Ilya Tsimbalar, une larme à gauche

Vincent Tanguy
Vincent Tanguy - Publié le 4 janvier 2017

Souvenons-nous ta manière facile de jouer,
Comment tu faisais mal à tes adversaires,
Ton pied gauche faisait des merveilles,
Comment tu as marqué un superbe but face au Real,
Personne ne pourra sûrement t’égaler,
Et Khottabych ne pourra t’aider,
Puisque ce talent est un don de Dieu,
Ah quel dommage ton siècle fut trop court. 

Oh, Tsimbalar, le plus grand joueur,
Pourquoi es-tu parti si tôt ?
Oh, Ilya Tsimbalar, tu as parcouru
Seulement quarante cinq ans

Cette ode à la gloire d’Ilya Tsimbalar fut écrite pour les deux ans de son décès, par le groupe de supporters Fratria. Le 29 décembre 2013, « Ilyusha » quittait ce monde des suites d’un arrêt cardiaque. Toute la famille du football russe a pleuré la disparition de ce joueur qui incarnait à lui seul les années 1990 et cette décennie faite de trophées pour le Spartak Moscou. Les supporters d’aujourd’hui n’oublient pas la place qu’a eu Ilya Tsimbalar dans la fantastique équipe d’Oleg Romantsev. Face à la perte d’un de ses plus grands joueurs, les supporters lui rendent donc hommage, à leur manière.

© chugunka10.net

La période de gloire de Tsimbalar, c’est au Spartak qu’il l’a vécue, de 1993 à 1999 avec à la clé six championnats de Russie, quatre coupes de Russie et une reconnaissance par l’ensemble de ses pairs (élu meilleur joueur de RPL en 1994, 1995, 1996 et 1998). A côté des meilleurs joueurs russes du moment tels qu’Andrei Tikhonov, Viktor Onopko, Dmitri Alenitchev ou encore Egor Titov, Ilya Tsimbalar put imprimer sa marque de fabrique : le dribble et la frappe du pied gauche. Milieu offensif doté d’un sens du jeu fantastique, il joua pas moins de 146 matchs sous les couleurs des Rouge et Blanc et marqua 42 buts.

© rusteam.permian.ru

Parmi ces 146 matchs, deux marqueront à jamais tous les supporters du Spartak.

Spartak Moscou – Alania Vladikavkaze (2-1) 16 Novembre 1996

Le match en or qui décida du vainqueur du championnat russe 1996 à Saint Pétersbourg. Ce match, c’est le résumé de tout ce qu’Ilya Tsimbalar a apporté au Spartak Moscou durant ces années. Une capacité à aérer le jeu par ses passes précises, cette volonté du jeu vers l’avant. C’est d’ailleurs lui qui, sur un une-deux avec Alenitchev, ouvrit la marque à la 27e. Avec sang froid, il guida ainsi le Spartak vers un nouveau trophée. Andrei Tikhonov se chargea en fin de match d’achever le travail.


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Spartak Moscou – Real Madrid (2-1) 30 Septembre 1998

Le Sparak reçoit en phase de groupes le Real Madrid. Dans un stade Luzhniki surpeuplé, Ilya Tsimbalar marque un des plus beaux buts de sa carrière, en nettoyant d’un coup franc magistral la lucarne de Bodo Illgner. Le pied gauche magique a encore frappé dans un match décisif ! Le Spartak remportera le match grâce à un second but de Egor Titov.

Ces matchs ont façonné la mémoire des supporters du Spartak de la génération post-soviétique et Ilya Tsimbalar en était l’emblème. Tout au long de son parcours sous les couleurs rouge et blanches et dans ses interviews, Tsimbalar a entretenu cet esprit club, telle une famille. Il attachait une place importante à l’intégration des jeunes dans l’effectif afin que l’ensemble du groupe puisse vivre et jouer sur le terrain ensemble. Cette cohésion de groupe lui était chère et il prenait à cœur son rôle de « grand frère ». Cet esprit de groupe, on le retrouva sur le terrain durant toutes les années de suprématie du club au losange.

Outre sa grande technique, tous ses anciens partenaires retiennent ses anecdotes, son sourire et sa bonne humeur hors du terrain. Plus qu’un grand joueur, c’était un partenaire de rêve.

Spartakiste… et Odessite

Le Spartak était son club de cœur, mais Odessa resta tout au long de sa vie sa ville de cœur. Né sur les bords de la Mer noire le 17 juin 1969, il intègre à sept ans le centre de formation du Chernomorets puis, durant ses premières années en tant que professionnel, passe par l’ensemble des clubs d’Odessa (le Dinamo Odessa en 1986, le SKA Odessa entre 1987 et 1989) pour finir avec son club formateur avec lequel il connaît la transition de l’URSS vers Ukraine. Il gagne d’ailleurs en 1992 la première Coupe d’Ukraine de l’histoire post-soviétique. C’est là que le Spartak le recrute et fait de lui la future légende du club.

C’est à Odessa que l’on retrouve Ilya Tsimbalar, quand il n’est pas à Moscou durant ses vacances. Très attaché à la ville, il est plus Odessite qu’Ukrainien. Il joue trois matchs en 1992 avec la sélection ukrainienne avant d’intégrer la sélection russe à partir de 1994, pour laquelle il apparaît 28 fois et marque quatre buts.

