On a discuté avec Mitchell Donald, capitaine de l’Etoile Rouge de Belgrade

Lazar Van Parijs
Lazar Van Parijs - Publié le 10 mars 2018

Mitchell Donald, premier capitaine étranger de l’Étoile Rouge de Belgrade notamment passé par l’Ajax d’Amsterdam et Mordovia, nous a accordé quelques mots. L’occasion de mieux connaître celui qui vient de battre le record de matchs pour un étranger avec Zvezda.

Salut Mitch, comment vas-tu ? Où es-tu en ce moment ? Qu’est-ce que tu peux nous dire sur le début de la saison ?

Ça va très bien, merci. On fait une excellente première partie de saison en jouant tous les trois jours. En Coupe d’Europe, on fait un parcours historique en étant la première équipe à passer tous les tours qualificatifs et à se qualifier pour la phase à élimination directe. En championnat, on est loin devant le Partizan et toujours qualifiés en coupe. J’étais à New-York avec ma famille pour les fêtes, c’était sympa.

Cette saison, tu es devenu le premier capitaine étranger de Zvezda, est-ce que tu peux nous en dire plus ?

C’est super ! C’est un grand honneur ! Spécialement dans un pays comme la Serbie ! C’est la première fois qu’un joueur étranger devient capitaine. Je suis honoré ! Etre capitaine ne change pas grand-chose pour moi. Je garde mes habitudes, ne pas me prendre la tête, continuer à faire des blagues en dehors du terrain, être la même personne est important !

Est-ce que tu parles serbe ?

Je comprends un peu, je comprends ce que les gens disent mais j’ai du mal à rejoindre une discussion ; je peux m’exprimer pour ce qui est de la base mais lorsqu’il s’agit d’une discussion sérieuse, je m’exprime en anglais. Tout le monde parle anglais, même les plus jeunes de l’équipe.

Je ne suis plus tout jeune, je sais ce que c’est que d’être capitaine. Tu es un lien entre le coach et l’équipe, tu parles finance, si l’équipe a besoin de quelque chose. Je dois montrer l’exemple pas que dans le vestiaire mais aussi sur le terrain.

Cela nous amène à une autre question liée à l’interview de Mamadou Mbodj, que nous avons faite voila quelques temps. Il a loué tes qualités. Tu étais son grand frère. Prendre de jeunes joueurs sous ton aile, c’est naturel ?

C’est une question de personnalité. Je suis une personne facile, sociable. Je peux facilement communiquer avec les gens. Mamadou est vraiment mon petit frère. C’est une bonne personne et un bon footballeur. Il a été dans une situation compliquée à Zvezda, mais on a une bonne connexion. C’est mon « petit chat du dimanche. » Je l’ai pris sous mon aile. On ne peut pas rester à la maison, juste à regarder la télévision, à attendre le prochain match. Il faut aussi un peu s’amuser. Je ne dis pas qu’il faut faire des choses que tu ne veux pas mais il faut savoir où l’on est, connaitre ce qu’il y a à connaitre dans le coin. A Belgrade on a de la chance, il y a beaucoup de restaurants.

Comment s’est passé ton passage de Mordovia à Zvezda ?

On était venu à Belgrade en camp d’entrainement pendant un mois avec Mordovia, donc quand ils m’ont contacté, je connaissais déjà la ville. Je savais que c’est une belle ville, qu’il y a des espaces verts. J’ai ma famille, donc c’est important de trouver une ville avec une bonne infrastructure : des hôpitaux, des  écoles, des rues sûres. Belgrade est une ville très agréable à vivre. Tout le monde parle anglais, c’est pratique. Alors que plusieurs joueurs ont bougé de Russie à Zvezda, je ne pensais pas en faire partie. J’ai perdu beaucoup d’argent quand j’ai fait le transfert mais ça valait le coup. J’ai de bon coéquipiers, je suis devenu capitaine, on joue la coupe d’Europe. Plein de bonnes choses sont arrivées depuis que je suis à Zvezda. C’est peut-être mon meilleur transfert.

