On a vécu Omonia Nicosie vs.Beitar Jérusalem

Stephane Meyer - Publié le 26 juillet 2016

Chypre est ce pays où, pendant une journée d’été, tu pars le matin à la montagne pour te rafraîchir, vas à la plage l’après-midi sous une température avoisinant les 40°C et le soir, admires un match de Ligue Europa dans une atmosphère phénoménale tout en mangeant de bons souvlakis. L’occasion pour nous de nous rendre sous le soleil de Nicosie pour y accoucher de notre premier « Au stade » grâce à l’affiche opposant l’Omonia Nicosie au Beitar Jérusalem, après un match aller remporté par les Israéliens.

L’été est sacré pour chaque supporter chypriote, et plus particulièrement ceux de Nicosie. Cette période de l’année est ce moment béni où l’on peut voir son club jouer ses matchs de qualification pour une compétition européenne. Pour rappel, divisé en deux suite à une invasion turque en 1974 (Lire aussi : Un maillot turc et une polémique chypriote pour Kostakis Koutsokoumnis), seuls les clubs de la partie Sud, la République de Chypre, sont reconnus par l’UEFA et peuvent ainsi connaitre les joies de la Ligue des Champions et Europa League.

Jour de match

Habitué de la ville étant d’origine chypriote, c’est avec un certain bonheur que je pouvais retrouver l’ambiance des stades du pays, qui sont pour certains comparés aux chaudrons grecs et à d’autres pays de l’Est de l’Europe. D’autant plus que l’Omonia est l’une des équipes les plus populaires de l’île, possédant de nombreux groupes de supporters et d’ultras dans toutes les grandes villes du pays. Une occasion unique pour vous faire découvrir cette équipe, son quartier et son ambiance.

Alors que je suis à Chypre depuis quelques semaines déjà pour mes traditionnelles vacances d’été, je n’ai pas forcément à me presser pour aller au stade. Une petite heure et demi avant le début de la rencontre, je me décide à bouger afin de rejoindre l’antre de l’Omonia qui sera théâtre d’une belle soirée chypriote. Sans surprise, nous croisons de nombreux supporters sur les routes à travers des voitures et motos arborant les couleurs du club. Ici, à Nicosie, si vous voulez aller voir un match, la seule solution pour vous y emmener reste les transports routiers. La faute à un stade pas franchement accessible, si ce n’est pour les personnes ayant la chance d’habiter les quelques maisons présentes à cinquante mètres du stade. Vu le nombre important d’Omoniates, les supporters du club, attendu au stade, nous préférons prendre un raccourci connu des habitués de la ville afin d’éviter les embouteillages sur la route principale.

Pour vous faire un rapide topo, le stade se trouve sur la périphérie de Nicosie, à quelques mètres de l’autoroute principale de l’île. Pour vous y rendre en venant de la capitale chypriote, deux possibilités s’offrent à vous. La première, en passant par l’autoroute, la route principale, et prenant la sortie où se trouve l’entrée principale du stade GSP. La seconde, en passant par une route moins connue qui vous fera arriver à l’arrière du stade. C’est cette dernière qui reste recommandée afin d’éviter l’afflux massif de supporters chypriotes excités à l’idée de voir un match de leur équipe.

© Stéphane Meyer / Footballski

© Stéphane Meyer / Footballski

Du fait de son emplacement, le quartier du stade n’est pas vraiment spectaculaire ni très intéressant. Ce dernier n’est, au final, composé que de cette autoroute principale reliant Nicosie aux autres villes chypriotes et de quelques maisons à proximité. Pas de quoi s’émerveiller. Malgré tout, le stade Γ.Σ.Π (GSP, à prononcer Ga Si Pi), ou Νέο Γ.Σ.Π (Nouveau GSP), a vu le jour en 1999 et, surtout, ses 23 000 places abritent les trois clubs de la ville, à savoir l’APOEL, l’Omonia et l’Olympiakos Nicosie. Une tradition présente depuis un petit moment sur l’île étant donné que son prédécesseur, le Παλιό Γ.Σ.Π, ou Ancien GSP en VF, était également le stade principal de ces trois clubs mais, contrairement à son rejeton, était lui au centre de Nicosie. Malheureusement, depuis sa destruction, ce dernier n’est présent chez les Chypriotes qu’à travers des images d’Épinal et dans les souvenirs présents dans la tête des supporters. Ironie du jour, le GSP a également été l’antre de clubs … israéliens. Durant la saison 2002-2003, dû à une situation politique fragile dans le pays, des clubs israéliens comme le Maccabi Haïfa avaient ainsi dû jouer des matchs à Nicosie. Le Maccabi avait notamment affronté l’Olympikos et Manchester United durant cette même année.

