Gertmonas rejoint Rennes, Dovydas Virksas part à Saint-Étienne, Ricardas Sveikauskas au LOSC et Andrey Panyukov à Ajaccio. Dans l’autre sens, Abdoul Karim Sylla (ancien de Sedan) et Pascal Feindouno tentent un comeback sans réussite.

Un terrain synthétique est construit avec une petite tribune à côté du stade permettant d’accueillir les matchs et entraînements durant le rude hiver lituanien. De plus, il intègre dans son staff d’anciens joueurs du club comme Valdas Trakys ou Rimantas Zvingilas, qui ont un statut de légende du football local. Les supporters sont ravis.

© Vakary Frontas’96 Facebook

Et les résultats suivent ! Lors de la saison 2013, Atlantas manque le titre lors de la dernière journée suite à un match nul complètement inattendu contre le petit club de Banga, puis termine troisième en 2014 et 2015 et quatrième en 2016. Il faut dire que les allées et venues constantes de joueurs ne permettent pas de créer une stabilité sur le long terme. Qu’importe, l’Atlantas est revenu à un niveau que ses supporters n’osaient plus espérer.

Cela permet également au club de retrouver les compétitions européennes, alors que le dernier match à ce niveau datait de la saison 2005-2006. Cependant, à part une qualification contre les Luxembourgeois de Differdange, Atlantas n’arrive pas à faire grand-chose contre le Shakhter Karagandy, Beroe Stara Zagora, HJK Helsinki ou le Kairat. Sasarnia gagne néanmoins le statut de légende du club, dont cette période est considérée comme l’âge d’or.

Sarsania quitte finalement le club au cours de la saison 2017 pour un poste de directeur sportif au Zenit Saint-Pétersbourg, et décède d’une thrombose quasiment dans la foulée. Il laisse l’Atlantas orphelin, et entre les seules mains de Vacys. Pour le pire ? 

L’après Sarsania

La fin de saison 2017 est sportivement catastrophique, et le manque d’argent du club évident. Le recrutement hivernal d’Atlantas qui suit interpelle. Vacys va faire appel à son énorme capacité à mentir et à sa vaste connaissance du monde des agents. Le club fait signer de nombreux joueurs étrangers et des Lituaniens avec des références.

Le quotidien belge La Dernière heure les sports annonce ainsi le 23 février la signature de l’ancien joueur du Standard Anil Koç, dont la carrière stagne après des passages par Charlton ou Antalyaspor, mais dont les prétentions financières sont a priori hors de portée d’Atlantas. Anil Koç aurait un préaccord avec le Zenit Saint-Pétersbourg, mais avec un passage par la Lituanie pendant un an pour se remettre en forme. Rien que ça…

Par ailleurs, Vacys est théoriquement suspendu par la fédération pour avoir accusé ses joueurs d’avoir vendu des matchs la saison précédente, il n’en a cure et pose fièrement avec ses nouveaux joueurs ; se promène dans le stade sans aucune réaction de la fédération.

… Et le début de saison est une réussite ! Coachée par Algimantas Briaunys, l’équipe tient la route en championnat, où elle occupe une solide quatrième place et semble pouvoir se mêler à la lutte pour une place en Ligue Europa. Seul petit bémol, la prestation curieuse du gardien letton Pavel Dorosev lors de la défaite 2-5 contre le Zalgiris Vilnius en avril, qui fait naître des suspicions de match truqué. La dynamique reste néanmoins positive et la saison d’Atlantas s’annonce très intéressante.

À la surprise générale, Algimantas Briaunys est remplacé à la tête de l’équipe par un certain Anatoli Selest. Dans la foulée, des joueurs révèlent qu’ils ne sont plus payés depuis trois mois et se mettent en grève et à la mi-juin. La quasi-totalité des étrangers disparaissent du club, négociant une rupture de contrat, avant que les Lituaniens ne leur emboîtent le pas. Anil Koc part pour Altınordu (D2 turque)… et Anatoli Selest quitte déjà le club ! On apprend par la suite qu’il avait promis d’amener des investisseurs avec lui, promesse qu’il n’était pas capable de tenir. Retour de Briaunys à la tête de l’équipe…

Dans ce chaos général, le match opposant l’Atlantas au Zalgiris Kaunas est reporté, la fédération ayant été informée d’un nombre inhabituel de paris sur ce match. Les matchs suivants seront également reportés. La fédération, dans une incroyable mansuétude, préfère laisser du temps à l’Atlantas pour reformer un groupe pour terminer la saison. Vacys est alors omniprésent pour alimenter la presse de rumeurs sur de potentiels investisseurs : un jour des Serbes, puis des Russes ou encore des Turcs liés à Galatasaray, dont on annonce l’arrivée imminente, puis la non-venue pour un problème de visas … puis plus rien.

