Oscar Garcia à Salzburg, le stabilisateur

Quentin Guéguen
Quentin Guéguen - Publié le 16 juin 2017

Dans un contexte particulier qui le dépasse largement et dans lequel il était en plein coeur, Oscar Garcia aura quand même, en un an et demi, réussi à glaner deux doublés coupe – championnat. Mais, l’Espagnol a manqué, comme tous ses prédécesseurs, son objectif principal : amener Salzburg en Ligue des Champions.

L’AS Saint-Etienne s’est donc trouvé un nouvel entraîneur en la personne d’Oscar Garcia. Le technicien catalan avait été, ces derniers mois, envoyé à droite et à gauche : à Malaga, au FC Barcelone ou encore à Nottingham Forest. Garcia a d’ailleurs un peu la bougeotte et n’a jamais construit un projet sur le long terme. Il n’est jamais resté plus de deux ans dans un club et ce ne sera pas le cas non plus du côté du Red Bull Salzburg. Cette déclaration à 90minuten.at ne ment d’ailleurs pas sur ses idées sur le sujet : « Trois, quatre, cinq ans pour un entraîneur dans le même club, c’est difficile. Soit vous changez 70% de l’équipe, soit vous changez d’entraîneur. Plus de trois ans dans le même club, c’est difficile et ce n’est pas bon. »

Salzburg, un éternel recommencement

Il est important de remettre le travail d’Oscar Garcia dans son contexte, particulièrement unique en Europe, et certains pourront facilement argumenter que l’Espagnol mérite plus de crédit que ses prédécesseurs. Depuis deux ans désormais, Salzburg est devenue la vraie réserve de Leipzig. Ce qui devait se produire depuis que l’entreprise autrichienne a racheté le club allemand s’est finalement produit. Red Bull ne voyant plus le potentiel en Autriche et avec un club qui avait du mal à décoller, elle a décidé de basculer la priorité sur Leipzig, avec succès. Ainsi, douze joueurs de Salzburg ont quitté la Mozartstadt pour l’Allemagne de l’Est. « Ici, l’effectif peut totalement changer en six mois. Pour un entraîneur, c’est toujours un vrai challenge. C’est difficile de devenir meilleur. » Chaque année désormais, les meilleurs joueurs du RBS rejoignent le RBL. Konrad Laimer et Valentino Lazaro pourraient être les prochains. Salzburg est donc devenu un club où il est impossible de mettre en place un projet à long terme pour un entraîneur.

Là est la nature de la rixe. Cela fait plusieurs semaines voire plusieurs mois que les relations entre l’entraîneur et le directeur sportif du RB, Christoph Freund, ne sont plus au beau fixe. A deux jours de la fin du mercato estival, Leipzig pioche chez son meilleur ami autrichien en signant Bernardo. Un transfert visiblement non prévu qui ne passe pas auprès de l’entraîneur : « Nous avons désormais deux équipes formatrices, Liefering A et Liefering B  [ndlr : Liefering est le troisième échelon de Red Bull, la « réserve » de Salzburg]. Nous devons maintenant changer nos objectifs. » Un sentiment confirmé par son directeur sportif qui déclarait que le RBS « ne devait plus être champion tous les ans désormais ». Pourtant, Oscar Garcia l’a fait. Deux ans de suite. Avec deux coupes d’Autriche également. Et avec des nombres de points très impressionnants, malgré un groupe en piteux état à son arrivée (après le passage raté de Peter Zeidler chez les Taureaux). Pourtant, et surtout cette saison, on ne peut s’empêcher de constater que le championnat autrichien a terriblement perdu en niveau. Salzburg n’avait aucune concurrence : son principal rival, le Rapid Wien, s’étant battu pour ne pas descendre.

© Ailura / Wikimedia

Laimer et Lazaro, symbole du bon travail d’Oscar Garcia

Là où le RB Salzburg aurait dû régresser, Oscar Garcia l’a stabilisé. Son groupe s’est amoindri au fil des départs de Naby Keita, Dayot Upamecano ou Jonathan Soriano, mais l’entraîneur espagnol a toujours réussi à intégrer les nouveaux jeunes joueurs de Red Bull et, plus important, à les faire progresser ce qui est souvent un bon signe pour un entraîneur. « Je ne crois pas à la chance et à la malchance. Je crois en mon travail et en celui des joueurs. Pour gagner un match, il faut avoir les bons joueurs aux bons endroits aux bons moments. Un match peut être expliqué par la chance, mais pas que. […] Si quelqu’un pense qu’il est assez bon, ce n’est pas normal. Si ça arrive, cette personne ne fait plus de progrès. Pour moi, tous les joueurs devraient faire plus au quotidien avec l’objectif de devenir meilleur. Cela vaut aussi pour moi. Je veux faire des meilleurs entraînements pour former des meilleurs joueurs pour voir des meilleurs matchs. C’est cette mentalité que je veux de mes joueurs. »

