Quand Ivica Olić était le « Pelé croate »

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Cédric Maiore - Publié le 1 février 2016

Nous vous proposons de revenir sur le début de carrière mouvementé du croate Ivica Olić, entre ferveur populaire, pistolet sur la tempe et première grande expérience avec la Mère Russie.

Il y a en Croatie une expression à propos d’Ivica Olić : « Batistuta Gabrijele, za tebe je Olić Pelé », qui signifie qu’Olić est plus comparable à Pelé que Batistuta. L’origine de cette phrase remonte à la Coupe du Monde 1998 en France quand par Miroslav Blažević, sélectionneur de la légendaire sélection croate, a dit : « Qui est Batistuta ? Nous avons Davor Šuker. » Une phrase prononcée peu après la victoire de la Croatie lors du match pour la troisième place contre les Pays-Bas (2-1) quand Šuker est devenu le meilleur buteur du tournoi (Six réalisations, une de plus que le buteur argentin).

En 2002, lors du Mondial en Corée et au Japon, Olić passe sous les feux des projecteurs alors que les supporters se cherchent un nouveau héros. Après 73 minutes, la Croatie est en train de perdre 0-1 contre l’Italie dans le second match crucial de la phase de poules. Robert Jarni centre depuis l’aile gauche et Ivica Olić égalise. Au final, les Vatreni gagnent 2-1 avec un second but signé Milan Rapajic. A ce moment-là, l’inconnu attaquant blond devient une star au pays.

Le mentor et ses usuriers

Malgré cette belle performance, la Croatie est éliminée dès ce premier tour à cause des défaites contre le Mexique (0-1) et l’Equateur (0-1). Cependant, la hype Olić ne s’arrête pas puisque l’Hajduk et le Dinamo veulent absolument le recruter. Il joue encore à Marsonia, le club de ses débuts qui jouait en Prva Liga à l’époque. Son père déclare alors : « Ivo se concentre sur les études et seulement les études. Ce n’est pas facile d’avoir une bonne situation dans ce pays, la vie est très dure quand il faut se lever à quatre heures tous les matins pour travailler à la ferme. » De nombreux scouts viennent observer le joueur et ils voient en lui un grand potentiel. Il découvre le Herta Berlin dès 1998, à 21 ans, en dépit de l’intérêt de l’Inter. Pour autant, cela ne satisfait pas son père qui veut rester auprès de son fils. Quoi qu’il en soit, Olić ne s’impose pas en Allemagne.

C’est alors qu’apparait Dragan Marić, l’homme qui va devenir son agent. Marić est un investisseur influent qui a ses entrées à l’Union Démocratique Croate (Hrvatska Demokratska Zajednica soit HDZ en VO), le parti politique majoritaire. Olić revient à Marsonia en 2000, il brille dès son retour au pays. La saison suivante, il rejoint le NK Zagreb en prêt où il remporte le seul et unique titre de champion du club et termine meilleur buteur (21 buts). Le joueur signe au Dinamo en 2002 et c’est ici que les problèmes commencent pour Marić.

Vjeko Čuljak enferme Dragan Marić dans le coffre de sa voiture […] menacé par un pistolet, Marić finalise les derniers détails du transfert de son protégé.

En effet, le 12 août, soit la veille du transfert d’Olić au Dinamo, Vjeko Čuljak (propriétaire d’une société de sécurité) enferme Dragan Marić dans le coffre de sa voiture et après une longue ballade autour de la ville, le libère sur le terrain de foot local du NK Trnje. Ici, menacé par un pistolet, Marić finalise les derniers détails du transfert de son protégé. Pour éviter toute dénonciation, il sera ensuite étroitement surveillé par les hommes de Čuljak.

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Mais pourquoi tout ce bazar autour du transfert d’Ivica Olić ? La réponse est évidente, Dragan Marić a emprunté de l’argent auprès de personnes pas très fréquentables. Il a promis à ses créditeurs qu’il rembourserait son dû avec un substantiel bonus grâce au transfert imminent du buteur croate. Il leur a affirmé qu’Olić serait vendu à prix d’or dans un club européen assurant selon lui une manne de 12 millions d’euros. Bien sûr, personne n’était prêt à payer un tel prix et la seule solution est devenue un transfert en Croatie après deux ans de colportages. Ses créditeurs réalisent que Marić a menti, et Vjeko Čuljak arrange donc le transfert au Dinamo, s’accaparant en même temps des droits sur les indemnités des futurs transferts d’Ivica Olić.

