On a (re)discuté avec Damien Roussel, supporter Lyonnais qui a gouté au football russe

Robin Bjalon
Robin Bjalon - Publié le 31 octobre 2015

Damien Roussel nous avait déjà accordé un entretien l’an passé après l’élimination de son club préféré, l’Olympique Lyonnais, en Ligue Europa face à l’équipe roumaine de l’Astra Giurgiu, et il a gentiment accepté de nous refaire partager sa passion à la suite de son voyage en Russie au cours duquel il a assisté au bouillant derby entre le Spartak et le Lokomotiv (Voir aussi: On a vécu Spartak Moscou vs. Lokomotiv Moscou), au match de Ligue des Champions entre le Zenit et l’Olympique Lyonnais (Voir aussi : On a vécu Zenit Saint-Pétersbourg vs. Olympique Lyonnais) avec les Hex@gones, groupe de supporters dont il est le président depuis mai 2014, et enfin à Lokomotiv-Besiktas en Ligue Europa. Une très belle expérience qu’il nous fait partager avec ses mots. On parle football russe, rencontres, voyages. Entretien.

Tout d’abord, explique-nous le déroulé de ta semaine en Russie.

En fait, j’ai fait quatre matchs. Vu que le match de l’OL à Monaco était programmé le vendredi soir, j’ai pris le TGV pour Nice dans la journée du vendredi où j’ai ensuite dormi sur place. Mon calendrier était fixé par le match du dimanche, le derby entre le Spartak et le Lokomotiv, et vu que le coup d’envoi était prévu à 13h30, je ne pouvais pas arriver dans la matinée. J’ai donc pris l’avion de Nice, où de nombreux Russes vivent, le samedi dans la journée. Je me suis donc installé tranquillement et le dimanche, j’ai retrouvé mon ami Evgeni, supporter du Lokomotiv, qui m’a invité pour ce match là.

Comment l’as-tu rencontré ?

Il y a quatre ans et demi, j’ai fait mon premier voyage en Russie lors d’un déplacement des féminines de l’OL en Ligue des Champions face au Zvezda de Perm, dans l’Oural. C’est d’ailleurs lors de ce voyage que j’ai rencontré ma compagne actuelle. Dans le train du retour entre Perm et Moscou, avec mes amis, on a rencontré un groupe de jeunes hommes. Ayant des billets en 3e classe, on était entassés à 50 dans un même wagon, ça faisait vraiment dortoir. Et vu que le trajet était long jusqu’à Moscou (25 heures), il fallait bien tuer le temps. Donc on a commencé à parler à ces jeunes, on a joué aux cartes et bu un peu de vodka. Et après quelques échanges dans un anglais approximatif, on a compris qu’ils étaient allés au match Amkar Perm-Lokomotiv le samedi dans la journée et qu’ils rentraient sur Moscou. Là, on leur explique pourquoi nous étions dans le train. Forcément, ça les a surpris, et au final on a décidé d’échanger nos coordonnées. Ce voyage a donc été fondateur pour moi puisque j’ai rencontré ce fameux Evgeni, un bon ami maintenant, et ma compagne qui habite maintenant avec moi en France.

© Damien Roussel

Damien et Evgeni lors de Spartak vs. Lokomotiv |© Damien Roussel

Et donc vous avez gardé contact ?

Oui, il est même venu en France. Donc, sachant que l’OL jouait le mardi soir face au Zenit et qu’à chaque fois qu’on se voyait il me tannait pour que je vienne à un match du Lokomotiv, je me suis dit pourquoi ne pas enchaîner plusieurs matchs. Ca collait bien niveau date en plus parce que j’avais des jours de congés à rattraper au boulot, donc c’était parfait. Qui plus est, le match du dimanche était le derby moscovite, donc je me suis dit que c’était une bonne idée pour trouver de la grosse ambiance, surtout que le Spartak joue maintenant dans son tout nouveau stade, l’Otkrytie Arena. Et vu que le Lokomotiv jouait en Ligue Europa le jeudi soir, j’ai fait les trois matchs en à peine cinq jours !

C’était la première fois que tu venais voir des matchs en Russie?

Non, hormis le match entre l’équipe féminine de l’OL et Perm, j’étais allé à Kazan en 2011 pour le match de l’OL en barrages de la Ligue des Champions. Malheureusement, vu la période, je n’avais pas pu voir de matchs du championnat russe. Puis en 2012, je suis retourné en Russie pour un autre match des féminines, mais à Moscou cette fois-ci. Et j’étais aussi retourné en Russie en juillet 2014, mais c’était une semaine avant la reprise du championnat, donc c’était un peu une frustration de n’avoir pas encore eu la possibilité d’aller à un match de championnat.

