En route pour la Russie #28 : Orthodox brothers, la fratrie rouge et blanche

Vincent Tanguy
Vincent Tanguy - Publié le 24 mai 2018

Notre dispositif Coupe du Monde est bien en place et comme chaque jeudi jusqu’à l’ouverture de la compétition, nous vous proposons un article qui fait le lien entre un pays qualifié pour la compétition et le pays organisateur. Ce jeudi, c’est la Serbie qui est à l’honneur avec un voyage dans le monde des tribunes et de la fraternité orthodoxe entre supporters de Zvezda, de l’Olympiakos et du Spartak Moscou. 


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Crvena Zvezda (Delije Sever), Olympiakos  (Gate 7) et Spartak Moscou (Fratria), trois clubs, trois groupes, une amitié. Tels sont les orthodox brothers. L’alliance des deux premiers date de 1986 et un match de Crvena Zvezda face au Panathinaïkos tandis que l’alliance entre le Spartak et Crvena Zvezda date, elle, de 1999 et un match de troisième tour qualificatif de Ligue des Champions entre le Partizan et le Spartak Moscou qui a vu la qualification des Rouge et Blanc.

Si le sport est certes présent, ce qui rassemble ces trois clubs se trouve surtout dans la croyance orthodoxe, religion commune de la Serbie, la Grèce et la Russie. De plus, les trois clubs partagent les mêmes couleurs : le rouge et le blanc. Ce n’est pas pour rien que cette fratrie se nomme « Orthodox brothers » et que leur devise est « trois clubs, deux couleurs, une croyance ! » («Три Клуба, Два Цвета, Одна Вера!») La foi orthodoxe fut, durant l’Histoire, un vecteur relationnel fort entre ces trois pays et il continue encore de faire ses effets même dans le monde du supportérisme.

L’alliance entre Crvena Zvezda et l’Olympiakos est la plus ancienne. En 1986, alors que Zvezda se rend à Athènes pour affronter le Panathinaikos, les supporters de l’Olympiakos se rendent à l’hôtel des supporters serbes pour essayer d’avoir des tickets. De là, ils expliquent leur démarche et leur haine viscérale du Pana. Attentifs, les Serbes se retrouvent dans cette histoire, eux qui ne peuvent supporter de près ou de loin le Partizan. Les supporters de l’Olympiakos demandent alors 200 tickets, ce qui représente une énorme somme pour les Serbes. Les Grecs promettent l’argent, le lendemain, lors d’un rendez-vous entre les deux groupes ultras. La Gate 7 se présenta alors avec une banderole « Bonne chance Crvena Zvezda » ce qui fait enrager les supporters du Panathinaikos. Pour remercier les ultras belgradois, la Gate 7 se rend au match retour en Serbie. Ce qui était une blague pour les Serbes devient très sérieux pour les Grecs, tandis que les Belgradois, eux, restent surpris de l’arrivée en bus de ces désormais nouveaux amis. Le début d’une longue amitié, d’autant que les trois clubs partagent désormais une rivalité commune.

Le Partizan Belgrade, tout comme le CSKA, sont des clubs de l’Armée (yougoslave pour l’un, soviétique pour l’autre). Considérés comme les clubs du peuple, le Crvena Zvezda et le Spartak se sont naturellement trouvé des points communs. Pour l’Olympiakos, club de la classe ouvrière de la ville portuaire du Pirée, le Panatinaïkos représente la classe aisée d’Athènes. Ce n’est pas l’Armée, mais les différences sociales et culturelles ont aussi créé une rivalité extrême. Notons également qu’une autre alliance opposée à celle des clubs rouge et blanc est également très importante, à savoir celle regroupant les noir et blanc du Partizan et PAOK ainsi que les Moscovites du CSKA. Preuve que l’orthodoxie n’est pas le facteur unique des clubs rouge et blanc, les trois clubs rivaux se sont aussi regroupés de leur côté et se présentent aussi comme des « Orthodox brothers ». Une coopération qui s’est intensifiée au cours des dernières années.

Slaves avant tout !

Les relations entre le Spartak et le Crvena Zvezda sont bien plus fortes qu’avec l’Olympiakos. Cette relation implique d’autres vecteurs que l’aspect religieux. Le nationalisme serbe et russe est très présent chez chacun d’entre eux, mais ce qui les rapproche, ce sont surtout leurs origines slaves.

