L’URSS et la Coupe du monde #8 : 1990, la Der des Ders

Vincent Tanguy
Vincent Tanguy - Publié le 11 avril 2018

La Coupe du Monde organisée en Russie se rapproche désormais. Pour bien nous préparer à l’événement nous avons décidé de nous replonger dans l’histoire des participations des sélections soviétiques et russes aux différentes Coupes du Monde. Nous poursuivons cette série avec le Mondial 1990, ultime Mondial précédant la dislocation de l’URSS.


La Coupe du Monde 1990 en Italie voit la dernière présence sur la scène internationale de la sélection soviétique. Une édition qui ne reste pas dans les mémoires, le parcours de l’URSS n’ayant pas passé la phase de poule malgré la présence de joueurs talentueux. La fin d’une époque…

1990 est une année charnière pour les Soviétiques… Cette année-là, le Secrétaire général du PCUS devient président de l’Union soviétique, poste créé de toute pièce par Mikhaïl Gorbatchev dans le cadre d’une réforme constitutionnelle. Les réformes, l’URSS de Gorbatchev en connaît depuis 1985 et le lancement de la Perestroïka, nom donné pour désigner l’ensemble des réformes structurelles destinées à libéraliser l’économie soviétique, suivie l’année suivante de la Glasnost (transparence), politique de liberté d’expression.

En parallèle de ça, l’Union voit la dislocation progressive du bloc soviétique avec à partir de 1989 la chute des pouvoirs communistes en Pologne, en Hongrie, en Allemagne de l’Est ou encore en Tchécoslovaquie. A l’intérieur, l’URSS se désagrège aussi avec la déclaration d’indépendance de la Lituanie (11 mars 1990), de l’Estonie (30 mars 1990 effective le 20 août 1991), de la Lettonie (4 mai 1990 effective le 21 août 1991) et de l’Arménie (23 août 1990) dès 1990. Cette accession à l’indépendance se fait dans la confrontation avec le pouvoir soviétique, comme par exemple dans les Pays baltes durant les événements de janvier 1990.


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Dans ce contexte politico-économique plus que critique, le football continue malgré tout de vivre. Mais là aussi, le processus politique touche le football. Les clubs géorgiens du Dinamo Tbilissi et du FC Guria Lanchkhuti, ainsi que le club lituanien du Zalgiris Vilnius refusent de participer au début du championnat d’URSS pour raisons politiques. Cela pose des problèmes pour certains joueurs, qui souhaitent tout de même porter le maillot de la sélection soviétique. C’est le cas d’Akhrik Tsveiba, qui passe du Dinamo Tbilissi au Dynamo Kiev pour ces raisons. La Perestroïka voit aussi de nombreux joueurs quitter l’Union soviétique pour tenter l’expérience footballistique en Europe.

Quoi qu’il en soit, le Dynamo Kiev de Lobanosvky remporte son treizième titre de championnat soviétique devant le CSKA Moscou et le Dynamo Moscou. Le club ukrainien fait d’ailleurs le doublé en écrasant en finale de Coupe d’URSS le Lokomotiv Moscou 6-1 avec un triplé d’Oleg Salenko.

Surfer sur la vague 88

Mais revenons à ce qui nous intéresse, la Coupe du monde 1990. Et de ce côté-là, la sélection soviétique s’est bien qualifiée pour le Mondial italien. Finie la période des années 70 durant laquelle l’Union n’a été présente dans aucune des Coupes du monde de l’époque. La Sélection d’URSS, pourtant considérée comme favorite, avait déçu lors de la Coupe du monde 86 en se faisant éliminer par la Belgique 4-3 en huitième de finale. Mais sous l’égide d’un Valery Lobanovsky victorieux d’une deuxième Coupe des Coupes en 1986 avec son Dynamo Kiev et d’un magnifique parcours lors de l’Euro 88 qui voit le titre leur échapper en finale face à une redoutable équipe néerlandaise, il est logique de voir le scientifique du football diriger les Soviétiques vers l’Italie.

Les éliminatoires se déroulent relativement sans encombre. Dans un groupe composé de l’Autriche, de la Turquie, de la RDA et de l’Islande, les choses se déroulent plutôt tranquillement. Hormis une défaite en Allemagne de l’Est (2-1), d’un nul en Autriche (0-0) et de deux autres score de parité contre l’Islande (1-1 à chaque fois), l’URSS se qualifie ainsi pour son troisième Mondial de suite !

