En janvier 2017, Florian Taulemesse a débarqué à Chypre, du côté de l’AEK Larnaca. Un club avec lequel le natif du Gard a remporté ses premiers titres et a goûté aux saveurs d’une compétition européenne, la Ligue Europa. Voici la deuxième partie du long entretien que l’attaquant français nous a accordé. Au programme, entre autres : son arrivée sur le territoire chypriote, les succès qu’il y a rencontrés et son ambition pour l’avenir.

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Que connaissais-tu de l’AEK Larnaca avant d’y aller ? Et du pays ?

Franchement, je ne connaissais rien du club et rien de l’île. Je n’étais même pas en mesure de la situer sur une carte ! Je pensais qu’elle se trouvait entre la Grèce et l’Italie, alors qu’en fait c’est en dessous de la Turquie et à côté d’Israël. Concernant le club, c’était une surprise au début, mais je connaissais du monde : le directeur sportif, l’entraîneur adjoint, le préparateur physique… Je savais qu’il y avait beaucoup de joueurs espagnols et en analysant l’effectif, je me suis rendu compte qu’il y avait des joueurs qui avaient joué avec l’Atlético Madrid, le Celta Vigo, l’Athletic Bilbao, Villarreal… Le fait de voir des joueurs qui ont évolué dans de gros clubs, c’est quelque chose de très intéressant et professionnel. J’ai donc signé à l’AEK Larnaca assez rapidement et ça a été une très bonne surprise. Je ne le regrette pas.

Ce club a été fondé en 1994 et, comme tu l’as expliqué, l’influence espagnole y était importante…

C’est un club avec un président (Antreas Karapatakis, ndlr) qui a fait un énorme travail au sein de l’AEK. Il a professionnalisé tout le club, il a bâti son propre stade, créé de nouvelles installations, de nouveaux vestiaires, des salles de musculation… Il est en train de faire un grand boulot et ça se voit sur les résultats. Depuis qu’il a pris l’équipe, on finit toujours dans les trois premiers du championnat. On a gagné une coupe avec lui, on s’est qualifié pour la phase de groupes de la Ligue Europa. Cela montre que le président a fait un immense travail au club. En parlant des Espagnols, le staff a fait un travail extraordinaire. Pour moi, le meilleur entraîneur que j’ai eu dans ma carrière, avec Tintin Marquez (son entraîneur à KAS Eupen, ndlr), c’est Imanol Idiakez, mon coach à l’AEK Larnaca. J’ai beaucoup appris de ces deux coachs, mais avec Idiakez c’est là où j’ai le plus réussi sur le terrain, que j’ai eu les plus grosses statistiques (Taulemesse a terminé deuxième meilleur buteur avec vingt-deux buts lors de la saison 2017-2018, ndlr). Tactiquement, c’est un monstre. La manière dont il m’a transmis ses idées, c’était énorme. C’est un staff super et l’équipe était remplie de joueurs espagnols qui avaient de l’expérience. Il y avait tout pour réussir et la preuve, on a gagné une coupe et on s’est qualifié pour les poules de la C3.

« J’ai malheureusement été blessé pendant deux mois et demi. Sans ça, je pense que j’aurais fait la plus belle saison de ma vie. »

Pour ta première année à l’AEK, tu finis deuxième meilleur buteur de Chypre…

C’est exact. J’ai malheureusement été tenu éloigné des terrains pendant deux mois et demi suite à une blessure du deuxième et troisième métatarse. Sans ça, je pense que j’aurais fait la plus belle saison de ma vie. Je finis deuxième meilleur buteur, meilleur joueur élu par les entraîneurs, meilleur joueur de la saison élu par les joueurs, meilleur joueur étranger… Que rêver de plus ?  A la fin de la saison, on gagne la Coupe de Chypre. En demi-finale, je marque le but de qualification face à l’APOEL. En finale, on perd à la mi-temps, je rentre en deuxième période et je marque le but égalisateur. Les supporters dans le stade deviennent fous. Ensuite, on marque le deuxième but et on remporte la coupe. Mon premier titre. C’est quelque chose d’énorme. Une première saison de dingue.

