Coup de tonnerre en Biélorussie ! Après 14 ans d’hégémonie, le BATE Borisov est tombé et a vu le Dynamo Brest remporter son premier titre de champion national. A part ça, la saison n’a vu que peu de surprises : des gros tout en haut, des problèmes financiers et un niveau de jeu qui ne semble pas s’améliorer au fil des saisons.


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9. FK Minsk – 36 points

Meilleur centre de formation du pays, le FK Minsk avait décidé – en parallèle avec quelques problèmes financiers qui ont aussi forcé la décision – de faire davantage confiance à ses jeunes joueurs début 2018. Après une saison compliquée passée au bord de la relégation, le club de la capitale, qui a retrouvé des finances correctes, s’est tourné vers un effectif plutôt hybride collant plus à la réalité du football, entre jeunes formés au club et joueurs plus expérimentés pour les encadrer.

Un effectif plutôt bien foutu d’ailleurs, entraîné par Andrey Razin. Relativement jeune (40 ans), Razin a passé les 6 dernières années de sa carrière de joueur au club avant de se réorienter vers le métier d’entraîneur et de passer adjoint de Georgi Kondratiev notamment. Pour son premier exercice en tant que coach principal, Razin a offert au FK Minsk une saison plutôt tranquille, bien que le début fût compliqué avec 10 matchs sans victoire pour commencer la saison.

Le club s’est ensuite bien repris grâce à quelques individualités, Oleksandr Vasilyev en tête. Milieu de terrain, l’Ukrainien a inscrit 10 buts et quelques-uns magnifiques. Minsk a eu la bonne idée de garder son joueur pour la saison à venir, mais le néo-international Ivan Bakhar (20 ans, Dinamo Minsk) et Evgeniy Shevchenko (Dynamo Brest) sont quant à eux partis jouer le haut de tableau avec leurs nouveaux clubs respectifs. Pour compenser, le FK Minsk a fait venir le très intéressant Anton Shramchenko (Gomel) ainsi que revenir Oleg Evdokimov (Neman Grodno) et Vladimir Khvashchinsky (Shakhtyor Soligorsk), formés au club. Important pour le développement du football dans le pays, le FK Minsk devrait se maintenir également cette saison.

A noter que le FK Minsk possède également la meilleure équipe de football féminin du pays. Cela fait sept ans que le ZFK Minsk (Z pour zhenskii, « féminin »), réalise le doublé coupe – championnat avec des résultats encore plus écrasants que Lyon en France. Ainsi, selon tribuna.by, 700 000 dollars sont alloués à la section féminine du club pour 100 000 de plus du côté des hommes. L’élimination en huitième aurait apporté entre 200 et 300 000 dollars pour le fonctionnement du club. Une sacrée somme pour un club comme Minsk.

10. Neman Grodno – 36 points

Cela fait quatre ans que Igor Kovalevich est entraîneur du Neman Grodno. A l’image de Vitaliy Zhukovskiy à Isloch, il est une figure du championnat biélorusse, toujours intéressant lorsqu’il parle et très aimé de ses joueurs. Le Neman est un club historique de Vysshaya Liga et il n’est jamais descendu depuis la création du championnat en 1992. Néanmoins, à part une deuxième place en 2002, il n’est jamais monté sur le podium. Ça n’a pas été le cas en 2019. Ce ne sera sûrement pas le cas en 2020 non plus.

Avec moins d’un but par match, le Neman a été une équipe assez pénible à regarder, notamment sur ses matchs à domicile avec un stade du Neman (les noms des stades sont régulièrement similaires à ceux des clubs) plutôt vide avec ses 8 500 places disponibles et une pelouse à la limite du praticable. Sur ces 28 buts marqués, bon nombre sont liés à la révélation de la saison en Biélorussie : Gulzhigit Alykulov.