Mais aujourd’hui, le GSP sera vert! Affluant en masse aux abords du stade une vingtaine de minutes avant le début de la rencontre, les supporters de l’Omonia se montrent fidèles et prêt à aider le club à renverser la tendance afin de continuer l’aventure européenne. L’autre camp venue en nombre se trouve être les forces de l’ordre. Le chemin nous guidant vers l’entrée du stade est parsemé d’uniformes et voitures de police, tandis qu’une cinquantaine de policiers restent à l’extérieur du stade. Les tribunes vertes et blanches commencent déjà à rugir à travers les chants des ultras des deux clubs.

Les ultras de l’Omonia occupent comme d’habitude le βόρειο πέταλο, c’est-à-dire le virage sud. En face du virage sud se trouve la tribune des visiteurs, mais également … le virage sud. Etant donné que le GSP est également la maison de l’APOEL, les ultras du champion en titre n’occupent évidemment pas les mêmes lieux que l’ennemi et ont donc leur virage à eux, faisant face à celui de l’ennemi. Mais aujourd’hui, c’est Europa League, de ce fait, cette dernière est remplie par des centaines de supporters du Beitar.

© Stéphane Meyer / Footballski

© Stéphane Meyer / Footballski

Ces derniers, pas franchement copains avec ceux de l’Omonia, ne partagent pas la même vision du monde que celle des Chypriotes. Si l’on attendait avec impatience l’affrontement sur le terrain, celui des les tribunes étaient également dans les têtes. D’un coté, les ultras de l’Omonia, connu pour les revendications d’extrême gauche, leur antiracisme et leur identité communiste, en atteste leur tifo géant faucille et marteau lors d’un match contre Jagiellonia l’été dernier. De l’autre, le Beitar et son groupe « La Familia. » Connu pour son lien avec l’extrême droite israélienne, ce dernier ne cache pas son racisme et sa xénophile, en témoigne les réactions violentes après le recrutement de deux footballeurs musulmans originaires de Tchétchénie durant le mercato de l’année 2013. Une décision qui avait déclenché réactions racistes, menaces et dégradations des bureaux du club par une partie des supporters du Beitar. Une Opposition de style donc.

De ce fait, quand des ultras de l’Omonia dégainent des drapeaux de la Palestine, il n’est pas sans dire que la réaction de ceux du Beitar ne se fait pas attendre. En guise de réponse, ces derniers brandissent les centaines de drapeaux israéliens présents dans la tribune tout en les accompagnants de chants que je ne peux vous traduire, mes connaissances en hébreux étaient en dessous du néant. Une supportrice à côté me signale d’ailleurs qu’il y aurait aussi eu des tensions aux abords du stade quelques heures avant le début de la rencontre lors de l’arrivée des supporters du Beitar. La situation en est restée là et je n’ai pas remarqué d’autres débordements tout le long du match.

Lors de l’entrée des joueurs, pas de tifo marteau et faucille du côté des ultras de l’Omonia, mais un « Εισαι σου λέω κατι μαγικό… », en VF « tu (Omonia, ndlr) es quelque chose de magique », qui résonne dans les trois tribunes du GSP. L’Europa League fait officiellement son entrée à Nicosie.

© Stéphane Meyer / Footballski

© Stéphane Meyer / Footballski

Dès le coup d’envoi donné par l’arbitre italien, les Chypriotes poussent d’entrée de jeu, à l’image d’une tête du brésilien Nacimento sur corner qui se meurt sur la transversale. Malgré cette grosse frayeur pour les Israéliens, les minutes passent et ce sont les joueurs du Beitar Jérusalem qui se montrent le plus dangereux. Après quelques occasions, ces derniers réussissent à trouver le chemin des filets chypriotes dès la quinzième minute après une erreur de dégagement de Nacimento sur laquelle Omer Atzili concrétise d’une frappe juste en dehors de la surface. Une ouverture du score qui douche quelque peu les espoirs chypriotes qui doivent dorénavant marquer par moins de trois buts … Mais à Chypre, tout est possible. Les supporters Lyonnais s’en souviennent encore. Autant vous dire que le but égalisateur d’Agaiev sur une passe en retrait de la star Derbyshire a su faire trembler le GSP et les cœurs verts. Redonnant par la même occasion l’espoir à ce peuple qui reprend alors en coeur «Μην σταματάς Ομόνοια », « ne t’arrêtes pas Omonia ». Un message entendu cinq sur cinq par les coéquipiers de Matt Derbyshire.

Dans un scénario digne d’une tragédie grecque, Nacimento, auteur de l’erreur sur le premier but israélien, tacle le numéro 9 du Beitar. Penalty, but israélien et … but chypriote. Quelques secondes seulement après cette nouvelle erreur de la défense chypriote, l’Omonia se remet directement dans le droit chemin pour faire chavirer tout le GSP en obtenant lui aussi un penalty. La frénésie s’installe et les acteurs regagnent la mi-temps dans cette ambiance aussi bouillante que le scénario de la rencontre.

