#2 Le football dans les républiques de Russie : La république du Bashkortostan

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Aujourd'hui à 09h32

Voici une nouvelle série de courtes cartes postales sur Footballski. Nous partons découvrir les républiques qui composent la Fédération de Russie avec une brève présentation de la culture locale et un zoom sur la présence footballistique dans le territoire. Pour ce deuxième épisode, nous nous intéressons à la plus peuplée des vingt-et-une républiques russes, la république du Bashkortostan, également appelée Bashkirie. Une des quatre républiques possédant un club de RPL, basé dans la capitale Ufa.


Cette série de court articles a pour but d’apporter un zoom différent sur le football en Russie et sur le pays lui même à désormais moins d’un an de la Coupe du Monde.


Lire aussi : #1 Le football dans les républiques de Russie : La république d’Adyguée


La république du Bashkortostan

Carte de visite

Version originale : Башҡортостан Республикаһы
Superficie :  142 947 km²
Population :  4 071 064 habitants
Capitale : Ufa
Groupes ethniques dominants : Russes (35%), Bashkirs (30%), Tatars (25%)

Statue de Salavat Yulaev à Ufa | © Adrien Laëthier

La république

Le territoire des Bashkirs est situé entre la Volga et l’Oural du Sud (englobant une partie de la chaîne de montagne du même nom). Peuplée à l’origine de Bulgares de la Volga, la Bashkirie tomba rapidement sous l’influence des Mongols puis sous celle de la Horde d’Or. C’est seulement au XVIe siècle que les Bashkirs doivent se soumettre aux Russes après la chute de Kazan et des Tatars. Cette soumission reste controversée, il s’agit de savoir si cela fut volontaire ou par conquête. Les livres d’histoire relatent une soumission volontaire après négociation, d’autres peuples souhaitant s’emparer de leur territoire. Néanmoins, les nombreuses rébellions des Bashkirs qui s’ensuivirent ont instauré le doute chez certains historiens qui affirment que la Russie a tout simplement conquis ce territoire de force.

Les Bashkirs aiment d’ailleurs à affirmer, que contrairement à leurs « frères ennemis » Tatars, eux nn’ont jamais accepté la domination russe et que cela explique le nombre moins important de Bashkirs que de Tatars en population actuellement et également le fait qu’il y ait beaucoup de Tatars dans les villes de la république. Cela s’explique également par le mode de vie traditionnel nomade des Bashkirs qui ne se sédentarisent qu’au XIXe siècle pour adopter un mode de vie plus agricole, mais toujours loin des villes. Ils sont d’ailleurs très largement minoritaire dans la capitale, Ufa (15% de la population seulement) tout comme dans la plupart des villes importantes de la république (Sterlitamak, Oktyabrskiy, Neftekamsk et Salavat).

La Bashkirie fût également la première république à se voir octroyer l’autonomie au sein de la RSFS de Russie. Elle va ensuite fortement s’industrialiser comme toute la région au moment de la deuxième guerre mondiale, recevant beaucoup d’industries déplacées depuis l’Ouest du pays. En 1991, à la fin de l’URSS, la Bashkirie déclara son indépendance totale vis-à-vis de la Russie, mais obtenant des garanties sur son autonomie, elle y renonce en mars 1992 pour s’installer durablement dans la Fédération de Russie.

Aujourd’hui la république est très riche de par son sol, avec de nombreux types de minerais différents (fer, manganèse, cuivre, quartz, lignite…) mais surtout elle est le plus gros producteur de pétrole de Russie, fournissant près d’un sixième de la consommation nationale. De nombreuses industries chimiques y sont également installées ainsi qu’un secteur agricole traditionnel très développé.

République également réputée pour sa culture enrichie par une diversité ethnique très importante, elle a vu naître le poète bashkir Salavat Yulaev (qui a d’ailleurs donné son nom à une ville mais aussi au très performant club de hockey sur glace de la ville) et vu grandir la légende de la danse Rudolf Noureev, qui bien que principalement d’origine tatare avait aussi du sang bashkir dans les veines.

Le club : FK Ufa

L’entrée du stade Dinamo à Ufa | © Adrien Laëthier

Non, Ufa n’est plus la plus grande ville européenne à n’avoir jamais connu l’élite footballistique de son pays (il faut faire quelques recherches mais il est bien possible que ce titre revienne désormais à Chelyabinsk et ses 1,2 million d’habitants), et ce grâce au projet du FK Ufa, créé en 2009, promu après trois saisons en FNL avant de mettre deux saisons de plus à atteindre la RPL (en écartant le Tom Tomsk en barrages), sans jamais la quitter ensuite. Bien-sûr il y a peu à dire sur l’histoire du club, vu que la dernière saison reste sa meilleure de l’histoire avec une septième place en championnat sous les ordres de l’ancien Parisien Sergey Semak. Une saison complète à laquelle il faut ajouter une demi-finale de coupe de Russie perdue face au Lokomotiv Moscou.

