On a vécu Zaria Balti vs. Speranta Nisporeni

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Thomas Ghislain
Thomas Ghislain - Publié le 3 décembre 2015

On avait appris qu’il avait neigé, ce vendredi, à Bălţi. Et on remarque aisément que la pluie est passée par là, une fois sur place. Les flaques d’eau transforment les rues en rivières et il faut bien se garder de marcher à l’extrémité des trottoirs histoire de ne pas se faire éclabousser de neige pour le moins fondue. Rien de bien étonnant puisque le mot Bălţi signifie « marécages » – ainsi fut nommée la ville car elle surplombe une zone humide.

Escapade dans le nord moldave

Situé à environ 130 kilomètres au nord-ouest de Chişinău, il faut toutefois deux heures de mashrutka (ou quatre heures de train, c’est vous qui voyez) pour atteindre Bălţi, la deuxième ville du pays – ou la troisième si l’on compte Tiraspol. Il s’agissait en premier lieu d’un petit village développé par la princesse polonaise Mazovetzki – alors épouse d’Alexandru cel Bun, au 15e siècle – sur une colline surplombant la « steppe » du nord de la Moldavie, il y a maintenant 594 années de cela. Bălţi deviendra un carrefour d’échanges commerciaux et de transits entre Chişinău et les villes du Nord (Cernauţi, Hotin, Soroca). Le statut de ville lui sera conféré en 1818 par le tsar Alexandre Ier, pour la simple et bonne raison qu’en assistant à une messe durant une visite officielle, il y apprend la naissance de son fils ! Un développement industriel, commercial et artisanal suit et permet à la ville de prospérer sur tous les plans jusqu’à la Seconde Guerre mondiale : habitée pour plus de moitié par des Juifs, Bălţi est alors décimée. Sous l’URSS, ce sont les plans architecturaux soviétiques qui remodèlent la ville, ses bâtiments et sa population. Aujourd’hui, Bălţi est considérée comme la capitale russophone du pays, dans une région russophone également.

Descendu de la mashrutka, direction le Stadionul Oraşenesc car il est déjà 12h20 et le match commence à 13 heures. Dix minutes suffisent pour apercevoir l’enceinte grâce à ses poteaux d’éclairage – qu’on devinera non-fonctionnels en étant à leurs pieds. Le stade est situé à deux pas du centre-ville, à l’intersection des rues Ştefan cel Mare et Kiev. Il s’agit d’une construction concentrique qui comprend le terrain de foot, une piste d’athlétisme, des gradins rudimentaires (en latérales) encore décorés d’une petite couche de neige et un terrain vague qui borde ceux-ci. Au loin, les barres soviétiques, encore et toujours. Les tribunes se remplissent peu à peu tandis que la sono ambiance déjà le stade (notamment grâce à ce superbe remix des Lacs du Conemara). Sur un terrain détrempé, auquel on a rajouté un peu de sable sur les zones critiques, à savoir à proximité des bancs de touches et devant les buts, les joueurs s’échauffent, et on a alors confirmation que la star du Zaria, Gheorghe Boghiu, et son mini-mulet à la Tony Vairelles, est bien titulaire et capitaine.

Le renouveau du Zaria

Le Zaria est un club relativement vieux comparé au reste de l’élite moldave. Créé en 1984 sous le nom de ФК Заря Бельцы (Zaria Bălţi)suite à l’autorisation pour la RSS moldave d’aligner trois équipes dans le championnat russe (le Nistru Kishinev est alors en seconde division, le Zaria entre en troisième division zone V en compagnie de l’Avtomobilist Tiraspol), il se nomme ensuite l’Olimpia Bălţi en 1991 et reste le seul club, avec le Zimbru, à être en Divizia Naţională depuis qu’elle a commencé. Le club passe une existence tranquille et sans gros faits d’armes si ce n’est cette troisième place en 2010 qui leur permet de goûter à la Coupe d’Europe – ils élimineront le Khazar Lankaran avant que le grand Dinamo Bucarest ne les élimine au tour suivant.