Autant dire que le club et son président omniprésent deviennent un sujet de moquerie et que plus personne ne le prend au sérieux. Le site de référence lituanien consacré au football, futbolas.lt, illustre quasi systématiquement les articles consacrés à Atlantas par une image de la série Santa Barbara…

Cependant, le club recrute une équipe entière, Fin août, dégoûté, Algimantas Briaunys jette définitivement l’éponge, et est par remplacé par le revenant Anatoli Selest ! Par quel tour de passe-passe ? Mystère. Lors d’un match contre le Zalgiris Vilnius, c’est Vacys lui-même qui coache l’équipe, Selest étant à l’étranger pour s’occuper des affaires du club selon la version officielle. Dans ce désastre complet, Atlantas arrive encore à finir à la sixième place. Grâce aux points pris en début de saison, mais surtout à la faiblesse des deux derniers du classement, le club se qualifie pour les play-offs, où il parvient à prendre un seul point.

À la surprise générale, ce point est pris face au Zalgiris Vilnius, qui prive le club de la capitale du titre ! L’occasion pour Vacys de narguer son monde et de ramener sa fraise devant la presse, alors que selon cette dernière, les joueurs n’étaient même pas certains de faire le déplacement à Vilnius … le club n’étant pas certain de pouvoir payer le trajet du bus. 

La seule chose qui reste à Vacys est sa capacité à effrayer les gens. Certains de nos interlocuteurs locaux ont ainsi clairement peur de lui, nous demandant de ne pas présenter leurs réponses comme des critiques contre lui.

Les victimes

Cette gestion n’est pas sans faire de dégâts pour les joueurs ou les fournisseurs qui, pour certains, ne touchent pas un euro durant cette période. Tel le jeune belgo-sénégalais Omar Diarra. Sous contrat en Allemagne au SC Wiedenbrück, il est en manque de temps de jeu suite à un changement d’entraîneur. Son agent (le même que celui d’Anil Koç),  lui propose de rejoindre Klaipeda, alors même que les problèmes d’Atlantas sont de notoriété publique en Lituanie.

Signature Omar Diarra © Atlantas Facebook

Il rompt son contrat en Allemagne et prend la direction de la Lituanie début août : « Le salaire était un peu moins élevé qu’en Allemagne, mais j’avais la perspective de jouer et je pensais arriver dans une équipe qui allait se battre pour se qualifier pour la Ligue Europa. Bon, je ne connaissais rien d’Atlantas et de la Lituanie ».

De plus, son agent le rassure en lui indiquant qu’une de ses connaissances au club de Galatasaray allait investir dans le club. « Je n’ai jamais été payé. Les billets d’avion que Vacys avait promis de me rembourser ont été payés par mon agent. Je n’ai jamais vu un truc pareil, je ne comprends pas comment ce club peut avoir le statut professionnel ! »

S’il joue directement dans l’équipe, en dehors c’est la catastrophe. « Je logeais dans un appartement avec un Russe. Nous parlions en anglais et cela se passait bien. Mais comme le club ne payait plus, j’ai fini dans une auberge de jeunesse. Le pire c’est quand j’ai été au restaurant fin août et que la gérante nous a refusé et nous a dit que le club ne la payait plus depuis des mois et qu’elle allait voir la police ! J’ai pété un câble, j’ai été voir Vacys et je lui ai dit que je rentrais en Belgique. Vacys est complètement fou, il promet tout et n’importe quoi. On devait laver nos équipements nous-mêmes. Le kiné venait parce qu’il aime le club, mais il ne touchait rien et à la fin, il n’en pouvait plus non plus. J’ai vu des trucs de fou. À un match contre Stumbras, un ami de Vacys se moquait de l’équipe en russe. Leandro Da Silva (un Brésilien qui a passé quasiment toute sa carrière en Russie et parle la langue, NDLR) s’est engueulé avec lui et Vacys l’a mis hors de l’équipe pendant quelques semaines. Mon frère et ma mère m’envoyaient de l’argent pour que je puisse vivre, c’était un enfer. Je ne veux plus remettre un pied là-bas. Pour tous les joueurs, c’était la misère, j’ai perdu de l’argent en allant à Atlantas, quand je pense que j’ai rompu mon contrat en Allemagne pour me retrouver dans cette situation… »