Lors de la saison 2017-2018, tu remportes donc avec l’AEK Larnaca la Coupe de Chypre… Le premier titre inscrit à ton palmarès !

Oui ! Mon premier titre collectif ici à Chypre, c’était une énorme sensation. Je m’en rappellerai toute ma vie, c’était une des plus grosses sensations footballistiques que j’ai pu connaître. C’est tellement difficile, dans une carrière, de gagner quelque chose et quand on l’a au bout des doigts, on sait que c’est quitte ou double, soit on la gagne soit on la perd. On a eu la chance de remporter cette finale. C’était le premier titre et j’espère que ça ne sera pas le dernier.

« Je me disais dans ma tête ‘il faut marquer, il faut marquer… Être le premier à marquer lors de notre premier match officiel dans le nouveau stade’. (…) Quelques instants après, je marque ce but. »

Ton nom se trouve dans l’histoire de l’AEK Larnaca car en juin 2017, face aux Lincoln Red Imps (5-0), tu es devenu le premier joueur de l’équipe à avoir marqué en compétition européenne dans le nouveau stade, l’AEK Arena !

Oui ! C’était aussi mon premier match de qualification européenne, donc je le sentais bien. C’était le premier match européen de l’AEK dans son nouveau stade. Pendant le match, je me disais dans ma tête ‘il faut marquer, il faut marquer. Être le premier à marquer lors de notre premier match officiel dans le nouveau stade’. J’étais concentré sur ça et quelques instants après, j’ai eu la réussite de marquer ce but. Ça fait énormément plaisir de voir mon nom dans l’histoire de l’AEK, dans un club que j’aime et où je me sens bien.

Tu entames cet été ta troisième année sous les couleurs de Larnaca. Comment te sens-tu avec le club ?

Je m’y sens bien. Au point de vue professionnel, actuellement, je ne suis pas en train de jouer et ça me tracasse un peu mais je vais travailler et je vais tout faire pour retrouver ma place de titulaire. Pour moi, c’est le seul hic qu’il y a en ce moment, mais ça fait partie du football, il y a de la concurrence entre joueurs et tout dépend des choix que fait l’entraîneur.

Qu’espères-tu pour cette nouvelle saison 2019/2020 avec l’AEK Larnaca ? 

J’espère, au niveau collectif, que nous réaliserons une grande saison, la plus belle pour nous. J’espère que l’on va se battre en haut de tableau et, pourquoi pas, remporter le titre national. Malheureusement, nous avons loupé notre premier objectif, qui était de se qualifier pour la phase de groupes de la Ligue Europa. On a eu un tirage très difficile je pense. Tomber contre La Gantoise au troisième tour, c’est sûr, ce n’était pas un cadeau. Dorénavant, on va se concentrer sur le championnat. Sur le plan individuel, il faut que je retrouve ma place de titulaire et que je recommence à claquer des buts.

Quel regard portes-tu sur ce parcours européen, qui s’est terminé prématurément ?

Les années précédentes, nous avions bénéficié de tirages logiques et plus jouables. Cette année, les premiers tirages n’étaient pas si faciles que ça. Le Levski Sofia est un bon club, avec une histoire et un budget financier plus important que le nôtre. On a su faire le travail et se qualifier. On tombe contre La Gantoise au troisième tour. C’est un club important en Belgique, qui a un gros budget. Au match aller, à domicile, on méritait peut-être beaucoup plus qu’un match nul. Je pense qu’on a été largement meilleur. Au match retour, on avait bien entamé la rencontre jusqu’à la mi-temps. A certains moments, on avait des occasions franches, leur gardien a fait des arrêts incroyables… En deuxième période, on a le malheur d’encaisser le premier but. En cherchant à égaliser, on prend des risques et quand on s’ouvre et qu’on se libère, on le paye cash (l’AEK s’est incliné 3-0 face à la Gantoise, en encaissant deux buts dans le temps additionnel, ndlr).

