L’oeil du recruteur : que deviennent-ils ? (3/3)

Quentin Guéguen
Quentin Guéguen - Publié le 22 mars 2018

Cela fait désormais deux ans et demi que nous avons lancé l’Œil du recruteur avec pour objectif de vous faire découvrir des futurs joueurs de championnats plus médiatisés et vous faire passer pour de véritables génies lors de vos discussions au boulot. 31 yeux après, c’est l’occasion de revenir sur les parcours de chacun. S’ils restent pour la plupart jeunes, tous n’ont pour le moment pas eu la carrière ou la progression espérée. Troisième épisode avec les déceptions du moment.


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Inutile de le rappeler, la carrière des joueurs est très liée à leurs choix et à la situation des clubs dans laquelle ils arrivent. Parfois, la chance et les blessures également. C’est notamment le cas pour Andraz Sporar et Adam Zrelak.

Pour le premier, deuxième joueur présenté alors qu’il explosait à l’Olimpija Ljubljana, le transfert vers le FC Bâle, club connu et reconnu pour son développement de jeunes joueurs, s’avérait être très intéressant. Mais, en plus de se battre pour sa place avec deux joueurs confirmés tels que Mark Janko et Seydou Doumbia, Andraz Sporar s’est montré très fragile physiquement. Une tendinite dès son arrivée en janvier 2016, très rapidement suivie d’une rupture du tendon d’Achille et voilà sept à huit mois qui s’envolent. La saison dernière fut meilleure pour le Slovène avec plusieurs titularisations et entrées de jeu intéressantes, mais seulement un but et cinq passes décisives pour le montrer. Sporar est alors prêté à Bielefeld, en seconde division allemande, pour avoir du temps de jeu, mais le Slovène a peiné malgré, là encore, quelques bonnes performances. Cet hiver, logiquement, l’Arminia a mis fin au prêt et le Slovan Bratislava a fait signer l’attaquant international en provenance de Bâle. Le club slovaque va tenter de relancer la carrière du toujours jeune Andraz Sporar.

Adam Zrelak s’est lui aussi blessé, mais reste dans une situation correcte. À l’été 2016, le Slovaque a rejoint Jablonec après plusieurs saisons convaincantes au Slovan Bratislava. Problème, Zrelak se fracture le pied dès son arrivée en République Tchèque et ne fait ses débuts avec son nouveau club qu’en mars. Le temps de jouer cinq matchs, de marquer deux buts et de se casser le tarse. Mais Zrelak a la bonne idée de revenir à temps pour l’Euro U21. La Slovaquie réalise d’excellentes performances avec Adam Zrelak en pointe et le brassard de capitaine sur le bras gauche. Le FC Nuremberg l’attire alors dans son effectif l’été dernier malgré toutes ces péripéties… et Zrelak se fracture le métatarse en septembre après seulement deux matchs sous ses nouvelles couleurs. La faute à pas de chance pour l’imposant attaquant slovaque qui revient tout juste de blessure actuellement et va tenter d’aider son club à retrouver la Bundesliga.

Vers le retour de Stanciu

Il y a de l’espoir pour Nicolae Stanciu. Le prodige roumain est sûrement l’un des meilleurs joueurs que l’on a pu présenter. C’était avant le dernier Euro où le milieu offensif de poche n’avait pas trop mal performé. Depuis, Stanciu a signé à Anderlecht pour 8M€ soit la recrue la plus chère du championnat belge. Cela n’a pas très bien marché pour Stanciu en Belgique où il a alterné le très bon et le moins bon sous René Weiler pour finalement ne faire que des bouts de rencontre avec Hein Vanhaezebrouck. Pas toujours de sa faute puisque Stanciu, un vrai numéro 10, a souvent été aligné sur un côté. Alors, le Roumain a logiquement décidé de quitter la Belgique pour la République Tchèque et le Sparta Prague. Le Stanciu talentueux que l’on connait est de retour. Cinq matchs, trois buts, deux passes décisives et une performance majestueuse lors du derby face au Slavia. Nicolae Stanciu n’a donc pas perdu son football en Belgique, mais sa première expérience étrangère s’est avérée être un échec.

Premières expériences au niveau supérieur décevantes également pour Amr Warda, Matus Bero et Filip Mladenovic. Mladenovic avait une énorme pression en tant que premier Œil du Recruteur sur ce site et il n’a pas réussi à confirmer ses belles dispositions au BATE Borisov, que ce soit en championnat ou en Ligue des Champions. Un transfert au FC Cologne où il n’a pas convaincu au poste d’arrière gauche alors que Jonas Hector jouait parfois au milieu de terrain, un transfert au Standard de Liège dans un contexte difficile où il n’a pas été plus convaincant pour au final débarquer au Lechia Gdansk cet hiver. Là aussi, le contexte est très mauvais dans une équipe à la dérive. Mais l’idée de jouer avec Milos Krasic était probablement trop belle.

Matus Bero a quitté Trencin pour Trabzonspor il y a 18 mois. Le milieu de terrain slovaque écrasait la Fortuna Liga et ce transfert apparaissait comme une surprise. Peu d’espoirs choisissent la Turquie comme première destination hors de leurs frontières. Là aussi, c’est compliqué pour Bero qui alterne entre banc, entrée en jeu et titularisation sans réussir à aligner les matchs complets. On notera néanmoins l’excellent Euro U21 de Bero avec la Slovaquie l’été dernier, de quoi ne pas se faire oublier. Pour Warda, ce sont les problèmes extra-sportifs qui sont venus gâcher ses premiers pas au PAOK alors qu’il venait de rejoindre le club après d’excellentes performances dans le petit club de Panetolikos. Warda commence à se traîner une sale réputation, avec quelques sorties nocturnes et surtout un prêt annulé à Feirense seulement trois jours après l’avoir signé l’été dernier. Il aurait dragué deux femmes de coéquipiers. L’Égyptien est vite passé à autre chose et réalise une superbe saison avec l’Atromitos avec huit buts et cinq passes en 20 matchs. Il a également retrouvé la sélection et la Coupe du Monde approche.

