Saison 2016/2017 : Un an de football en Russie – Episode 1

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 5 juin 2017

La saison 2016-2017 de RPL tire son rideau rouge. Une saison une nouvelle fois riche en suspens que ce soit pour l’Europe ou la relégation. Tour d’horizon des différentes équipes, en passant par les tops/flops de l’année.

1er – FK Spartak Moscou – 69 points

La saison

La vie de supporter n’est pas facile. Tout est conditionné par les défaites et les victoires de son club de cœur, les péripéties qui jalonnent la saison de son équipe. On dit qu’il faut relativiser car « ce n’est que du foot ». Mais le foot peut apporter des joies et peines tellement grandes que ça dépasse la notion de sport. Cela est d’autant plus dur lorsque les périodes de disette sont longues. Le supporter se porte à croire à des jours meilleurs. Et lorsqu’enfin arrive le succès, la joie du supporter est immense. En se remémorant les durs moments passés, le supporter profite plus que jamais de la victoire !

C’est ce que sont en train de vivre les supporters du Spartak. Après seize ans de disette en championnat, le club du losange vient d’empocher son dixième titre de champion de Russie.

Le suspens durait depuis plusieurs journées, plusieurs semaines, plusieurs mois. La question était de savoir si le Spartak pouvait aller jusqu’au bout, quand les hommes de Carrera craqueraient. Mais ils n’ont jamais craqué. Réalisant une première partie de saison incroyable avec notamment cette victoire marquante face au CSKA à l’Otkrytie Arena (3-1), tout restait à faire après la trêve hivernale. Mais les trois mois d’arrêt ne déraillèrent nullement la machine rouge et blanche. Cette équipe passa les épreuves à l’extérieur (nul contre Krasnodar et Lokomotiv) et fit tomber les deux rivaux (victoires contre le Zenit (2-1) et le CSKA (1-2)). Le Spartak aurait pu perdre la tête à la suite de sa lourde défaite face à Rostov (3-0) ou après la grosse claque infligée par le Krylia Sovetov à Samara (4-0). Mais cette année, les hommes de Carrera n’avaient qu’une chose en tête, remporter le titre !

Statistiquement, la saison du Spartak est remarquable ! 22 victoires en 30 matchs, c’est très fort. Certaines victoires furent acquises dans la douleur. Notamment celle face à Orenburg (3-2), acquise dans les toutes dernières secondes du temps additionnel grâce à un but de Promes. La force de caractère, l’envie de gagner coûte que coûte fit basculer le match et fit de cette saison un succès.

© fratria.ru

La surprise

La surprise ? C’est d’être champion ! Au soir de la défaite face à Larnaca en Europa League, qui aurait pu prédire un tel dénouement ? Entre le départ d’Alenichev et la saga Berdyev, le club démarrait la saison de la pire des manières. Le chaman se faisait attendre et malgré le fait d’avoir quitté le bord du terrain, Berdyev resta bel et bien sur les bords du Don. La surprise, c’est l’ensemble de la saison. Côté joueur, Fernando fut tout simplement fantastique au milieu. Véritable métronome et chef d’orchestre de l’équipe, il est un des artisans majeurs du titre. Zobnin aussi impressionna et connut une grosse progression au fur et à mesure de cette saison. Une bonne nouvelle pour la Sbornaya.

Le coach

Un homme permit au groupe de traverser la tempête du début de saison, c’est Massimo Carrera. Arrivé comme assistant d’Alenichev pour s’occuper de la défense, il prit le rôle de remplaçant temporaire avant d’avoir définitivement les commandes de l’équipe.

