En janvier 2017, Florian Taulemesse a débarqué à Chypre, du côté de l’AEK Larnaca. Un club avec lequel le natif du Gard a remporté ses premiers titres et a goûté aux saveurs d’une compétition européenne, la Ligue Europa. Voici la première partie du long entretien que l’attaquant français nous a accordé. Au programme, entre autres : ses débuts en France et de ses premières expériences à l’étranger, en Espagne et en Belgique.

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Bonjour Florian. Peux-tu te présenter en quelques mots ? 

Je m’appelle Florian Taulemesse, j’ai 33 ans. Je suis né à Bagnols-Sur-Cèzes, dans le Gard, en France. Je suis marié, j’ai deux enfants, je suis attaquant de pointe et actuellement joueur de l’AEK Larnaca.

Comment as-tu débuté le football ? 

J’ai débuté très tôt, à l’âge de trois ans, mais j’ai dû m’arrêter au début de la saison car c’était trop dur physiquement. Je ne suivais pas les enfants de cinq ans. Puis, j’ai repris à l’âge de quatre ans dans ma ville natale.

Est-ce que tu as-toujours voulu devenir attaquant ?

Mon père était gardien de but en amateur et, tout petit déjà, je l’accompagnais dès qu’il allait jouer un match. Je l’échauffais en essayant de marquer des buts et c’est de là, peut-être, qu’est venue mon envie de devenir attaquant. Au départ, je jouais aux deux postes, à savoir gardien de but et attaquant de pointe. Mais comme en étant gardien je n’arrivais pas à rester pendant tout le match dans les cages sans pouvoir bouger et sans avoir la sensation de pouvoir aider mon équipe, j’ai donc décidé de devenir attaquant de pointe.

Tu débutes avec Avignon en DH avant de faire un saut au Gazélec…

Exactement. J’ai débuté à Avignon Foot 84 (devenu aujourd’hui Avenir Club Avignonnais, ndlr) en DH, quand j’avais dix-huit ans. J’étais encore dans la catégorie des moins de dix-huit ans mais ça ne s’était pas super bien passé. Il y avait des petits problèmes avec l’équipe à l’époque et je suis donc retourné avec les U18. J’ai fait une belle saison. Je crois avoir marqué plus de trente buts et suite à cela j’ai eu la chance de faire un essai au Gazélec Ajaccio, qui évoluait en National. Je suis parti là-bas une semaine et ils m’ont fait signer. Ma première saison n’a pas été la meilleure. Je manquais de confiance, l’équipe est descendue et je n’avais pas trop joué… C’était aussi la première fois que je partais loin de chez moi, donc c’était une saison assez compliquée à gérer.

Ensuite, tu joues pendant deux ans au FC Mulhouse puis à Gueugnon. Quels souvenirs gardes-tu de ces deux clubs ?

Après le Gazélec donc, je suis descendu d’un échelon et j’ai signé au FC Mulhouse, en CFA, pour retrouver de la confiance et des marques sur le terrain. La deuxième saison à Mulhouse a été une bonne saison sur le plan individuel. Je pense avoir marqué environ onze buts. Malheureusement, cette saison-là je me suis fracturé le cinquième métatarsien et j’ai été hors des terrains pendant quatre mois et demi. Malgré les complications et le fait que j’ai loupé la moitié de la saison, je finis avec onze buts. C’était quand même pas mal.

Dans la deuxième partie de saison, je suis parti au FC Gueugnon. C’était une équipe de Ligue 2 qui descendait en National mais qui avait pour objectif de remonter. J’ai signé un contrat professionnel de deux ans. Le début de saison a été une réussite pour moi. Je marque en Coupe de la Ligue et on se qualifie pour le deuxième tour. En championnat, sur les six premiers matchs je marque trois buts. Je suis alors le meilleur buteur de l’équipe. Mais malheureusement, je me blesse encore une fois au cinquième métatarsien, au même endroit que précédemment…  

Les souvenirs que je garde de Gueugnon et de Mulhouse sont nombreux. À Gueugnon, j’ai signé mon premier contrat professionnel. À Mulhouse, j’ai eu un coach, Damien Ott, qui a énormément cru en moi et qui m’a beaucoup fait travailler devant le but. Je lui en suis très reconnaissant.

Après Gueugnon, tu décides donc de découvrir un nouveau pays, l’Espagne ! Tu signes au Terrassa FC (Segunda B). Pourquoi ce choix ?

