En route pour l’Euro 2016 : pourquoi le huis clos pour Croatie-Italie ?

Le grand public était déjà alerté au sujet du public croate en raison des déviances lors de l’euro 2012 avec des cris de singe à l’attention de Mario Balotelli ou des chants nationalistes. Les incidents lors du match aller contre l’Italie pour les qualifications à l’Euro 2016 n’ont pas du améliorer sa perception des Vatreni. Au-delà des discours martelés par les grands médias, essayons de comprendre les causes et le contexte des troubles qui agitent régulièrement le football croate.

croatie, fans

Des actions pour faire tomber la HNS

Novembre 2014, Italie-Croatie. Le parcage extérieur de San Siro interrompt deux fois le match et force les joueurs à quitter le terrain ainsi que la police à intervenir. Les médias européens reprennent alors en boucle l’image de supporters croates jetant des fusées éclairantes, affrontant la police, affichant la bannière U (symbole d’ustashi) et entonnant le même chant que Josip Simunic après la qualification à la Coupe du Monde 2014. Ce dernier a été suspendu pour 10 matchs par la FIFA après avoir crié, avec la foule, un salut historiquement associé avec les fascistes croates durant la seconde guerre mondiale.

L’UEFA ordonna de fermer une section de 8000 places du stade Maksimir lors du match suivant contre la Norvège. Et quand ce match est venu, malgré une victoire 5-1, les spectateurs furent étonnamment silencieux dans leurs encouragements, manifestants à peine de la joie sur les buts alors que le salut cher à Simunic – Za dom – Spremni! (Pour notre patrie – prêt) – a été entendu à plusieurs reprises au Stade Maksimir de Zagreb, crié haut et fort par des centaines de fans. Une section criant « Za dom » et l’autre répondant «Spremni!« .

Sans justifier quoi que ce soit, les incidents contre l’Italie n’étaient pas qu’un épanchement inconsidéré de violence aveugle dans le but de créer le désordre. L’intention était d’envoyer un message à la fédération croate afin de les inviter à laver leur linge sale. Parmi les protagonistes, des membres des Bad Blue Boys du Dinamo (venus avec leurs propres moyens) et de la Torcida du Hajduk. Dans un environnement entièrement contrôlé par la fédération nationale de football (HNS) et en particulier par Zdravko Mamic, le business et les magouilles priment. Les oppressions arbitraires contre les supporters du Dinamo et le défavoritisme constant dont fait l’objet le Hajduk sont monnaie courante. Le football croate est régi depuis bien longtemps par des bandits en costard cravate qui insultent les fans de football et pas uniquement les ultras.

Si l’objectif est honorable, les moyens de l’obtenir le sont beaucoup moins. Ces incidents ont eu surtout pour effet de provoquer une image du pays désastreuse à l’international qui condamne automatiquement la forme sans même penser au fond pour le plus grand soulagement de la HNS. Les empires mafieux de la FIFA et l’UEFA, eux, déjà empêtrés dans la corruption endémique, ne se soucient guère des malversations en haut de la hiérarchie du football croate.

Les fans commencent à perdre patience et les plus virulents d’entre eux n’hésitent pas à faire usage de la violence. En avril, Niko Kovac et une délégation de la HNS ont été agressés par des fans du Hajduk Split dans un restaurant d’autoroute alors qu’ils se dirigeaient vers Split, foyer du sentiment anti-HNS, pour discuter des détails autour du match contre l’Italie. En novembre dernier, plus de 30.000 personnes s’étaient déplacés dans les rues pour exiger la démission des personnes clés de la fédération. Lors d’une tentative pour adoucir les tensions, Suker avait suggéré de faire jouer le match contre l’Italie à Split au lieu de Zagreb, comme habituellement. Ces dernières années, l’équipe nationale a plus joué à Londres qu’à Split. Seulement, le jour où le changement de lieu a été confirmé par l’UEFA, la HNS a été informée de la sanction à huis clos. Maladresse ou coup prévu à l’avance ? Les fans croates ont un avis tranché sur la question…

