Pourquoi la Pologne peut-elle remporter la Coupe du Monde en Russie?

Mathieu
Mathieu - Publié le 10 juin 2017

Si la Pologne l’emporte ce samedi face à la Roumanie dans son stade Naradowy plein à craquer, elle aura six points d’avance sur le deuxième de son groupe (sans connaître les résultats des autres matchs) et ce à quatre rencontres de la fin des éliminatoires. Le nouveau géant polonais aura plus d’un pied et demi en Russie sans avoir eu trop à forcer dans un groupe à sa portée malgré des débuts un peu poussifs contre le Kazakhstan puis le Danemark en tout début de campagne. Une campagne du renouveau dans plusieurs domaines qui peut faire entrevoir un avenir doré à cette Pologne qui n’a plus connu les joies d’un podium mondial depuis 1982.

Bien sûr, pour certains, il est sans doute trop tôt pour avoir un avis tranché sur la question ; d’autres encore partageront cet article avec sarcasme si la Pologne ne l’emporte pas, certains me traiteront de fou, d’aveugle ou de quoi que ce soit d’autre. Je ne suis pas Paco Rabanne et le futur est une corde incertaine sur laquelle, comme un équilibriste, il faut se mouvoir avec grâce pour ne pas tomber. Mais, une opinion se doit d’être tranchée, expliquée et révélatrice d’une tendance. Cette tendance quasi prophétique n’est pas le fruit du hasard, mais bien d’un faisceau d’indices qui ne fait qu’augmenter la probabilité de voir la Pologne du football retrouver en lettres d’or son lustre d’antan.

Alors oui, à un an de la Coupe du Monde en Russie, je l’affirme sans sourciller : la Pologne ira jusqu’en finale ; Lewandowski et sa bande fouleront le 15 juillet 2018 la pelouse d’un stade Loujniki brillant de mille feux. Pour le reste, la légende et l’Histoire l’écriront.

Un lustre d’antan enfoui bien longtemps

En 1982, la Pologne finissait troisième du Mondial espagnol en battant dans la petite finale la France d’Amoros, Trésor et Tigana sur le score de 3-2 (Rocheteau, Platini ne jouant pas ce match frustrant pour la formation d’Hidalgo). C’est le dernier grand et véritable éclat des Bialo-czerwoni sur la scène internationale. D’ailleurs, un certain Boniek, absent lors de la demi-finale face à l’Italie, est sur le terrain en ce soir de 10 juillet, à Alicante. Boniek, actuel président de la fédération polonaise, un signe ?

Cet épisode est l’apogée et le crépuscule des Lato, Boniek, Szarmarch, Janas. Quatre ans plus tard au Mexique en 1986, un huitième de finale face au Brésil, à Guadalajara, vient clore le chapitre enchanté, durant plus de quatorze ans, où le football du pays des Jagellons jouait à armes égales avec les grands de ce monde. Un club sélect dans lequel la Pologne y avait ses entrées.

Une épopée qui a commencé avec un titre olympique en 1972, sous les ordres de Gorski, avec une équipe composée de joueurs incroyables comme Deyna, Lato et compagnie ; puis qui continue pendant près d’une décennie avec, en plus de la troisième place du mondial 1982, une autre troisième place au Mondial 74 en battant cette fois-ci le Brésil de Jairzinho. Après cette époque dorée, une époque plus triste, plus sombre va s’ouvrir.

En effet, après 1986, la Pologne ne se qualifie qu’à deux Coupes du Monde sur sept et se fait éliminer dès le premier tour de chacune d’elle. Plus étonnant encore, depuis cinquante la Pologne, n’a participé qu’à trois championnats d’Europe, les trois derniers. Les deux premiers se terminent par une éviction au premier tour, même pour celui de 2012 dont elle est hôte, avec l’Ukraine, tandis que pour le dernier, je ne pense pas qu’il soit nécessaire de vous rafraîchir la mémoire.

C’est donc cette époque dorée que la Pologne recherche à nouveau. Ces générations faites de Gorski, Deyna, Lato, Szarmach, Boniek ou encore Lubanski. Mais aujourd’hui, la Pologne n’a jamais proposé et disposé d’une équipe aussi puissante depuis près de quarante ans. Les comparaisons vont bon train dans tous les secteurs du jeu, avec en point d’orgue Lewandowski. Est-il ce leader que la Pologne attend depuis Kazimierz Deyna ? Un homme capable de faire gagner son équipe à lui seul par un éclair de génie ?