Comme je t’ai expliqué, à Gueugnon je me suis blessé un long moment. Quand je suis revenu de blessure ,il y a eu un changement d’entraîneur et ils ont ramené d’autres joueurs donc je ne partais pas favori… En plus de ça, je n’avais pas beaucoup de temps de jeu. Je savais que je n’avais pas la confiance du coach donc j’ai voulu changer d’air et l’unique possibilité, pour un contrat de deux ans, c’était soit partir à l’étranger ou soit descendre en division inférieure. J’ai donc décidé de partir en Espagne et j’ai eu la possibilité de faire un essai à Terrassa. Un essai qui s’est bien passé et j’ai aussitôt signé. Je cherchais à partir assez rapidement pour retrouver une équipe où j’allais jouer. C’était aussi une occasion pour découvrir une nouvelle culture, un nouveau pays, une nouvelle langue… Un bon challenge pour moi.

Tu n’as pas eu des regrets de ne pas avoir eu toutes tes chances en France?

Non, aucun regret, parce que je me suis épanoui en Espagne. Grâce au football j’ai rencontré ma femme, j’ai eu deux filles donc non, aucun regret. Ce départ en Espagne m’a aussi permis d’apprendre une nouvelle langue, de me faire de nouvelles connaissances, de découvrir une nouvelle culture et de m’épanouir au niveau personnel.  

« Sur les dix premiers mois de salaire j’ai empoché que deux mois et demi et j’ai bossé tout le reste de l’année sans toucher un rond. J’étais avec plusieurs Français et on devenait fous. »

Tu es parti à seulement 23 ans. L’adaptation n’a pas été trop compliquée pour toi ?

Non, elle n’a pas été difficile. J’ai vite appris l’espagnol. En trois mois, je commençais pratiquement à tout comprendre et en six mois j’arrivais déjà à communiquer. L’adaptation était plutôt facile parce que les Espagnols sont des personnes très ouvertes et sont là pour aider. Il y avait toujours quelqu’un qui était avec moi pour m’aider.

L’unique chose qui était compliquée en Espagne, c’est que je suis arrivé pendant la période de crise. Elle a touché tout le pays mais aussi le monde du football. Les salaires étaient très faibles et en plus on ne les touchait pas. Sur les dix premiers mois de salaire, j’ai empoché que deux mois et demi et j’ai bossé tout le reste de l’année sans toucher un rond. Pour un Français, c’était inconcevable et inimaginable. J’étais avec plusieurs Français et on devenait fou. Mes parents voulaient que je retourne en France et que je joue dans un club de National ou en CFA, mais j’ai refusé. Je voulais rester en Espagne parce que leur mentalité footballistique y était complètement différente et que je souhaitais continuer à apprendre de ce pays, apprendre de la langue et m’enrichir personnellement. J’ai fait l’effort et j’ai signé dans un autre club espagnol en Segunda B et là-bas, les problèmes financiers ont de nouveau continué. Sur les cinq mois de salaires, je n’ai touché qu’un mois, voire un mois et demi. C’était compliqué mais je garde malgré tout de bons souvenirs de ces passages.

En Espagne, tu signes donc dans cinq clubs différents à savoir au Terrassa FC, Moratalla FC, Orihuela FC, CE Sabadell et FC Cartagena. Lesquels de ces clubs t’ont le plus marqué ?

Tous m’ont marqué d’une certaine manière. A Terrassa, ce sont mes premiers pas en Espagne, que ce soit dans le football ou dans ma vie personnelle. C’est là où j’ai commencé à apprendre la langue. A Moratalla, c’était dans la continuité d’apprendre la langue et j’ai aussi rencontré un entraîneur que j’ai énormément apprécié (Manolo Sanchez, ndlr). Ensuite, je suis parti à Orihuela qui a été pour moi une année riche en émotions. Je marque douze buts, l’équipe se qualifie aux playoffs dans l’espoir de monter en Segunda A (l’équivalent de la D2 espagnole, ndlr). C’est aussi là-bas que j’ai rencontré ma femme. Il y a de très fortes chances que je retourne avec ma famille vivre à Orihuela dans le futur. A Sabadell, j’ai rencontré énormément de personnes. C’est ici que j’ai décroché mon premier contrat professionnel en Espagne en deuxième division, ça reste énormément important pour moi. Je ne garde que des bons souvenirs. Enfin, je suis parti à Carthagène, en Segunda B (l’équivalent de la D3 espagnole, ndlr). Il y avait beaucoup d’ambiance, avec en moyenne 7 000 spectateurs par match, avec des supporters qui aiment leur club. J’ai fini la saison avec dix-neuf buts et cela m’a permis de faire un saut en Belgique en deuxième division. Tous mes passages en Espagne ont quelque chose de particulier mais c’est vrai que je garde un faible pour Carthagène : une année où j’ai marqué le plus de buts et où je me sentais aimé par les supporters.

