En route pour la Russie #8 : Jefferson Farfán, la renaissance au Loko

Adrien Morvan - Publié le 28 décembre 2017

Notre dispositif spécial Coupe du Monde se met en place et cette nouvelle série d’articles va vous accompagner de manière hebdomadaire jusqu’à l’ouverture de la compétition. Chaque semaine, nous faisons le lien entre un pays qualifié pour la compétition et le pays organisateur. Ce jeudi, nous évoquons le Pérou, par le biais d’un de ses joueurs les plus talentueux, Jefferson Farfán, qui s’est retrouvé au Lokomotiv Moscou début janvier, pour une histoire qui ressemble de plus en plus à une idylle.


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Quand Jefferson Farfán a posé ses valises au Lokomotiv Moscou en janvier 2017, peu nombreux étaient les fans du Lokomotiv à s’enthousiasmer. Le Péruvien de 32 ans, jusqu’alors pensionnaire du championnat des Emirats arabes unis avec l’Al Jazira Club, avait tout l’air d’un pari perdu d’avance. Les Cheminots avaient pourtant bien besoin de renfort en attaque. Le mercato d’hiver ne s’est d’ailleurs pas arrêté là, puisque le Brésilien Ari est venu grossir les rangs du secteur offensif le mois suivant. Seul le community manager du club a semblé revivre au moment de l’annonce de la venue de Farfán, profitant de l’occasion pour inonder Facebook de posts en espagnol. Gloire à lui, il avait senti venir la légende avant tout le monde.

Une première demi-saison difficile

On ne sort pas un sportif de sa pré-retraite en un claquement de doigt. Habitué au rythme tranquille de la Ligue du golfe Arabe, Farfán n’était plus que l’ombre du goleador qui enchainait but sur but avec le PSV Eindhoven quatre fois de suite champion des Pays-Bas entre 2005 et 2008. Lors de ses sept saisons à Schalke 04, il n’avait pas été aussi efficace, souvent replacé sur le flanc droit pour laisser la pointe de l’attaque à Huntelaar. De moins en moins titulaire en Bundesliga, puis exilé dans un championnat de seconde zone, le natif de la banlieue de Lima avait même fini par être écarté de la sélection par Ricardo Gareca. Rejoindre la Première Ligue russe était aussi un moyen de se rappeler aux bons souvenirs du sélectionneur.

Farfán, ici avec Ilya Gerkus, le président du Loko, signe en janvier 2017. | © ftbl.ru

A la reprise, en mars 2017, Yuri Syomin a préféré titularisé Maicon sur l’aile droite et Ari en pointe, comptant sur une entente brésilienne pour mettre fin à la pénurie de buts du Loko. Farfán a dû attendre jusqu’à la 21e journée pour faire une première apparition sous ses nouvelles couleurs. Un baptême réussi, puisque son but, une frappe à ras-de-terre depuis l’extérieur de la surface, a permis aux Moscovites de remporter la victoire.

Malheureusement, la suite de la saison s’est beaucoup moins bien déroulée. De nouveau replacé sur le côté droit, il n’a pas vraiment eu l’occasion de briller, au contraire de son coéquipier Ari, auteur de six réalisations au printemps. L’année s’est quand même conclue sur un premier titre : la Coupe de Russie, remportée aux dépens d’Ekaterinbourg. Une fois encore, Farfán ne s’est pas illustré de la meilleure des manières en déclenchant une bagarre générale à quelques minutes de la fin.

Premier but de Farfán avec le Loko (à partir de 1’05).

Un retour dans l’axe providentiel

A l’été 2017, c’est un concurrent direct au poste d’ailier droit qui quitte le club en la personne de Maicon, après plus de 153 matchs joués sous le maillot rouge et vert. Farfán saisit l’aubaine, même si cela signifie qu’il passe le plus clair de son temps loin des buts adverses. Ari semble indéboulonnable au poste d’avant-centre… jusqu’à sa rupture des ligaments croisés du genou à l’issue du match de la deuxième journée contre le CSKA. Pour pallier sa longue absence, le Lokomotiv se fait prêter Éder par le LOSC à quelques jours de la fin du mercato. L’attaquant péruvien profite quand même de ses quelques rencontres estivales passées dans l’axe pour inscrire son deuxième but de la saison contre Ekaterinbourg.