Lewandowski est sans doute au sommet de son art et est l’un des trois meilleurs 9 du monde. La Ligue des Champions lui résiste encore, mais jusqu’à quand ? Idole polonaise, joueur et homme irréprochable, il draine avec lui cette idée d’une Pologne gagnante. Une Pologne qui en impose même en dehors de ses frontières.

La nouvelle génération dorée?

Les Szczesny, Glik, Krychowiak, Piszscek, Zielinksi, Milik, Lewandowski, Linetty, Kuba, etc. pourraient être -enfin- les dignes successeurs de leurs aînées. Les temps ont changé, la majorité de ces derniers ne jouent plus en Pologne, arrêt Bosman oblige, et côtoient le gratin européen les mercredis ou jeudi soir ainsi que tous les weekends dans leurs championnats respectifs. La Bundesliga, La Premier League, la Serie A, la Ligue 1 sont les championnats d’où viennent la majorité des joueurs sélectionnés. Napoli, Bayern Munich, Borussia Dortmund, Wolfsburg, Paris-Saint Germin, Bordeaux, Monaco, Roma, Sampdoria, tant de clubs et d’ambitions permettent de faire progresser la qualité d’un groupe.

Kamil Glik figure dans le top 5 des joueurs ayant le plus joué en Europe cette saison et a passé un palier depuis son arrivée à l’AS Monaco. Il y a aussi des cas plus délicats, comme l’importantissime Krychowiak, perdu au PSG cette saison, mais le Mondial est dans un an et de grands clubs italiens lui font les yeux doux, l’inquiétude est donc passagère. Rappelons tout de même qu’il y a peu, la Pologne devait naturaliser certains joueurs comme Olisadebe (2000), Guerreiro (2008), Perquis (2011) pour essayer d’exister et avoir des joueurs de bon niveau dans sa sélection. Elle peut maintenant s’enorgueillir de ne plus avoir recours à ce genre de pratiques, à l’exception du cas Thiago Cionek.

Le vivier de joueurs talentueux et jouant à haut niveau n’a jamais été aussi élevé que maintenant et cela va en s’accentuant. Le championnat polonais déploie doucement, mais surement, ses ailes et de gros efforts sont faits sur la formation et l’accompagnement des jeunes joueurs polonais. De plus, si des clubs comme le Legia arrivent à accrocher de beaux résultats en Champions League, d’autres clubs comme le Lech, le Lechia, le Jagiellonia profitent de leur stabilité pour lancer de jeunes Polonais dans le grand bain. Tout le monde y est gagnant, des clubs jusqu’à la sélection. Enfin, si des joueurs d’avenir comme Kownacki, Bednarek, Kedziora ou encore Kapustka trouvent chaussure à leur pied pour grandir à l’étranger, alors cette sélection ne peut que continuer à grandir et aller de l’avant. D’autant que ce groupe peut compter sur son sélectionneur, Nawalka, afin de conseiller et valider tous les transferts des Polonais sélectionnables, de quoi permettre un meilleur suivi des carrières.

Une nouvelle identité de jeu, le diamant Zielinski

Pour la première fois de son histoire, la Pologne a, durant les qualifications pour l’Euro en France, le 11 octobre 2014, à Varsovie, fait tomber son voisin allemand dans un choc faisant mémoire pour tout un peuple. Cette victoire contre l’Allemagne, grâce à des buts de Milik et Mila, est le point de départ de l’aventure polonaise dans son championnat européen. Une aventure rythmant la vie d’un groupe et d’un entraîneur.

Comme Gorski, Nawalka tient avec cette victoire son match référence, son port de départ pour toute épopée. Par la suite, l’Euro en France a permis à ce groupe talentueux et soudé de se consolider, de s’apprécier et de sceller ce mélange Nawalkiesque entre expérience et jeunesse. La finalité de ce championnat d’Europe et la défaite au tirs au but contre le futur vainqueur, le Portugal, montrent que la Pologne n’a alors plus peur de se comparer aux grosses cylindrées européennes. Les barrières psychologiques sont tombées et ses joueurs peuvent enfin venir jouer dans la cour des grands. Cependant, le plus incroyable dans cette histoire n’est pas le parcours polonais, mais ce que son sélectionneur va en faire. Tandis que certains auraient pu penser que ce groupe allait continuer à jouer de la même façon, s’appuyant sur ses forces, Adam Nawalka, lui, a préféré utiliser cet épisode afin de repenser le style de son équipe.

