Les matchs en or d’URSS et de Russie

Vincent Tanguy
Vincent Tanguy - Publié le 28 novembre 2016

Les championnats sont longs, les confrontations directes inévitables et pourtant, il est fréquent de voir une fin de championnat haletante entre deux équipes. Au coude à coude, seuls le nombre de victoires ou la différence de buts sont des moyens statistiques pour pouvoir départager les équipes et déterminer l’unique vainqueur de la compétition. « Le but en or » fut un moyen imaginé par les instances internationales pour départager deux équipes par le jeu. Tout le monde se souvient du but en or d’Oliver Bierhoff pour l’Allemagne lors de la finale des Championnats d’Europe 1996 face à la République tchèque (2-1), de David Trezeguet durant la finale de l’Euro 2000 face à l’Italie (2-1) ou encore de Laurent Blanc en 1/8ème de finale de la Coupe du monde 1998 face au Paraguay.

Durant son histoire, la Russie et avant elle l’Union soviétique ont expérimenté le « match en or ». A égalité de points au terme du championnat, les deux équipes leaders devaient se départager lors d’une rencontre finale, peu importe le nombre de victoires ou le nombre de buts marqués durant le championnat. Ce n’était pas la règle.

En enlevant les premiers championnats de l’ère soviétique durant lesquels on jouait sous forme de phases éliminatoires, on peut retrouver 4 matchs en or.

1964 – Dinamo Tbilissi – Torpedo Moscou

Le Dinamo Tbilissi et le Torpedo Moscou s’affrontent dans un match au sommet à Taschkent (Ouzbékistan) dans le stade Pakhtakor. Les deux équipes n’ont pu se départager au bout de 32 rencontres. Cette situation n’eut lieu qu’en 1947, saison durant laquelle le TsDKA termine dos à dos avec son grand rival du moment, le Dinamo Moscou. A ce moment-là, le règlement départageait les équipes grâce à la différence de buts et le TsDKA fut déclaré champion. Le règlement a depuis évolué et en 1964, les deux équipes doivent se départager sur le rectangle vert lors d’une dernière confrontation.

Le Dinamo Tbilissi, club emblématique géorgien durant la période soviétique, attend alors toujours son heure de gloire. De multiples fois sur le podium, le club n’a à ce moment toujours pas remporté le moindre trophée, ni en Championnat d’URSS ni en Coupe. Pour cause, les Géorgiens ont toujours fini par flancher. Durant cette année 1964, le Dinamo Tbilissi réalise une belle saison en restant invaincu à domicile et ne perdant que 4 matchs à l’extérieur. Coaché par Gavriil Kachalin, entraîneur de la victorieuse sélection nationale d’URSS lors des Jeux olympiques de 1956 et du Championnat d’Europe 1960, le Dinamo Tbilissi a toutes les cartes en mains pour remporter son premier championnat.

En face, le Torpedo Moscou a déjà connu le goût de la victoire (2 Coupes d’URSS (1949, 1952) et un doublé championnat/Coupe en 1960). Sans Eduard Streltsov, alors joueur avec l’équipe réserve du Torpedo après avoir connu quatre ans et demi de camp disciplinaire pour accusation de viol, mais avec le milieu défensif Valeri Voronine, figure importante du Torpedo de l’époque et de la sélection nationale.

Le 18 novembre 1964, devant 70.000 spectateurs, les deux équipes s’affrontent donc pour le titre. Après une première mi-temps sur un bon rythme, le Torpedo ouvre la marque à la 56e par Sherbakov sur une belle frappe pied gauche qui trompe le gardien Kortikadze. Le Dinamo Tbilissi égalise grâce à Datunashvili qui trompe le gardien sur une frappe lobée, les deux équipes se retrouvent à nouveau dos à dos au bout de 90 minutes. La prolongation tourne largement à l’avantage du Dinamo avec 3 buts en 15 minutes signés Datunashvili (92e), Meskhi (105e) et Metreveli sur penalty (107e).

Le Dinamo Tbilissi remporte ainsi son premier championnat soviétique. Il le gagnera une deuxième fois en 1978. Quant au Torpedo Moscou, le retour d’Eduard Streltsov en équipe première leur permettra de remporter l’année suivante le championnat.

1970 – Dinamo Moscou – CSKA

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© pfc-cska.com

6 ans après la victoire du Dinamo Tbilissi, le Championnat d’URSS 1970 donne à nouveau l’opportunité de vivre une finale de championnat ! En effet, le Dinamo Moscou et le CSKA ont fini à égalité de points après 32 rencontres.

Le 5 décembre 1970, de nouveau à Taschkent au stade Pakhtakor, devant 40.000 spectateurs, les deux équipes moscovites se présentent face à face. Le Dinamo peut compter sur son entraîneur Konstantin Beskov, coach depuis 4 saisons et développant un football offensif qui ne peut déplaire aux supporters. En face, le CSKA peut lui compter sur un joueur de talent, Vladimir Fedotov, le fils du légendaire Grigori Fedotov. Deux équipes qui prirent le dessus sur le Dynamo Kiev et le Spartak Moscou, les équipes phares du Championnat 1969.

Durant ce match, les deux équipes ne peuvent se départager au terme du match (0-0). Le Dinamo et le CSKA se voient alors le droit à une deuxième chance le jour suivant (à l’époque cela était possible…). Cette fois, les filets vibrent. Dès la 11e minute, Dudarenko ouvre le score. Le Dinamo répond quelques minutes plus tard en passant devant grâce à des buts de Zhykov (22e), Evriuzhikhin (24e) et Maslov (28e). 3 buts en moins de 10 minutes qui laissent alors penser que le match est plié.