Tiens, d’ailleurs j’ai une autre anecdote à te raconter, très révélatrice de mes voyages en Russie et de la passion que j’ai développé pour ce pays. En gros, quand j’étais à Perm avec les féminines, j’avais rencontré un jeune qui travaillait pour une agence de voyage moscovite et il s’occupait d’organiser les packages touristiques pour les clubs étrangers qui venaient jouer en Russie. Il m’avait pris en photo avec Aulas. Et six mois après, je me retrouve à Kazan, donc. Et ce même mec vient me voir, et me dit : « On s’est déjà vu, on se connait. » Je lui dis : « Non ce n’est pas possible, j’habite en France. » Et là il insiste et m’explique comment on s’était rencontré.

Il me dit qu’il gère le déplacement de l’OL à Kazan. Le lendemain, je prenais un avion pour Moscou parce que j’étais censé y retrouver des amis. Evidemment à l’aéroport, je me retrouve encore avec ce mec dans la queue ! On sympathise un peu plus, et une fois arrivés à Moscou, il me propose de prendre le taxi ensemble. De fil en aiguille, je lui explique que je n’ai pas encore de chambre d’hôtel, et là il m’invite chez lui. Au final, j’ai dormi chez lui. C’est dingue quand même ! Je dormais chez des inconnus ! Le père m’avait préparé un repas comme si j’étais un invité de marque ! Et le lendemain, je devais rentrer en France. Et leur appartement se situait en grande banlieue de Moscou, c’est-à-dire que pour aller à l’aéroport il fallait prendre plusieurs trains. Et ces gens-là, que je connaissais à peine du coup, m’ont raccompagné quasiment jusqu’à l’aéroport. Ça, c’est vraiment l’hospitalité russe pour moi : on peut croire qu’ils sont froids au premier abord, mais en les connaissant un peu, ils sont adorables.

© Damien Roussel

© Damien Roussel

Tout à fait. Revenons aux matchs auxquels tu as assisté, qu’est-ce qui t’a le plus marqué?

Je ne sais pas si c’est quelque chose qui m’a marqué, mais j’ai trouvé l’organisation pour rentrer dans le stade du Lokomotiv assez galère. Donc en gros, t’as une première entrée générale avec vérification du ticket et une fouille très sommaire. Sauf qu’après ça, et je m’y attendais pas, ils nous ont refouillés. Et là, ce n’était pas juste fouille au corps, mais passage dans un portique détecteur de métaux comme dans les aéroports, et ils vérifiaient tous les sacs à dos. T’imagine l’énorme file d’attente. On a mis presque un quart d’heure pour passer et du coup on a raté le début du match face au Beșiktaș. Pour le coup, ça n’existe pas en France. En tribune visiteurs, dans les stades français, il y a en général deux fouilles : un premier contrôle des billets avec fouille par les stadiers, puis la fouille bien au corps par les CRS avec quelques fois le gros chien qui renifle si t’as pas des fumigènes ou de la drogue. Mais là, c’était assez impressionnant.

C’était pareil au Zenit?

Non, mais nouvelle galère mardi soir. A cause du chauffeur de taxi, on a un peu galéré et du coup je suis arrivé après  mon groupe de supporters, les Hex@gones. Eux avaient pu rentrer les bâches et tous les signes officiels du club. Sauf que je me suis retrouvé tout seul, une fois ma copine passée parce qu’ils ne l’ont pas fouillée. Avec un peu de chance et après avoir tenté de leur expliquer que j’étais du même groupe que les supporters lyonnais qui étaient déjà à l’intérieur, ils m’ont laissé passer. Mais du coup, j’ai raté les six premières minutes, et donc le but de Dzyuba.

Et au Spartak ?

Pour le derby, fallait voir le dispositif : la station de métro t’amène à 150m du stade, mais vu que j’étais avec les supporters visiteurs, on a été dévié de plus de 700m, barricadés entre des barrières, pour nous éloigner puis nous ramener au stade à notre bloc visiteur. C’était assez surréaliste. D’ailleurs, après le match, comme au Lokomotiv, ils font de la rétention par bloc, c’est-à-dire qu’il faisait sortir bloc par bloc tout le stade ! Des spectateurs dans les tribunes latérales sont donc sortis près de quarante minutes après le match ! Ça m’a vraiment marqué…

© Damien Roussel

© Damien Roussel

Niveau ambiance, qu’est-ce que t’as pensé de ces trois différents stades ?

Alors, je vais être honnête avec toi : j’ai été assez déçu par l’ambiance au Petrovsky. Je venais du derby moscovite avant, et ça n’a pas arrêté niveau gestuelle et chants pendant tout le match, que ce soit du côté des supporters du Spartak comme de ceux du Loko. Après, c’est vrai que c’était le derby, donc c’est sans doute l’une des meilleures ambiances de l’année, mais quand même. Il y a eu deux tifos exceptionnels, des craquages de fumigènes, alors que mardi soir, au Petrovsky il y eu beaucoup de blancs. C’était un peu mieux en deuxième mi-temps, mais assez décevant dans l’ensemble. En ce qui concerne le match de Ligue Europa entre le Loko et le Besiktas, j’avais pris un billet exprès en latérale pour pouvoir regarder d’un côté les supporters du Loko, et de l’autre ceux du Beșiktaș. Je n’ai pas été déçu : il y a vraiment eu une bonne ambiance, mais un ton en-dessous quand même par rapport au derby.

