Retour sur les incidents du match Monténégro vs. Russie

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Publié le 28 mars 2015

Ah qu’elle est belle l’image du foot de l’ Est… Après le Serbie- Albanie qui avait dégénéré, c’est au tour du Monténégro Russie de partir en vrille. On avait beau annoncer le risque lors de la présentation générale, cela n’a pas empêché l’horreur de se produire… Il serait cependant bien trop simple de réduire notre football à cette violence…

On ne va pas vous faire un cours d’ histoire, mais on ne peut pas dire d’une façon générale que les Monténégrins et les Russes soient de mauvais amis. Par contre on peut dire qu’un partie des Serbes et des Russes entretiennent une amitié orthodoxe et on peut aussi vous dire que la Serbie et le Monténégro ont une frontière commune, et que Serbes et Monténégrins sont pas très copains en tribune. Vous voyez où l’on veut en venir ?

Revenons tout d’abord sur les relations entre les deux pays. On ne peut pas dire qu’il existe un historique de la haine entre ces deux pays. Tous les étés de nombreux Russes viennent se reposer sur les plages du Monténégro, près de 20% des touristes au Monténégro sont Russes ! Les investisseurs ne sont pas en reste, près du tiers des entreprises sont détenues par des Russes, notamment le premier exportateur du pays: Kombinat Aluminijuma Podgorica, détenu par l’oligarche proche du pouvoir russe Deripaska. L’argent russe correspond à 42% de l’argent investi au Monténégro. D’un point de vue politique, le gouvernement monténégrin a rejoint le bloc européen imposant des sanctions à Moscou suite aux événements ukrainiens.

Revenons en à ce match sous haute tension; près de 300 serbes, appartenant à un nouveau groupe se faisant appeler « l’Armée Orthodoxe », avaient prévu de faire le déplacement à Podgorica. Et ils n’ont pas fait le trajet les mains vides. En plus de la bannière à leur nom, on pouvait retrouver un drapeau dont le message se rapportait aux Chetniks et à la région de la Krajina.

serbes

 

Deux heures avant le début du match, un groupe d’une cinquantaine de Russes s’est retrouvé sur la Place de la République de Podgorica. Après avoir entonné des chansons nationalistes russes, ils ont tenté de brûler un drapeau américain, et c’est à ce moment que la police est intervenue.

 

Ainsi, comme vous pouvez vous en douter, c’est dans une ambiance tendue que le coup d’envoi est donné.

Le match avait alors commencé seulement depuis dix secondes lorsque Igor Akinfeev s’est effondré, touché par un fumigène au cou. Le gardien russe est évacué vers l’hôpital avec pour diagnostic une contusion cérébrale et brûlure au coup. Lodygin s’échauffe mais Capello demande à ses joueurs de rentrer aux vestiaires, l’arbitre allemand interrompt donc le match. Match qui reprendra finalement une demi-heure plus tard avec une domination complètement stérile des joueurs russes. On ajoutera la blessure de Dzagoev (la poisse pour le CSKA) remplacé par Torbinsky revenu en sélection d’on ne sait où, ce qui déclenchera les quolibets des supporters russes sur les réseaux sociaux. (Voir aussi: « Où vas-tu Fabio ? » ou la sélection russe et ses 50 joueurs)

C’est alors que l’invraisemblable continue. Malgré les remplaçants s’échauffent à la mi-temps, celle-ci s’éternise et les joueurs à l’entraînement ne semblent pas en savoir plus que les spectateurs qui se demandent pourquoi les joueurs ne reviennent pas. En sachant que dans le même temps, il y aurait eu une intervention de la police en tribune pour séparer les fans des deux pays. A cette instant nous voyons seulement Capello s’entretenir avec son ancien joueur Dejan Savicevic qui est désormais président de la fédération monténégrine de football. 24 heures plus tard, nous connaissons l’explication. Le délégué a appelé Gianni Infantino, secrétaire général de l’UEFA, pour lui demander s’il fallait continuer le match. Ce dernier, ne voulant pas prendre de décision sans l’accord du président Michel Platini, s’est donc renseigné. Et c’est le Français lui-même qui a pris la décision de continuer le match, plein de bonnes intentions, espérant une amélioration des conditions alors que le speaker annonçait qu’au prochain débordement le match ne reprendrait plus. Le match reprend donc après trente minutes de pause… La domination est moins nette, et Kokorin croque le peu que la Russie a à se mettre sous la dent, avant de tomber dans la surface un peu plus tard. Basa, le lillois, ne commet pas de faute mais l’arbitre désigne le point de penalty. Shirokov intronisé capitaine (!!) après la sortie d’Akinfeev se charge de le rater, la balle est ensuite expédiée en touche, touche que Kombarov va effectuer… Plan large, début d’échauffourée, les joueurs russes rentrent au vestiaire, les monténégrins restent. Jovetic parle en italien à Capello et personne ne comprend ce qu’il s’est passé. Les explications vont tarder à venir, et le match est arrêté définitivement. L’explication serait donc la suivante: Kombarov aurait reçu un briquet sur la figure, qu’il aurait montré à l’arbitre provoquant l’ire des joueurs monténégrins – en particulier le capitaine Mirko Vučinić – qui considèrent que c’est une manière de faire arrêter le match. Les infos russes parlent également d’un couteau qui aurait pu voler près de Kombarov. Faits avancés mais impossibles à confirmer au vu des images (et à prendre avec des pincettes, car cela émanerait d’un groupe de supporter du Spartak présent au stade de Podgorica). Le ministre des Sports russe Vitaly Leontievich Mutko a promptement réagi en expliquant que le jeu n’aurait sans doute pas du reprendre la première fois mais que l’arbitre avait bien fait  d’arrêter le match; et qu’ainsi le ministère des sports ne formulerait aucune réclamation. Il a également qualifié ces incidents d’un terme que l’on pourrait traduire par « laideur », surprenant…

Monténégro-Serbie-Russie 1 famille

Monténégro-Serbie-Russie 1 famille source: ultra-tifo

Aussitôt, ces propos enregistrés, c’est le président de la fédération russe qui a décidé de porter réclamation lui-même, contestant la reprise du match initiale, et faisant parvenir le dossier médical d’Akinfeev à l’UEFA. Giner, le président du CSKA Moscou, ayant déclaré que le joueur était couvert par une assurance de l’ UEFA. Les suites de l’affaire risquent d’être peu enviables pour le Monténégro qui aura sans aucun-doute match perdu et suspension de stade. Ensuite, l’enquête dira si les sanctions vont plus loin. Akinfeev va bien, certaines rumeurs faisaient état du fait qu’il devait prendre l’avion pour Moscou avec sa sélection. Finalement, les médecins monténégrins ont décidé de le garder un peu plus longtemps. Son « agresseur », lui, aurait été arrêté immédiatement selon les organes de presse monténégrins.

 

 Lazar van Parijs & Adrien Laëthier

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A propos de l'auteur

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Amoureux de la Russie et de l'Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l'Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J'essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d'ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,...) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

pays de l'auteur footballski
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2 Commentaires

  • […] week-end, pendant que la sélection de Russie enchaînait les 0-0, notamment au Monténégro où le match n’a pu se jouer jusqu’à la fin, la première ligue russe était au repos comme la plupart des championnats européens (vous pouvez […]

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