On a vécu Juventus vs. Olympiakos

Fridhi Ghassen - Publié le 7 novembre 2014

Si l’Olympiakos ne connaissait pas le concept d’ascenseur émotionnel, après la soirée de mardi, c’est désormais chose faite !

Nous décollons ce lundi soir à destination de Turin. Après quelques soucis avec notre vol, nous arrivons en fin de soirée dans une ville endormie et plongée dans un léger brouillard. Rien ne présage que le lendemain se jouera une rencontre de Ligue des Champions. A vrai dire cette rencontre ne suscite que très peu d’émoi et d’enthousiasme chez les supporters de la Juventus. Au contraire, du côté de leurs adversaires grecs l’attente est énorme et le désir d’en découdre avec les Bianconeri atteint un seuil indescriptible ! En effet, pour le peuple rouge et blanc ce match est teinté d’une touche historique fort spéciale. C’est face à la Juve que l’Olympiakos a concédé sa plus lourde défaite en Europe. En 2003-2004 en Ligue des Champions la Juventus s’imposait à domicile 7-0. Cet épisode reste gravé comme un souvenir douloureux dans la mémoire de n’importe quel supporter de l’Olympiakos. Mais c’est aussi face à la Juventus que l’Olympiakos a remporté une de ses plus belles victoires. Lors de la défunte Coupe UEFA, en 1999-2000, l’équipe du Pirée remportait ce match 1-2 à Turin avec un but dans les dernières minutes. Cette victoire est restée célèbre et  a même été immortalisée dans un chant qui est très souvent repris par la Gate 7!

C’est donc des milliers de supporters grecs qui sont attendus ce mardi dans la principale ville du Piémont. A notre réveil, le ciel est sombre et une pluie diluvienne s’abat sur le peu de passants que nous apercevons en ce début de journée. La pluie ne s’arrêtera pas une minute en ce jour de match et redoublera même d’intensité. Au fil de la journée, nous rencontrons plusieurs groupes de supporters grecs venant de partout en Grèce et en Europe. Cependant aucun regroupement n’aura lieu et l’atmosphère restera fort calme à cause des mauvaises conditions climatiques. En discutant dans les cafés de Turin avec certains supporters, la majorité nous confie qu’un nul serait un bel exploit et peu d’entre eux voient leur équipe l’emporter ce soir. Au fil de la journée, les rues se remplissent, certains supporters sont arrivés en avion via Milan le matin et arrivent petit à petit. D’autres sont venus de Grèce en bus en prenant le bateau. Les très nombreux supporters vivant en Allemagne arrivent par vans, bus et voitures. Les clubs de l’Olympiakos de Londres, Bruxelles, Stockholm sont également présents. On rencontre même deux supporters venant de Philadelphie !  Personne ne veut rater cet événement historique, ce match pas comme les autres !

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Le lieu de rendez-vous est fixé dans un parc se situant le long du Pô. Cependant il y a une certaine confusion concernant l’heure exacte. Vers 16h30 on y croise déjà des dizaines de fans bravant le froid et la pluie et bien surveillés par des dizaines de bus remplis de Carabinieri ! En parcourant les rues aux alentours on observe plusieurs policiers en civil postés à des endroits stratégiques. Les Ultras grecs sont donc attendus comme il se doit ! Par contre, durant toute la journée aucun supporter de la Juve n’est aperçu et aucun rassemblement n’a été organisé par les Bianconeri. On attendait peut-être un peu mieux de la part des Drughiou des Vikings (Groupes ultras de la Juve). Durant toute la journée les supporters de l’Olympiakos sympathiseront avec les nombreux fans de Torino et pourront compter sur le soutien des tifosi du Toro. Plusieurs Grecs achèteront des écharpes et casquettes de Torino afin de provoquer les fans de la Vieille Dame comme il se doit !

