Histoire de Derbys – Widzew Lodz vs. LKS Lodz, La Haine et la Violence

Mathieu
Mathieu - Publié le 12 janvier 2017

Ce 16 octobre 2016, Łódź (se prononce woodj – en prononciation anglaise) s’éveille dans la lourdeur d’un temps maussade et pluvieux. Certains dorment encore dans les barres d’habitation laides et décrépites qui ont poussé comme des champignons dans ses faubourgs, juste derrière le centre historique, alors que d’autres sont déjà debout, parfaisant leur tenue de combat, leur tenue de jeu. En cette heure matinale, au dehors il n’y a que les chats qui traversent les voies rapides vides que bientôt des milliers de personnes emprunteront pour rejoindre l’Aleja Unii Lubelskiej en passant par la vieille ville, fumigènes à la main, drapeaux dans le vent, muscles bandés et chants braillés comme des ordres militaires. Il fut un temps où l’entrainement était constant pour être prêt pour le Jour J. Des deux côtés de la ville, deux groupes faisaient de ce rendez-vous celui de la haine, de la violence, du combat avec en arrière plan un match de football. Etre situé au milieu de la Pologne donne-t-il l’envie à Łódź d’être au centre de l’attention? En tout cas en ce 16 octobre 2016, Łódź redevenait la plus importante ville de Pologne qu’elle fut un temps, et ce pour un match de III.Liga (4e division), mais quel match! Le Derby Łódźi!

Litzmannstadt, Manufacture & Holy Łódź

La ville qui accueille ce Derby est située en plein centre de la Pologne, dans un Voïvodie (région administrative polonaise) qui porte son nom. Une ville a l’histoire longue et lourde. Łódź est particulière, Łódź n’est pas Belle, Łódź serait plutôt Bête mais Łódź a une âme profonde, multiculturelle et industrielle. Une grande ville, une très grande ville qui se vide petit à petit sans faire de bruit sous l’influence de la capitale Varsovie, beaucoup trop proche. Autrefois première ville de Pologne en terme d’habitants, elle en est maintenant la troisième avec un peu plus de 690.000 habitants.

On retrouve des traces de son existence dès 1332 dans les textes mais c’est surtout son histoire moderne, du XIXe et du XXe siècle, qui va en faire une métropole riche, un phénix industriel et polonais. Peuplée par trois grandes communautés allemande, polonaise et juive, la ville va se tourner vers le commerce et l’industrie du textile dans le courant du XIXe siècle pour devenir le fleuron de l’industrie polonaise et européenne dans ce domaine, à l’instar de Manchester. Tout le monde à cette époque travaille dans une fabrique ou une manufacture, sur des machines-outils, pour ces métiers à tisser industriels qui font la fierté des entrepreneurs allemands (présent s à plus de 70% de la population au début des années 1800), juifs et polonais. Puis l’essor va venir de l’ouverture au marché russe et de l’arrivée constante de travailleurs de toute la Pologne et de l’Est. Par conséquent, la population va doubler tous les dix ans au cours du XIXe pour atteindre une masse de 300.000 habitant en 1900, puis 600.000 quinze années plus tard. L’industrie a transformé l’ancienne petite ville pour en faire l’une des plus grosse agglomérations d’Europe avec une croissance sans précédent, laissant même à cet époque Varsovie sur le bas côté du miracle industriel.

La ville rayonne, le niveau de vie augmente, le business est florissant et même les premiers soubresauts de la Première Guerre Mondiale n’arrêtent pas cette ascension. Jusqu’à ce que le conflit survienne officiellement, laissant une ville amoindrie avec près de 40% de la population fuyant les combats et la mainmise allemande. Puis, ce sont les Allemands qui vont devoir fuir après la fin de guerre et l’indépendance polonaise retrouvée. Après cette période, les Polonais représentent 60% de la population, les Juifs un peu plus de 30% et les Allemands n’en représentent plus que 9%. Malgré ces changements qui pourraient être néfastes, les Allemands ayant été les principaux propriétaires de manufactures, l’industrie repart de plus belle lors de l’entre-deux-guerres. Le textile est le moteur de cette industrie, les machines s’améliorent, la main d’oeuvre revient de plus en plus nombreuse et les affaires refleurissent encore davantage qu’auparavant. Trente ans d’âge d’or dans une ville modèle en Europe. Malgré quelques grèves réprimées dans la violence et le sang, rien n’arrête la machine Łódź.

