République Tchèque Euro 2016 : Daniel Kolár, un Euro pour le deuil

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 4 juin 2016

On l’oublie parfois, mais un footballeur, qu’importe son statut, reste un homme comme les autres. Avec ses forces, ses faiblesses, ses moments de doute et ses douleurs. Un homme qui a aussi le droit à une vie de famille, des enfants, une femme. Et puis, comme tout le monde, footballeur ou non, parfois, un drame peut surgir. Un drame auquel Daniel Kolář, joueur cadre du Viktoria Plzeň et international tchèque, fit face lors d’un triste mois de décembre 2014.Rep tcheque

Daniel Kolář, l’homme discret

Avant le drame, les terrains de football. S’il n’est pas vraiment connu dans nos contrées, le milieu offensif tchèque n’est pas forcément un joueur dont on parle beaucoup, même dans les médias locaux. Bien qu’installé depuis des années au Viktoria Plzeň, sa jeunesse se déroule à Prague avec une première expérience chez les jeunes du SK Roztoky, puis, très rapidement, chez le grand Sparta Prague. Animé par la passion du football grâce à son grand-père et son frère, avec qui il avait l’habitude de suivre des matchs, le jeune Daniel a alors vent d’une séance de recrutement chez les jeunes pousses tchèques du côté de Letna, l’antre du Sparta. Bien évidemment, il décide de s’y rendre afin de tâter le ballon et de distribuer quelques caviars à ses coéquipiers comme il en a encore le secret aujourd’hui. Sans surprise, il fut l’un des élèves spartiates retenus pour se former dans le meilleur centre de formation du pays. Le jeune adolescent est alors insouciant et ne pense qu’à se faire plaisir sur les terrains. C’est pourquoi, de son propre aveu, il lui arrivait parfois de donner quelques coups de main en douce à son premier club, le SK Roztoky,

C’est aussi sous le maillot du Sparta qu’il eut l’occasion d’être opposé pour la première fois à son futur, lors d’un match contre le Viktoria Plzen. Ici, au Stadion Luční ulice de Plzeň, il affronta les deux frères Krbeček, Lukáš en gardien et Tomáš à l’attaque. Un stade, une rue, une ville qu’il chérira tant quelques années plus tard.

Les débuts sont souvent difficiles et le joueur n’a pas eu la chance de se faire une place au Sparta. A 19 ans, il est prêté à Slovácko, club situé à 280km de Prague. Seul, loin de sa maison et de sa famille, Kolář connaît là sa première réelle saison professionnelle avec treize matchs au compteur. « Ce fut pour moi une  expérience inestimable. Je ne savais presque rien à propos du club et de mes futurs coéquipiers, j’y suis allé tête baissée » avouait le joueur. Si le football prit de plus en plus de place dans la vie du jeune homme, les études ne furent pas pour autant mises de côté. « L’important pour moi était d’être diplômé » expliquait-il lors d’une interview.

© BENOIT DOPPAGNE-MICHEL KRAKOWSKI/AFP/Getty Images

© BENOIT DOPPAGNE-MICHEL KRAKOWSKI/AFP/Getty Images

Au final, l’expérience est jugée insuffisante par son club formateur. En compagnie de joueurs comme Jan Rezek ou Jiří Homola, Kolář fut considéré comme un joueur de banc par son entraîneur de l’époque, Jaroslav Hřebík. Mais à 20 ans, il veut apprendre et continuer à prendre ce même plaisir sur les terrains de football : « À cette époque, l’offre est venue de Blšany et je n’ai pas hésité. » C’est donc dans le nord du pays que le joueur continua son apprentissage en jouant régulièrement.

Loin d’être une très grande pointure du football local, l’objectif du club était surtout de sauver sa peau et, comme le disait le joueur, « chaque match était un combat pour sa vie. » Un homme en particulier accéléra la progression du jeune homme de 20 ans. Il s’agit de Michal Bílek, ancien joueur du Sparta, reconnu pour son bon travail au club et notamment pour ses grandes séances d’entraînement. Le coach va justement signer au Sparta, ce qui constituait une excellente opportunité pour Kolář. Malheureusement, après deux bonnes saisons, il se blesse gravement lors de l’Euro des jeunes. Le Sparta, instable, change deux fois d’entraîneurs, et Kolář redevient remplaçant. Malgré tous ses efforts, il n’arriva pas à rentrer dans les plans de son club formateur. Il est temps pour lui de changer d’horizon. De passer de Železná Sparta à Železná Ruda.

Le gang de Prague débarque à Plzeň

Tomáš Poštulka, Pavel Horváth, Jan Rezek, Milan Petržela, David Limberský, Daniel Kolář. Six joueurs pour un club. En un été, celui de l’année 2008, toute une colonie du Sparta Prague débarque à Plzeň. Six joueurs pour un nouveau mentor, Pavel Vrba, l’actuel sélectionneur de la République Tchèque.