Vers 17h les bus censés amener les Grecs au stade sont tous là au lieu de rendez-vous et leur nombre est impressionnant. Ça promet pour ce soir ! Les Grecs sont présent en grand nombre sur le lieu de rendez-vous et la pluie redouble d’intensité, tout le monde est trempé et a les pieds recouverts de boue ! Les bus se remplissent petit à petit mais une fois les fans à bord, 45 minutes passent et les bus ne démarrent toujours pas ! La nervosité monte et des chants sont entonnés. Il fait déjà noir sur Turin et après plus d’une heure d’attente, debout et entassés dans les bus, le départ est enfin donné. Sur la route, les chants s’élèvent de plus en plus forts et les passants croisés regardent avec étonnement ces hordes de supporters déchaînés qui frappent sur les vitres et chantent à s’en tuer la voix. Plusieurs supporters de la Juve provoquent les Grecs ce qui ne fait qu’énerver un peu plus les fans de l’Olympiakos  qui s’en donnent à cœur joie pour les insulter comme il se doit ! Trente minutes de trajet plus tard, tout le monde peut enfin descendre ! Arrivés devant l’impressionnant stade de la Juventus, les portes ne sont pas encore ouvertes. Des fumigènes sont allumés, les tambours résonnent et les chants sont repris par les Ultras grecs. Une fois l’entrée autorisée, les contrôles de sécurité se feront longs. En effet, tout est vérifié et contrôlé : cartes d’identité, sacs, vestes, etc… Par contre, les mégaphones et les tambours seront interdits ce qui provoquera un certain énervement chez les Ultras.

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Une fois dans le stade, chacun installe le panneau de son club respectif (“Syndesmos” en grec). Plus de 2000 Grecs remplissent le parcage et on peut dire que ça a de l’allure ! Les Italiens ne sont pas encore là, mais les chants se font déjà entendre par la Gate7 ! Les tifosi de la Juve arrivent à leur tour et sont impressionnés par la puissance des chants grecs. Beaucoup d’entre eux sortent leurs smartphones et leurs appareils photos pour immortaliser l’instant ! A trente minutes du coup d’envoi on n’entend que les Grecs ! Ils se montreront encore plus bruyants lorsque dans la tribune voisine deux supporters italiens sortent respectivement un drapeau albanais et une écharpe du Panathinaikos. Mais vous vous doutez bien que les supporters de l’Olympiakos ont des réponses adaptées à ces provocations ! Des projectiles sont lancés vers les petits malins, des chants anti-Pana sont entonnés, des drapeaux serbes sont déployés et des chants nationalistes contre les Albanais sont repris par une partie de la tribune. Les stewards italiens feront bien leur travail en confisquant le drapeau albanais et l’écharpe verte car la tension montait du côté des fans grecs.

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Le match va commencer dans quelques minutes, l’hymne de la Ligue des Champions résonne et dans le virage opposé les Ultras bianconeri allument quelques fumigènes. Les 2000 Grecs en ce début de match imposent leur voix face aux 38000 Italiens ! Mais au niveau du jeu, c’est bien la Juve qui domine outrageusement les vingt premières minutes ! Et très logiquement, Pirlo transforme à la 21ème minute un merveilleux coup-franc. Mais la réponse grecque ne se fera pas attendre car sur un corner donné magnifiquement par Chori Dominguez, le défenseur central Botia trompe Buffon d’une splendide tête croisée ! À ce moment le parcage grec explose ! Botia court vers les supporters rouge et blanc, une véritable vague humaine descend vers le bas de la tribune ! Plein de supporters surexcités commencent à frapper contre les plexiglas les séparant des Italiens. C’est la folie totale, personne ne s’attendait à un but à ce moment-là du match ! La puissance des chants est impressionnante et la folie continuera jusqu’à la mi-temps ! Durant les vingt minutes restantes, on n’entendra pas du tout le virage opposé, les Ultras grecs font tomber les t-shirts ! Malgré le froid et les trombes d’eaux qui s’abattent sur la pelouse du Juventus Stadium, dans la tribune grecque il fait vraiment chaud ! De plus le parcage est bien enfumé par tous les joints allumés et l’odeur de l’herbe se fait sentir ! La mi-temps est sifflée et même dominé l’Olympiakos propose une belle résistance. Les supporters rouge et blanc sont bien plus sereins qu’avant le début du match.