Les très jeunes dans le dur

Deux jeunes joueurs dans l’expectative avec Georgi Melkadze et Anasthasios Androutsos. Melkadze, formé au Spartak, a logiquement été prêté au FC Tosno, promu en première division russe cette année. Le jeune milieu offensif de 20 ans n’aurait de toute façon pas joué beaucoup dans un effectif du Spartak qui gagne en qualité et en quantité ces derniers mois. Pour sa progression, jouer à Tosno était de toute façon mieux que de passer une année de plus avec la réserve spartakiste en D2. Problème, si Melkadze joue et reste un joueur important de l’équipe nationale espoir russe, son impact est nul. Pas de but, pas de passe décisive en un peu moins de 700 minutes de RPL, c’est assez décevant même si c’est toujours difficile de jouer chez les promus en Russie qui passent souvent plus de temps à défendre qu’attaquer. Pour Androutsos, c’est le temps de jeu qui pose problème. Le jeune grec n’a pas les faveurs d’Oscar Garcia avec seulement 300 minutes de jeu en championnat et un peu plus en coupe.

Enfin, nous avons Mihailo Ristic, le polyvalent serbe capable d’évoluer sur le côté gauche de la défense ou milieu de terrain. Le transfert estival de Crvena Zvezda vers le FK Krasnodar s’annonçait prometteur. Krasnodar est l’un des clubs les plus stables en Russie, qui laisse sa chance aux jeunes. Pourtant, Mihailo Ristic, malgré un été plutôt intéressant avec notamment de bonnes performances – face à son ancien club – dans les tours préliminaires d’Europa League, n’a pas impressionné, ne jouant que quatre bouts de matchs de RPL, passant derrière l’ancien joueur de Ferencvaros, Cristian Ramirez, pour le poste d’arrière gauche. Une grosse déception pour le Serbe, prêté lors du dernier jour du mercato sans option d’achat au Sparta Prague. Une occasion de jouer ? Pas pour l’instant puisque Ristic n’a toujours pas évolué sous ses nouvelles couleurs alors qu’il a eu trois occasions de le faire. Mais le Sparta a un nouvel entraîneur et c’est toujours synonyme de redistribution des cartes. À Ristic d’en profiter car s’il est encore tôt pour faire le bilan, les déceptions s’enchaînent trop vite.

La Pologne à deux vitesses

Fortunes diverses pour les Polonais. Si Karol Linetty et Dawid Kownacki sont convaincants avec la Sampdoria, d’autres n’ont pas la même chance et la plus grosse déception vient sûrement de Bartosz Kapustka. Son Euro 2016 laissait entrevoir un excellent avenir pour la pépite du Cracovia, son premier transfert vers Leicester un peu moins. Le Polonais a très peu joué chez le champion d’Angleterre de Claudio Ranieri, du moins avec les A. Régulièrement, on pouvait le voir apparaître sur les compositions des U23 du club dans le championnat des réserves. Alors, Leicester le prête avec option d’achat à Fribourg, l’été dernier. Le SC Fribourg et son entraîneur, Christian Streich, sont réputés pour former de jeunes joueurs et leur faire confiance en Bundesliga. Problème, Streich critique très vite l’investissement de Kapustka et le milieu offensif polonais fait également banquette en Allemagne. Cela en dit long sur le joueur alors que Fribourg était parfois miné par les blessures. Une immense déception pour l’une des révélations de l’Euro. Un retour en Pologne l’été prochain devrait lui faire le plus grand bien. Après une Coupe du Monde ratée.

Déceptions également pour Bartlomiej Dragowski et Mariusz Stepinski, aujourd’hui tous les deux en Italie. Le grand espoir polonais au poste de gardien de but ne joue pas du tout en Serie A, mais joue la Coupe d’Italie, preuve que la Fiorentina compte quand même sur lui et espère le développer. C’est peut-être aussi trop tôt pour juger quand on sait que les gardiens prennent parfois plus de temps à arriver à maturité, mais trois matchs en 18 mois, c’est bien trop peu pour celui qui excellait sous le maillot du Jagiellonia Bialystok. Comme lui, c’est souvent le banc que squatte Mariusz Stepinski au Chievo Vérone. Les promesses vues au Ruch Chorzow avaient convaincu le FC Nantes de débourser deux millions d’euros pour l’attaquant polonais. Dans un système qui ne mettait pas tellement en valeur les joueurs offensifs, Stepinski ne s’était pas mal débrouillé à son arrivée en inscrivant quelques buts, mais le temps de jeu a décru petit à petit pour au final ne jouer que deux minutes lors des dix derniers matchs. Prêté au Chievo, Stepinski peine à aligner les rencontres, mais un but et une passe décisive face au Milan la semaine dernière pourrait lui donner un peu de confiance pour enchaîner les performances dans un club en difficulté.

Quentin Guéguen


Image à la une : Selcuk Kilic / Anadolu Agency via AFP Photos

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J'aime les draniki sans champignon, et accessoirement le football biélorusse et autrichien.

pays de l'auteur footballski
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