L’URSS et la Coupe du Monde #4 : 1970, la fin d’un cycle

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 31 janvier 2018

La Coupe du Monde organisée en Russie se rapproche désormais. Pour bien nous préparer à l’événement nous avons décidé de nous replonger dans l’histoire des participations des sélections soviétiques et russes aux différentes Coupes du Monde. Aujourd’hui : le quatrième épisode de l’histoire de l’URSS avec la Coupe du Monde et l’édition 1970, qui marquera la fin d’un cycle pour une équipe soviétique qui décevra tout son monde lors d’un quart de finale à l’issue amer face à l’Uruguay .


Lire l’épisode précédent : L’URSS et la Coupe du Monde #3 : 1966, la belle performance


Demi finaliste du dernier Euro et de la dernière coupe du monde, l’URSS se pose comme étant un prétendant sérieux pour ce mondial disputé au Mexique. Les espoirs sont grands, la désillusion sera immense. Incapable de passer les quarts de finale, l’URSS rentre bredouille à Moscou. Une sélection sur le déclin qui ne retrouvera jamais son niveau des années 1950-60.

Une qualification aisée

Sur la lancée de deux compétitions internationales réussies, l’URSS se lance dans la campagne de qualifications pour la coupe du monde 1970 au Mexique. Un choix vivement critiqué d’ailleurs par de nombreuses fédérations internationales jugeant que la situation géographique avec des stades situés à haute altitude pouvait s’avérer dangereux pour les joueurs. Pour les joueurs soviétiques, habitués aux conditions climatiques extrêmes c’est bien le cadet de leurs soucis. En effet cette fois, les joueurs n’ont pas le droit à l’erreur, ce sera la victoire finale sinon rien ! Les exigences de la fédération sont élevées mais pas insurmontables pour une sélection qui atteint régulièrement le dernier carré des compétitions.

Cette campagne est également la dernière d’un certain Lev Yashin qui annonce avant les éliminatoires que ce sera sa dernière compétition internationale. Des éliminatoires parfaitement gérés par les soviétiques. Dans un groupe relativement aisé avec l’Irlande du Nord et la Turquie, l’URSS s’amuse et se qualifie aisément. Quatre matchs pour quatre victoires, un seul but encaissé et surtout quatre buts en trois matchs pour le joueur du Dynamo Kiev, Anatoly Bychovets, grand acteur de la qualification. Un billet pour la plus grande compétition de football qui fait pourtant peu réagir en URSS. La presse en parle peu, comme si cette qualification paraissait anecdotique et on ne peut plus normal au pays …

Un mondial contrasté

1970 commence par une tournée en Amérique Latine pour les soviétiques. L’objectif est de s’habituer le plus possible au style de jeu si spécial à l’époque de ces équipes rapides et techniques. Quatre matchs au programme pour les soviétiques avec un passage par le Pérou, le Salvador et le Mexique. Ironie du sort, les deux dernières équipes citées se retrouveront dans le même groupe que l’URSS pour le mondial. Ce voyage au bout du monde est une opportunité inespérée pour ces pays du Nouveau Monde et les milliers d’amateurs de football de voir cette équipe soviétique, l’une des meilleures nations européenne. Lima sera le théâtre de deux rencontres entre Pérou et URSS en l’espace d’une semaine. Une première rencontre compliquée pour les rouges qui ne pourront faire mieux qu’un 0-0 avant de s’imposer 2-0 quelques jours plus tard. 48 heures après, les soviétiques sont déjà présents à San Salvador et malgré la fatigue s’imposent 2-0 face à une faible opposition. La dernière rencontre est la plus capitale, direction le Mexique, l’organisateur du mondial qui compte bien s’affirmer sur le scène internationale. Score final une nouvelle fois 0-0, l’URSS se positionne comme un candidat sérieux pour une place dans le dernier carré.

L’URSS en mode latino quelques mois avant le mondial ©Vitaly Rush

Malheureusement pour les soviétiques, les premiers signes inquiétants interviennent quelques semaines avant le mondial. Afin de peaufiner les derniers détails avant le départ pour le Mexique, deux amicaux sont organisés face à la Bulgarie, également qualifiée pour la Coupe du Monde. Deux rencontres en deux jours pour tester l’effectif et deux matchs nuls au final. L’URSS, incapable de venir à bout des bulgares est déjà critiquée par la presse, il faudra faire bien mieux pour obtenir le trophée convoité!