Le Messi kirghize. © fcneman.by

Il est déjà suffisamment rare de voir un Kirghize s’exporter en Biélorussie. Mais que « le Messi kirghize » impressionne dès ses premières entrées en jeu, dans un championnat réputé plutôt physique, du haut de son 1,70m a fait de lui une vraie coqueluche. Sur son aile gauche, Alykulov est vite devenu important. De quelques entrées en début de saison, il est passé titulaire indiscutable avant la mi-saison. Un profil à la Messi que l’on ne voit malheureusement pas en Biélorussie, très vif, dribbleur et assez adroit dans la zone de vérité. Convoité à droite et à gauche, Alykulov a choisi le Kairat Almaty et son entraîneur biélorusse Aleksey Shpilevsky pour continuer son développement.

Le Neman Grodno a touché environ 200 000 € pour le jeune Kirghize de 18 ans. Une somme intéressante  qui a sûrement donné envie de retenter l’expérience. Ainsi, un autre Kirghize est arrivé cet hiver en la personne de Emir Shigaybaev, 18 ans lui aussi, en provenance des équipes de jeunes d’Antalyaspor. C’est la curiosité d’un mercato assez actif à Grodno, mais sans réel gros nom du côté des départs ou arrivées. On notera la retraite de Paul Bebey Kingue, Camerounais qui a passé quatre ans à Grodno et a même pris la double nationalité biélorusse, devenu un des joueurs préférés des supporters.

11. FC Slutsk – 34 points

Si les premières saisons du FC Slutsk s’était déroulées sans accroc, 2019 s’est avérée très compliquée pour l’une des équipes les plus pauvres de Vysshaya Liga dans le jeu. A deux journées de la fin, Slutsk était encore en position très précaire mais a eu la chance « d’affronter » le Torpedo Minsk durant ces deux journées, leur garantissant trois points bienvenus. Les statistiques avancées, et notamment les expected goals, montrent que Slutsk aurait peut-être dû terminer dans la charrette.

Le FC Slutsk va donc vivre une année de plus en Vysshaya Liga. En tout cas, l’idée est là. La réalisation sera peut-être plus difficile. Sportivement, d’une part, puisque Slutsk a perdu pas mal de joueurs importants : Dmitriy Dudik, co-meilleur buteur avec… 4 buts et reparti au Shakhtar Donetsk après son prêt, Pavel Nazarenko (Vitebsk), Murat Khotov (Gomel) et Joseph Adah (meilleur passeur avec 4 passes, Pyunik). Quelques noms d’un exode assez important remplacés de manière assez caduque, avec entre autres plusieurs joueurs africains, Slutsk étant l’un des clubs biélorusses faisant confiance à la filière africaine.

D’autre part, cela pourrait devenir rapidement très difficile de survivre financièrement. Comme Gorodeya, Slutsk est soutenu par la sucrerie locale, touché par un scandale de corruption. Mais contrairement à son alter ego, la raffinerie de Slutsk a annoncé arrêter son sponsoring avec le club local, mettant en grand danger son avenir par la même occasion. Slutsk pourra commencer la saison. La finir sera délicat.

12. Energetik-BGU Minsk – 33 points

Promu, l’Energetik-BGU avait un profil déjà intéressant. Lié à l’Université d’Etat biélorusse (BGU) et le Ministère de l’Energie (Energetik), le club fait la place aux jeunes, qu’ils soient formés au club, indésirables dans d’autres ou bien même étrangers. Il est supervisé par Anatoliy Yurevich, une sorte de gourou très respecté en Biélorussie. Une personne à la mentalité assez vieillotte, connue pour sa sévérité en matière de discipline. L’Energetik a, cette saison, eu une pré-saison de quatre mois. Si les joueurs sont jeunes, les dirigeants le sont aussi : quelques légendes du championnat font leurs gammes sur son banc : Artem Radkov est l’entraîneur adjoint, Aleksandr Pavlov entraîne la réserve et Vitali Rodionov est le directeur sportif.