Fabryk Poznanskiego – © fotopolska.eu

Symbole de l’essor industriel couplé au multiculturalisme, la ville vit ses dernières années de gloire avant une période sombre. Car la Seconde Guerre Mondiale va faire de Łódź, le martyr de la politique ethnique et fasciste des Nazis. Comme à Varsovie ou à Cracovie, les autorités allemandes détruisent tout d’abord les symboles de l’identité polonaise (statues, drapeaux …), la ville devient Litzmannstadt, les fabriques et les manufactures sont pillées et les machines détruites ou envoyées en Allemagne, les propriétaires en sont expropriés, la ville n’existe plus en tant que ville polonaise, elle se trouve rayée de la carte par la Wehrmacht.

Mais l’horreur, la haine et la violence vont atteindre leur paroxysme lorsque les Nazis vont parquer plus de 200.000 Juifs habitants de Łódź dans un ghetto où la seule issue est la ligne de chemin de fer amenant directement vers les camps de concentration. Les Juifs de Łódź sont exterminés, comme tout les Juifs polonais, dans un déchaînement de haine que tout le monde connaît désormais. Alors qu’ils représentaient 30% de la population, ils sont liquidés comme des animaux pour n’en représenter que moins de 1% après la guerre. Łódź l’industrielle et la multiculturelle est alors morte, écartelée par le nazisme et il sera dur pour la ville de s’en relever.

© Wikipedia

Après la guerre, c’est une ville en ruines, à terre, exsangue qui s’offre à une population ayant chuté de moitié. Mais la ville va renaître comme un phénix, comme la Pologne tout entière après chaque guerre, chaque signe d’un déluge divin. En peu de temps, l’industrie reprend, les manufactures rouvrent, les gens reviennent et on ne parle plus de la guerre, car il faut bien sûr oublier l’horreur parfois complice. L’Académie Nationale des Beaux-Arts et l’Ecole Nationale du Cinéma vont ouvrir leurs portes en 1948 pour commencer et développer une transition plus culturelle de cette industrie. Jusque dans les années 1980, c’est une ville prospère qui retrouve bien plus que son lustre d’antan. Il n’y a que très peu de chômage, même si la vie peut y être difficile, de par le rythme infernal des machines pour les ouvriers, alors qu’elle y semble très agréable pour les directeurs de manufactures et autres stars de cinéma. Mais pour très peu de temps encore.

Car le déluge va s’abattre une fois de plus. En 1987, le parlement polonais vote une loi sur la libéralisation et l’ouverture du marche économique polonais. Du coup, le textile polonais devient beaucoup trop cher comparé au textile chinois ou même celui venant d’autres pays d’Europe de l’Est. Les manufactures ferment les unes après les autres, c’est la lente agonie qui s’empare de la ville. La transition vers le monde de la culture est longue, la désindustrialisation est un coup de poignard dont les travailleurs de Łódź vont avoir du mal à se relever, et la ville se désemplit petit à petit. Pourtant, comme l’a dit le grand cinéaste polonais Andrzej Wajda :

Un film est comme une machine. Tout bouge et s’anime toujours de la même manière

Malgré l’industrie du cinéma polonais bien implantée dans la ville, lui donnant son surnom de Holy Łódź (prononcé à la polonaise Holywoodj), les temps heureux sont passés et la ville se vide, vieillit, s’empâte et s’enlaidit. De nos jours, Łódź tente son énième résurrection à travers cette histoire industrielle et culturelle en se voulant épicentre de la Mode polonaise grâce à sa culture du textile, une ville pour la nouvelle vague artistique polonaise et européenne grâce à ses musées, son école du cinéma et ses beaux arts. Une Leipzig polonaise avec un peu plus de banques mais les même bâtisses, manufactures de pierres rouges devenues ateliers se peuplant de hipsters en Kubota, d’artistes désargentés, de créateurs rêvant de Paris et de jeunes réalisateurs inspirés par Wajda ou Polanski.