Omar Diarra en route pour Atlantas © Nuno Noronha NK Elite

La DH publie une interview du joueur sous le titre-choc « On peut gagner 10 000 € par mois en Lituanie ». Interview qui finit postée sur son Facebook par l’agent en question. Celui-ci, Nuno Nuronha, de NK-Elite nous indique : « Anil a été placé par NK Elite à l’Atlantas. On a fait l’affaire, mais le joueur n’était pas à nous. Depuis son départ, nous ne sommes plus en contact. La rumeur du Zenit ? Nous ne sommes pas au courant. Omar Diarra est lui parti à l’Atlantas car nous avons été avertis que des investisseurs russes allaient reprendre le club. Ça ne s’est pas bien passé malheureusement. Par rapport à la reprise du club par des gens proches de Galatasaray, je ne ferais aucun commentaire pour l’instant. »

Quand nous lui demandons comment il put amener Diarra à l’Atlantas après l’aventure Koç, celui-ci nous répond : « Attention, on a averti Omar de ce qu’il s’est passé avec Anil. Qu’il y avait cette possibilité de non-paiement. Mais Omar voulait beaucoup jouer en D1, faire des stats, et avoir des vidéos. Il a préféré prendre le risque. »

La fin ?

Un interlocuteur préférant garder l’anonymat nous indique qu’« avec l’activité du port, Klaipeda compte de nombreuses sociétés importantes, mais personne ne mettra de l’argent dans Atlantas tant que Vacys sera là. »

Romualdas Jonaitis a pris ses distances avec le club en démissionnant en mai 2018 et vient de perdre sa place de président de la fédération de football de Klaipeda au profit de Rimantas Zvingilas. Ce dernier, légende du football local et ancien proche de Sasarnia, est un opposant déclaré de Jonaitis et Vacys. Plus de soutien à attendre de ce côté-la donc. Les supporters sont, eux, lassés du cirque de Vacys et ne veulent plus de lui.

Vacys et le club vont demander la licence pour participer à la saison 2019. Le dirigeant est néanmoins ouvert à une vente du club contre la modeste somme de 200 000 €, auxquels il faut ajouter les dettes, estimées entre 250 000 et 500 000 €. À ce tarif, les amateurs ne courent pas les rues.

Depuis, Vacys est silencieux et les supporters tentent eux-mêmes de trouver un repreneur. Ce qui donne droit à une rumeur des plus improbables de reprise par un proche d’Abramovitch désirant mettre Avram Grant sur le banc d’Atlantas.

Pour aggraver les choses, la municipalité de Klaipeda a indiqué le 17 janvier que la subvention annuelle de 70 000 € ne serait pas versée, le club n’ayant pas rendu de dossier complet (et avait demandé 115 000 €).

Le lendemain dans une interview donnée à futbolas.lt, Rimantas Zvingilas s’en prend frontalement à Vacys en indiquant qu’il était en vacances et injoignable pour parler de toute tentative de reprise du club. Il indique déjà plancher sur la création d’un nouveau club qui repartirait en deuxième division, éventuellement sous le nom de Granitas, soit le nom originel de l’Atlantas.

Dans tous les cas, l’étude de l’octroi des licences par la fédération lituanienne est communiquée le 31 janvier, et l’examen des appels le 7 février. Il s’agit donc sans doute des dernières heures d’existence de l’Atlantas Klaipeda, à moins que Vacys Lekevičius ne sorte de sa moustache une nouvelle solution improbable.

Viktor Lukovic

Image à la Une © Ces Ka

Atlantas Klaipeda, le système Vacys
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