L’année d’avant, vous aviez franchi les tours préliminaires et atteint les poules de la C3. C’était un grand moment, non ?

C’était un moment extraordinaire. Quand tu gagnes en barrage et que tu te qualifies pour la phase de groupes, tu sens un soulagement, un sentiment de délivrance. Ça faisait deux saisons qu’on se battait pour ça. C’était un chemin difficile et tout le monde au club était soulagé. Cette qualification a aussi permis une rentrée d’argent importante pour le club. Sur le plan individuel, c’est sûr que je garde des souvenirs inoubliables. Malgré tout, je n’ai pas pu en profiter comme je l’aurais voulu… Suite à la blessure que j’avais eue lors de la saison précédente, je n’ai pas pu faire de pré-saison. Je n’ai pas pu être physiquement au point et je n’ai donc pas été dans le onze de départ de l’équipe. J’ai été déçu sur ce point. La saison dernière, j’ai souvent été blessé. Après ma blessure au pied, j’ai connu une déchirure à l’adducteur quelques semaines plus tard. Cela m’a tenu à l’écart des terrains pendant trois semaines. En janvier, j’ai subi une double fracture de la mâchoire et j’ai dû subir une opération. Suite à cela, j’ai été absent pour encore six semaines… C’était dur de faire une bonne saison avec tous ces pépins. Physiquement et mentalement, ce n’était pas du tout facile.

Plusieurs clubs, comme l’AEK Larnaca, l’Apollon Limassol et l’APOEL Nicosie sont connus sur la scène européenne pour leurs exploits. Selon toi, quelles sont les raisons de ces succès et au contraire, qu’est-ce qui manque à ces clubs et aux autres clubs de l’île pour briller sur la scène européenne ?

L’APOEL, l’Apollon et l’AEK font un travail énorme ici à Chypre et sur la scène européenne. Avec des moyens financiers moindres, les équipes chypriotes arrivent à rivaliser avec d’autres clubs européens. Les joueurs, le staff et tous les autres font un travail énorme au niveau du club. Dans toutes les équipes chypriotes, tu as des joueurs qui ne sont pas très connus à l’étranger alors qu’ils ont gros potentiel. En Europe et surtout en France, on croit que Chypre est une île qui ne sait pas jouer au football mais, chaque année, les clubs chypriotes démontrent qu’ils ont de la qualité. Ils le prouvent à chaque fois sur la scène européenne. Nous l’année dernière, nous avons réussi à gagner à Zurich alors que c’est une équipe rodée sur la scène européenne. On a seulement perdu contre Leverkusen, ce qui était somme toute normal car il y avait une réelle différence de niveau entre eux et l’AEK. De son côté, l’Apollon a aussi fait un parcours admirable en phase de groupes de la Ligue Europa l’année dernière. Comme tu as pu le voir, ils n’ont jamais démérité à domicile et ont toujours fait des matchs nuls contre des grosses équipes. L’Apollon a même battu l’Olympique de Marseille, ça montre bien qu’il y a du niveau ici dans le championnat chypriote. Le seul problème pour ces clubs, ce sont les ressources financières. Forcément, ce ne sont pas les mêmes que dans les grands championnats mais je pense que les supporters chypriotes peuvent être très fiers de leurs clubs, fiers de voir le travail que font leurs équipes et qui permet de réaliser ces exploits.

Tu es à Chypre depuis plus de trois ans… Hors football, comment est la vie là-bas ? 

Nous nous sommes super bien adaptés. C’est un pays très joli où nous nous sentons en sécurité. C’est très familial et les enfants ont une qualité de vie extraordinaire. Ça permet à mes filles d’apprendre l’anglais et le grec. Au niveau du climat c’est top, c’est idéal. Nous sommes très heureux d’être ici à Chypre.

« Jouer au football c’est une passion. J’ai ça dans le sang et je ne me vois pas arrêter dans les cinq prochaines années. »

Ton contrat avec l’AEK se termine en juin 2020. A 33 ans, comment vois-tu la suite de ta carrière ? 