Un problème de racisme pris à la légère

La HNS, déjà détestée par quasiment tous les fans de football croate, aurait pu se montrer intransigeante sur les avertissements de la FARE (Football Against Racism in Europe). Au lieu de ça, la fédération s’en est prise à Zoran Stevanovic, qui travaille pour la FARE et l’UEFA, coupable d’avoir relaté les comportements racistes des supporters croates lors du match de qualification contre la Norvège le 28 Mars. La nouvelle de l’interdiction de stade annoncée, le vice-président de la HNS, Damir Vrbanovic, a déclaré que la fédération ferait appel et a publiquement dénoncé Stevanovic comme responsable de l’enquête de l’UEFA.

« Nous sommes choqués par cette punition draconienne pour cinq pétards et deux chants racistes, » Damir Vrbanovic

« Il est évident pour nous que votre organisation a des intérêts à informer Uefa contre les fans croates. Il est clair que, dans ce combat, vous n’avez pas hésité à utiliser la lutte contre le racisme comme une couverture, sans ressentir aucune culpabilité, pour vous targuer d’avoir fait jouer l’équipe nationale de la Croatie à domicile sans fans, » lettre ouverte de la HNS à Stevanovic

« Vous avez honteusement dénoncé les fans de la Croatie et le peuple croate dans son ensemble, » lettre ouverte du club officiel de supporters croates ‘Uvijek Vjerni’, à Stevanovic.

Tous prirent soin de mentionner qu’il n’y avait eu aucun incident, quand bien même tout le monde au stade Maksimir a été témoin des scènes. Davor Suker, meilleur buteur de la Coupe du Monde 98 et président himself de la fédération, a même été jusqu’à qualifier l’atmosphère de « belle« , se montrant « fier qu’aucun incident sérieux n’ait été enregistré« . Juste avant ces faits, Suker a été élu par les congrès de l’UEFA comme un des 15 membres du Comité Exécutif de l’UEFA dont le but est « tolérance zéro pour le racisme et la discrimination« . Humoristique pour un homme photographié souriant sur la tombe d’Ante Pavelic (leader ustachi et criminel de guerre) et ayant déclaré que la Croatie jouerait la Coupe du Monde 2014 en l’honneur de Joe Simunic. Et comme il n’est pas à une provocation près, il a aussi exprimé son intention en 2013 de faire jouer la Croatie en amical comme premier adversaire du Kosovo dès que la nation serait admise à l’UEFA et la FIFA.

Il est bien connu ce pour quoi Davor Suker reste debout. Je me suis toujours battu pour la Croatie. Je suis allé sur la tombe de Pavelic comme d’autres vont à Berlin ou Auschwitz, » les explications de Suker, Patrice Evra style

Le bras droit de Suker n’était pas le seul à être choqué par cette mesure disciplinaire jugée trop sévère pour « seulement deux chants racistes« . Un véritable lynchage de colère s’est formé sur les réseaux sociaux. Dans la foulée des déclarations de Vrbanovic, le site de l’UEFA a été inondé de commentaires mentionnant « Za dom Spremni« , nommant l’homme à la tête de la Fare de «serbe» et de «traître». Une partie de la presse a rejoint l’opinion publique, quoique d’une manière plus subtile. Au lieu de s’en prendre aux centaines de personnes ayant proférées des chants racistes, la fédération croate a préféré mener une chasse à l’homme contre Stevanovic et le définir comme seul responsable de la sanction de l’UEFA.

Alors que la Croatie possède une génération exceptionnelle qui devrait rendre fiers des millions de croates, le football local est englué dans des affaires sombres dépassant le cadre du football. Devant l’aveuglement des instances suprêmes du football, il faudra une révolution pour faire enfin changer les choses dans le bon sens. En espérant que qu’elle ressemble plus à la révolution Orange qu’à Euromaidan.

Damien Goulagovitch

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