© Damien Roussel

© Damien Roussel

Et niveau foot, qu’as-tu pensé de ces trois équipes qui jouent le podium en Russian Premier League ?

Je vais te dire une chose : j’arrive maintenant à avoir une meilleure appréciation du niveau du championnat russe grâce aux compte-rendus sur Footballski (tous les mercredis), ainsi que grâce aux matchs maintenant diffusés sur L’Equipe 21. Le Loko joue bien cette année alors que l’an passé il faisait un peu le yo-yo. Le Spartak, c’est pas mal non plus, mais le Zenit reste quand même un cran au-dessus. J’aimerai d’ailleurs ajouter que, selon moi, une grosse erreur a été faite par les médias français à l’issu du tirage au sort. Certains ont dit : « Attention à Hulk au Zenit » , d’autres : « Oui, mais bon, c’est le championnat russe, c’est un championnat en carton. » D’ailleurs, quand Valbuena est parti en Russie, pour beaucoup c’était comme s’il était parti au Qatar. Bien sûr que l’aspect financier était important, mais l’aspect sportif n’était pas négligé pour autant. Il y a beaucoup de suffisance envers le football russe, même du mépris. Il y a juste à regarder l’indice UEFA, la Russie et le Portugal ne sont pas loin de nous ! Il faut arrêter de se voir au niveau de l’Espagne, de l’Angleterre ou encore de l’Italie et de l’Allemagne. Quelques fois, on me dit : « Ah ! J’ai regardé un match du championnat russe, ça joue pas mal en fait. » Mais les gens s’attendent à quoi ? Que ça soit niveau CFA ?!

C’est sans doute lié au manque de médiatisation du football russe à l’étranger ?

Oui, tout à fait, ce qui est dommageable quand on voit certaines de leurs équipes.

Tu n’as donc pas été surpris de voir un Zenit dominateur mardi soir ?

Pas du tout. Bon, en plus on (l’Olympique Lyonnais) joue mal en ce moment. On est fébrile, il y a beaucoup de blessés, la mayonnaise avec les nouveaux joueurs ne prend pas, ça fait beaucoup. Si on avait voulu rivaliser avec le Zenit, il aurait fallu être au même niveau que l’an passé quand on a fini deuxième. La défaite est donc logique, le Zenit est au-dessus. Ils vont se qualifier avec Valence je pense. Je ne l’espère pas mais la logique voudrait ça. Il y a huit ans, on avait réussi à se qualifier après avoir perdu nos trois premiers matchs, donc faut toujours y croire, mais là ça me paraît très compliqué. Ça va peut-être paraître égoïste, mais si on fait éliminer de la Ligue des Champions et qu’on est reversé en Ligue Europa, on va encore pouvoir faire des déplacements, et potentiellement dans des lieux exotiques, plutôt que retourner à Madrid pour la cinquième fois…

C’est vrai que ça paraît mal engagé. Et s’il y avait un joueur à ressortir de tes trois matchs, ce serait lequel ?

Hulk, bien évidemment. Mais pour être honnête avec toi, j’ai plus passé mon temps à regarder les tribunes, surtout pendant mes deux matchs à Moscou. Ce sont vraiment des ambiances qui m’ont marqué. Il y a eu les buts, c’est sûr, mais le spectacle était vraiment en tribune.

© Damien Roussel

© Damien Roussel

Du coup, ça t’a donné envie de revenir bientôt pour voir des matchs ?

Bien sûr. Après le problème, c’est le visa. Payer 150 euros, ça fait cher. Autant on peut trouver des vols avec escales pas si chers, autant le prix du visa est excessif. Mais bon, je vais peut-être aller fêter le Nouvel an et le Noël russe à Perm dans la famille de ma compagne, mais ça ne serait pas pour aller à des matchs de foot. Après, si le tirage au sort de l’Europa League nous renvoie en Russie en mars, je ne dirai pas non. On rêve avec Evgeni d’un Lokomotiv-OL.

Enfin, pour finir, nous vous proposons de plonger dans le périple russe de Damien à travers cette vidéo :

Robin Bjalon


Merci à Damien pour sa disponibilité et sa gentillesse. Espérons pour lui qu’il puisse prendre part encore à de nombreux déplacements pour supporter son club préféré. 

Photo à la une : © Damien Roussel

On a (re)discuté avec Damien Roussel, supporter Lyonnais qui a gouté au football russe
5 (100%) 10 votes

A propos de l'auteur

Robin Bjalon

Robin Bjalon

Etudiant en Histoire et Russe à l'Université d'Etat de Saint-Pétersbourg. Du froid, de l'ambiance, des passes manquées, des histoires, voila ce que j'aime !

pays de l'auteur footballski

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
Le Zalgiris Vilnius champion d’une A Lyga décimée

Hier, le FK Trakai, surprenant deuxième de A Lyga, le championnat lituanien, s'est imposé 3-0 face au Klaipedos Granitas à...

Fermer