Fernandes, Farfán, Miranchuk, un trio de choc qui a mis du temps à se former. | © fclmnews.ru

Très vite néanmoins, Syomin se rend compte qu’Éder est loin d’égaler Ari, tant dans l’activité au pressing que pour l’efficacité devant le but. Farfán le remplace en pointe contre Rostov, mais une blessure au mollet l’empêche d’enchaîner au mois d’octobre. Contre Krasnodar, le 23 octobre, il est de nouveau titulaire dans l’axe, et adresse une passe décisive à Alekseï Miranchuk pour l’ouverture du score. C’est le début d’une entente qui va permettre au Lokomotiv de se hisser à la première place du classement.

Deux mois magiques sur tous les tableaux

La Farfanmania éclate d’un seul coup le 29 octobre dans le ciel de Saint-Pétersbourg. Ce jour-là, si le Loko l’emporte 3-0 contre le Zenit, c’est avant tout grâce à Farfán. Au début de la seconde période, l’attaquant sud-américain est à la réception d’une superbe passe en profondeur de Miranchuk ; il évite la sortie de Lunev et glisse le ballon au fond des filets. Une dizaine de minutes plus tard, rebelote : Miranchuk lance Farfán, qui temporise à l’extérieur de la surface et profite du marquage trop lâche d’Ivanović pour tromper le gardien d’une frappe millimétrée. Le festival s’achève sur une troisième passe laser pour le Péruvien, cette fois l’œuvre de Manuel Fernandes. Pas radin, Farfán décale parfaitement Miranchuk pour le laisser inscrire le troisième but. A l’issue du match, il est élu meilleur joueur du mois d’octobre par les supporters du Lokomotiv.

Zenit – Lokomotiv, le chef-d’œuvre de Jefferson Farfán

Dès lors, tout s’enchaîne. En Ligue Europa, Farfán inscrit quatre buts sur les trois derniers matchs de poule, offrant la qualification en 16e de finale à son équipe. En championnat aussi, il marche sur l’eau. Lors du déplacement difficile à Khabarovsk, il est impliqué sur les deux buts du Loko. Contre le rempart grenat du Rubin, c’est lui qui trouve la faille et inscrit le seul but de la rencontre. L’année civile s’achève sur un doublé contre Tosno, qui permet aux Cheminots d’aborder la trêve hivernale avec huit points d’avance sur le dauphin.

Farfán sous le maillot de la Bicolor. | © assets.trome.pe

Pour Farfán, néanmoins, le rendez-vous le plus important intervient au début du mois de novembre avec la sélection péruvienne. Ricardo Gareca fait de nouveau appel à lui depuis septembre, convaincu par ses performances en Russie. Au moment de composer le onze de départ pour affronter la Nouvelle-Zélande en barrages de la Coupe du Monde, le nom de Farfán s’impose comme une évidence. Le match aller à Wellington se termine sur un score nul et vierge ; tout doit se décider à l’Estadio Nacional de Lima, le 16 novembre.

Le retour se joue dans une ambiance folle, le stade est plein à craquer de supporters blanc et rouge complètement déchaînés par l’enjeu. Peu avant la demi-heure de jeu, Cueva s’échappe sur le côté gauche et adresse un centre tendu au niveau du point de pénalty. Farfán déboule plein axe et envoie le ballon sous la barre transversale d’une frappe puissante. En seconde période, c’est encore lui qui dévie un corner de la tête pour permettre à Ramos de faire le break. Le Pérou tient sa première qualification pour la Coupe du Monde depuis 1982, et Farfán, en pleurs, est fêté par tout le stade au coup de sifflet final.

Le but de la délivrance de Farfán pour le Pérou

2018, l’année du Pérou et du Loko ?

2018 s’annonce comme une année riche en défis pour Jefferson Farfán. Premier à l’issue des vingt premières journées, le Lokomotiv aura besoin du mojo de son attaquant péruvien pour espérer remporter son premier titre de champion de Russie depuis 2004 et aller le plus loin possible en Ligue Europa. Avec le retour de blessure d’Ari, la concurrence risque d’être acharnée en attaque !

Sitôt la saison finie en club, et quel que soit son dénouement, il devra mettre son talent au service de Los Incas pour tenter de bien figurer en Coupe du Monde. En tout cas, il peut compter sur tous les supporters du Loko en province, à Sotchi, à Saransk et à Ekaterinbourg, pour venir le supporter au mois de juin.

Par Adrien Morvan


Image à la une : © RIA Novosti

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