Décision judicieuse de Leonid Fedun de faire confiance au tacticien italien. Toutes les discussions sur le rôle important ou non de Dmitri Alenichev dans les résultats actuels du club (il l’a lui-même compris en déclarant refuser toute récompense) n’enlèveront pas le fait que Massimo Carrera apporta à cette équipe ce qui lui manquait le plus : du caractère. Il utilisa au service du Spartak sa grande expérience de joueur de la Juventus, d’assistant privilégié d’Antonio Conte à Turin puis en sélection italienne, tant par sa culture de la gagne que dans le jeu alliant forte défense, pressing incessant et jeu rapide et vertical. Contrairement à Unai Emery, Massimo Carrera imposa ses principes et le groupe les intégra à la perfection, peu importe les problèmes linguistiques. De plus, il s’adapta parfaitement au championnat russe, notamment durant la trêve hivernale. L’excellente préparation physique, orchestrée par l’espagnol Javier Noya Salses, permit à ses hommes de ne pas lâcher la cadence après la trêve et de garder ainsi les commandes jusqu’au bout.

Les tops

Carrera put s’appuyer sur un groupe composé d’individualités fortes telles que Quincy Promes, Zobnin, Glushakov ou encore Fernando. Il sut autour de ce noyau dur composer son effectif au fur et à mesure des matchs en fonction de l’adversaire, modifiant ainsi son système de jeu. On peut d’ailleurs noter l’importance de l’Ukrainien Roman Pilipchuk comme entraineur adjoint, notamment dans l’analyse vidéo pour la préparation des matchs.

Les flops

Difficile d’en trouver cette saison… On peut tout de même citer les deux arrières latéraux Kombarov et Eschenko, souvent en difficulté et traduisant un besoin pour le Spartak de se renforcer rapidement à ces postes pour espérer quelque chose en Ligue des Champions. Il est aussi possible de rajouter dans la liste Kutepov, défenseur central sur lequel on porte beaucoup d’espoir tant au Spartak qu’en sélection nationale et qui a connu une saison mitigée. Carrera s’est d’ailleurs passé de ses services en préférant titulariser Dzhikia nouvellement arrivé durant l’intersaison et montrant beaucoup plus de certitudes… Un dernier mot sur Melgarejo qui, depuis son arrivée au Spartak, n’a toujours pas trouvé sa place dans le onze type et qui ne peut compter que sur des bouts de match… Frustrant pour un joueur qui avait montré de belles choses à Kuban.

© fratria.ru

Les supporters

Au coup de sifflet final de la défaite du Zenit qui sacrait le Spartak, les réseaux sociaux s’enflammèrent de messages de joie. Certains se rappellent de l’âge qu’ils avaient en 2001, date du dernier titre et d’autres firent le listing de leur vie depuis cette date.

Les supporters allèrent exprimer leur bonheur devant le stade, aux côtés du grand gladiateur. Ils furent rejoints assez vite par les joueurs, notamment Denis Gloushakov, capitaine des rouges et blancs. Ce dernier, tel une rock star, se faisait porter en triomphe par les supporters enchantés. Il fut suivi par Boccetti, Tasci et surtout Massimo Carrera, personne sans qui rien de tout cela ne serait arrivé. Les autres joueurs diffusèrent sur les réseaux sociaux leur moment de joie, que ce soit en famille pour Dmitri Kombarov et Melgarejo ou seul comme Luiz Adriano.

Lors de la victoire face au Terek (3-0), les supporters exprimèrent de nouveau leur joie en envahissant le terrain. Des scènes de liesse que l’Otkrytie Arena n’avait jamais connue. Les débordements, suite à la défaite contre Arsenal à Tula lors du dernier match de la saison, ternirent un peu le magnifique soutien rouge et blanc au cours de l’année. Le public du Spartak reste malgré tout le mouvement de supporters le plus influent du pays, avec des affluences à domicile de 25-30000 personnes en moyenne. À l’extérieur, le parcage visiteur était toujours rempli, peu importe les températures, traduisant l’importance du vivier de supporters du Spartak à travers le pays. À leur habitude, les ultras rivalisèrent d’invention pour les tifos, créant de véritables œuvres d’art.

Comme chaque saison, on se doit de rappeler que le comportement des supporters jugé négatif par le comité de discipline est sanctionné chaque semaine d’une amende. La dernière en date s’est élevée à 1,6 million de roubles pour les deux derniers matchs (25000 euros).