Et comme Ilya Tsimbalar n’avait pas suffisamment marqué l’histoire d’un club, il marqua les esprits d’un pays en écrivant avec ses coéquipiers une page importante de l’équipe nationale russe, le 5 juin 1999. La Russie affronte la France au Stade de France et les Russes créent l’exploit en battant les Champions du Monde sur le score de 2-3. Ilya Tsimbalar donna le but victorieux à Karpine en fin de match. Cela reste alors un énorme exploit de la Sbornaya qui défait la France pour la première fois depuis leur titre en 1998.

© sports.ru

L’alcool comme adversaire

Adulé dans son club, s’imposant en sélection nationale, Ilya Tsimbalar aurait pu viser les sommets. Courtisé par quelques clubs européens, il décida de rester à Moscou. En 1996, année phare de sa carrière, la Lazio recherche un milieu de terrain et porte une attention particulière sur Ilya Tsimbalar. Refusant l’offre malgré son penchant pour le Calcio, c’est Pavel Nedved qui prendra sa place et atteindra plus tard les sommets avec la Juventus.

Sans trop égratigner l’image de Tsimbalar aux yeux des supporters, ses problèmes d’alcool furent un frein important à ses possibles départs vers l’étranger. Mais pas seulement. Les déboires d’Ilya Tsimbalar se passaient tant en club qu’en sélection nationale. Un jour, Ilya est arrivé sous l’emprise de l’alcool à Tarasovka, la base du Spartak, et s’est mis à taper à coups de pied sur la porte d’entrée. Les gardiens, étonnés, l’entendirent appeler… sa femme ! Il s’est avéré plus tard qu’Ilya avait confondu le centre d’entrainement avec son propre domicile…

En 1999, lors d’un entrainement avant un match amical avec l’Allemagne, Sergey Pavlov, alors assistant d’Oleg Romantsev au poste de sélectionneur de l’équipe russe, trouva Ilya Tsimbalar ivre la veille du match. L’exploit face à la France n’empêcha pas Oleg Romantsev de l’écarter de la Sbornaya… et du Spartak par la même occasion. Ilya Tsimbalar réfutait ses allégations : « Je sais quand il est possible de boire et quand je ne peux pas, et je sais quand il faut s’arrêter. » Il quitta ainsi le club au losange en 1999.

L’après Spartak

Ilya Tsimbalar ne retrouva plus la grandeur du temps de ses années phares au Spartak. Touché par une lourde blessure, il joua lors de la saison 2000 au Lokomotiv Moscou (10 matchs) avant de finir sa carrière deux ans plus tard à l’Anzhi Makhatchkala (16 matchs et un but), où il devint vice-président du club en 2002.

Mais le Spartak restait ancré en lui et c’est en tant qu’entraîneur de la réserve qu’il revint au club pour la saison 2003-2004. En 2006, il prit les rennes du Spartak-MJK Ryazan, alors en 2ème division et avec lequel il monta en 1ère division. Il fut d’ailleurs élu meilleur entraîneur de la division « Centre ». Les bons résultats n’empêchèrent pas Tsimbalar de quitter Ryazan et de rebondir à Nizhny Novgorod en 2ème division. Il termina sa carrière d’entraîneur en tant qu’assistant au Shinnik Yaroslav.

Les deux dernières années de sa vie, il les passa à jouer aux cotés des vétérans du Spartak. Il s’éteignit le 29 décembre 2013, officiellement d’un arrêt cardiaque et fut enterré à Odessa. Depuis lors, le Spartak organise un match commémoratif chaque année en son honneur à Odessa.

© interfax.ru

Ilya Tsimbalar est ce type de joueur qui donna à tous les fans de foot l’envie de jouer, d’aller au stade ou de regarder un match à la télé. La beauté du jeu mélangée à l’efficacité. Peu ou pas d’articles traitent de ce joueur en Europe. Qu’en aurait-il été s’il avait, comme bon nombre de ses compatriotes tels que Mostovoï ou Valery Karpine, fait le saut en choisissant de quitter la Russie ? Les Russes et notamment les amoureux du Spartak ne se posent pas la question. Ils regrettent sa disparition prématurée mais le font encore aujourd’hui vivre à travers la mémoire et les chants. C’est ça aussi, le foot.

Vincent Tanguy


Image à la une : © http://imena.pomnivsegda.ru/

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A propos de l'auteur

Vincent Tanguy

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Supporter du Spartak Moscou vivant en Russie depuis de nombreuses années. Prends plaisir à partager l'histoire du plus grand club de l'histoire du pays à travers ces pages.

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2 Commentaires

  • Merci pour cet article. J’ai appris que récemment qu’il nous avais quitter: quel choc.
    « Ilya Tsimbalar est ce type de joueur qui donna à tous les fans de foot l’envie de jouer, d’aller au stade ou de regarder un match à la télé. »
    Complètement d’accord avec ça: le gars était hallucinant dans ces orientations offensive et dans la façon dont il ne perdait presque jamais le ballon.
    Il était très représentatif des ces joueurs Russes d’il y 10 ans : technique, super intelligent et surtout très atypique…

    Le Spartak de Moscou était dans les années 1994-2001 une équipe qui pratiquait l’un des plus beau football que j’ai jamais vu: axé sur un jeu court en max 2/3 touches, redoublement de passe et élaboration (parfois exagéré) des actions offensives. D’une certain façon cela ressemble un peu au tiki-taka espagnol mais à la différence que la possession n’était pas le but recherchée.
    Pour moi cette équipe était le summum du « Magnifique Looser Romantique »…

    Merci encore !

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