C’est cet âge d’or de l’industrie du textile de Łódź qui a permis à la ville et en particulier à deux de football de rayonner et de s’affronter, créant dans cette immense agglomération le terreau du plus fin des foot polonais mais aussi le plus disputé, le plus violent. L’Histoire n’étant jamais bien loin du terrain.

Le torchon brûle autour de la Ulica Piotrowska

Comme dans toutes villes industrielles, le sport tient une grande place car il est l’un des seuls moyens de distraction abordable pour ses ouvriers. Łódź possède plus de 60 clubs sportifs différents, de la pétanque au judo en passant par le football et le tennis de table. Mais de ces 60 clubs, deux sont les principaux acteurs de la renommé de Łódź pendant près de trois décennies. Le ŁKS Łódź et le Widzew Łódź, deux clubs se disputant depuis 1948 la suprématie sur la ville. Le premier derby entre les Chevaliers du printemps (ŁKS Lodz) et l’Armée Rouge (Widzew Łódź) a eu lieu en 1948, à une époque où le grand s’appelait ŁKS et le petit Widzew. Mais tout cela a bien changé.

© Footballski.fr

Avant de rentrer dans le vif du sujet, passons d’abord par petit cours de géographie footballistique, à l’aide de l’infographie ci-dessus. La ville est séparée par l’ulica (la rue) Piotrowska qui fait office de frontière officieuse entre les belligérants. Toute personne s’aventurant avec un signe ostentatoire se référant à l’ennemi de part et d’autre devra faire face aux insultes, voir plus. A Łódź, il faut savoir que la haine est profonde et provoque des réactions disproportionnés. Vous êtes prévenus. A l’Est s’étend le territoire du Widzew Łódź, grand et puissant de par le soutient populaire, financier et les résultats obtenus sur les scènes polonaise et européenne. Le stade Ludwik Sobolewski (sur l’ulica Piłsudskiego), maintenant rénové, peut contenir 18.000 personnes dans son enceinte contre 10.000 auparavant, il est situé en plein milieu du territoire de l’Armée Rouge. Le Widzew Łódź c’est l’équipe d’un certain Zbigniew Boniek (Zibi), parti par la suite à la Juve aux côtés de Platini et actuel président de la fédération polonaise de football, mais ça c’est une autre histoire qu’on vous contera bientôt.

A l’Ouest s’étend le territoire du ŁKS, moins grand mais plus fervent. Le ŁKS connaît moins de succès nationaux et européens que son voisin mais ses ultras et hooligans sont considérés comme les plus durs et les plus déterminés dans leur amour pour leur club de toute la Pologne. Les Chevaliers du Printemps, surnom donné par le journaliste Jerzy Zmarzlik après une victoire du ŁKS contre le Gornik Zabrze par le score de 5-1 en Avril 1957, profite d’avoir été le premier club de Łódź à jouer en première division polonaise pour avoir cette base de supporters certes moins nationale que celle du Widzew, mais tout de même très importante et d’une grande ferveur au niveau local et régional. L’enceinte du LKS tout juste à moitié refaite (une seule tribune a été construite, ce qui vaut beaucoup de moqueries de la part des fans du Widzew), se trouve non loin de l’ulica Piotrowska (Aleja Unii Lubelskie pour être précis) et peut maintenant accueillir seulement 2.200 personnes, alors que dans leur ancienne antre il n’était pas rare d’avoir plus de 40.000 personnes assises et debout lors des matchs à domicile.