Si Pourié, Brown-Forbes ou encore Zinchenko y ont évolué, Ufa est donc toujours un club anonyme. Il s’agit en fait d’un projet du gouvernement bashkir, qui, comme toute province riche, souhaitait voir sa capitale évoluer en RPL. C’est chose faite, et le stade est également désormais prêt, mais malgré des résultats en nette amélioration, la greffe peine à prendre dans cette ville historiquement tournée vers le hockey. Comme dans beaucoup d’autres villes russes, le stade n’est ainsi que très rarement plein.

En aparté, on notera tout de même que le football est présent à Ufa depuis 1947 avec la création du Krylya Sovetov Ufa qui changea maintes fois de nom pour être plutôt connu sous le nom de Neftyanik avant de disparaître en 2006 après avoir connu une vingtaine de saison au deuxième échelon soviétique et avoir été relégué de première division (FNL de l’époque) dès sa saison inaugurale en 1992 pour naviguer entre D2-Oural et championnats amateurs.

Les autres équipes

Le FK Ufa a largement phagocyté le football dans la république mais il ne faut pas oublier que d’autres équipes ont existé. A commencer par le Sodovik Sterlitamak qui, créé en 1961, n’avait fait que quelques brèves apparitions au troisième niveau soviétique. Cela ne lui a pas permis d’être intégré dans les premiers championnats russes, mais petit à petit le club a tracé son chemin pour remporter la D2-Oural en 2005, un an après le scandale du faux passeport d’un joueur géorgien qui lui avait coûté la montée. La saison suivante fût la meilleure de l’histoire du club avec une sixième place en FNL (où seules huit des vingt-deux équipes sont encore présentes onze ans après) mais la saison suivante fût celle de la faillite pour le Sodovik qui sert aujourd’hui d’académie à Ufa.

Le Gornyak célèbre sa victoire historique | © sports.ru

S’il y a du football dans toutes les villes au niveau amateur (championnat de la république), le Gornyak de la petite ville d’Uchaly était encore en D2-Oural, il y a quatre ans, avant sa faillite. Ce club, que j’ai eu l’occasion de voir jouer deux fois avait notamment atteint les huitièmes de finale de la Coupe en 2011 (éliminé au tirs-au-but par l’Alania après avoir éliminé le Lokomotiv). Enfin le Devon Oktyabrskiy, brièvement professionnel au troisième niveau soviétique a passé quatre saisons en D2 russe, remportant même sa zone en 1993 mais n’est jamais monté au deuxième échelon suite à une réforme du championnat. Redevenu amateur depuis 1996, le Devon joue le championnat républicain de Bashkirie.

Le stade

Le stade Neftyanik, datant des années 60 a été reconstruit après avoir accueilli les matchs du club du même nom à l’époque soviétique. Rénové pour le projet du FK Ufa, il a été inauguré en 2015, permettant enfin à Ufa d’avoir un stade fixe après avoir erré entre le stade Dinamo et les villes « voisines. » Ce stade, qui n’est malheureusement jamais plein, possède légèrement plus de 15 000 places et également une piste d’athlétisme le rendant multifonctionnel.

© optilawn.ru

Les joueurs

Ici, nous vous présentons les trois joueurs les plus talentueux de l’histoire de la république.

1) Dinar Sharipov

Père d’Albert, ancien joueur du Rubin et du Tom notamment (aujourd’hui au Neftekhimik), Dinar a lui évolué au Krylya Sovetov, avec plus de 200 matchs de championnat à son actif pour le club de Samara. Passé également par les clubs locaux (Gastello, Neftyanik) et d’autres clubs de la Volga il a également tenté sa chance au Rotor où une blessure l’a empêché de jouer. Cet ancien milieu de terrain a également entraîné la réserve d’Ufa.

2) Oleg Yeryomin

Attaquant russe ayant fait le bonheur du Spartak Anapa après avoir quitté son Gastello Ufa natal, il s’est ensuite essayé au Zenit ainsi qu’au Lokomotiv avant de tenter l’aventure asiatique. Il a ainsi porté les couleurs de Pohang en Corée du Sud avant de partir en Chine puis de rentrer au pays pour achever sa carrière en amateur. Il est aujourd’hui agent de joueurs.

Le jeune Bezdenezhnikh sous le maillot russe | © bombardir.ru

3) Igor Bezdenezhnykh

En plus d’avoir un nom de famille marrant, Igor est un pur produit de la formation locale qui commence à percer à 21 ans. On aurait pu parler ici des espoirs perdus Vasiliev et Kirillov mais on préfère faire confiance à ce jeune milieu de terrain qui s’est affirmé dans la rotation d’Ufa en RPL après avoir été vice-champion d’Europe des U19 avec la Russie.

Adrien Laëthier

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A propos de l'auteur

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Amoureux de la Russie et de l'Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l'Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J'essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d'ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,...) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

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