Composition de l’équipe pour la coupe du monde:

Gardiens: Evgeny Rudakov (Dynamo Kiev), Anzor Kavazashvili (Spartak Moscou), Lev Yashin (Dinamo Moscou), Leonid Shmuts (CSKA Moscou)

Défenseurs: Valentin Afonin (CSKA Moscou), Revaz Dzodzuashvili (Dinamo Tbilisi), Vladimir Kaplichny (CSKA Moscou), Evgeny Lovchev (Spartak Moscou), Murtaz Khurtsilava (Dinamo Tbilisi), Albert Shesternev (CSKA Moscou), Gennady Logofet (Spartak Moscou)

Milieux de terrain: Kakhi Asatiani (Dinamo Tbilisi), Nikolay Kiselyov (Spartak Moscou), Vladimir Muntyan (Dynamo Kiev), Viktor Serebryakov (Dynamo Kiev)

Attaquants: Halimzyan Khusainov (Spartak Moscou), Mikhail Gershkovich (Torpedo Moscou), Anatoly Byshovets (Dynamo Kiev), Gennady Evryuzhikin (Dinamo Moscou), Givi Nodia (Dinamo Tbilisi), Anatoly Puzach (Dynamo Kiev), Vitaly Khmelnitsky (Dynamo Kiev), Slava Metreveli (Dinamo Tbilisi), Valery Porkouyan (Chernomorets Odessa)

Mi-mai 1970, l’effectif soviétique au complet s’envole pour Mexico. Une ville qu’il ne quitteront pas pendant les trois semaines passées sur place. En effet toutes les rencontres seront disputées dans le mythique Estadio Azteca. Lev Filatov, un journaliste présent sur place, est impressionné par l’enceinte. Il le sera encore plus à l’occasion du match d’ouverture. Plein à craquer, le stade de Mexico est chaud bouillant pour la première rencontre de la compétition entre mexicains et soviétiques. Sous une chaleur intense avec ce coup d’envoi à midi, les deux équipes sont en souffrance. Mais contrairement à ce qu’on pouvait attendre, ce sont les mexicains qui vont les plus être touchés par le chaleur. Mais poussés par le public, ils vont réussir à accrocher le match nul 0-0 dans un match extrêmement fermé mais très agressif. Pas moins de cinq cartons jaunes contre les joueurs soviétiques, pour une première utilisation en Coupe du Monde!

Pas de panique dans les rangs soviétiques, à l’hôtel on se détend et on parle football autour des cafés du Chiapas. Pourtant toutes les têtes sont déjà tournées vers le prochain match contre la Belgique. Loin d’être l’équipe la plus dangereuse du mondial, les soviétiques savent qu’une défaite est quasiment synonyme de vol retour pour Moscou. Dans ce même stade Azteca, les soviétiques se montrent costaud. Devant un public venu en nombre mais jouant la neutralité devant deux équipes européennes, les belges ne vont pas faire le poids malgré un bon début de rencontre. Pour Lev Filatov, c’est la meilleure rencontre de l’URSS depuis la victoire en éliminatoires contre l’Irlande du Nord. En effet une victoire 4-1 ça n’arrive pas tout les jours en Coupe du Monde! Byshovets par deux fois, Asatiani et Khmelnytsky sont les buteurs pour les soviétiques. Cela vaut bien une bonne petite partie d’échecs à l’hôtel Escargot pour fêter ça.

Quoi de mieux qu’une partie d’échecs après un bon succès?

Quasiment qualifié, l’URSS doit assurer son dernier match face au Salvador qu’ils avaient aisément battus il y a quelques mois. Seulement là ce n’est plus un match amical mais bien une rencontre de Coupe du Monde. Bon dernier de son groupe avec deux grosses défaites 4-0 et 3-0 contre la Belgique et le Mexique, le Salvador est déjà éliminé mais compte bien ne pas repartir avec zéro point au compteur. Malgré une défense en béton armé, le Salvador va tenir 50 minutes avant de craquer à deux reprises face au génie offensif de Byshovets. L’URSS termine à la première place de son groupe et aura la lourde tâche d’affronter l’Uruguay au prochain tour.

Catastrophe! L’URSS est éliminée dès les quarts!

Intéressante toute au long du mondial, l’équipe soviétique va s’effondrer lors de son quart de finale. Méconnaissable que ce soit offensivement ou défensivement, l’URSS aurait pourtant du passer facilement face à l’Uruguay. Mais pour la première fois de la compétition, les attaquants ne sont pas en réussite. Byshovets est incapable de prendre le meilleur sur les deux uruguayens qui sont tout le temps sur son dos, Khmelnystky va louper plusieurs face à face. Bref, tout les éléments sont réunis pour que l’Uruguay fasse la sensation et en toute fin de prolongation Esparrago va briser les espoirs soviétiques et offrir la qualification à la Céleste. En URSS on est médusé, la presse ne comprend pas comment un si bel effectif à pu s’effondrer en si peu de temps et s’attardera longuement sur les choix du sélectionneur Kachalin, en particulier ses choix offensifs. L’absence de Lev Yachin dans les buts, bien présent dans le groupe mais plutôt en tant qu’adjoint et préparateur mental sera également sujet à controverse. Agé en effet de 40 ans l’araignée noire aura préféré laisser sa place pour la compétition au gardien du Spartak Moscou d’origine géorgienne Anzor Kavazashvili. Il faudra attendre désormais seize ans avant de voir une URSS quelque peu compétitive en Coupe du Monde!


Antoine Jarrige

Photo de couverture : championat.com

L’URSS et la Coupe du Monde #4 : 1970, la fin d’un cycle
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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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