Orthodox brothers, la fratrie rouge et blanche

Vincent Tanguy
Vincent Tanguy - Publié le 25 mars 2017

Pour tous les amoureux de Footballski, la trêve internationale est le moment de se focaliser sur les sélections nationales. Ce samedi 25 mars, beaucoup seront focalisés sur les Suède – Biélorussie, Portugal – Hongrie, Bulgarie – Pays-Bas ou encore un bon Belgique – Grèce.

Mais à l’écart des qualifications pour la Coupe du Monde, un match amical aura lieu à 18 heures entre Crvena Zvezda et le Spartak Moscou, dans la capitaine serbe. Ce match – bien qu’on espère une belle rencontre sur le rectangle vert – se jouera bel et bien dans les tribunes. Le stade Rajko Mitic, connu sous le nom de Marakana serbe, d’une capacité de 55 500 places, sera chaud bouillant et rassemblera deux des meilleures ambiances d’Europe avec plus de 10 000 supporters moscovites attendus. Un match amical qui réaffirmera plus que jamais l’entente fraternelle entre ces deux clubs et surtout entre leurs supporters. Ce match est également très politique. La promotion du match rappelle également l’importance de Gazprom pour Zvezda, principal bailleur de fonds du club.

Un triumvirat d’ultras

Cette fratrie rassemble d’ailleurs trois clubs omnisports représentés principalement par un groupe de supporters chacun : le Crvena Zvezda Belgrade (Delije Sever), l’Olympiakos Le Pirée (Gate 7) et le Spartak Moscou (Fratria). L’alliance des deux premiers date de 1986 et un match de Crvena Zvezda face au Panathinaïkos alors que l’alliance entre le Spartak et Crvena Zvezda date elle de 1999 et un match de troisième tour qualificatif de Ligue des Champions entre le Partizan et le Spartak Moscou qui a vu la qualification des Rouge et Blanc. Mais nous reviendrons sur ces détails plus tard dans cet article.

Outre le rouge et le blanc comme couleurs communes, ces trois clubs possèdent dans leur pays respectif le plus grand palmarès :

  • CRVENA ZVEZDA (Yougoslavie / Serbie)

    • 27 championnats de Yougoslavie / Serbie
    • 24 coupes de Yougoslavie / Serbie
    • 1 Ligue des Champions (1991)
    • 1 Coupe Intercontinentale (1991)
  • OLYMPIAKOS (Grèce)

    • 43 championnats de Grèce
    • 27 coupes de Grèce
    • 3 supercoupes de Grèce
  • SPARTAK MOSCOU (URSS / Russie)

    • 12 championnats d’URSS
    • 10 coupes d’URSS
    • 9 championnats de Russie
    • 3 coupes de Russie

L’Olympiakos et Crvena Zvezda ont le point commun de se rencontrer à la fois au football, au basketball ou encore au volleyball. Preuve en est le match entre les deux équipes cette semaine en Euroleague. La rivalité sportive n’empêche pas les rapports cordiaux entre les deux clubs.

Mais ce qui les rassemble n’a pas grand-chose de sportif. Ce qui les réunit, c’est la croyance orthodoxe, religion commune de la Serbie, de la Grèce et de la Russie. De plus, les trois clubs partagent les mêmes couleurs : le rouge et le blanc. Ce n’est pas pour rien que cette fratrie se nomme « Orthodox brothers » et que leur devise est « trois clubs, deux couleurs, une croyance ! » («Три Клуба, Два Цвета, Одна Вера!») La foi orthodoxe fut, durant l’Histoire, un vecteur relationnel fort entre ces trois pays et il continue encore de faire ses effets même dans le monde du supportérisme.

L’alliance entre Crvena Zvezda et l’Olympiakos est, elle, plus ancienne. En 1986, alors que Zvezda se rendait à Athènes pour affronter le Panathinaikos, les supporters de l’Olympiakos se sont rendu à l’hôtel des supporters serbes pour essayer d’avoir des tickets. Là, ils ont expliqué leur démarche et leur haine viscérale du Pana. Attentifs, les Serbes se sont retrouvés dans cette histoire, eux qui ne peuvent supporter de près ou de loin le Partizan. Les supporters de l’Olympiakos demandèrent alors 200 tickets, ce qui représentait une énorme somme pour les Serbes. Les Grecs promirent qu’ils auraient l’argent et les ultras se donnèrent rendez-vous le lendemain. La Gate 7 se présenta alors avec une banderole « Bonne chance Crvena Zvezda » ce qui enragea les supporters du Panathinaikos. Pour remercier les ultras belgradois, la Gate 7 se rendit au match retour en Serbie. Ce qui était une blague pour les Serbes était en fait très sérieux pour les Grecs et quelle ne fût pas la surprise des Belgradois lorsqu’ils virent arriver leurs nouveaux amis en bus ! Les Serbes ont alors invité les membres de la Gate 7 et c’était le début d’une longue amitié.

Les trois clubs partagent également une rivalité commune.

Le Partizan Belgrade tout comme le CSKA sont des clubs de l’Armée (yougoslave pour l’un, soviétique pour l’autre). Considérés comme les clubs du peuple, le Crvena Zvezda et le Spartak se sont naturellement trouvé des points communs. Pour l’Olympiakos, club de la classe ouvrière de la ville portuaire du Pirée, le Panatinaïkos représente la classe aisée d’Athènes. Ce n’est pas l’Armée, mais les différences sociales et culturelles ont aussi créé une rivalité extrême.

De plus, notons également qu’une autre alliance opposée à celle des clubs rouge et blanc est également très importante, à savoir celle regroupant les noir et blanc du Partizan et PAOK ainsi que les Moscovites du CSKA.