Le droit d’utiliser le nom « Olimpia » expirait le 1e juin 2014, du coup le club en est revenu à sa dénomination initiale : Zaria Bălţi (Zaria signifie « Aube » en français) et depuis l’élection du fantasque Renato Usatîi en 2014, le club affiche de nouvelles ambitions. Le maire de la ville a réussi à attirer des investisseurs espagnols (de Marbella) qui auraient investi près de 10 millions de lei dans le club et surtout son école de jeunes (= environ 500.000 €). Un renouveau dont le club avait grandement besoin : ces trois dernières années ont vu l’équipe terminer 10e et 11e (sur 12) et même lanterne rouge l’année passée (9e sur 9 équipes). Les retraits successifs du Costuleni, du Veris puis du FC Tiraspol ont toutefois permis au club de rester en Divizia Naţională et d’affirmer ses intentions durant l’été, avec le recrutement du redoutable buteur Gheorghe Boghiu à l’intersaison (plus de 60 buts en Divizia Naţională sur les 5 dernières saisons), une multitude d’arrivées ou encore la création du site web officiel du club. Après un début de saison difficile, le Zaria a enchaîné les bons résultats récemment pour atteindre une jolie 5e place, à un point de leur adversaire du jour, le Speranţa Nisporeni.

A mesure que l’on s’approche du coup d’envoi, on aperçoit les ultras de la Republica Nisporeni prendre place – ils sont une bonne dizaine de courageux à avoir fait le déplacement. On entend ensuite le groupe ultra du Zaria arriver, grâce à son tambour, autour duquel une petite trentaine de personnes viennent se placer, juste en face des supporters du Speranţa. La pluie, quant à elle, commence son spectacle qui va durer nonante minutes. Sous un ballet de parapluies, le coup d’envoi est donné.

S’en sortir des marécages

En toute logique, nous assistons alors à une bonne partie de kick & rush à l’ancienne, et pour cause : le terrain ralentit, voire stoppe, le jeu de passes des deux équipes. Seuls quelques périmètres paraissent imperméables. Et la première occasion de venir sur coup de pied arrêté, lorsqu’un coup franc de Oșcipco est dévié en corner par Țurcan. Au Zaria la domination, et à David Andronic la réaction timide du Speranţa avec son tir qui passe largement au-dessus. Une succession de décisions arbitrales en défaveur des locaux vont amener deux boules de neige à atterrir à proximité du juge de touche, mais ces incidents isolés n’auront pas de conséquence. En observant les réactions de la foule aux péripéties du match, nous remarquons que nous avons oublié d’amener l’accessoire indispensable d’un supporter par un temps pareil (en plus du parapluie bien entendu), à savoir la petite fiole de vodka. Car oui, s’il ne neige pas ce samedi, c’est qu’il pleut et qu’il fait 1°C, pas plus.

Le contrôle de la balle se fait de plus en plus difficile et les parties de billard « Je dégage le ballon devant en espérant qu’il y ait un partenaire – ah merde ça retombe sur un adversaire qui se dit la même chose » s’accumulent. Les rares actions construites parviennent à être dangereuses, comme cette volée que Boghiu ne cadre pas à la 27e. Raţa l’imite quelques minutes plus tard, sans succès. Sur l’action suivante, Kone laisse passer un ballon anodin en ratant son contrôle, mais Nesterov, excellent ce jour-là, réalise un retour exceptionnel et son tacle glissé sauve les locaux.

C’est la mi-temps et le ciel ne s’éclaircit pas du tout. Les ultras du Zaria en profitent pour aller se réchauffer quelques minutes et ainsi provoquer un chouya les ultras du Nisporeni en passant à côté d’eux – mais un cordon policier veille à ce qu’il n’y ait aucun débordement. Le Zaria domine globalement et peut compter sur l’intelligence de jeu et l’excellent jeu de tête de Boghiu pour construire un tant soit peu ses actions.