Quand tu as quitté l’Ajax, est-ce que tu pensais que tu jouerais à nouveau l’ Europe ?

J’y ai toujours cru en tout cas. C’était dur pour moi de quitter l’Ajax. J’y ai joué 13 ans. Ensuite je suis parti à Roda. Je n’étais plus protégé, c’était un nouveau club, tout était différent. On recommence tout à zéro. Alors oui, on peut viser de jouer au minimum l’Europa League quand on est en centre de formation mais ensuite il y a la réalité du terrain et faut s’adapter. Il faut se montrer sur le terrain. J’ai joué presque 100 matchs là-bas. Puis la Russie. Là-bas j’ai eu une offre d’Angleterre, un club de Championship qui est aujourd’hui en Premier League mais c’était pas très attractif à l’époque donc je suis venu à Zvezda. Je ne me plains pas, la vie suit son cours. On verra où est-ce que le futur m’amènera.

Est-ce que tu as eu des problèmes de racisme ?

J’ai connu une fois un souci. A Belgrade, jamais rien, en tout cas directement. En Russie, une fois, un coéquipier a fait une remarque vraiment inappropriée. Je lui ai dit que c’était la première et la dernière fois qu’il me disait ça. Il a compris et s’est excusé, on est passé à autre chose. Si quelqu’un s’excuse, ça va, on passe à autre chose, ça sert à rien de rester énervé et de lui en vouloir. Il faut être tolérant.

L’ Ajax et Zvezda sont deux clubs similaires: des clubs historiques, parmi les plus titrés de leur pays, ils ont des écoles de formation reconnues et jouent en rouge et blanc… Est-ce que tu as trouvé d’autres similitudes ?

Ce sont tous les deux les meilleurs clubs de leur pays. C’est le plus évident pour moi. Quand on parle de tactique, l’Ajax est vraiment à part. Du premier jour à l’équipe première, tout le monde joue de la même façon. Nous les joueurs, devons-nous adapter à ce plan de jeu. On n’a pas ça à Zvezda.

Tu as connu deux entraîneurs à Zvezda, est ce que tu peux nous en dire plus sur leur façon d’entraîner ?

Ils sont tous les deux fantastiques. J’aime beaucoup travailler avec les deux. Ils sont très différents dans leur façon de diriger l’équipe. Avec Grof, on est devenu champion, on a fait le record de 24 victoires de suite, et avec notre entraîneur maintenant, on a atteint la phase à élimination directe de l’ Europa League. Je suis content.

Ca te manque pas trop les vendredis et lundis reposés avec Grof ? 

(rire) Ah… on peut plus faire ça en jouant l’ Europe et donc tous les trois jours. Tu sais ce qu’on dit… « If you want to play, you need to work hard. »

© Marko Metlas

Quel est ton meilleur souvenir dans le foot ?

Premièrement mes débuts. C’était quelque chose de grand. Je dirais aussi la fois où on est devenus champions, quand on a atteint l’ Europa League après Krasnodar et enfin le premier match que j’ai joué avec le brassard de capitaine. Ce sont des matchs, des moments qu’on oublie pas ! C’est toujours chargé en émotions.

Qui est le coéquipier qui t’a le plus impressionné ?

Je dirais Jaap Stam. Pas vraiment à cause de sa technique mais plutôt à cause de son caractère. C’est une des choses qui m’a le plus impressionné, c’était un très grand professionnel. Très sérieux. Il m’a pris à l’époque sous son aile, il m’a aidé et il cherchait toujours à s’améliorer, il pensait foot tout le temps. Toujours la même question « comment est-ce que je peux devenir meilleur ? » Cette remise en question permanente m’a permise de devenir le joueur que je suis aujourd’hui.

As-tu lu le livre de Simon Kuper « Ajax, The Dutch, The War: Football in Europe During the Second World War » ? Est-ce que tu es quelqu’un qui ne peut s’empêcher de penser football tout le temps ?

