Il y a quelque temps, nous étions au Kosovo pour le derby de Gjilan. Nous en avions profité pour rencontrer le compte twitter @FootballKosovar, avec lequel nous avions pu échanger autour de la situation du football local. Nous avions également taillé un bout de gras à Soma Book – un restaurant qu’on ne peut que vous conseiller – avec Joé Jeanjacques, qui est le seul joueur français à évoluer au Kosovo, à Trepca 89. L’interruption causée par la pandémie de Covid-19 nous a donné l’occasion de reprendre contact avec lui, afin de savoir comment il vit cette période pour le moins incertaine, loin de sa famille.

Salut Joé, peux-tu te présenter ?  

Je m’appelle Joe Jeanjacques et j’ai 21 ans. Je suis un joueur évoluant au poste de défenseur central ou latéral au KF Trepca 89, soit en première division kosovare. C’est un club historique de Mitrovica. Concernant mon parcours, à 16 ans j’ai rejoint le centre de formation de l’AS Cannes, où j’ai joué avec les U17 nationaux. Après une année, le centre a fermé pour des problèmes financiers et je suis parti à Istres, en U19/DH. Après un an sur place, j’ai rejoint Toulon et joué en U19 nationaux. Enfin, l’année dernière, je suis revenu sur Marseille pour continuer mes études à Aix précisément et j’ai joué en Régional 2 à l’ AS Gémenos. Je suis donc ensuite passé de la D7 française à la D1 kosovare.

Comment es-tu arrivé au Kosovo ? Quel réseau t’a envoyé sur place ?
Je suis arrivé au Kosovo via des connaissances, qui avaient elles-mêmes des connaissances. Celui qui m’a envoyé là-bas, Larsen, est devenu mon agent. Larsen est un Belge d’origine marocaine. Il gère plusieurs autres joueurs, dont un en troisième division belge. C’était assez soudain, car on m’a prévenu de mon départ la veille de la reprise de la préparation physique. Je suis arrivé pour un test qui s’est révélé concluant.

Il y a d’autres joueurs étrangers dans le pays…  

Oui, il y en a quelques-uns, qui viennent pour la plupart d’Afrique. Je suis actuellement le seul Français du championnat.

Quand tu as appris l’offre, tu as réagi comment ? en as-tu parlé avec des proches ? As-tu fait des recherches ?
Lorsque j’ai appris l’offre, j’en ai parlé à ma mère, qui n’a pas très bien réagi au début (Rires). Après, j’en ai parlé à mon père, qui lui était directement à fond derrière moi. A part mes parents, et deux amis proches, je n’en ai parlé à personne durant les premiers mois. Aujourd’hui, tout se passe bien et ils sont tous très fiers de moi.

Tu es arrivé seul sur place, comment s’est passée ton acclimatation ? Mon voyage s’est fait seul. Néanmoins, sur place, j’ai été tout de suite en contact avec un ami de mon agent, qui m’a très bien accueilli. Mon acclimatation s’est assez bien passée. Mais c’est toujours assez dur de jouer dans un pays étranger, surtout lorsque c’est la première fois.

Le foot au Kosovo, ça donne quoi ? C’est quoi la vie d’un pro au Kosovo ?
 Le foot au Kosovo est d’un assez bon niveau, mais il ne vaut tout de même pas le niveau français. Une bonne D1 au Kosovo a un niveau de haut de tableau de National 2, à peu près. Si on prend mon cas, je vis actuellement dans une assez grande maison, avec mon coéquipier devenu un ami, Lassine Traoré. Cette maison n’est pas à nos frais mais à ceux du président. On gagne assez bien notre vie par rapport au salaire médian sur place.

Qu’en est-il de l’ambiance et des infrastructures ?

Le public du Kosovo est assez fou lors des derbies ! L’ambiance est très chaude et les supporters complètement tarés ! C’est ça qui est cool. Pour les infrastructures, ça dépend vraiment du club. Pour Trepca, les infrastructures sont assez modestes. Cependant, la manière dont nous sommes traités reste professionnelle dans l’ensemble.

Tu apprends la langue ?    

J’ai appris l’essentiel, afin de pouvoir communiquer avec mes coéquipiers sur le terrain.

Tu t’intéresses à la ville de Mitrovica ? C’est une ville particulière, avec les différentes communautés qui cohabitent en son sein…   Oui, je me suis un peu intéressé à l’histoire de la ville. Je sais qu’avant la guerre, cette ville était réputée pour ses ressources minières en or et que c’était notamment l’une, voire la ville la plus riche du Kosovo. Il y a une frontière qui sépare le nord de Mitrovica du reste de la ville. La partie nord est serbe et le reste est kosovar. Après, je ne me suis pas réellement plus intéressé à l’histoire du Kosovo. Je connais uniquement les grands axes. La musique ainsi que la cuisine locale sont assez cool. Notamment la cuisine, moi qui aime bien manger je suis aux anges ! La vie à Mitrovica est assez modeste. La ville est très petite, moins de 50 000 habitants. On pourrait presque dire que c’est un village.  

Qu’aurais-tu fait si tu n’étais pas passé pro ?

Je pense que j’aurais continué mes études. Pas en psychologie, car cela ne me plaisait pas, mais sûrement dans le domaine du sport.

Tu penses faire des études à distance justement ?      

Si je dois reprendre mes études, même à distance, je le ferai. Néanmoins, je reste pour l’instant concentré sur mes objectifs.

L’objectif suivant, justement, c’est quoi ?
Ça serait d’aller le plus loin possible, peu importe par où je devrai passer.

Ça fait quoi d’avoir une nom composé de 3 prénoms ?  
 Tu sais, on s’y habitue au bout d’un moment ! Néanmoins, je vais devoir changer cette habitude sous peu, car je vais avoir l’honneur de porter le nom de mon père dans les prochains mois.

En cette période de pandémie, comment est la situation au Kosovo ? Comment tu t’entraines en tant que sportif pro ?
Avec Lassine, nous restons à la maison, en sécurité. Nous avons le matériel nécessaire pour nous entretenir et nous sortons uniquement en cas de besoins alimentaires. On utilise des bouteilles d’eau pour faire des poids. On a un peu de matériel et sinon on fait comme tout le monde, on s’organise, on improvise pour rester en forme. En cette période, je conseillerais aux lecteurs de rester en sécurité chez eux et de profiter de leur famille.


Nous remercions Joé pour sa disponibilité et lui souhaitons une bonne continuation.

Tous propos recueillis par Lazar van Parijs

Image à la Une : © Joé Jeanjacques

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