© sentragoal.gr

© sentragoal.gr

Histoire de retomber un peu sur terre, je décide d’aller me rafraîchir en buvant du Coca. Rien de bien fou, dans le fait de boire une telle boisson, je vous l’accorde, mais notre Coca du jour est un peu spécial. Si l’Omonia est un club de football, il est aussi créateur de boissons. Le club propose ainsi une large gamme de produit à l’effigie du club, allant de l’eau minérale Omonia, à la bière Omonia ou encore au fameux Coca Omonia. En guise de verdict final, ce dernier est très proche de l’original mais possède cette petit touche exotique chypriote qui le rend bien meilleur. Le plein de sucre fait, je pouvais retrouver le théâtre des rêves, en espérer au fond de moi un scénario fou auquel l’Omonia sortirait vainqueur. Un scénario qui semblent être atterri dans les oreilles des joueurs chypriotes.

© Stéphane Meyer / Footballski

© Stéphane Meyer / Footballski

Dès l’engagement de la seconde mi-temps, le club de la capitale chypriote campe littéralement dans la défense israélienne mais, malheureusement, ne semble pas être disposé à cadrer ses frappes et concrétiser ses actions. Et puis, vint la quatre-vingtième minute et Onisiforos Roushias. Formé au Enosis Neon Paralimni et à Middlesbrough, Roushias reprend un centre de volée venant donner l’avantage au club chypriote et faisant complètement craquer le GSP. 10 minutes. Pendant 10 minutes, la totalité du stade reprend en cœur tous les chants possible et imaginable. Pendant 10 minutes, toutes ces personnes n’attendent qu’une chose, voire un autre ballon terminer dans les filets israéliens. Un but qui ne viendra malheureusement jamais et qui aurait envoyé le club au tour suivant. Si l’Europa League n’est plus là pour accompagner nos nuits chypriotes, la chaleur et la passion de ses supporters, eux, resteront à jamais.

LES NOTES FOOTBALLSKI :

Standing du stade (4/5) :

Un stade typique UEFA, assez classique, créé il y a une quinzaine d’année. Les sièges offrent dans n’importe quel endroit du stade une belle vue sur la pelouse. Seul petit inconvénient : qu’une tribune du stade est couverte.

Disponibilité des billets (5/5) :

Pas bien difficile de trouver des billets, ils sont en vente sur le site internet du club et dans leur magasin officiel. De plus, lors des jours de match, les guichets du stade sont ouverts quelques heures avant le début de la rencontre pour les retardataires.

Tarifs (3,5/5) :

Des tarifs un peu plus chers par rapport à d’autres matchs d’Europa Ligue dans d’autres pays. Plusieurs tarifs sont visibles : 2 euros pour les enfants et 15 euros pour un billet normal. C’est malgré tout un prix justifiable au vue de l’importance du match et de l’ambiance attendue.

Ambiance (4,5/5) :

Malgré les quelques tensions remarquées dans l’avant-match, on notera une très belle ambiance, les supporters chypriotes et israéliens ont donné de la voix pendant 90 minutes. Stade rempli, environ 16 000 personnes. On ne s’est pas ennuyé !

Risques (4/5) :

Les tensions de l’avant-match nous laissaient penser à des débordements mais grâce à une présence policière dans et en dehors du stade, nous n’avons remarqué aucun débordement.

Accessibilité & transports (3,5/5) :

Etant un peu éloigné de la ville, impossible de se rendre au stade à pied. Vous pouvez y aller en voiture, en moto… En gros, n’importe quel moyen de transport, sauf à pied. Le stade est très bien visible, il se trouve en face de l’autoroute principale. On passe devant pour entrer à Nicosie. Seul petit bémol, comme il n’y a que deux entrées/sorties possible, il faut attendre au minimum 20 minutes dans les embouteillages pour sortir du stade.

Boissons (4/5) :

Plusieurs buvettes ouvertes tout au long du match où vous pouvez acheter tout type de boissons et des snacks. Avant et après les matchs, des vendeurs ambulants traînent autour du stade.

Quartier environnant (2,5/5) :

Le quartier n’est pas très vivant, le stade se trouve à la périphérie de Nicosie, à côté de l’autoroute principale reliant Nicosie et les autres villes chypriotes. A part ça, quelques maisons à côté mais il n’y a pas d’endroits où marcher ou s’arrêter pour manger dans un resto’ à côté.

Stéphane Meyer


Image à la une : © Stéphane Meyer / Footballski

On a vécu Omonia Nicosie vs.Beitar Jérusalem
5 (100%) 2 votes

A propos de l'auteur

Stephane Meyer

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
FK Rostov à la découverte de la Ligue des Champions dans le flou ?

Dans le Sud de la Russie, à Rostov, on a l'habitude des problèmes au vu de ces dernières années. Mais celui-ci...

Fermer