Le dernier match de la saison résume parfaitement l’Energetik-BGU : un match couperet, face au Dnyapro Mogilev. Mené 2-3 à la 75e minute après avoir mené 2-1, l’Energetik inscrit trois buts et s’impose 5-3 pour se maintenir. Avec Ilya Shkurin, meilleur buteur du championnat des réserves l’année précédente avec Vitebsk, l’Energetik a touché le jackpot. Avec 19 buts, il a terminé meilleur buteur du championnat. Avec 52 buts marqués pour 66 encaissés, l’Energetik a été extrêmement spectaculaire. Un véritable vent de fraîcheur dans le championnat, qui lui a attiré beaucoup de sympathie parmi les suiveurs neutres.

La Biélorussie a découvert tout un tas de jeunes joueurs très intéressants. Parmi eux, le milieu de terrain David Tweh (21 ans, Libéria), le piston gauche Jérémy Mawatu (22 ans, France), le défenseur central Artem Shkurdyuk (21 ans, Biélorussie) ou Aleksey Nosko (22 ans, Biélorussie). Mais voilà Ilya Shkurin désormais au CSKA Moscou et l’Energetik-BGU orphelin. D’autant que Vsevolod Sadovskiy a rejoint le Dynamo Brest – tout comme le meilleur passeur Vladislav Vasilyev (déjà parti cet été) – et Daniil Poluboyarinov est reparti au Spartak après son prêt. Trois départs importants, compensés par les arrivées de Jasur Yakhshiboev (Pakhtator, Ouzbékistan), Dusan Bakic (Buducnost, Monténégro) et Shakhboz Umarov (AGMK Olmaliq, Ouzbékistan). Toutes les recrues ont 25 ans ou moins. L’Energetik va encore offrir un jeu débridé, moderne et plein de buts.

Meilleur buteur du championnat (19 buts), Ilya Shkurin a signé au CSKA Moscou cet hiver. © belta.by

13. FK Vitebsk – 31 points

Vitebsk avait été la bonne surprise de la saison 2018. A la lutte pour la deuxième place pendant toute la saison, le club du nord-est de la Biélorussie avait finalement terminé quatrième. Un résultat logique pour le club qui jouait le mieux au football en Biélorussie, emmené par Rafael Ledesma. L’exercice 2019 a, lui, été beaucoup plus compliqué, notamment à cause de la perte du meneur de jeu brésilien, parti pour des raisons personnelles.

Outre Ledesma, Vitebsk avait perdu avant le début de saison Nikita Naumov, le taulier de la défense centrale qui s’était imposé comme l’un des tout meilleurs à son poste. Et cela s’est vu. Tant défensivement qu’offensivement, Vitebsk a peiné. Une différence de buts de -15, une finale de Coupe de Biélorussie perdue et une saison dans le ventre mou, les quatre défaites consécutives de fin de saison rendant la situation beaucoup plus dangereuse au classement qu’elle ne l’a été vraiment. Vitebsk représente finalement tous les maux des clubs biélorusses hors Top 4 : une bonne saison et puis impossible de confirmer lors de la suivante.

Sans être un candidat au maintien, Vitebsk ne devrait pas avoir trop de problème pour se maintenir. Le club fait toujours confiance à Sergey Yasinski sur son banc mais a perdu quelques joueurs importants de nouveau, comme Kirill Pechenin qu’il avait réussi à garder un an de plus l’hiver dernier (Dynamo Brest), Nikolay Zolotov (Ural) et le métronome du milieu de terrain Mikhail Kozlov (Dinamo Minsk). Artem Stargorodskyi, l’artiste ukrainien, a lui pris sa retraite. Le recrutement ne fait pas rêver, loin de là. Yasinski va tenter de refaire des miracles.

14. Dnyapro Mogilev – 30 points

La saison du Dnyapro a commencé de manière surprenante. Le club est une sorte de fusion entre le Dnepr Mogilev et le Luch Minsk. Le Dnepr ayant été relégué à la fin de la saison 2018, il a en quelque sorte avalé le Luch, toujours en Vysshaya Liga, pour s’offrir une licence. De là est donc sorti le Dnyapro Mogilev, avec une majorité de joueurs de l’ancien Dnepr et quelques unités du Luch, tout ce petit monde entraîné par Ivan Bionchik et soutenu financièrement par Vladimir Telpuk, l’homme d’affaires qui était derrière le Luch. Il déclare vouloir faire de Mogilev la place forte du football biélorusse.