A la reprise, les minutes passent et tout le monde dans le parcage aimerait que le match s’arrête là ! Un nul conviendrait tellement et serait considéré comme une victoire ! Les chants n’en finissent pas, les Italiens regardent plus la tribune grecque que le match ! A la 61ème minute, le milieu grec Maniatis adresse un centre et sur une tête de N’Dinga l’Olympiakos mène alors 1-2 ! Le rêve, le nirvana ! Personne n’aurait pu penser qu’un tel scénario puisse se dérouler ! Les fans grecs s’envolent, tout le monde est dans un état second, cette folie est totalement indescriptible ! Pendant presque deux minutes, les Ultras balancent plein de verres en carton sur les tribunes voisines, certains Italiens répliquent en lançant eux aussi des verres. Des briquets et d’autres projectiles volent de tous côtés ! La police arrive alors à côté des stewards et ordonnent aux Grecs de se calmer ! Les leaders des Ultras qui se chargeaient de l’animation de la tribune demandent en souriant à leurs frères de se calmer.

Cependant la joie sera de courte durée. A la 65ème minute, la tribune grecque se calmera quand un but gag permettra à la Juve de revenir à 2-2 ! Llorente qui venait de rentrer, reprend de la tête un long centre , la balle touche le poteau et ensuite le pied de Roberto pour enfin terminer aux fonds des filets. Les supporters grecs sont dépités, surtout que c’est le second but gag qu’ils encaissent après celui de Malmö (2-0 lors de la seconde journée). Mais le choc sera encore plus dur une minute plus tard quand le prodige français Pogba inscrit le but du 3-2 à la 66ème. A ce moment du match, la confiance et la joie changent de camp. Tous les supporters italiens sont debout et l’ensemble du stade chante. Pour la première fois on n’entend pas les supporters de l’Olympiakos. Le calme règne alors dans le parcage. A la 80ème, les Grecs recommencent à donner de la voix. Leur équipe est dominée et ils savent que dans les dix dernières minutes ils doivent plus que jamais être derrière leur équipe. Cependant malgré le soutien de son public, l’Olympiakos concède un pénalty quelque peu stupide à la dernière minute du temps réglementaire. Si la Juve le marque elle passe alors à la seconde place du groupe, ce qui serait tragique pour l’équipe grecque. Vidal pose la balle, recule et lance sa course, mais c’est sans compter sur “San Roberto” qui dévie la balle sur la transversale ! Le portier espagnol a une nouvelle fois réalisé un miracle ! Il reste quatre minutes de jeu, et toute une tribune espère un exploit. Il ne se passera plus rien et l’arbitre siffle la fin du match.

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Les fans grecs certes dépités peuvent toutefois se consoler car leur équipe, leur légende (Thrylos) est toujours placée à la seconde position de ce groupe A. La tristesse et la déception se lisent sur les visages mais la fierté est tout de même présente. En effet tous les supporters sont fiers de leurs joueurs qui ont réussi à faire trembler un grand d’Europe ! Et tout le monde sait que la victoire 1-0 en Grèce pourrait peut-être s’avouer décisive dans la qualification pour les huitièmes de finale. Les supporters grecs sont à ce moment bloqués dans le stade pendant des dizaines de minutes. Après une longue attente, ils peuvent enfin sortir et rejoindre les bus. Une fois revenus au lieu de rendez-vous initial, chacun repart calmement dans la pluie et le froid de Turin. Aucun contact avec des supporters et Ultras italiens n’aura lieu après le match.

Il reste encore deux matchs dans ce groupe A. Rien n’est fait, la route est encore longue. Les Grecs peuvent repartir de Turin la tête haute, ils ont peut-être perdu la rencontre sur le terrain, mais dans les tribunes à 2000 contre 38000, la victoire est bel et bien rouge et blanche ! Les Ultras du Pirée n’ont pas failli à leur réputation. On peut déplorer la pathétique prestation des supporters Bianconeri qui se sont présentés comme un public de spectateurs plutôt que comme de vrais Ultras contrairement à ce qu’on peut voir ailleurs en Italie !

Rendez-vous le 26 novembre à Madrid face à l’Atlético !

Forza Olympiakos !

 

Fridhi Ghassen

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