Au retour des vestiaires, Yakovlev déboule sur son flanc gauche et essaie tant bien que mal de centrer la balle qui file. Au final, il glisse juste devant la ligne de touche et se rétame dans le monticule de neige qui se trouve sur le bord du terrain. Le pauvre. A la 56e, Boghiu décoche une frappe juste en dehors de la surface, mais Turcan dévie en corner. Dao quant à lui passe une journée difficile face aux colosses de la défense centrale du Speranţa et a du mal à tenir debout sur ce terrain plus que glissant. Les hôtes vont encore réclamer l’un ou l’autre pénalty à l’arbitre tandis que le Speranţa n’attaque plus ou presque.

Sous les « Bălţi ! Bălţi ! » ponctuels du public, le Zaria pousse mais ne parvient pas à rompre la défense des visiteurs. On a toutefois l’occasion d’admirer les quelques premières foulées de la légende Denis Calincov, entré dans les arrêts de jeu. Rien n’y changera, le score en restera à ce beau 0-0 disputé dans des conditions dantesques. Et le service de presse du Zaria d’affirmer, pendant le commentaire live du match : « Peu de moments dangereux, mais nos joueurs n’abdiquent pas. Aujourd’hui, ils se battent contre l’adversaire, contre la météo et contre l’arbitre qui une nouvelle fois prend des décisions controversées » – jugez par vous-même avec le résumé du match posté par le site du Zaria :

Pour nous, il est déjà 15 heures et la pluie ne donne pas envie de visiter la ville : retour vers la gare des bus où deux cafés solubles à moins d’un euro nous réchauffent avant d’entrer dans une mashrutka Mercedes plutôt moderne, qui lance même un DVD avec le film 12 heures en russe. Même si c’était sous une terrible drache, le match était quand même bien plus sympa que cette bouze. Puisqu’il fait déjà noir dehors, on se contente d’un peu de repos, entrecoupé par les sursauts qu’offrent les charmantes routes moldaves, histoire d’être un peu plus sec et frais une fois arrivé à Chişinău, car ce soir, c’est sacré samedi soir, sacré samedi soir !

Pour visionner un résumé neutre du match, voici celui de la Fédération moldave de Football:

 

Les notes Footballski :

Zaria Speranta

Standing du stade (2/5) : Vieux stade d’un peu plus de 5000 places avec seules deux tribunes latérales et seule la partie VIP couverte. Il pleuvait donc la majorité des gens sont restés debout.

Disponibilité des billet (5/5) : Ce n’était pas un choc et le temps était dégueu donc pas même de file au guichet 30 minutes avant le match.

Tarifs (5/5) : La place coûte 20 lei, environ 1 euro.

Ambiance (3/5) : Un public tous âges mais qui est à fond dans le match du début à la fin. Les slogans « Zaria » ou « Balti » sont repris par tous par intermittence. Les ultras locaux ont essayé de mettre l’ambiance (ils étaient entre 20 et 30).

Risques (5/5) : Peu de risques et présence policière bien conséquente. Mais les matchs du Zaria ont déjà rencontré des problèmes (à Hîncesti, ou face au Zimbru) – jamais dans le stade cela dit.

Accessibilité et transports (5/5) : Situé entre le centre ville et la gare des bus, à deux pas de la rue Ştefan cel Mare, de laquelle le stade est aisément visible.

Boissons (3/5) : le site avait annoncé thé chaud pour tout le monde mais c’était mal indiqué si c’était vrai. Cela dit, pas de fouilles au corps signifie qu’on peut amener sa petite fiole dans les gradins.

Quartier-environnement (2/5) : Le centre ville reste proche mais à proximité du stade il n’y a pour ainsi dire rien si ce n’est une banque et un arrêt de bus.

Thomas Ghislain


Image à la une : © Thomas Ghislain / Footballski

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