On a discuté avec Damien Le Tallec à Saransk

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Publié le 18 décembre 2015

Formé au Havre puis à Rennes avant de filer à Dortmund, Damien Le Tallec est un ancien habitué des sélections de jeunes de l’équipe de France. Entre transfert avorté à Chelsea, retards de salaire et replacement en n°6, il nous raconte son parcours particulier depuis l’Est de l’Europe et Saransk, en Russie.

Son départ avorté à Chelsea

« Tout était prêt pour que je puisse partir à Chelsea, mais nous étions en pleine période de scandale suite au départ de Charles N’Zogbia. J’étais déjà à Londres quand le président Louvel m’a appelé et m’a expliqué que c’était impossible. Je pense que c’était lié à ses fonctions au sein de l’UCPF, mais il ne pouvait pas me laisser partir à l’étranger après un tel scandale. Du coup, je suis parti à Rennes qui avait, à l’époque, le meilleur centre de formation de France. »

Nous renvoyer en réserve m’a paru être assez déplacé

« À Rennes, j’ai fait mes preuves jusqu’à m’entraîner avec l’équipe première en compagnie de Yann M’Vila, mais il y a eu un changement d’entraîneur et Guy Lacombe nous a renvoyé tous les deux en réserve. Ça m’a paru être assez déplacé sachant que nous étions les deux meilleurs joueurs du centre de formation et que beaucoup de gens voulaient nous voir apparaître en équipe première. J’avais la chance de jouer chez les jeunes en équipe de France et le Borussia Dortmund m’a donc approché et recruté. »

« En Allemagne, cela s’est plutôt bien passé mais à la fin, l’équipe gagnait tout le temps et l’entraîneur ne changeait plus de composition. Je sentais que j’avais besoin de jouer pour avoir ma place en équipe de France Espoirs, ce qui explique mon départ pour Nantes avec, à l’époque, le projet clair de retourner en Allemagne après ça. À Nantes, le coach était Landry Chauvin qui me connaissait de mon passage à Rennes puisqu’il s’occupait du centre de formation là-bas. Il a été rapidement limogé et je n’ai eu que très peu ma chance. »

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La proposition du Goverla Uzhgorod

« J’attendais donc une offre qui devait arriver d’Allemagne, mais cela traînait et nous étions déjà en août. La seule offre que j’avais, c’était en Ukraine. Je me suis rendu sur place pour visiter les installations : elles étaient dignes d’un petit club amateur français et j’ai décidé de ne pas y aller dans un premier temps. Mais en rentrant à Nantes, Michel Der Zakarian était quasiment surpris de me voir et m’a demandé de faire des tours de terrain et de m’entraîner à l’écart du groupe professionnel. J’ai donc reconsidéré l’offre d’Uzhgorod et j’ai contacté David Odonkor que je connaissais de Dortmund. Il m’a assuré qu’il n’y avait pas de problème de salaire et que tout se passait bien pour lui au Goverla. Ainsi, j’ai signé fin août pour rejoindre l’Ukrainian Premier League. J’ai quitté Uzhgorod à six mois de la fin de mon contrat car il y avait des problèmes financiers et des salaires impayés.  »

Une aventure en Ukraine qui ne s’est pas bien finie car il est actuellement en conflit pour le paiement de ses derniers mois de salaire. L’affaire a été portée devant la FIFA. Il n’a gardé aucun contact là-bas à l’exception du traducteur car tous les étrangers sont partis. Les salaires ne sont d’ailleurs plus payés au club, même pour les jeunes qui y jouent actuellement. Rappelons qu’il a quitté le club au tout début des problèmes dans le pays mais il nous explique que « la politique n’était pas un sujet de division dans le vestiaire, pas un sujet du tout d’ailleurs car nous étions à l’Ouest et donc loin du conflit. Je me rappelle seulement avoir joué un match à Lugansk face au Zorya. La police était présente partout dans la ville et on entendait de temps en temps des bruits ressemblant à des tirs« .

Il ne regrette d’ailleurs pas d’avoir quitté le championnat ukrainien pour le championnat russe qu’il considère comme de bien meilleure qualité. Il nous a d’ailleurs confié qu’il avait des doutes sur la pérennité du championnat ukrainien avec les difficultés financières d’un grand nombre d’équipes (ndlr : le Metallurg Zapozhye a fait faillite, et que donc le Goverla mais aussi le Metalist et le Chernomorets sont en grandes difficultés financières).