Spoiler : ça ne s’est pas vraiment passé comme prévu. Onzième après douze journées, le Dnyapro a enchaîné sept défaites consécutives pour se retrouver avant-dernier. Une belle fin de saison alors que le staff et les joueurs n’étaient plus payés a suffi à se qualifier pour les barrages et s’offrir ainsi une dernière chance de maintien. La défaite aux tirs au but face au Rukh Brest, à domicile, n’en a été que plus cruelle.

Le Dnyapro Mogilev est aujourd’hui un club défunt. Vladimir Telpuk a retiré la perfusion à la mi-saison lorsqu’il a vu que son projet tombait en ruines. La saison du Dnyapro a quand même permis l’éclosion de Dmitry Podstrelov, jeune ailier droit de 21 ans aujourd’hui parti au Shakhtyor Soligorsk. Le Dnepr Mogilev va renaître de ses centres encore chaudes et reprendre du service, probablement en D3. Ivan Bionchik a une bonne réputation de coach joueur et a retrouvé un poste, à Gomel.

15. FC Gomel – 29 points

Le FC Gomel est une institution du football biélorusse, mais aussi l’un de ses clubs les plus inconstants. Il possède l’un des stades les plus grands du pays, qui a notamment accueilli un Biélorussie – France quand la Borisov Arena n’était pas sortie de terre, a été champion en 2003 et jouait la Coupe d’Europe, face à Liverpool, pas plus tard qu’en 2012. Depuis 2015 en revanche, c’est l’ascenseur. La descente en 2016 pour soucis financiers pouvait sonner comme l’occasion de reconstruire. Niet.

Gomel avait pourtant la quatrième meilleure attaque du championnat avec 44 buts, emmené par un trio Schramchenko, Bolov (9 buts) et surtout Kvashuk. L’ailier gauche ukrainien a été l’un de meilleurs joueurs de la saison avec 14 buts et cinq passes décisives, souvent soyeuses d’ailleurs. Les 50 buts encaissés ne font pas tellement tache pour un relégué, mais la différence de buts de -6 fait mal. Au final, le classement de Gomel ne reflète pas vraiment les performances et surtout le potentiel de l’équipe. Enormément de défaites d’un seul petit but (9 sur 15) ont envoyé le club en Pershaya Liga.

Reperdre Gomel est un coup dur pour le championnat biélorusse. C’est la garantie d’un club de grande ville, qui aime le football avec ses presque 4 000 spectateurs de moyenne. Le ménage a été fait cet hiver, l’effectif a presque totalement changé. Logique, car Gomel ne s’attendait sûrement pas à descendre et la masse salariale devait être conséquente. Schramchenko a signé au FK Minsk, Ruslan Bolov en Ouzbékistan et Vitalyi Kvashuk au Riga FS. Le recrutement devrait néanmoins permettre à Gomel de remonter immédiatement, avec Ivan Bionchik aux commandes.

16. Torpedo Minsk – 6 points

Un logo classe, de superbes maillots, une communication épurée presque exclusivement en biélorusse et un beau site internet : la renaissance du Torpedo Minsk se passait plutôt bien en dehors du terrain. Remonté en 2018, le Torpedo avait réussi à se maintenir à la différence de buts l’an passé. Cette fois, le club n’a même pas pu aller au bout du championnat.

Car si le Torpedo n’a terminé qu’avec six petits points, c’est qu’il n’a joué que quinze matchs. L’homme d’affaires Mikhail Mironenkov a décidé d’arrêter de soutenir le club en milieu de saison dernière, faute de résultats sportifs satisfaisants. Le Torpedo n’a pas réussi à trouver de nouveau sponsor. Il a mis la clé sous la porte et ses quinze derniers matchs ont donc été perdus par forfait.

L’équipe de la saison

Image à la une : © by.tribuna.com

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