Preuve que l’Orthodoxie n’est pas le facteur unique des clubs rouge et blanc, les trois clubs rivaux se sont aussi regroupés de leur côté et se présentent aussi comme des « Orthodox brothers ». Leur coopération s’est intensifiée au cours des dernières années.

Slaves avant tout !

Les relations entre le Spartak et le Crvena Zvezda sont bien plus fortes qu’avec l’Olympiakos. Cette relation implique d’autres vecteurs que l’aspect religieux. Le nationalisme serbe et russe est très présent chez chacun d’entre eux, mais ce qui les rapproche, ce sont leurs origines slaves.

« Nous et les Russes, 300 millions »

Au cours de l’histoire, la Russie est intervenue militairement dans les Balkans afin de défendre les chrétiens orthodoxes contre l’Empire ottoman. Ce fut le cas de 1806 à 1812 lors de la révolte des Serbes puis de 1828 à 1829 pour soutenir la révolte des Grecs. La Guerre russo-turc de 1877-1878 voit se développer l’idée du panslavisme, doctrine politique, culturelle et sociale qui prône le rapprochement politique entre les peuples slaves. Les Russes, alliés de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro, ont eu pour objectif la création d’une confédération panslave. Cette confédération ne verra pas le jour en raison des réticences occidentales concernant l’expansion russe dans les Balkans. Cette doctrine sera reprise lors de la formation de la Yougoslavie autour du Royaume de Serbie.

Les événements récents, tels l’annexion de la Crimée par la Russie ou les tensions diplomatiques russo-turques, virent une réaction d’approbation ou de soutien de la Serbie. Nous avons pu le constater lors de la trêve hivernale 2016 lorsque les clubs russes, habitués à se préparer en Turquie, ont annulé leurs camps d’hiver sur le sol turc. Des clubs serbes comme Crvena Zvezda en firent autant en guise de soutien. Ces soutiens caractérisent les rapports entre les deux entités à savoir la – supposée – défense des intérêts du peuple slave.

Mais l’événement qui ressort le plus souvent dans les tribunes et qui est constamment martelé par les chants des supporters ou les banderoles, c’est l’indépendance du Kosovo acquis définitivement (mais non reconnu par une partie de la communauté internationale) le 17 février 2008.

« Kosovo je Srbija » ( « Le Kosovo est serbe » ) / © redwhite.ru / fratria.ru

Un rapprochement dans la douleur

Les premiers rapprochements eurent lieu bien avant cette date, à la suite des bombardements (opération Allied Force) de l’OTAN sur Belgrade durant 78 jours, du 24 mars au 10 Juin 1999. Le Spartak Moscou se déplaçait à Belgrade pour affronter le Partizan Belgrade dans le cadre de la Coupe d’Europe. Suite à leur victoire 3-1, les représentants des supporters décidèrent de se rassembler au côté du Marakana le jour suivant lors de leur rencontre en Coupe UEFA contre le club azerbaïdjanais du Neftchi. Les Delije les accueillirent dans leur fan-club.

© gf96.com

L’année suivante, Crvena Zvezda joua, en Coupe d’Europe, une confrontation aller-retour face au Dinamo Kiev. Grand ennemi du Spartak Moscou durant la période soviétique, les supporters désiraient effectuer le déplacement à Kiev, mais ne purent le faire. Ils se rattrapèrent en allant à Belgrade encourager leur nouvel allié. S’ensuivit une série de rencontres durant les années 2000, notamment lors d’un tournoi de charité en l’honneur de la mort du Serbe Dmitri Popovich, tué par un groupe albanais au Kosovo.

Le dernier grand événement entre les deux clubs est l’invitation en septembre 2014 par le Spartak Moscou du Crvena Zvezda pour inaugurer le tout nouveau stade des Gladiateurs, l’Otkrytie Arena à Moscou.

Le Spartak réalisa en octobre 2015 un superbe tifo en l’honneur de leur inconditionnelle amitié avec le club belgradois.

© Vincent Tanguy / Footballski.fr

Le match de samedi sera l’occasion de revoir ces deux « frères » s’affronter sur le rectangle vert. Les deux clubs sont actuellement leader de leur championnat devant leur ennemi respectif, le Partizan Belgrade et le CSKA. Comme quoi, la fin d’année pourra peut-être même permettre d’affirmer la suprématie rouge et blanche sur la Russie et la Serbie ! Rien que ça…

On ne pourrait être complet et évoquer les alliances sans évoquer celle des bleus et blancs à savoir l’alliance entre l’OFK Belgrade, le Dynamo Moscou et l’Anorthosis Framagouste. Cette dernière, appelée « fraternité bleue et blanche » diffère légèrement des deux précédentes à savoir que le troisième club n’est pas grec, mais chypriote. L’Anorthosis et l’OFK Belgrade sont deux clubs nés en 1911 et leurs groupes de supporters, les Plava Unija côté serbe et MAXHTEC côté chypriote, ont été créés la même année, en 1994. De plus, ces deux groupes de supporters sont du même bord politique, à droite.

Vincent Tanguy et Lazar Van Parijs


Photo à la une : © Vincent Tanguy / Footballski.fr

Orthodox brothers, la fratrie rouge et blanche
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A propos de l'auteur

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Vincent Tanguy

Supporter du Spartak Moscou vivant en Russie depuis de nombreuses années. Prends plaisir à partager l'histoire du plus grand club de l'histoire du pays à travers ces pages.

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1 commentaire

  • Juste délicieux!
    Le genre d’article dont on n’aimerait qu’il ne finisse jamais!
    Merci beaucoup j’ai passé un moment incroyable!

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