© Bluntman1908 / Wikipedia

Le vif de notre sujet va se jouer entre 1975 et 2000, période durant laquelle 48 derbys ont été joué en première division entre les deux ennemis, sur un total de 63 durant toute leur histoire commune en première, seconde, troisième et quatrième divisions. Des derbys qui vont monter crescendo dans la violence et la haine qui les animent. Comme nous l’avons vu avec le derby Trójmiasta, la guerre de territoire est propre à l’histoire et à la mémoire polonaises, et s’applique à son football. Ce derby ne déroge a aucune règle du genre. Porté chacun par une partie de la ville, l’Est contre l’Ouest, le derby se révèle être un tremplin pour la suprématie d’un club sur l’autre. Noms des clubs, croix celtiques, étoiles de David, insultes en tout genre sont graffés sur les murs de la ville comme un patchwork éclectique de revendication territoriale, d’insultes et de haine que les dirigeants des deux clubs tentent maintenant de freiner, dans le but de normaliser les relations et de rendre à la ville des murs non souillés par cette haine mutuelle. Dans son histoire, le derby a pris une dimension presque apocalyptique et les années 1980-90 symbolisent cette lutte presque « a la muerte« .

© Agencja Gazeta / wyborcza.pl

Octavius ŁKS Łódźius et Cassius Widzew Łódźius

Ce duel n’a nul pareil en Pologne, aucun match ne provoque autant de ressentiments, nul terrain de jeu ne pousse autant à la haine entre deux clubs. Et pourtant, le ŁKS Łódź double champion polonais et le Widzew Łódź quadruple champion font partie du gratin du football polonais avec dans leur rang des joueurs virtuoses a travers les époques récentes comme Boniek (Widzew), Smolarek (Widzew), Janas (Widzew), Saganowski (ŁKS) ou Ziober (ŁKS). Le nouvel essor d’une ville renaissante grâce à son industrie d’après guerre a créé une base de supporters solide pour le ŁKS, qui est vu comme le club local, celui qui existait en premier. Car, il est l’un des tous premiers clubs a être créé en Pologne (1908-09) et surtout le premier club à jouer un match dans le tout juste naissant championnat national de football polonais en 1927. C’est une opposition contre un autre club de Łódź, le Klub Turystów grand rival d’alors qui ouvrira l’Histoire de la première division polonaise. Déjà un derby donc, qui dans une atmosphère déjà (elle aussi) électrique se finira par une victoire 2-0 du ŁKS en ce dimanche 3 avril 1927. Cette Histoire place le club naturellement comme le seul et unique « vrai » club de Łódź aux yeux des ses supporters.

Alors que le Widzew, quant à lui, est plus le Łódź paillettes, sous les caméras de télévision du monde entier et les interviews des joueurs après un match de Coupe d’Europe, un autre Łódź certes mais un Łódź aussi populaire que le premier et qui fait rêver. C’est donc deux Łódź qui s’affrontent les jours de matchs, deux conceptions comme Octave et Marc Antoine contre Cassius et Brutus, un combat pour la suprématie sur le trône, magnifié par un antagonisme exacerbé.

Le derby du 5 mars 1997 | © widzew.infocentrum.com

Dans les années 1980-90, le Widzew Łódź à la mainmise sur le football polonais, presque toujours placé entre la 1ère et 5ème (une fois 6ème) place en championnat, il ne laisse que des miettes pour son voisin. Des miettes de lumières, des petits rayons que le ŁKS arrive parfois à prendre de volée comme lors de son titre en 1998. Au cours de cette saison historique pour le ŁKS, le Widzew va gagner chez son ennemi 3-2 grâce à deux buts tardifs de Szymkowiak et Kobylanski, ça sent le souffre et ça cogne un peu en tribunes à coup de fumigènes et de projectiles en tout genre. On attend alors le match retour qui pourrait être faiseur de roi, situé à trois journée de la fin, comme l’un des matchs de l’année sachant que les deux clubs de Łódź sont encore dans la course au titre. Devant près de 15.000 spectateurs (alors que la moyenne d’affluence tourne autour des 7.000 en première division), le match est haché, les fautes et les coups pleuvent sur le terrain. Pendant ce temps, dans les tribunes tout dégénère, des projectiles sont lancés, des sièges volent, des violences éclatent, des personnes en sang sont évacuées tant bien que mal, le stade s’enflamme, ce sont des scènes de presque guerrilla, le paroxysme de la haine et de la violence dans un stade de football, une situation si « extraordinaire » que les mots seuls ont du mal à l’expliquer, alors voici la vidéo :