Durant cette compétition, le jeu des Bialo-czerwoni est quelque peu stéréotypé. La force de cette équipe pendant et avant l’Euro se trouve être sa grande force physique tout en utilisant sa capacité à lâcher le ballon rapidement afin de se projeter vers l’avant grâce à la vitesse de ses joueurs de couloir. Le milieu peu technique composé de Krychowiak et Maczynski joue parfaitement son rôle dans une récupération hargneuse combinée à des passes rapides permettant de lancer ses ailiers ou permettre au joueur du PSG de transpercer le milieu adverse en jouant sur son physique.

Derrière, la charnière Glik – Pazdan se trouve être un mur blanc et rouge composé, non pas d’artistes, mais plutôt de vrais guerriers. L’attaque, comme on a pu le voir à l’Euro, est bridée. Milik et Lewandowski doivent abattre un travail considérable ; non pas comme attaquants, mais comme premiers défenseurs. Nawalka l’a compris, si la Pologne veut s’affirmer en tant que favori, elle doit aussi savoir dominer son adversaire. C’est ainsi que d’un 4-4-2 basique évoluant principalement en contre et se reposant sur la vitesse d’un Grosicki, l’expérience d’un Blaszczykowski et la vista d’un Milik, parfait complément du guide Lewandowski, va naître un 4-2-3-1 plus offensif, plus possessif et plus artistique à la suite de cet Euro en France.

Comme un bon thé, Nawalka va prendre son temps pour infuser ce changement de système. Ces nouveaux arômes vont naître peu à peu grâce à une personne clé : le jeune milieu Piotr Zielinski.

Sous les ordres de Sarri, à Naples, Zielinski se révèle être un diamant brut que le coach italien va ciseler petit à petit. Aujourd’hui, il est incontestable d’affirmer que Zielinski est l’un des meilleurs créateurs du championnat italien, bien qu’encore perfectible, sa qualité de passe est remarquable, sa technique est, elle, bien au-dessus de la moyenne et sa vision du jeu est digne de n’importe quel félin. Piotr est un artiste et Nawalka l’a bien compris, au point de changer son système pour magnifier son joyau. La majorité des ballons passent dorénavant dans ses pieds, proposant ainsi plus de flexibilité et de créativité au jeu polonais. À seulement 23 ans, c’est désormais lui qui fait briller ses partenaires de la sélection. Il est le jeu, ce fuoriclasse que la Pologne attendait depuis le grandiose Deyna.

Mais, tout ne fut pas si facile, en témoigne les matchs amicaux poussifs et un début de campagne compliqué face au Kazakhstan et au Danemark. Mais d’autres paramètres rentraient en jeu dans ce ronronnement post-Euro. Chez certains joueurs polonais transférés dans de grands clubs et championnats européens, avec les salaires correspondants à ces changements, leur tête devenue montgolfière ne passait plus à travers les portes du vestiaire du Stadion Naradowy.

Malgré tout, petit à petit et après quelques mises au point suite à des écarts de concentration ainsi que de tenu dans la vie de groupe, la machine infernale a pu reprendre son avancée. Une montée en puissance graduelle de bon augure à un an de la Coupe du Monde. Une montée en puissance qui, comme aime le répéter à chaque conférence de presse le sélectionneur polonais, fait partie « du plan. »

Le Gotha du football mondial

Il en découle le retour des séries de victoires et de matchs sans défaites permettant aux Polonais de grimper et de se faire une place parmi les meilleures nations du monde. Depuis le dernier classement FIFA, la Pologne s’impose encore un peu plus comme l’une des grandes équipes nationales. En effet, depuis le début du mois de juin, la Pologne est 10e au FIFA Ranking, à égalité avec l’Espagne (excusez du peu). Ce classement peut paraître faussé ou fantaisiste pour certains, mais il est un révélateur important de la montée en puissance de la Pologne au niveau international. En 2010, la sélection était 73e, en 2011, 66e, puis 55e en 2012, 76e en 2013, 41e en 2014, 34e en 2015, 15e en 2016 et enfin 10e depuis juin 2017. Une ascension fulgurante en sept ans qui pose maintenant la Pologne comme la sixième meilleure nation européenne. Une tendance forte qui s’accentue depuis l’arrivée du professeur acharné de travail, Adam Nawalka.