Dernière année en Croatie

Olić passe une seule saison au Dinamo où il remporte le titre de champion et encore une fois celui de meilleur buteur. L’été 2003 ressemble au précédent puisque son agent veut qu’il parte à l’étranger : Bolton, Southampton, Everton et Tottenham sont intéressés. Cependant, le montant demandé est encore trop élevé et aucun des clubs cités n’est prêt à mettre 10 millions d’euros malgré de persistantes rumeurs dans la presse. Le joueur s’exprime lors du stage de présaison du Dinamo : « Oui, je veux partir à l’étranger, mais je perds patience avec mon agent. Rester à Zagreb semble être une option plus réaliste. »

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Quelques jours plus tard, le 15 juillet, le CSKA Moscou se présente. Ivica Olić joue son dernier match sous le maillot du Dinamo en Supercoupe de Croatie où Zagreb l’emporte 4-1 contre Hajduk. Le journal Sportske Novosti définit sa performance comme celle d’un « héros, […] ses attaques étaient des énigmes pour la défense adverse, il a réalisé aussi deux passes décisives. » Ivica Olić ne le sais pas encore, mais il est en route pour la Russie.

Le vice-président du Dinamo, Zdravko Mamić, propose le 22 juillet à Olić un nouveau contrat avec une hausse de salaire et une clause de départ. « Il pourra partir seulement si les clubs intéressés offrent 10 millions d’euros. » Au final, le buteur accepte la proposition à la seule condition que son transfert au CSKA tombe à l’eau. Cela n’arrive pas puisque le 23 juillet, Sportske Novosti rapporte qu’Olić a signé un contrat de 4 ans dans la capitale russe pour 5 millions d’euros avec un salaire de 3,2 millions, et le Dinamo touchera 15% sur l’indemnité de son prochain transfert.

Une fois les négociations terminées, Ivica Olić explique qu’avec « ce contrat, j’ai de bonnes garanties pour l’avenir. Maintenant, je ne suis pas intéressé par la possibilité de rejoindre Chelsea (le propriétaire du CSKA était en relation avec Abramovitch, ndlr.) après une saison à Moscou. […] Le CSKA est le club idéal, plein d’ambition et Moscou et une grande ville. » Il ajoute lors de son arrivée : « Je suis maintenant financièrement indépendant et je peux me concentrer pleinement sur le football. Je veux gagner le championnat avec le CSKA. »

Bons baisers de Russie

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Ivica Olić fait ses débuts en Russie le 2 août en marquant le but de l’égalisation (1-1) contre le Shinnik. Lors de sa deuxième apparition, il marque à nouveau lors de la victoire de son équipe contre l’Alania Vladikavkaz (3-0). Il se fait ensuite remarquer en touchant sept fois le poteau en dix matchs.

Le 29 octobre 2003, le CSKA Moscou peut assurer le titre de champion en cas de victoire face au Rotor Volgograd. A la 26ème minute, Olić ouvre la marque : « J’ai reçu un ballon de 40 mètres et dans un sprint j’ai passé deux joueurs pour terminer avec un but depuis l’entrée de la surface » se souvient le joueur qui remporte son troisième championnat national en deux ans et demi (le championnat russe se déroulait encore sur une année civile). Une grande fête qu’Ivica Olić n’est pas près d’oublier :

« Le président Giner a presque eu une crise cardiaque. Après le match, il s’est lâché dans les vestiaires, a embrassé tous les joueurs et célébré au champagne puis à la vodka. C’était de la pure folie. Après 12 ans sans gagner le titre, nous étions tous ravis. »

La carrière d’Ivica Olić démarre donc pleinement en Russie, dès ses premiers mois où il a su montrer l’étendue de son talent. Quitter la Croatie fut aussi pour lui émancipateur, car il était bridé par un entourage peu scrupuleux. Olić remportera deux autres championnats de Russie, deux coupes nationales et une Coupe de l’UEFA en 2005 contre le Sporting Portugal (3-1) avant de signer à Hambourg.

Traduit avec accord par Cédric Maiore,

Article original écrit par @tommy_sportske pour l’excellent Russian Football News


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