On a vécu un Manchester United vs. Olympiakos

Fridhi Ghassen - Publié le 31 mars 2014

Nous embarquons ce mercredi 19 mars à l’aéroport de Bruxelles-Charleroi dans le vol Ryanair à destination de Manchester. Cet avion est plein à craquer de supporters de l’Olympiakos et de Manchester. Mais déjà dans l’avion la différence d’ambiance se fait sentir ! Les Grecs qui remplissent à presque 90% ce vol sont pour une grande majorité membres des sections de la Gate 7 établis à Bruxelles et en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Ouest de l’Allemagne), Ces deux « clubs », ou « syndesmoi » en grec, sont les plus dynamiques et bruyants des supporters de l’Olympiakos établis à l’étranger. A chaque déplacement en Europe ce sont eux qui se chargent de l’ambiance dans chaque ville et chaque stade dans lesquels ils se déplacent. En effet, les branches grecques de la Gate 7, touchées par la crise économique, n’ont plus les moyens pour remplir les avions et les envoyer à travers l’Europe comme dans le passé.

Dans l’aéroport de Bruxelles-Charleroi les stickers sont posés un peu partout et le territoire est déjà marqué ! Sur le tarmac les premiers chants résonnent, et les hôtesses doivent appeler les quelques supporters qui chantent et sautent dans tous les sens ! Une fois ces derniers à bord, les chants reprennent de plus belle, et on entend au micro le chef de cabine qui demande juste quelques minutes de silence afin que les mesures de sécurité puissent être écoutées par l’ensemble des passagers au décollage ! Les supporters de Manchester, inférieurs en nombre, sont eux bien silencieux. Parmi eux, on ne compte aucun Anglais ! En effet, ils sont belges, luxembourgeois et japonais ! Certains d’entre eux nous disent qu’ils voyagent parfois chaque deux semaine pour aller voir United à Old Trafford ! Du côté grec, évidemment pas un « étranger » parmi eux !

Les Grecs vont durant tout le vol chanter et parfois chambrer les « Mancuniens » en entonnant « Steven Gerrard oleoleole, Steven Gerrard oleoleole,… » en référence au doublé du capitaine de Liverpool lors du 0-3 du dimanche précédent ! Les Mancuniens n’auront comme seule réponse que de simples doigts d’honneur gentiment adressés à leurs adversaires du jour !

Une fois l’avion atterri, nous accompagnons les supporters de l’Olympiakos dans le train qui mène au centre ville. Personne ne paie de tickets, et dans la gare tout le monde se retrouve bloqué par les contrôles à la sortie des quais ! Chacun devra malgré lui payer le ticket et sera d’ailleurs choqué par le prix bien plus cher que sur le continent ! Cet épisode achevé, tout le monde se dirige vers le centre ville ensoleillé en ce matin de match. Vers 12h, les rues sont déjà envahies par les fans de l’Olympiakos. On les voit partout, aux terrasses des cafés, dans les magasins, sur les bancs et bien sûr sur l’inévitable place de Piccadilly Gardens, célèbre pour sa grande roue. A ce moment de la journée, l’ambiance est assez calme et tout le monde se prépare doucement au match du soir.

Les Grecs à qui nous parlons nous disent que Manchester ne leur a donné que 4000 tickets pour le soir et que beaucoup de monde en recherche ! Ils nous disent également qu’après le 2-0 au Pirée, l’Olympiakos a du reprendre beaucoup de billets qu’ils avaient distribués aux différents fans clubs établis en Europe pour les donner aux sections de la Gate 7 en Grèce, celles-ci étant bien évidemment prioritaires. Cela promet en terme d’ambiance ! Dans les rues pourtant on ne voit que peu d’ultras grecs et plutôt de simples ou occasionnels supporters, on peut faire la différence grâce à leur style vestimentaire. En effet, les ultras grecs sont souvent tout de noir vêtus et ne portent jamais de maillot de leur équipe ! Ils appellent d’ailleurs les supporters occasionnels les « touristes » ! Et leur reprochent d’ailleurs de ne pas mettre d’ambiance lors des matchs de Ligue des champions, ces occasionnels y étant majoritaires. Dans les rues, on remarque beaucoup de grecs vivant en Angleterre. Ces derniers étant très très nombreux à Londres et Manchester, au même titre que les Chypriotes qui sont également présents en nombre ce mercredi.