Une victoire coûte que coûte sur le voisin est bien plus importante qu’une troisième place en championnat pour le ŁKS que pour le Widzew qui, lui, gagne souvent et batifole sur la scène européenne en regardant peut-être un peu de haut ce faux frère ennemi intime de l’autre côté de la Patriowska.

Car c’est aussi à Łódź que se sont déroulés les plus grandes et belles soirées européennes pendant cette période post-âge d’or du football polonais mais en pleine âge d’or de la ville et de son football. Le 20 avril 1983, la vieille dame de Platini et Zoff entraînée par Trappattoni vient affronter pour une demi-finale de coupe d’Europe le Widzew Łódź non pas chez lui, ulica Piłsudskiego, mais dans l’antre de l’ennemi intime celle du ŁKS. L’enfant du pays, le prodige Boniek, revient avec le maillot de la Juventus sur le dos, dans sa ville ici-même sur le terrain où il s’était révélé huit ans plus tôt au Widzew contre le ŁKS. Lors des campagnes européennes qui rendront le Widzew populaire à travers la Pologne entière, le ŁKS ruminait de son côté sa haine dans l’ombre, comme le frère oublié lors d’un repas de famille où les éloges ne sont que pour son talentueux jumeau et dont le stade est squatté par un plus riche et encombrant locataire.

© PAP / przegladsportowy.pl

La Haine et la Violence, Urbi et Orbi du derby

Sur le terrain, lors de la majorité de ces derbys (entre 1975 et 2000), il n’y a pas de discussion possible : le Widzew est au dessus même si le ŁKS se transcende pour obtenir des résultats, ou tout du moins éviter la défaite. Lors de ces derbys, c’est seulement entre 1989 et 1991 (hors 1998) que le ŁKS Łódź hausse son niveau de jeu pour vaincre, mais pour le reste, le Widzew ne laissent presque rien, il domine son adversaire sur le terrain.

Toutefois, c’est en dehors du terrain que ce derby a également acquis ses lettres de « noblesse », des lettres parfois tâchées de sang. Les ultras des deux clubs étant considérés comme les plus chauds du championnat polonais, en tribune les tifos, drapeaux et fumis provoquent des combats de boxes pyrotechniques et artistiques par virage interposés où les policiers et stadiers jouent le rôle ingrat de juges. Les tribunes sont belles et garnies, ça chante, ça insulte, ça provoque et ça dérape souvent comme on a pu le voir dans la vidéo ci-dessus. La pression est toujours palpable, présente comme un vautour survolant l’antre du ŁKS ou du Widzew, les uns jalousant les autres, les autres traitant avec dédain les uns. Un cercle vicieux de la haine.

Durant cette période, il est risqué d’assister à un derby car la ville est en ébullition, elle se soulève, et rien n’est presque plus sous contrôle. Les ultras des deux clubs et les hooligans du ŁKS Łódź considérés comme les plus violents de la scène polonaise et ont été les principaux acteurs de la renommée du derby de Łódź. Pour les hools du ŁKS, l’entrainement est quotidien pour être en forme le jour du derby, avec quelques fights préliminaires contre ceux de l’Odra Opole ou du Slask Wroclaw. Le derby est leur apothéose, leur ligne a écrire pour le combat et l’honneur. Il n’est pas rare d’assister à des scènes de guerre dans les rues de Łódź où les groupes rivaux s’affrontent dans une violence extrême, les policiers tentant tant bien que mal de réguler cette énergie destructrice.