L’avenir

Comme de nombreux supporters, je n’ai personnellement pas connu les années 90 de gloire, période où le Spartak empocha les trophées année après année. Supporter rouge et blanc depuis 2008, j’ai vécu comme tous les autres les saisons remplies d’espoir au début, déçu à la fin, les changements entraîneurs (8 depuis 2008), les décisions contestables des dirigeants. Leonid Fedun connaît lui aussi enfin le goût du succès. L’homme qu’on appelait Noltrofeïvich (zéro trophée) n’est plus. Il a compris l’importance d’un entraîneur, lui qui en 2004 déclarait qu’un entraineur apportait une faible amélioration à l’équipe.

A force de regarder le glorieux passé du club, celui des Titov, Tikhonov et autre, on se devait de comparer sans cesse et forcément on était déçu. Mais avec une structure sportive cohérente orchestrée par Rodionov, avec un entraîneur de caractère qui sut imposer sa vision au groupe et un collectif qui y adhère, le Spartak peut désormais regarder vers l’avenir plus sereinement. Le retour en Ligue des Champions est une bonne chose et le club doit désormais confirmer cette belle saison. Car c’est avec un Spartak fort, au côté d’un CSKA et d’un Zenit compétitifs que la RPL aura les meilleures chances de tenir sa place en Europe.

Vincent Tanguy

2ème – PFC CSKA Moscou – 62 points

La saison

Sacré champion la saison passée au terme d’un championnat riche en rebondissements, le CSKA Moscou a vécu une intersaison relativement calme, essentiellement marquée par le départ d’Ahmed Musa vers Leicester. La perte de l’attaquant nigérian a été un énorme problème pour le club moscovite, qui a tenté de compenser son départ avec le retour de prêt de Carlos Strandberg et l’arrivée en prêt de l’attaquant ivoirien de l’AS Monaco Lacina Traoré. Le début de saison est très compliqué pour le CSKA qui voit son secteur offensif constamment en difficulté, une incapacité à conclure les actions qui coûte cher aux joueurs moscovites en championnat, mais surtout en Ligue des Champions où le CSKA réalise une nouvelle fois un passage éclair, assez humiliant pour les supporters, désormais habitués a voir leur équipe prendre des fessées en phase de groupes. L’arrivée du nouveau stade devait marquer un tournant dans l’histoire du club, le retour au sommet du seul club de la capitale à avoir remporté une coupe d’Europe, pourtant on se retrouve avec les mêmes problèmes défensifs que la saison passée et en plus une attaque défaillante qui peine à convaincre. Le CSKA Moscou termine l’année avec un match à Londres face à Tottenham, le dernier match de Leonid Slutsky qui après cet énième échec européen décide de démissionner. Il sera remplacé à la trêve par son ancien adjoint Viktor Goncharenko, 39ans, qui était entre-temps devenu coach de l’Ural Ekaterinbourg.

La deuxième partie de saison a servi en quelque sorte de période de transition : nouvel entraîneur, nouveau système avec le passage du 4-5-1 au 3-5-2 et l’arrivée dans le onze de nouveaux joueurs de retour de prêt en la personne de Vitinho et Viktor Vasin, ainsi que la (re)signature du Nigérian Aaron Olanare qui s’était gravement blessé a la fin de la saison dernière. Malgré de bons résultats sur la fin de saison, le CSKA ne pourra pas tenir la cadence infernale du Spartak, totalement inarrêtable comme en témoignent les derbys ayant opposé les deux clubs rivaux. Les joueurs de l’Armée arriveront cependant à prendre le dessus sur le Zenit et arracher une deuxième place qualificative pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions.