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Vers 15h30 l’ambiance monte d’un cran. Les Grecs mettent le feu à Piccadilly Gardens, les Anglais peu habitués à ce genre de spectacle sortent tous les smartphones pour filmer ! Les ultras se chargent de l’ambiance et collent des autocollants sur tous les murs et pancartes ! Quelques supporters de City se joignent à eux et sont d’ailleurs très bien reçus ! Malgré l’importante présence des Grecs, des supporters éméchés de United veulent rentrer sur la place et sont directement repoussés par des ultras, et par la suite par les policiers anglais qui rappellent également à l’ordre les Grecs quelque peu énervés par ces tentatives d’incursions dans leur cercle ! Même si l’ambiance est très bonne, les ultras nous assurent que beaucoup de monde est déjà parti dans les environs du stade depuis 15 heures et que cela explique le manque d’ambiance par rapport aux autres déplacements effectués ces derniers mois.

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Vers 17h, les ultras présents sur la place organisent un cortège pour se diriger vers le stade. Leurs chants résonnent dans les longues rues de Manchester et impressionnent les passants anglais. Le stade se trouvant à une heure à pied, les Grecs empruntent alors le tram qui en quelques minutes les mène à Old Trafford. Dans le tram, les ultras chantent de plus en plus fort, tapent sur les vitres et sur le toit ! Le tram bouge dans tous les sens, et on a l’impression qu’il va décoller voire même exploser ! Les autocollants sont à nouveau posés partout et donneront beaucoup de travail aux services de nettoyage une fois au dépôt! De jolies jeunes femmes revenant du travail dans leur tailleur sont apeurées devant la horde d’ultras hurlant et gesticulant dans tous les sens ! Mais celles-ci sont vite rassurées par quelques Grecs qui font valoir leur charme méditerranéen à ces belles Britanniques ! Elles indiquent à ces jeunes hommes à quel arrêt descendre et comment se rendre au stade. Après un échange de sourires et d’amabilités, tout le monde descend en route pour l’arène du soir. En arrivant aux abords du stade, le cortège aperçoit sur les terrasses de nombreux pubs des bâches appartenant aux supporters de United. Et évidemment la première idée qui leur vient à la tête est d’aller s’en emparer. Tradition bien connue dans le milieu ultra ! Mais après un rapide coup d’oeil ceux-ci renoncent à leur glorieuse tentative car le dispositif policier déployé est impressionnant et peu d’entre eux aimeraient rater ce grand rendez-vous et passer la soirée dans un cachot mancunien !Ils décident plutôt d’aller vider quelques litres de bières pour se préparer pour le coup d’envoi et surtout, comme partout en Europe, parce qu’aucune boisson alcoolisée n’est vendu dans le stade.

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Aux portes du stade, tout le monde est amassé devant la porte E32, les supporters grecs sont impatients et sont maintenus par des stewards dépassés qui tentent de les faire reculer. Ceux-ci appellent rapidement la police, et la tension monte d’un cran. Plutôt que de rispoter violemment, les Grecs entonnent des chants destinés à la police, ce qui fait rire tout le monde. Après de longue minute de patience les portes s’ouvrent enfin et les fans rentrent au compte-gouttes. La fouille est par contre très légère, ce qui est étonnant pour un huitième de Ligue des champions. Les 4000 Grecs remplissent peu à peu les tribunes et découvrent la beauté de ce lieu mythique et magique. Ce spectacle est embelli par le soleil qui se couche à ce même instant. Les ultras par contre s’énervent car ils ne peuvent déployer leurs bâches et panneaux, ce qui est inconcevable pour un supporter grec. Déjà que les tambours sont interdits dans les stades anglais alors si les bâches ne peuvent pas être déployées c’est un « tue l’ambiance » en plus ! On ne parle pas des fumigènes interdits parout en Ligue des Champions et Europa League. Les membres de la Gate 7 sont d’ailleurs les spécialistes en Grèce du craquage de fumigènes.