Un match pour une suprématie territoriale qui devient une bataille suprématiste, où les poings et coups secs ont remplacé le ballon et les tirs en lucarnes. Les seuls sifflets qui se font entendre sont alors ceux des forces spéciales de la police, les cris sont ceux des hooligans haranguant les rivaux et les insultant jusqu’au combat, les seuls tirs sont alors des tirs de pétards ou des tirs de lacrymogènes. Les jours de matchs, il vous suffit simplement d’être sur le trajet d’un groupe en parade et vos yeux vont piquer, vos oreilles vibrer et vos pas vont vous sembler lourds comme cette odeur qui rôde dans l’atmosphère des avenues et des rues entre arrêts de tramway et vendeurs de fleurs. L’odeur du soufre. Ces jours de derbys uniques et dangereux, comme si toute la frustration, toute la haine qui anime ces deux groupes, ces deux parties de Łódź, ressortaient en un flot incontrôlable à un instant T, un combat animal sur terrain vague ou sur rue goudronnée, peu importe, et ce pendant près de 30 ans.

Pour voir ce match sur le terrain, en tribune ou dans la rue, les journalistes viennent alors de toute l’Europe, fascinés par l’odeur du sang et choqués par sa vue, le football en combat poussé à son extrême. Un derby Dr Jekyll et Mr Hyde avec la beauté du football proposé par le Widzew et parfois le ŁKS, la beauté des shows pyrotechniques en tribunes et ces milliers d’écharpes, de drapeaux, d’encouragements, cette ferveur inimitable et introuvable ailleurs et puis, la laideur de ces affrontements en tribunes, des insultes antisémites, des quartiers barricadés par les forces de l’ordre, des passages à tabac, du déferlement de violence et de haine.

La haine, toujours la haine malgré la chute

La chute précoce du ŁKS Łódź en I.Liga (2e division) en 2000 va non pas apaiser les tensions mais remettre les affrontements directs à plus tard. Un plus tard qui va venir plus tôt que prévu, le Widzew étant relégué après une saison désastreuse en 2003/04 va retrouver son ennemi pour la première fois avec un derby en seconde division. Un derby dans la lignée des précédents, dans une ambiance indescriptible, une ferveur alimentée par les 25 ans de joute au plus haut niveau du football polonais.

Il s’en suivra une remontée pour les deux clubs, quelques autres derbys en première division comme celui du 17 octobre 2011 où le Widzew va perdre le fil du match suite à un tacle dur à la limite de la raison sur un joueur du ŁKS. S’en suit un début de baston plus ou moins maîtrisé par l’arbitre qui donnera finalement un second jaune à Grzelczak pour l’ensemble de son oeuvre. Le ŁKS, coaché alors par un certain Probierz, l’emportant finalement sur une tête victorieuse de Miecel. Derniers chants de deux cygnes, de deux clubs en perte de vitesse, le ŁKS va sombrer le premier et le Widzew Lodz va suivre en III.Liga (4e division) suite à une banqueroute en 2015 qui va obliger le club à redémarrer d’en bas, dans les divisions amateurs. On se dit alors qu’il n’y aura plus de derbys comme avec le Old Firm en Ecosse, sauf qu’ici ce sont les deux clubs qui sont retombés sportivement, ou financièrement, dans les abîmes du football polonais. Jusqu’à ce 16 octobre 2016 donc, il n’y avait plus eu de derby depuis quatre longues années. Malgré tous les débordements, le manque était grand en Pologne, car cette confrontation unique fait partie du paysage polonais comme les Carpates se dessinant lorsqu’on prend la route vers le sud.

Ce 16 octobre, les va et vient policiers ont repris, les chants ont refait trembler les murs des immeubles décrépits, les fumigènes ont de nouveau éclairé la nuit, les pétards ont de nouveau chanté leurs louanges, les lacrymogènes ont de nouveau apporté leur lot de pleurs, les boucliers en plexiglas ont de nouveau formé un tunnel pour l’entrée des joueurs et les ultras du Widzew se sont de nouveau moqués du stade à moitié fini du ŁKS. Comme à la « bonne » époque entre bons ennemis, le derby a de nouveau fait revivre Łódź, l’espace d’une journée. Un match disputé, au foot peu académique et loin des grandes joutes du passé, finissant par match nul (2-2) qui n’arranget personne pour la montée en II.Liga, un match sans les ultras du Widzew cantonnés à la rue et à la pluie.