En outre, comme dit précédemment, de plus en plus de joueurs polonais jouent maintenant dans les grands championnats européens et font donc eux aussi individuellement partie du Gotha mondial. Lewandowski avec le Bayern, Piszczek avec le BvB, Szczesny avec la Roma (et bientôt la Juve), Glik avec l’AS Monaco ou Zielinski et Milik avec le Napoli. Prenons par exemple les différents 9, avec Lewandowski, Milik, Teodorczyk voire Wilczek qui peuvent prétendre tous les quatre jouer au poste d’attaquant de pointe. On obtient alors en cumulant leur buts et passes décisives des statistiques qui n’ont rien à envier à l’attaque de l’Espagne, de la France, de l’Allemagne ou de l’Argentine:

Nb de matchsButsPasses décisives
Lewandowski (Bayern)474310
Milik (Napoli)23*81
Teodorczyk (Anderlecht)53305
Wilczek (Brondby)421913
Total10029

*suite à sa rupture des ligaments croisés du genou avec la sélection en début de saison, Milik n’a joué vraiment qu’un tiers de saison avec le Napoli

Ce ne sont que des chiffres encore, mais ils révèlent eux aussi une vraie tendance de fond pour la Pologne qui auparavant devait faire avec un Lewandowski bien seul. Les joueurs polonais jouent maintenant a un niveau plus élevé et la sélection bénéficie pleinement de cela. De plus les attaquants cités dans le tableau ci-dessus possèdent des profils différents permettant à Nawalka s’il le souhaite d’adapter son plan de jeu à l’adversaire, ce qui est un luxe, disons-le.

La colonne vertébrale de l’équipe n’a pas changé et cette continuité, à laquelle on ajoute le talent frais de la jeunesse, fait des Bialo-Czerwoni une équipe complète. Le poste de défenseur gauche occupé par Jedrwejczyk, autrefois possession de Wawrzyniak ou Rybus peut poser question, mais combien d’équipes peuvent se targuer d’avoir un grand latéral gauche ? Très peu. Szczesny – Glik – Krychowiak – Lewandowski est la ligne de vie de ce groupe sur le terrain, une ligne abreuvée par l’expérience d’un Kuba ou d’un Piszczek côté droit, la vivacité d’un Grosicki côté gauche, et le talent brut et juvénile d’un Zielinski en meneur, juste derrière le Munichois. Un équilibre presque parfait.

Quelles sélections, de nos jours, peuvent se permettre d’allier une expérience du haut niveau et une jeunesse fougueuse et talentueuse ? Prenons l’exemple de la France qui sera certainement l’un des favoris du Mondial : une équipe ultra talentueuse, mais sans véritable leader et au schéma de jeu défensif. L’Allemagne ? Une équipe séduisante, avec des leaders et de l’expérience, mais qui se cherche désespérément un attaquant de pointe. Le Brésil ? Un nouvel élan avec un groupe talentueux qui ressemble un peu au mix polonais jeunesse-expérience, mais qui ne possède pas encore une grande histoire ensemble après ses différentes déconvenues récentes. Si la Pologne ne gagne pas la prochaine Coupe du Monde, je vous fais le pari qu’elle n’en sera pas loin.

Une chance à saisir

Les Polonais doivent donc saisir cette chance, cette chance qui les a oublié pendant les tirs au but face au Portugal à l’Euro. Cette chance qui devra aussi faire oeuvre pendant toute la saison précédant la Coupe du Monde pour éviter les blessures ou les saisons blanches. Des joueurs comme Krychowiak, Kapustka voire Stepinski doivent eux se relancer, mais rien n’est encore fait et pour les deux premiers un changement de club au mercato estival leur permettrait de reprendre confiance et d’engranger du temps de jeu.

Rien n’est sûr dans le football, il est vrai. Mais ce groupe qui a grandi ensemble, passé des étapes salutaires dans sa récente histoire possède maintenant une force psychologique, un jeu qu’elle doit bonifier. Ce groupe est heureux de se retrouver. L’exemple le plus frappant est Blaszczykowski et Lewandowski ayant enterré la hache de guerre pour finalement atteindre un but commun, celui de redonner a la Pologne ses lettres de noblesse perdues (ils ne partiront pas ensemble en vacances quand même). Tous les voyants sont au vert et Nawalka, taiseux en conférence de presse, a le sourire des alchimistes ayant découvert la pierre philosophale.

Pour voir le rouge et blanc se transformer en or, rendez-vous le 15 juillet.

Mathieu Pecquenard


Image à la une : Olimpik/NurPhoto via AFP Photos

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A propos de l'auteur

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Amoureux de la Pologne, des dimanches à regarder l'I.Liga sur Polsat en mangeant des pierogis froids accompagnés de Tymbark. Entre Paris, Wroclaw et Gdynia dans un avion pour les lacs de Mazurie, le football est un jeu, la vodka une passion.

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