Outre le défenseur central français qui a explosé avec Garcia et est logiquement parti voir plus haut, Valentino Lazaro et Konrad Laimer sont les meilleurs exemples. Le premier, très prometteur mais souvent blessé, a réussi à passer un palier très net, devenant le véritable leader offensif de son équipe. Le second, lui aussi grand espoir du football autrichien, est devenu le patron du milieu de terrain. Les deux sont devenus internationaux autrichiens. Citons aussi le Sud-Coréen Hee-Chan Hwang, 21 ans, auteur de 12 buts cette saison en championnat. « Pour moi, la clé est de connaître chaque joueur individuellement pour évaluer leur caractère et leur permettre de progresser plus rapidement. Tout le monde réagit différemment à une situation. La première chose que je dis à tous mes joueurs quand j’arrive, c’est que je suis là pour les aider à atteindre leur but. Si vous voulez devenir meilleurs ou si vous avez un problème, ma porte est toujours ouverte. » On pourra lui reprocher une utilisation des recrues assez étrange, notamment en début de saison où ça ne jouait pas très bien et que le RB était en difficulté pendant que Marc Rzatkowski et Stefan Stangl rongeaient leur frein sur le banc ou n’étaient pas appelés dans le groupe. Pendant ce temps, un Miranda en grande difficulté en défense a toujours eu la confiance de l’Espagnol.

Emotions et 4-4-2

Encore une fois, travailler dans un club Red Bull signifie répondre à des exigences demandées par la hiérarchie. Intégrer, faire progresser les jeunes et proposer un football vertical, dynamique avec un pressing très haut en font partie. Ainsi, il est difficile de savoir si Oscar Garcia intégrera toutes ces notions dans le Forez. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’on le verra très intégré et actif autour du club. Il n’était pas rare de voir Oscar Garcia dans les tribunes lors des matchs de Liefering et il a vu toutes les rencontres des U19 en Youth League. A contrario, il n’a jamais semblé très attaché au club et a toujours laissé la porte ouverte à un départ. Concerné et émotif, il l’est aussi sur son banc. Après la défaite en barrages en prolongations de Ligue des Champions face au Dinamo Zagreb, le vrai couac de son passage en Autriche, Oscar Garcia a réuni ses joueurs au centre du terrain pour faire un discours devant tous les supporters. « Je suis une personne émotive. Je ne pouvais pas parler aux supporters, mais je pouvais le faire aux joueurs. Je voulais qu’ils sachent qu’ils pouvaient être fiers de ce qu’ils avaient fait et qu’ils devaient sortir la tête haute. »

Il a eu un peu de mal, mais Garcia a trouvé la formule et Salzburg n’a pas perdu en championnat de fin novembre à début mai. Meilleure attaque, meilleure défense, le technicien catalan a tout raflé avec un 4-4-2 offensif, avec des latéraux très hauts et un pressing à tout épreuve mais il est aussi flexible : « Tout dépend des joueurs disponibles. L’an passé, on a joué dans un système différent parce que je pensais que c’était celui qui nous donnerait le plus de chance de gagner des titres. […] Il n’y a pas un système qui gagne tous les matchs, sinon tout le monde l’utiliserait. […] Les bonnes équipes peuvent évoluer différemment dans la même rencontre. » Il n’est également pas un très grand adepte du turnover, beaucoup de joueurs n’ont pas beaucoup eu leur chance (Gulbrandsen, Rzatkowski, Stangl…) mais Oscar Garcia a réussi à trouver l’équilibre entre l’attaque et la défense : « Les joueurs se battaient sur tous les ballons, n’abandonnaient jamais. C’est aussi plus facile de défendre quand le ballon n’arrive pas dans les environs de la surface de réparation. C’est logique de ne pas prendre beaucoup de buts quand on joue très longtemps dans la moitié de terrain adverse. » Vous l’avez compris, avec Garcia le Barcelonais, le moyen le plus facile de défendre est d’avoir le ballon et de le récupérer très vite à sa perte. Le Barça se concentre plus sur l’utilisation du ballon, Salzburg davantage sur comment le récupérer le plus vite possible. La recette du succès à Saint-Etienne ?

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Image à la une : © Vitaliy Timkiv / Sputnik via AFP Photos

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J'aime les draniki sans champignon, et accessoirement le football biélorusse et autrichien.

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