Rendez-vous vers le 17 mai (date à confirmer) pour la seconde et peut-être la dernière manche avant encore un trou noir de quelques années pour le derby le plus chaud et le plus empli de haine, que toute la Pologne attend dans un stade de 18.000 places où supporters des deux équipes vont pouvoir reprendre leur petit jeu dangereux.

P.S. : Pour tout ceux qui souhaiteraient assister à ce derby, voici un petit guide utile :

  • Prévoir bien à l’avance votre trip ;
  • Contacter en avance le club jouant à domicile pour les modalités d’obtention des places (les places sont limitées et les demandes nombreuses, même en 4e division) ;
  • Sur place, ne pas montrer d’appartenance ou de préférence pour l’une ou l’autre des deux équipes (surtout si vous n’êtes pas familier de la ville et de ces quartiers pro-LKS et pro-Widzew) ;
  • Faire particulièrement attention avant le match de ne pas vous retrouver entre deux groupes rivaux ou entre la police et un groupe de supporters ;
  • Pendant le match, profitez sans trop vous manifester.

Petit bonbon, version longue des tribunes lors du derby de 2006 :

Mathieu Pecquenard


Image à la une : © Pawel Lacheta / Polskatimes.pl

Histoire de Derbys – Widzew Lodz vs. LKS Lodz, La Haine et la Violence
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A propos de l'auteur

Mathieu

Mathieu

Amoureux de la Pologne, des dimanches à regarder l'I.Liga sur Polsat en mangeant des pierogis froids accompagnés de Tymbark. Entre Paris, Wroclaw et Gdynia dans un avion pour les lacs de Mazurie, le football est un jeu, la vodka une passion.

pays de l'auteur footballski
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7 Commentaires

  • Thanks for this article. If i may suggest something, in my opinion infographic should be corrected (this division to west and east side of the Lodz is not exactly actual. Many of the highlighted areas are more mixed between supporters of both clubs these days). On the other hand, I’m glad that you noticed a fact, that ŁKS Łódź Fans are native of Lodz and widzew’s supporters are from villages placed near to Lodz. Cheers. 😉

    ŁKS – Pride of Łódź since 1908!

      • It’s no true, what wrote ŁKS_Łódź_Fan.

        Your map is good. Fans of Widzew is more in Łódź. For example, Widzew sold 7250 tickets (pass/karnets) on all round (1/2 seasons) and ŁKS sold only about 500…

  • It’s no true, what wrote ŁKS_Łódź_Fan.

    Your map is good. Fans of Widzew is more in Łódź. For example, Widzew sold 7250 tickets (pass/karnets) on all round (1/2 seasons) and ŁKS sold only about 500…

    And pride of Łódź is Widzew, of course.

    • Hey, don’t you have to be a troll somewhere else?

      Firstly, regarding above map, we were talking about simplified divison to the west and east side, which are very old and not valid currently and then you showed up with your ridiculous example about tickets sales, which is not even connected with mentioned topic… Secondly, there is no official published information about amount of season/half season tickets which were sold by ŁKS Łódź, but you know the exactly quantity. Are you a wizard? 🙂 Thirdly, 7k is not even half of your new, finished stadium capacity, so stop writing sciencie-fiction novels about your club and Łódź, like above and work harder to fill the rest of your chairs.

    • Hey, don’t you have to be a troll somewhere else?

      Firstly, regarding above map, we were talking about simplified divison to the west and east side, which is very old and not valid currently and then you showed up with your ridiculous example about tickets sales, which is not even connected with mentioned topic… Secondly, there is no official published information about amount of season/half season tickets which were sold by ŁKS Łódź, but you know the exactly quantity. Are you a wizard? 🙂 Thirdly, 7k is not even half of your new, finished stadium capacity, so stop writing sciencie-fiction novels about your club and Łódź, like above and work harder to fill the rest of your chairs.

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