© Astapkovich/Sputnik via AFP Photos

Les tops

Les tops sont maigres coté CSKA cette saison, du moins, il faudrait plutôt s’orienter vers les promesses de deuxième partie de saison pour retrouver un peu d’optimisme. Le retour de prêt de Vitinho a fait énormément de bien au secteur offensif du CSKA, le Brésilien semble désormais prêt physiquement et mentalement a évolué au plus haut niveau en Russie et il a largement contribué à la bonne deuxième partie de saison du club. L’arrivée de Viktor Vasin et le passage à trois défenseurs (voire cinq) derrière ont permis au CSKA de retrouver une nouvelle fraîcheur défensive, un semblant d’air frais que les supporters attendaient depuis la saison 2013-2014…

Enfin comment ne pas mentionner la Légende: Igor Akinfeev, capitaine emblématique et indispensable, auteur d’une nouvelle saison impressionnante et large contributeur des bonnes performances du CSKA cette saison, avec au passage de nouveaux records à son actif.

Les flops

Comment ne pas mentionner Roman Eremenko ? Le milieu offensif finlandais, élément essentiel de l’attaque du CSKA a été contrôlé positif a la cocaïne et a été suspendu 1 an, une absence qui a fait du mal au CSKA Moscou. Lacina Traoré et Carlos Strandberg dans une moindre mesure pour leur demi-saison triste en termes de statistiques, les deux attaquants n’ont pas su remplacer Ahmed Musa à la pointe de l’attaque.

La surprise

Difficile de trouver une surprise cette saison, mais on peut néanmoins noter le retour réussi de Vitinho, le Brésilien arrivé en 2013 n’avait pas réussi à s’imposer, il était alors retourné au Brésil en 2015 en prêt à l’Internacional. Revenu au CSKA en janvier dernier, il s’est imposé tout de suite comme le nouvel homme fort de l’attaque moscovite aux côtés d’Alexey Ionov notamment.

Le coach

Après un début de compétition laborieux, on pensait que le CSKA de Leonid Slutsky allait s’effondrer, mais le coach termine à une honorable 3ème place a la trêve avant de démissionner. Viktor Goncharenko son successeur, a apporté une nouvelle fraîcheur qui manquait au CSKA depuis longtemps, avec un nouveau système en 3-5-2, le CSKA semble avoir retrouvé un équilibre, ce qui lui a permis notamment d’arracher cette 2ème place en championnat qualificative pour le tour préliminaire de Ligue des Champions. Reste maintenant à savoir si Goncharenko va réussir à confirmer les attentes la saison prochaine, notamment en rectifiant le tir des prestations calamiteuses du CSKA en coupe d’Europe.

Les supporters

On pensait que l’arrivée du nouveau stade allait générer un nouvel engouement, mais il faut dire que la hype a été très éphémère et malgré les grosses affiches de championnat, la VEB-Arena avait tendance à sonner creux lors des matchs un peu moins cotés. S’il y a bien un endroit où les supporters du CSKA se font remarquer, c’est en coupe d’Europe où ils sont une nouvelle fois la cible des instances et de l’UEFA pour le comportement très discutable d’une partie plus radicale.

L’Europe

Une nouvelle saison catastrophique au niveau européen, les saisons s’enchaînent et au final toujours la même 4ème place en phase de groupes, incapable d’assurer une place en Europa League. Le CSKA est un acteur inexistant de la phase de groupes de Ligue des Champions, du moins tant que l’équipe continuera de laisser partir ses talents sans se renforcer….

L’avenir

On espère que des investissements importants seront effectués, afin de renforcer l’équipe. Le club a un nouvel outil avec le nouveau stade et un l’équipe a un nouvel entraîneur, jeune qui a une approche différente de l’ancien coach Leonid Slutsky, c’est le début d’un nouveau cycle. Si l’équipe semble très loin du niveau Ligue des Champions, le CSKA aurait cependant une carte à jouer si le club pouvait se retrouver en Europa League. À suivre…

SovietXav

La suite demain avec le Zenit Saint-Petersbourg et Krasnodar.


Image à la une : © fratria.ru

Saison 2016/2017 : Un an de football en Russie – Episode 1
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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

pays de l'auteur footballski

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