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Après plus d’une heure de patience et beaucoup de chants, les équipes rentrent sur le terrain et l’hymne de la Ligue des champions se fait entendre. On ne se lassera jamais de ces minutes magiques ! Chacun des 4000 fans grecs pense que l’Olympiakos peut tenir en marquant rapidement ou bien en marquant au moins un but ce qui rendrait la tâche des Mancuniens bien difficile. Tous les fans grecs avec qui nous avons parlé en ville se sont montrés très confiants par rapport à ce match. Mais en se retournant dans les tribunes en ce début de match, on peut apercevoir sur le visage de chacun un stress énorme et beaucoup de nervosité.

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( Photo: ultras.gr)

Dans les premières minutes, les chants grecs résonnent et sont très puissants. Malgré beaucoup de supporters occasionnels, on ne peut vraiment pas se plaindre de l’ambiance qui est assez impressionnante et qui domine clairement les faibles chants des Mancuniens. Il est vrai qu’aux abords du stade, nous avons vu plus de fans asiatiques que de membres de la Red Army ! Et à part quelques « United, United,… », rien d’autre ne se fait entendre. Sur le terrain, les Grecs résistent plutôt bien, et on sent qu’on va assister à un match engagé et à un réel combat physique. Trois cartons jaunes sont d’ailleurs distribués dans les dix premières minutes. Les joueurs de Manchester s’emparent petit-à-petit du rythme de la rencontre et contraignent Roberto à quelques beaux arrêts. A la 25ème minute, une faute évitable de Holebas sur Van Persie contraint l’arbitre hollandais à siffler un pénalty que l’on pourrait difficilement contester. Mais dans les tribunes, c’est la furie contre l’arbitre qui a selon lui avantager son compatriote sur cette action et l’UEFA et Platini en prennent pour leur grade également ! Van Persie ne se fera pas prier pour transformer ce pénalty et fait rugir tout un stade qui commence à croire à le remontée et à l’exploit. Old Trafford devient de plus en plus bruyant au fil des minutes. Les supporters anglais se sont enfin réveillés, mais les Grecs continuent de chanter et de pousser leur équipe ! Hernan Perez rate l’immanquable sur une belle action venue de la droite, et montre les faiblesses de la défense mancunienne. Un peu plus tard, De Gea, l’autre gardien espagnol de la soirée, nous fait part d’un exceptionnel double arrêt. Les supporters grecs commencent à croire de plus en plus à l’égalisation. Mais à quelques secondes de la fin de la première mi-temps, Rooney adresse un centre à ras de terre parfait vers Van Persie qui fusille Roberto à bout portant. Le stade rugit et fait taire l’ensemble de la tribune grecque. L’arbitre siffle la fin de la première mi-temps et la confiance change de camp. C’est la folie à Old Trafford, les Grecs comprennent tous qu’à ce rythme-là, David ne pourra triompher de Goliath. A la mi-temps, les deux équipes sont à une égalité parfaite sur les deux matchs. Les supporters grecs se rongent les ongles et la nervosité est palpable. Les ultras n’en peuvent d’ailleurs plus des remarques des stewards et de la police qui les rappellent à l’ordre à chaque mouvement sur les sièges, chaque cigarette allumée. On a d’ailleurs senti à de nombreuses reprises l’odeur des joints dans la tribune, les fumeurs se cachant habillement derrière leurs amis regroupés pour laisser chacun fumer tranquillement accroupi derrière ce «  mur » humain ! Le fumeur prenant la place d’un de ses amis et celui-ci là prenant le joint en bouge et ainsi de suite ! Ce cinéma rend fous les stewards qui ne peuvent rien voir et ne peuvent passer dans les tribunes grecques ou presque tout le monde est debout, des sièges étant mêmes occupés par deux personnes, surtout dans les dix premiers rangs où se situent les ultras et les fans les plus remuants.