Aucune idée… C’est ma dernière année de contrat, je ne sais pas ce qu’il va se passer ensuite. Je vais essayer de me concentrer sur le prochain match pour faire partie du onze de départ et, si ce n’est pas le cas, je m’entraînerai encore plus pour être titulaire au match suivant. J’ai 33 ans et je me sens physiquement comme à l’âge de 25 ans. Plus les années passent, plus je me sens fort et plus je me sens bien. Pour moi, il ne faut pas se focaliser sur l’âge. On l’a vu très récemment avec Aduriz (âgé de 38 ans, ndlr) qui a marqué un but d’un retourné acrobatique face au Barça et qui a permis à son équipe de remporter le match. L’âge, ce n’est plus quelque chose d’important. Ce qui est important, c’est comment on se sent sur le terrain, dans les vestiaires et comment les gens nous voient physiquement hors et sur le terrain. Jouer au football, c’est une passion, j’ai ça dans le sang et je ne me vois pas arrêter dans les cinq prochaines années. J’ai envie de continuer à fond.  

Si tu devais garder deux moments magiques dans ta carrière jusqu’à présent, lesquels seraient-ils ?

Le premier moment, c’est lorsque je remporte la Coupe de Chypre avec l’AEK Larnaca. C’était vraiment le moment le plus fort que j’ai eu dans ma carrière professionnel. Il y a eu tant d’années passées à lutter et à essayer de remporter des matchs… Quand on arrive dans une compétition, on sait que c’est long et difficile et donc remporter un titre, mon premier à l’âge de 32 ans, c’était énorme. Mon deuxième moment magique, c’est de s’être qualifié pour la phase de groupes de la Ligue Europa. J’ai ressenti une énorme émotion. C’est deux moments-là sont certainement les plus beaux que j’ai vécus en tant que joueur.

Si tu avais l’opportunité de signer, au cours de ta carrière, dans n’importe quel club qui soit, où souhaiterais-tu aller ?

Je l’ai toujours dit, je suis marseillais de naissance et de cœur. Depuis petit, mon rêve est de jouer là-bas. Malheureusement cela n’est pas possible. Mais si tu me proposes de signer dans le club de mon choix, sans aucun doute je te dis l’OM.

Comment vois-tu l’OM d’André Villas-Boas, et le projet du club ?

A l’OM, je ne pense pas que ça soit un problème d’entraîneur, c’est plutôt un problème de moyens. Depuis qu’ils (Frank McCourt et Jacques-Henri Eyraud, nldr) sont arrivés à l’OM, on ne parle que de l’OM Project. On a juste eu une signature intéressante, celle de Dimitri Payet, mais derrière je n’ai pas eu la sensation de voir l’arrivée d’autres joueurs renommés et de voir un projet concret se mettre en place. Tu vois ce que je veux dire… De nos jours, les équipes qui veulent devenir compétitives et qui ont de grandes ambitions doivent à tout prix dépenser de l’argent. ÀMarseille, actuellement, ce n’est pas le cas. On doit arrêter de parler d’OM Project, mais plutôt employer le terme « d’OM Reconstruction ». C’est plus l’image que donne le club actuellement. Il faut avoir un mode de recrutement plus pointilleux, un éventail de joueurs qui ne coûtent pas très chers mais avec beaucoup de qualités et de potentiel. Un peu comme le fait l’Olympique lyonnais. Il dépense de l’argent, mais pas énormément, et recrute intelligemment. C’est pareil en Espagne, avec des clubs comme le Betis Séville, qui recrutent des joueurs qui ne coûtent pas très cher mais qui ont un bon potentiel. A Marseille, il n’y a rien de tout ça, on ne peut pas parler d’OM Project ou se cacher derrière le Fair-play financier. Je pense que le problème vient du côté de la direction, et non de l’entraîneur. 

Stéphane Meyer

Tous propos recueillis par SM pour Footballski

Image à la Une : © Philip Soteriou / AFP

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