Quelles différences observes-tu dans le jeu en Espagne par rapport à la France ?

Dans mes souvenirs les préparations physiques d’avant-saison en France sont très dures. Il y a beaucoup de courses, d’efforts, de puissance, des entraînements de musculation… En Espagne, c’est complètement différent. C’est même le contraire. On arrive, on ne met pratiquement jamais les baskets. En Espagne, c’est surtout le ballon, la conservation de balle, la tactique et la technique. Tu fais du physique mais sur une courte distance. Parce que dans un match de foot, tu ne fais pas de longues distances. C’est que des courtes distances entre intensité et récupération. Mais le plus, c’est le ballon. C’est là où on voit la différence technique et tactique entre l’Espagne et la France.

En 2013, tu débarques en Belgique et plus précisément au KAS Eupen (deuxième division). Comment s’est réalisé le transfert ?

Au cours de ma dernière saison à Carthagène, j’avais un contrat qui stipulait que si je montais en D2 j’allais renouveler. Le club s’est qualifié pour les playoffs mais malheureusement on s’est fait éliminer. C’était difficile pour moi parce que je me voyais continuer à Carthagène… Après cela, j’ai donc eu la possibilité de faire un saut en Belgique et ainsi changer d’air. Jouer dans un nouveau pays avec de très grosses ambitions, comme le proposait le KAS Eupen, avec l’Aspire Academy derrière (une académie basée au Qatar, regroupant les meilleurs jeunes joueurs qataris et africains, qui vise à les former tout en fournissant un enseignement secondaire, ndlr). Le KAS Eupen avait pour ambition de monter en première division belge. Avec le projet qu’ils portaient, j’avais l’impression d’avoir beaucoup plus de chance d’accéder à la première division en Belgique qu’en Espagne. J’ai donc décidé d’y aller. Lors de ma première saison, on se classe deuxième, on accède aux playoffs mais on perd notre dernier match et Eupen reste en deuxième division. C’était pareil lors de la deuxième saison. Heureusement, la troisième saison a été la bonne ! Nous avons atteint notre objectif de monter en première division, j’étais très heureux d’y participer. Dans l’histoire du club, nous resterons ceux qui auront réussi à faire monter le club en première division. C’était super intéressant et éprouvant.

Tu réalises plus d’une centaine de match sous le maillot du KAS Eupen en trois ans et demi. Comment décrirais-tu ces années passées au club ?

En trois ans et demi, je marque plus de quarante-cinq buts, il me semble. Je fais partie des trois ou quatre meilleurs buteurs de l’histoire du club. Je me sentais important dans l’équipe, je sentais qu’on avait confiance en moi et qu’on avait besoin de moi. Le KAS Eupen est un club familial, où je garde toujours une bonne relation avec les gens qui travaillent au club. A chaque fois qu’on retourne en Belgique, ça nous fait toujours plaisir de passer par la ville d’Eupen. Sur le plan personnel, c’est ici, en Belgique, qu’on a fait grandir nos enfants.

Après la Belgique, direction Chypre, et plus précisément l’AEK Larnaca. Comment le transfert s’est-il réalisé ?

Lors de la dernière saison, suite à la relégation, le KAS Eupen a commencé à faire de gros transferts et je me suis senti moins important au niveau du club. C’est ce qui a motivé mon choix. J’étais dans ma dernière année de contrat, je ne jouais pas trop et je voulais voir autre chose. J’ai eu l’opportunité de partir à l’AEK Larnaca, de jouer dans un championnat de première division et découvrir la Ligue Europa. J’avais besoin d’un nouveau challenge. Le choix a été vite fait dans ma tête et j’ai aussi ressenti beaucoup d’intérêt de la part du directeur sportif de l’époque (Xavi Roca, ndlr). Le choix, il s’est fait en quelques minutes. Xavi Roca m’a contacté, je l’avais déjà eu comme directeur sportif à Sabadell et il me connaissait. Je lui ai fait confiance et j’ai foncé tête baissée.

Stéphane Meyer

Tous propos recueillis par SM pour Footballski

Image à la Une : © Luc Claessen / Belga Mag / Belga

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