La seconde mi-temps commence enfin, et Manchester United impose de plus en plus son rythme insoutenable pour l’Olympiakos. A la 51ème minute, sur encore une fois une faute évitable de la défense grecque, un coup franc est sifflé aux abords de la surface. Autour de nous, tout le monde enrage et peste contre l’arbitrage. Van Persie se charge de le tirer et trompe magnifiquement Roberto. Les supporters de United font vrombir Old Trafford pendant de longues minutes. La tribune des visiteurs est littéralement éteinte, les Grecs sont sous le choc. Pourtant ils le savent bien un but seulement suffirait à les qualifier. Au fil des minutes, les fans grecs commencent à comprendre que l’exploit n’aura pas lieu, et à 10 minutes de la fin les supporters mancuniens, situés juste en bas des visiteurs, se tournent pour chambrer les Grecs. Ces derniers dégoûtés par le déroulement du match commencent à leur jeter tout ce qui leur passe sous la main, des gobelets remplis d’eau, des pièces de monnaie, etc… Les stewards sont dépassés et la police doit descendre au pied de la tribune afin de calmer les ultras. Après cet épisode, l’arbitre siffle la fin de la partie. Et les fans de l’Olympiakos chantent malgré tout et applaudissent leurs joueurs. Les larmes dans les yeux et la mine abattue, tout le monde est cloué sur son siège et personne ne parle. Aucun d’entre eux n’arrive à réaliser comment l’exploit leur a échappé. De Gea auteur d’un match fantastique est maudit par l’ensemble des personnes qui nous parlons. Beaucoup maudissent aussi le président Marinakis qui a vendu à la trêve Kostas Mitroglou qui pourtant ne joue pas du tout à Fulham luttant pour la relégation en Angleterre. Il est vrai qu’avec un attaquant de son envergure en pointe , le match aurait pu être bien différent pour l’Olympiakos.

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A la sortie du stade, le silence est impressionnant. Les Mancuniens ne se font pas entendre et baissent la tête lorsqu’ils croisent la horde de Grecs se dirigeant vers les bus et les trams pour rejoindre le centre de la ville. Une fois au centre, tout le monde rentre rapidement à son hôtel ou directement à l’aéroport. Certains des ultras venus de Grèce rentrent dans la nuit dans le même avion que l’équipe et le staff de l’Olympiakos. Vers 1h du matin, l’aéroport est rempli de Grecs venus de partout en Europe et qui passeront la nuit à dormir là car la majorité des vols décolleront le lendemain à des heures fort matinales. Les banquettes et le sol de l’aéroport font office de lit, et chacun devise sur ce malheureux résultat. Vers 5h du matin, après quelques heures de sommeil les bars de l’aéroport sont ouverts et déjà assaillis d’Anglais et de Grecs qui sont déjà tous à la bière! Tous les yeux sont portés sur les écrans qui diffusent le résumé de la veille. On se chambre, mais l’ambiance reste bon enfant. Des fans grecs se consolent en draguant les belles serveuses malgré l’heure matinale. A 6 heures, il est temps d’embarquer. Le vol sera contrairement à celui de la veille bien calme ! On entendra malgré tout quelques chants, et les Grecs nous donnent rendez-vous pour la prochaine Champions League. Les fans de l’Olympiakos nous confient qu’après cette défaite, leurs yeux sont tournés sur la Coupe de Grèce, où un éventuel derby d’Athènes pourrait avoir lieu en finale, et sur l’Euroleague de Basket que l’Olympiakos vient de remporter deux fois de suite !

Les Grecs fidèles à leur ancestrale tradition nous ont offert une tragique et épique soirée de football. La tête haute malgré tout, chacun sait que l’équipe du Pirée, plus petit budget des seize dernières équipes européennes , a réussi à faire trembler un des grands (et riches) d’Europe !

 

Fridhi Ghassen

 

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