Ma priorité reste un club du top 10

« Un de mes anciens coachs en Ukraine avait connaissance de ma situation et il a voulu m’aider à retrouver un club en Russie où il avait pas mal de contacts. Il connaissait donc Yuri Semin qui m’a invité à faire un essai au Mordovia Saransk. Cela s’est très bien passé et j’ai signé au bout de trois jours pour deux ans. »

© soccer.ru

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Damien envisage d’ailleurs son avenir dans le championnat russe, même s’il reconnaît être suivi par Zvezda (comme on vous l’annonçait sur Twitter). « C’est le meilleur championnat à l’Est donc je n’ai pas envie de repartir à l’aventure. Si je dois aller dans un nouveau pays, autant rentrer en France. Il est vrai que l’Étoile Rouge me suit depuis cet été lorsque nous avons fait notre stage à Belgrade et qu’on les a affrontés en match amical, mais ma priorité reste un club du top 10 russe. Ici, les gens me voient jouer, savent comment je joue et ainsi sauront m’utiliser et me faire confiance. Mon agent travaille beaucoup avec l’Italie mais on ne me connaît pas là-bas et je ne veux pas signer pour ne pas jouer« . En tout cas, le match auquel nous avons assisté contre le Terek Grozny était peut-être (sans doute ?) son dernier match sous les couleurs du Mordovia.

Replacé en n°6

En France, le grand public a un peu perdu sa trace et beaucoup de monde pense qu’il est toujours attaquant, comme à ses débuts. Il a d’ailleurs fustigé un célèbre site/quotidien sportif français, habitué des erreurs grossières, qui le décrivait comme attaquant et situait son ancien club du Goverla en Bulgarie. L’occasion pour nous de lui demander comment il s’est retrouvé numéro 6.

« Je me suis retrouvé sur le banc sans raison en Ukraine pour un match de championnat, et après l’heure de jeu le coach est venu me voir et m’a demandé si je pouvais jouer au milieu car il y avait un besoin. J’ai répondu que oui, et qu’il n’y avait aucun problème vu que le principal pour moi est de jouer. Je suis donc rentré, j’ai fait un bon match et dès la rencontre suivante j’étais titulaire devant la défense. » On pourrait préciser, pour l’anecdote, qu’il est toujours attaquant sur les sites de fantasy football russes, mais que jouant milieu de terrain défensif, il ne marque naturellement pas beaucoup. Cela explique son manque d’attractivité dans ces jeux alors qu’il fait régulièrement de bonnes performances sous le maillot mordve.

Le salaire ne tombe pas automatiquement le premier du mois

Nous avons également évoqué d’autres sujets avec lui comme son ancien coach au Mordovia, Yuri Semin, qu’il considère comme un coach talentueux aux méthodes assez strictes. Damien nous a expliqué que, sous son mandat, l’équipe avait pour ordre de fermer le jeu après avoir marqué, ce qui a permis de récolter de nombreux points et a sans doute contribué à la bonne saison du Mordovia. Il nous a raconté notamment que, lors de la confrontation avec le Zenit en décembre par – 15 degrés, Le Tallec avait demandé à ce que tout le monde se regroupe en défense, rendant impossible la tâche du leader par une telle température. Saransk l’avait donc emporté à la surprise générale. Il reconnaît néanmoins qu’il a plus de libertés dans le jeu avec le nouveau coach Gordeev, qui est moins conservateur.

Yuri Semin, lui, est parti à Anzhi pensant qu’il y aurait plus de possibilités financières après la réduction de budget au Mordovia. Chose qui n’arriva pas et il a déjà été licencié du club du Dagestan. Une réduction de budget qui a aussi affecté les ambitions du club et a contribué à affaiblir l’effectif mais qui, pour le moment, ne pose pas de difficulté au niveau salarial. « On est, pour le moment, toujours payé, avec un retard de deux mois mais cela tombe régulièrement. Il faut savoir qu’ici, ce n’est pas comme en France. Le salaire ne tombe pas automatiquement le premier du mois comme prévu dans le contrat« , nous a-t-il précisé.

© RIA Novosti

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Les francophones se regroupent

Enfin, il nous a confirmé qu’il passait le plus clair de son temps avec les autres francophones de Saransk (Yannick Djaló, ancien de Toulouse, qui était avec nous lors de l’interview, ainsi que Thomas Phibel) car il est normal, à l’étranger, de nouer plus facilement des contacts avec les autres étrangers du club. Et même avec les joueurs francophones des autres équipes. Damien Le Tallec nous a confirmé avoir discuté avec Yohan Mollo après son match contre le Krylya Sovetov mais aussi Christopher Samba ou William Vainqueur. Il nous a confié que Mathieu Valbuena ne lui avait pas adressé la parole, ce qu’il regrette de la part d’un international français, comparant cela à l’attitude de Hulk, international brésilien, qui, lui, avait appelé Danilo (alors au Mordovia) pour lui proposer son aide et l’inviter chez lui, à Saint-Pétersbourg, alors qu’il ne le connaissait pas auparavant.

Enfin, il nous a dit que son frère était très bien en Grèce et que c’était d’ailleurs mieux pour sa famille que les deux frères soient loin de France et loin des yeux de la presse française. Peut-être une prochaine interview ?

En tout cas, je souhaite remercier Damien pour l’accueil à Saransk et lui souhaiter de bonnes vacances hivernales, ainsi que le meilleur pour la suite de sa carrière.


Image en une : © stolitsa-s.su

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A propos de l'auteur

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Amoureux de la Russie et de l'Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l'Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J'essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d'ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,...) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

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