Je n’ai pas lu son livre, mais j’aime bien regarder d’autres matchs, lire sur le football en général. Découvrir de nouvelles idées.

Comment vois-tu les Oranje de là où tu es ?

Je pense que j’ai le niveau pour y jouer mais il y a aussi beaucoup de très bons joueurs qui peuvent y postuler. C’est facile de parler mais une fois qu’on est sur le terrain, c’est plus compliqué. Je ne suis pas en contact avec le staff des Oranje.

On a vu dans le passé des étrangers obtenir le passeport serbe (Evandro, Cléo), est ce que c’est quelque chose qui pourrait t’intéresser ? 

Ce n’est pas à moi de le dire, ce n’est pas quelque chose que j’attends dans un coin de ma tête, ce n’est pas quelque chose que je peux décider. Si ils veulent me le donner, c’est toujours bien.

Avant de signer à Zvezda, est ce que tu as parlé à Marko Pantelić ? Est ce qu’il parle encore néerlandais ?

Non, mais depuis que je joue à Zvezda, je l’ai rencontré quelques fois. On parle en anglais, c’est sympa.

En parlant de signature et de transfert, tu n’as pas d’agent,comment ça se passe?

C´est sur le papier ! Je suis assez grand pour parler en mon propre nom. De plus, pour les contactes, je peux toujours mandater un agent sérieux et ainsi voir quelles sont les possibilitées. Mais je sais ce que je veux alors généralement, c´est très simple et les discussions faciles.

Ton contrat se termine en juin, tu peux nous en dire plus sur les discussions ?

J’ai refusé une proposition du Dinamo Moscou, on discute avec Terzić pour une prolongation mais rien n’est fait pour l’instant.

Tu viens d’ouvrir un business à Belgrade, est ce que tu peux nous en dire plus ?

C’est un café bar où tu peux fumer une chicha. On peut regarder des matchs aussi. C’est une bonne place pour se relaxer. C’est dans le nouveau Belgrade, 1er bloc. Le nom est « D Migos« , ça vient de l’espagnol amigos, les amis et du coup j’ai joué avec mes initiales et ça donne D Migos. Je voulais quelque chose de convivial. J’ai investi car j’ai vu une opportunité commerciale. J’aime bien Belgrade et j’ai pensé à faire ça, c’était gagnant-gagnant. C´est quelque chose que j´ai toujours voulu faire, on commence petit puis il y en aura un plus grand. J’aime cette idée d’un lieu où les gens se rencontrent, échangent, communiquent, partagent.

D’ailleurs en parlant de ça, beaucoup de joueurs fument la chicha, il y a une mode autour de ça, tu en pense quoi ?

Chacun est libre de faire ce qu’il veut, mais une chose est sûre, fumer n’est jamais bon. Beaucoup de très grands joueurs comme Pelé, Maradonna, Cruyff, étaient des fumeurs. Si tu peux faire les deux, c’est bon. Si tu es bon sur le terrain, alors on peut rien te dire mais il faut être bon sur le terrain. Si cela affecte tes performances, alors c’est mieux d’arrêter. Tout le monde est grand, tu dois faire ce qui est le mieux pour toi.

On aime bien terminer les interviews par des questions locales, très simples :

Jordaan ou Savamala ?

Jordaan

Heineken ou Rakija ?

Heineken

Bitterballen ou Ćevapci ?

Ćevapci

Lazar Van Parijs / Tous propos recueillis par L.V.P pour Footballski


Image à la Une © mitchelldonald.com

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A propos de l'auteur

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Je me suis réveillé un beau matin à Belgrade à cheval entre Europe de l' Ouest et le bloc soviétique après une nuit sur un Splav à boire de la Rakija. J'ai décidé de prendre le train de nuit suivant, direction Moscou, finir l'aventure devant l' Hotel Ukraina !

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