« J’avais la confiance de l’entraîneur Vrba, ce qui est très important pour tout joueur et j’essayais de lui rendre. Le style de jeu de l’équipe était tel que ça n’a pas posé de problème d’adaptation. »

Entraîneur mythique du club, Pavel Vrba fait entrer le Viktoria Plzeň dans une autre dimension en arrivant dans le haut de tableau tchèque, perturbant par la même occasion l’hégémonie des clubs de la capitale. Avec pas moins de quatre trophées en quatre saisons, victorieux de la finale de la Coupe Tchèque face à Jablonec, ainsi que 2 championnats (2010-11 et 2012-13) et une Super Coupe en 2011, le Viktoria Plzeň est dorénavant un club qui compte dans le paysage du football tchèque. Au point de devenir le premier club tchèque à l’extérieur de Prague à participer à la Ligue des Champions.

© RADEK MICA/AFP/Getty Images

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Pratiquant un jeu séduisant, solide défensivement et très offensif, le Viktoria Plzeň version Pavel Vrba était l’une des plus belles équipes à voir jouer en République Tchèque, s’appuyant sur un noyau dur que l’on retrouve encore aujourd’hui dans sa sélection avec l’équipe nationale. Kolář se souvient encore des prémices de cette hégémonie avec « de nombreuses heures à [voir des] vidéos nous montrant comment bien défendre. […] Nous avons dû apprendre à défendre, puis est venu un autre temps et une certaine liberté offensive. »  Une période bénie, qui lance totalement la carrière de Daniel. Lui, l’enfant abandonné par son Sparta, est dorénavant un Viktorien d’adoption. Et si le joueur, qui rêvait de Bundesliga, a eu l’occasion de partir à l’étranger, la vie en a décidé autrement.

Tereza, l’amour d’une vie

« Jamais d’autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien. Plus tu t’éloignes et plus ton ombre s’agrandit. » Comme tout homme, Daniel connut les flirts de jeunesse, les premières idylles plus ou moins longues. Alors adolescent, il fit la connaissance de Tereza dans une boîte de nuit à Tuchoměřice. Elle qui se disait « charmé[e] par son apparence et sa chemise à carreaux boutonnée. » Une histoire qui aurait pu se terminer rapidement, comme bon nombre. Mais non, pas là. D’adolescents, ils deviendront adultes. Ensemble. Jusqu’à la fin.

Dans l’ombre du joueur, Tereza, esthéticienne de profession, partagea avec lui ses premiers moments de doute, quand il n’avait pas vraiment sa chance avec son club formateur. Pilier de la vie de l’international tchèque, elle sera aussi là pour l’accompagner dans ses aventures à Uherské Hradiště, Blšany puis plus tard à Plzeň. Derrière ce couple, se cachait pourtant une bataille de tous les instants. Alors que la carrière de Daniel flambe, la vie de Tereza, elle, flanche. Atteinte d’un cancer, elle sera foudroyée quelques mois après le diagnostic, à seulement trente ans.

« Pour Dani, j’apprécie sa personnalité équilibrée. Nous nous sommes assis l’été, nous nous reconnaissons, tolérons et apprécions les uns les autres. » Disait-elle avec émotion au Plzeňský deník.

Sous le signe du T | © MICHAL CIZEK/AFP/Getty Images

Sous le signe du T | © MICHAL CIZEK/AFP/Getty Images

Digne, le joueur ne laissait jamais rien paraître sur les terrains de football jusqu’au décès de sa tendre et chère, si ce n’est des célébrations discrètes en signe de « T » ou de cœur. Fidèle de tous les instants, le joueur refuse toutes les propositions venant de l’étranger afin de rester chez lui, dans son pays, près de sa femme. Jusqu’à la fin.

Dans un dernier message public adressé à sa défunte, le joueur ne cachait pas sa tristesse naturelle et son admiration devant le courage dont elle avait fait preuve. « Elle était la femme la plus forte et la plus admirable que j’ai eu la chance de rencontrer et passer la plus belle partie de ma vie à ses côtés jusqu’à aujourd’hui… Notre relation est toujours remplie d’un amour sincère […] Avec admiration, j’étais là quand elle a combattu l’une des expériences les plus difficiles de la vie que peu d’entre nous ne peuvent imaginer. […] Jamais ces quelques mots ne peuvent exprimer ce que je ressens Tero !!! Je suis très heureux et reconnaissant de chaque moment avec toi et tu seras toujours avec moi !! Je vous souhaite de rencontrer au moins une fois dans votre vie un tel amour, car il en vaut vraiment la peine. » Et toi, jamais d’autre que toi.

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Image à la une : © Valerio Pennicino/Getty Images

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Papa de Footballski. À l'Est de nulle part avec mon crâne rasé, un stylo et du football slovaque. Kolik jazyků umíš, tolikrát jsi člověkem.

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