Le CSKA, sonné, réagit de la plus belle des manières en deuxième période et recollent au score en moins de 5 minutes avec des buts de Fedotov (71e) et Polikarpov (penalty, 75e). Les joueurs du Dinamo perdent alors totalement pied et concédèrent un quatrième but de Fedotov à la 84e qui achève le club. Le CSKA remporte au terme d’un match à rebondissements le championnat soviétique 1970.

1996 – Spartak – Alania Vladikavkaze

L’Union soviétique s’est effondrée depuis 5 ans, mais la règle n’a pas changé d’un yota ! Et qui de mieux que le Spartak Moscou, vainqueur du championnat russe 3 années d’affilée (1992, 1993, 1994) et l’Alania Vladikavkaz, vainqueur du championnat 1995, pour s’affronter lors d’un « match en or » pour le titre de champion 1996 ! Après 34 matchs et 72 points en poche, les deux équipes ne peuvent se départager.

Avec des joueurs tels que Dmitri Ananko, Ilya Tsimbalar, Dmitri Alenitchev, Egor Titov ou encore Andrei Tikhonov, le Spartak aligne l’une des meilleures équipes de son histoire. Le match dans le match se déroule lui sur le banc entre Gueorgui Yartsev et Valeri Gazzaev qui avait amené l’année passée le club caucasien vers le seul titre de son histoire.

C’est au stade Petrovsky de Saint-Pétersbourg que la finale se déroula. Devant 25.000 spectateurs, les rouge et blanc prennent le contrôle du ballon. Tikhonov, très remuant côté droit, met le feu, mais c’est Ilya Tsimbalar, à la 27e, qui, en une deux avec Alenitchev côté gauche reprend le ballon après une énorme course pour tromper Kramarenko à contre-pied.

Alania répondquelques minutes plus tard grâce à Tedeev, mais Dmitri Ananko sauve sur la ligne… Alexandre Filimonov peut remercier son défenseur sur le coup. C’est lui d’ailleurs qui semble hors du coup dans cette première mi-temps.

Le Spartak joue beaucoup plus collectivement que son adversaire. A plusieurs reprises, les joueurs de Yartsev auraient pu prendre le large par Titov ou Dzhubanov, mais le gardien était toujours à la parade.

La seconde période démarre par une occasion en or pour Alania, mais Filimonov s’interpose. Malgré tout, c’est bien le Spartak qui domine les débats grâce à un Tsimbalar au sommet de son art. Les hommes de Gazzaev poussent, mais rien ne passe et c’est Tikhonov qui, suite à une accélération côté gauche, tente une frappe qui trompe Kramarenko et va toucher le poteau pour finir dans les filets (82e). A 2-0, le match semble alors terminé. Mais Kanishev redonne espoir à ses coéquipiers en transformant un penalty (88e), réduisant ainsi le score. Les rouge et jaune y croivent jusqu’au bout, mais le Spartak tient jusqu’au bout et est sacré champion !

Le retour du Spartak au sommet dura ainsi jusqu’en 2001, année du dernier titre du club au losange. Une série de victoires que ne connut pas Alania qui descendit en 2004 pour ne plus connaître la première division jusqu’alors…

2002 – CSKA – Lokomotiv Moscou

 

La suprématie du Spartak depuis la chute de l’Union soviétique sur le championnat russe est claire, le leadership se joue cette fois entre le CSKA et le Lokomotiv Moscou. A égalité de points (66) en 30 matchs, les deux équipes moscovites se retrouvent le 21 novembre 2002 au stade Dinamo à Moscou devant 34.000 spectateurs.

Les hommes de Yuri Semin prennent vite les devants dès la 5e minute sur une frappe de Loskov. Durant un match très disputé, le Lokomotiv réussit finalement son pari et remporte pour la première fois le championnat russe de toute son histoire ! On peut évidemment comprendre par la suite que les supporters du Lokomotiv vouent un grand respect pour Yuri Semin… Son retour cette année au poste d’entraîneur est justement l’espoir d’un retour du succès pour les supporters du Loko incarné par cet homme.

Côté CSKA, le plus frustré doit être Valeri Gazzaev, entraîneur du CSKA et surtout homme qui a connu deux matchs en or… pour deux défaites.

Pour ou contre le match en or ?

Le « match en or » s’appelle désormais « match supplémentaire », mais il faudrait une combinaison de tellement de facteurs (victoires, défaites, buts marqués/encaissés…) qu’il est difficile de revoir un tel match de nos jours.

Les impressions pour son retour sont partagées. Yuri Semin est pour, mais bizarrement Valeri Gazzaev est « catégoriquement contre ». L’effervescence des supporters pour ce type de match et l’adrénaline des joueurs sont évidemment l’intérêt de tels matchs. Combien de supporters du Spartak ont souvenir de ce match de 1996 en particulier et de supporters du Lokomotiv se souviennent de ce match de 2002 qui leur a donné le premier titre ! On gardera en mémoire ces moments de gloire et de tristesse.

Vincent Tanguy


Image à la une : © Championnat.com

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A propos de l'auteur

Vincent Tanguy

Vincent Tanguy

Supporter du Spartak Moscou vivant en Russie depuis de nombreuses années. Prends plaisir à partager l'histoire du plus grand club de l'histoire du pays à travers ces pages.

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