La prva liga en voie de développement à l’aide de Ceferin et de la NZS

Damien F - Publié le 7 novembre 2016

Au contraire de beaucoup de ligues en Europe de l’Est, la prva liga slovène gagne de plus en plus en popularité. Le football de club en Slovénie, si longtemps placé aux oubliettes, rejoint le niveau de pays voisins plus traditionnellement valorisés pour leur culture foot. Son derby Maribor-Olimpija en est le fleuron, tandis que les autres clubs sont aussi valorisés par la NZS (fédération) qui a en charge les ligues de football. Que ce soit en termes de rentrée d’argent ou de supportérisme, le football slovène se développe petit à petit malgré les limites de son territoire.

Un supportérisme slovène en hausse

Le football slovène est dans la lignée d’une longue tradition bien que ses clubs n’aient pas joué un rôle majeur dans le football yougoslave et européen. Partie de pas grand-chose en 1991, la ligue indépendante s’est structurée au fil des années, tout comme le supportérisme. L’un des premiers groupes ultras, déjà actif lors de la période yougoslave, est celui des Green Dragons qui est le plus connu. D’autres ont suivi comme Goriške vrtnice de Nova Gorica, les Black Gringosi de Murska Sobota et les Viole de Maribor, devenu le groupe le plus actif. Sauf pour le Derby, où les Green Dragons sont en plus grand nombre.

Pour comparer le supportérisme slovène avec celui des pays voisins, plus souvent cités pour leur culture footballistisque, nous pouvons regarder le taux de déplacement de la population au stade de football. En 2012, 0.65% de sa population se rendait au stade, plaçant la Slovénie au 23ème rang mondial, au même niveau que les autres pays balkaniques (Croatie 21ème, Grèce 22ème Bosnie 24ème). Loin des Iles Féroé et leur taux incroyable de 10.22%, la Slovénie était dans la moyenne en 2012. Depuis, les chiffres montent sans cesse. Le récent Derby entre Maribor et l’Olimpija a pour la quatrième fois consécutive battu un nouveau record à la télévision : celui de l’événement sportif slovène le plus suivi au cours des dix dernières années. Ce record est dans la lignée de l’augmentation de l’audience télévisuelle pour les matchs du championnat. Mais aussi celle de l’augmentation de l’affluence dans les stades : en 2015/2016, 282.490 spectateurs se sont rendus dans les stades : +45.1% par rapport à 2014/2015, 87% de plus qu’en 2013/2014.

Le travail de fond de la NZS et de Ceferin

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@nzs.si

Comment expliquer ce regain d’intérêt pour le football slovène ? Bien sûr, depuis un an, l’Olimpija Ljubljana a retrouvé sa place de locomotive du football slovène, drainant automatiquement plus de passion à domicile, à l’extérieur et lors des matchs couperets. Mais ce n’est pas le seul élément explicatif. Depuis 2012, la fédération slovène de football (NZS) a récupéré la gestion des ligues de football en Slovénie, auparavant sous le contrôle d’une association indépendante. La fédération était alors depuis une année sous la présidence d’un certain Aleksander Ceferin, nouveau président de l’UEFA.

Sous sa direction, la NZS reprenait la ligue avec de nouvelles idées dans la commercialisation et la promotion. Le but était de tirer le maximum du potentiel média et sponsors pour permettre une augmentation des revenus du marketing afin d’augmenter le trafic dans les stades. Un travail qui a donc porté ses fruits et doit être continué au niveau de la promotion. Dans un deuxième temps, Ceferin avait comme priorité à court terme de stabiliser et de renforcer les finances des clubs participant à la prva liga pour éviter les désastres financiers que certains clubs ont connu ces dernières années.

La NZS a également subi une réforme institutionnelle, le passage au nouveau siège de la fédération s’étant réalisé sous le regard bienveillant de Gianni Infantino, special guest pour l’ouverture en mai dernier. Le nouveau centre d’entraînement national a également vu le jour à Brdo, augurant de beaux jours pour les talents slovènes de demain. Au-delà de la réorganisation de la NZS, Ceferin est aussi crédité d’avoir réuni les dirigeants footballistiques de l’ex-Yougoslavie, en 2015, dans le but de former un bloc politique footballistique. Cela a permis d’améliorer les relations avec l’UEFA et de faire de la Suisse des Balkans un précurseur. Parti à l’UEFA, le nouvel homme à la mode (bien qu’accusé d’être un pantin d’Infantino par certains médias) laisse à ses successeurs le soin de poursuivre le travail entamé.

Quid du bilan sportif ? Malgré la concurrence avec les ligues d’autres pays bien plus grands et existants depuis plus longtemps, la prva liga slovène version NZS a quelque peu stabilisé des clubs souvent basés sur un équilibre très précaire en les obligeant à diversifier leurs revenus et en leur offrant une structure ayant une plus grosse influence pour attirer des fonds (droits TV, sponsoring) qui leur sont ensuite reversés. Maribor, même s’il est un cas à part car en avance depuis des années, a réussi à atteindre la phase de poules de Ligue des Champions et même à y faire bonne figure. Même le business des transferts, d’ordinaire particulièrement plat, s’est emparé de ce petit pays alpin. Henty, Sporar et Stojanovic sont partis pour des montants jamais vus dans l’histoire de la ligue. Cela peut être expliqué par la croissance des montants des transferts mais aussi par la structuration des clubs qui arrivent à former des bons joueurs et ne les laissent pas partir pour quelques malheureux kopeks comme auparavant. Le rehaussement du niveau de la ligue joue aussi dans ces montants inédits. Et les arrivées dans le championnat ont aussi de quoi surprendre : Julius Wobay, Danko Lazovic, Miroslav Radovic (Olimpija), Blessing Ekeke (Gorica) ou le retour de l’enfant prodige Milvoje Novakovic au pays (Maribor) montre que la ligue a gagné une nouvelle reconnaissance.