« Nous et les Russes, 300 millions »

Au cours de l’histoire, la Russie est intervenue militairement dans les Balkans afin de défendre les chrétiens orthodoxes contre l’Empire ottoman. Ce fut le cas de 1806 à 1812 lors de la révolte des Serbes, puis de 1828 à 1829 pour soutenir la révolte des Grecs. La Guerre russo-turc de 1877-1878 voit se développer l’idée du panslavisme, doctrine politique, culturelle et sociale qui prône le rapprochement politique entre les peuples slaves. Les Russes, alliés de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro, ont eu pour objectif la création d’une confédération panslave. Cette confédération ne verra pas le jour en raison des réticences occidentales concernant l’expansion russe dans les Balkans. Cette doctrine sera reprise lors de la formation de la Yougoslavie autour du Royaume de Serbie.

Les événements récents, tels l’annexion de la Crimée par la Russie ou les tensions diplomatiques russo-turques, virent une réaction d’approbation ou de soutien de la Serbie. Nous avons pu le constater lors de la trêve hivernale 2016 lorsque les clubs russes, habitués à se préparer en Turquie, ont annulé leurs camps d’hiver sur le sol turc. Des clubs serbes comme Crvena Zvezda en ont fait autant en guise de soutien. Ces soutiens caractérisent les rapports entre les deux entités à savoir la – supposée – défense des intérêts du peuple slave.

Mais l’événement qui ressort le plus souvent dans les tribunes et qui est constamment martelé par les chants des supporters ou par les banderoles, c’est l’indépendance du Kosovo acquis définitivement, mais non reconnu par une partie de la communauté internationale, le 17 février 2008.

« Kosovo je Srbija » ( « Le Kosovo est serbe » ) / © redwhite.ru / fratria.ru

Un rapprochement dans la douleur

Les premiers rapprochements ont néanmoins lieu bien avant cette date,. A la suite des bombardements (opération Allied Force) de l’OTAN sur Belgrade durant 78 jours, du 24 mars au 10 juin 1999, le  Spartak Moscou se déplaçait à Belgrade pour affronter le Partizan Belgrade dans le cadre de la Coupe d’Europe. Suite à leur victoire 3-1, les représentants des supporters décidèrent de se rassembler au côté du Marakana le jour suivant lors de leur rencontre en Coupe UEFA contre le club azerbaïdjanais du Neftchi. Les Delije les accueillirent dans leur fan-club.

© gf96.com

L’année suivante, Crvena Zvezda joue, en Coupe d’Europe, une confrontation aller-retour face au Dynamo Kiev. Grand ennemi du Spartak Moscou durant la période soviétique, les supporters désirent alors effectuer le déplacement à Kiev, mais ne sont autorisés à le faire. Ils se rattrapent en allant à Belgrade encourager leur nouvel allié. S’ensuivit une série de rencontres durant les années 2000, notamment lors d’un tournoi de charité en l’honneur de la mort du Serbe Dmitri Popovich, tué par un groupe albanais au Kosovo. Le dernier grand événement entre les deux clubs est l’invitation en septembre 2014 par le Spartak Moscou du Crvena Zvezda pour inaugurer le tout nouveau stade des Gladiateurs, l’Otkrytie Arena, à Moscou.

Évoquons pour finir une autre alliance orthodoxe, celle des bleu et blanc, entre l’OFK Belgrade, le Dinamo Moscou et l’Anorthosis Framagouste. Cette dernière, appelée « fraternité bleue et blanche » diffère légèrement des deux précédentes à savoir que le troisième club n’est pas grec, mais chypriote. L’Anorthosis et l’OFK Belgrade sont deux clubs nés en 1911 et leurs groupes de supporters, les Plava Unija côté serbe et MAXHTEC côté chypriote, ont été créés la même année, en 1994.

Vincent Tanguy et Lazar Van Parijs

Article originellement publié le Mars 25, 2017.


Photo à la une : © Vincent Tanguy / Footballski.fr

En route pour la Russie #28 : Orthodox brothers, la fratrie rouge et blanche
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A propos de l'auteur

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Vincent Tanguy

Supporter du Spartak Moscou vivant en Russie depuis de nombreuses années. Prends plaisir à partager l'histoire du plus grand club de l'histoire du pays à travers ces pages.

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1 commentaire

  • Juste délicieux!
    Le genre d’article dont on n’aimerait qu’il ne finisse jamais!
    Merci beaucoup j’ai passé un moment incroyable!

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