La sélection soviétique 1990, ua.tribuna.com

Valery Lobanovsky peut compter sur des joueurs aguerris et ayant participé à l’épopée de 1988, comme le portier Rinat Dasaev, les défenseurs Vladimir Bessonov, Vagiz Khidyatulline, Anatoly Demyanenko, les milieux de terrain Vasili Rats, Guennadi Litovchenko, Aleksandr Zavarov et l’attaquant Oleg Protasov. Viennent s’ajouter Igor Dobrovolski du Dynamo Moscou, auteur d’une superbe saison en championnat, d’Igor Chalimov du Spartak Moscou ou de Sergeï Gorlukovich qui fait le bonheur du Borussia Dortmund. D’ailleurs, contrairement à son habitude, Valery Lobanovsky décide de faire confiance à de nombreux joueurs soviétiques foulant les terrains européens comme Dasaev (FC Séville), Khidyatulline au (Toulouse FC), Sergeï Aleinikov et Aleksandr Zavarov (Juventus Turin) ou encore Aleksandr Borodyuk et Vladimir Liuty (Schalke 04). Quid d’Oleg Salenko, auteur d’une saison énorme avec le Dynamo Kiev ou de Fedor Cherenkov du Spartak Moscou ? Les choix du tacticien de Kiev ne vont pas sans laisser planer quelques doutes et interrogations…

Claque roumaine et cauchemar argentin

Les Soviétiques se retrouvent dans un groupe à priori abordable avec la Roumanie, l’Argentine de Maradona et le Cameroun de Roger Milla. Alors que le 8 juin les Camerounais créent la sensation en battant l’Argentine (1-0), les Soviétiques affrontent le jour suivant la Roumanie au Stade San Nicola à Bari. La première mi-temps est une suite d’occasions pour l’URSS, qui bute sur un Silviu Lung en feu ! Mais avant la pause, Lācātus profite d’une suite d’erreurs défensives pour se présenter devant le but de Dasaev et de le prendre à contre-pied (1-0). La stupeur est de mise dans les rangs soviétiques, qui peinent à réagir en seconde période et se font peur sur chacune des contre-attaques roumaines. Ces derniers vont profiter d’une main de Khidyatulline qui semble être hors de la surface, mais que l’arbitre uruguayen estime être à l’intérieur. Lācātus double ainsi la mise et crée la deuxième sensation dans ce groupe (2-0). En représailles de cette contre-performance, Lobanovsky laisse à partir de là Dasaev sur le banc et titularise Viktor Chanov.

La situation est plus que compliquée en sachant que le deuxième match oppose les Soviétiques aux Argentins. Le match qu’il ne faut pas perdre se déroule cette fois au San Paoli de Naples. Maradona joue ainsi sur ses terres, ce qui n’augure rien de bon pour ses adversaires du jour. Malgré tout, c’est bien l’URSS qui pousse en première période, multipliant les occasions devant Nery Pumpido d’abord puis devant Sergi Goycochea par la suite, qui repousse chacune des occasions. Et quand ce n’est pas le gardien, c’est la « main de Dieu » de Maradona qui empêche le ballon boxé de la tête par Oleg Kuznetsov de faire trembler les filets ! Le juge de ligne est à moins d’un mètre de l’action mais ne voit rien, pas plus que l’arbitre suédois Erik Fredriksson qui laisse une nouvelle fois le bras de Maradona agir en toute impunité… Mais l’URSS cède dès la demi-heure de jeu sur un but de Pedro Troglio et pour ne rien arranger, Vladimir Bessonov est expulsé pour une obstruction en tant que dernier défenseur en début de deuxième période. A dix contre onze, les Rouges continuent de se montrer dangereux mais la finition n’y est décidément pas… Il faut une passe incompréhensible en arrière de Kuznetsov pour Burruchaga pour que l’Albiceleste scelle définitivement la rencontre (2-0).

Le dernier match contre le Cameroun est anecdotique, la qualification étant déjà impossible. Les Soviétiques sauvent donc l’honneur face aux Lions Indomptables en marquant quatre buts grâce à Protasov, Zygmantovich, Zavarov et Dobrovolski (4-0). Le Cameroun par contre se qualifie avec la Roumanie et laisse l’Argentine et l’URSS face à leurs désillusions.

Le constat est dur. Une époque est révolue et ce sans le moindre trophée international. Valery Lobanovsky n’a pas pu calquer ses succès comme entraineur du Dynamo Kiev avec la sélection. Des joueurs vieillissants symbolisent une sélection à bout de souffle. Les bouleversements se font à travers la dislocation de toute une nation. L’Euro 92 voit la sélection de la CEI prendre le flambeau de l’ex-URSS avant de laisser sa place aux sélections nationales. Une triste fin pour une URSS qui a pourtant réussi à faire éclore quantité de joueurs talentueux.

Vincent Tanguy


Image à la une : © rusteam.permian.ru

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Supporter du Spartak Moscou vivant en Russie depuis de nombreuses années. Prends plaisir à partager l'histoire du plus grand club de l'histoire du pays à travers ces pages.

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