L’exemple NK Maribor

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© allevents.in

La Prva Liga slovène a été fondée en 1991, sous le nom de BBL Telekom Slovenije, opposant 10 clubs devant s’affronter entre eux 4 fois. Le NK Maribor est le club qui a gagné le plus de championnats, jouant sur sa popularité. Après avoir longtemps écrasé ses concurrents dans le domaine de l’affluence, tournant autour des 4000 spectateurs, le club du nord s’est fait dépasser par l’Olimpija Ljubljana en 2015-2016 (4350 contre 4259). Cela peut s’expliquer par le retour des supporters verts grâce au rachat du club par Milan Mandaric, après des années de mauvaise gestion ayant entraîné un boycott des matchs. Même s’il ne se traduit pas par l’affluence au stade, Maribor reste de loin le plus populaire comme le montre les réseaux sociaux :

Maribor, qui dispose d’une visibilité sur la carte du football grâce à sa participation à la Ligue des Champions (2014/15), possède presque deux fois plus de suiveurs que les neuf autres concurrents réunis. Sur Facebook, 150.000 personnes suivent le club, ce qui représente 7% de la population du pays ! Sur Twitter, la différence est encore plus grande entre Maribor et les autres clubs. La différence est impressionnante, et elle ne sort pas de nulle part. La problématique à laquelle ont réfléchi les dirigeants du club à la fin des années 1990 est la suivante : comment attirer des nouveaux fans ? Outre la domination sportive des dernières années, l’ingéniosité de l’équipe marketing de Maribor est à souligner.

Le tournant de la communication au début des années 2000 a donc été bien pris. Sentant que la communication sur la radio la plus écoutée ou le journal local ne suffisaient plus, Maribor a embauché une équipe dédiée à la communication internet. La première étape a été amorcée par la construction d’un site internet qui affiche les dernières nouvelles, les résumés vidéos des matchs, des interviews… Le tout parfaitement web-designé. Un forum assure aussi le lien entre les fans. Les réseaux sociaux proposent différentes vidéos comme des résumés de match, des interviews d’après-match ou des teasers avant des matchs importants mais aussi la proposition de participer à des évènements publics, ou des jeux-promotions. Une équipe de designers s’occupent de la communication graphique, proposant de très belles affiches de matchs notamment, comme des bannières ou des portraits des joueurs. Cela répond aux codes des jeunes du pays qui se sont beaucoup identifiés au club ces dernières années. La qualification pour la Ligue des Champions, avec un Luka Zahovic facilement identifiable pour tout jeune slovène, aidant le tout. Les plus âgés pouvaient s’identifier à un Marcos Tavares, guerrier au cœur violet, et d’autres au club depuis longtemps.

Le dernier match européen cette saison, face à Qäbälä | © qol.az

Le dernier match européen cette saison, face à Qäbälä | © qol.az

Une communication internet, aussi bonne et moderne soit elle, ne suffit pas. Le NK Maribor est très présent au cœur de la ville, possédant une boutique avec un grand nombre de produits dérivés. Un bus à l’effigie du club circule aussi dans la ville, tout comme de nombreuses affiches et animations organisées dans le centre. A l’entrée sud du stade Ljudski Vrt, un espace fan-fun a été ouvert permettant aux enfants de jouer, et aux parents de participer à des jeux concours. Le tout aux couleurs du club, animé par de la musique et des animateurs. Des interactions avec les fans se sont multipliées ces dernières années. Par exemple, depuis 2008, chacun peut voter pour le « Guerrier Violet » de l’année, récompensant un joueur pour son attitude envers le maillot et les supporters. Bien entendu, c’est Marcos Tavares qui l’emporte à chaque fois. Chaque année, le NK Maribor reçoit le prix de « Marque de l’année », récompensant un club sportif slovène. Le club est devenu la marque la plus importante aux yeux du public au fil du temps. Une institution, donc, qui a un impact significatif sur la vie dans la capitale styrienne.

Maribor est le seul à étudier le comportement et les habitudes de ses supporters. Pour autant, cela ne se répercute pas forcément sur les affluences, avec très peu de détenteurs d’abonnements. Les fans vont souvent au stade pour les affiches importantes et viennent assez peu lors des matchs moins glamours, ce qui donne au final un taux de fidélité peu élevé. Cela peut aussi s’expliquer par la courte et pauvre « tradition football » des Slovènes. En revanche, le pari entrepris par la troupe à Zahovic est gagnant : Maribor est devenu un club dans l’ère du temps et facilement identifiable pour de nombreux slovènes, jeunes et moins jeunes. Un bon exemple pour la NZS qui, dans son sillage, a développé la prva liga slovène. Ce n’était pas gagné d’avance.

Damien F


Image à la une: © uefa.com

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