Footballskitrip Balkans #4 – On a discuté avec Emmanuel Mbella, attaquant du FC Shkupi

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 2 octobre 2017

Emmanuel Mbella a 25 ans et déjà une belle carrière entre la Roumanie, l’Italie, les basses divisions albanaises et aujourd’hui le FC Shkupi, où l’attaquant arrivé l’an dernier a déjà été adopté par le public du Cair Stadium. Au sortir du premier match de la saison face à l’Akademija Pandev, Emmanuel Mbella nous a accordé une longue interview où se dessine une carrière faites d’aventures, de coup durs également, mais aussi une philosophie de vie et une envie d’aller de l’avant qui forcent le respect.


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Tu as des souvenirs de toi, jeune, commençant le football ?

Quand j’étais petit, je n’étais pas trop technique, mais j’étais un virus. Je ne lâchais pas les défenseurs. Je faisais du pressing à tout va. Comme quand Suarez presse. J’ai planté 32 buts. Bon c’était en DHR, mais c’était quand même 32 buts. Le PSG m’avait appelé deux fois, Caen une fois. À chaque fois, ça a été la même chose, ils disaient « il est bon avec ses amis, mais médiocre avec d’autres joueurs. »

Mon problème, c’était que j’avais du potentiel, mais techniquement je n’étais pas au niveau pour entrer dans un centre de formation. Après tu sais, être dans un centre de formation, ce n’est pas forcément un gage de réussite. Il n’y a que très peu d’élus. Et quand tu dois rebondir après être passé par un de ces centres, ça devient très difficile pour un jeune qui a été couvé toute son adolescence. Ils retournent au quartier et ne savent plus quoi faire, n’ont pas forcément de diplôme et ne savent pas se débrouiller tout seul. C’est là que j’ai été différent. Moi, je me suis fait tout seul. Quand on me dit d’aller en Albanie, j’y vais direct. Je n’ai pas peur, je ne réfléchis pas.

Tu as commencé le football en région parisienne, c’est ça ?

Oui, j’ai commencé aux Mureaux. Ils viennent de monter en National 3 là. Il y a pas mal de joueurs des Mureaux qui ont réussi d’ailleurs… Tu as Abdoulaye Doucouré à Watford, M’baye Niang au Milan, Diallo Guidileye qui était à Nancy… Il y a eu pas mal de joueurs qui sont sortis de ce club, alors qu’il est assez banal au final. Mais on avait vraiment des talents.

Tu as grandi aux Mureaux ?

Je suis né au Cameroun, puis je suis arrivé en France, à Lille, à neuf ans, avant de déménager aux Mureaux. J’y suis resté jusqu’à 18 ou 19 ans avant de bouger pas loin du Havre, à la campagne. Il y a personne, c’est bien, ça me change. Parce que bon… Il faut dire que, quand tu es au quartier, que tu n’es pas très intelligent, tu entres vite dans une matrice dont il est difficile de sortir.

Sans mentir, j’ai des amis qui sont quatre fois plus forts que moi. Très très forts. Mais qui ne peuvent pas, ils sont mentalement ailleurs. Ils sont tombés dans « les trucs de quartier. » En région parisienne, c’est un vivier, y a des talents dans tous les sens. Y a des joueurs plus forts que des mecs en Premier League, malheureusement ils sont bloqués dans cet esprit des quartiers.

Et pour toi, c’est le football qui t’a aidé à sortir de ça ?

Voilà. J’étais assez déterminé quand j’étais petit. J’étais déjà aventurier, je ne pouvais pas rester sur place. Moi, j’organisais les choses. Si je voyais qu’il y avait une détection à Nancy le 18 et une à Niort le 20, je pouvais téléphoner à dix personnes pour organiser le déplacement et le faire en groupe. Bon, au final, certains se désistaient au dernier moment et on se retrouvait à deux ou trois (rires).

Tu as été repéré comment ?

Je suis tombé sur un agent dont le projet était de prendre les bons jeunes qui n’étaient pas dans un centre de formation afin de les ramener en Italie grâce à ses contacts. Il a fait signer six joueurs, dont Grégoire Defrel qui était avec moi et est aujourd’hui à l’AS Roma. Grégoire, il faisait un entraînement par semaine à Châtillon, en PH, et il buvait. C’était un buveur d’alcool. Et aujourd’hui, il est en Serie A et claque des buts de fou contre la Lazio ou l’Inter. Pourquoi ? Car c’est un talent. Et l’agent l’a vu comme ça, en se disant qu’il n’avait pas forcément la meilleure condition physique, mais qu’il était vraiment fort.

Il est arrivé à Monza avec moi, mais le club n’a pas voulu le signer à cause de son physique. Bon, finalement Parme l’a pris en voyant qu’il y avait du talent derrière tout ça. Il était loin de sa famille et a bossé. Quand je l’ai revu deux ans plus tard, je ne l’ai même pas reconnu. Il était devenu balaise. Puis après ça a été super vite pour lui, il jouait en Berretti, la seconde équipe chez les jeunes, pour au final terminer en Serie A.

Quand tu veux vraiment jouer au football et que tu n’as pas de centre de formation, c’est ce qu’il faut faire. Tu prends ta valise et tu vas voir ce qu’il y a ailleurs pour toi. Tu te bouges. Tu bosses. Certains n’arrivent pas le comprendre. Ils pensent que le Real Madrid va venir toquer à leur porte parce qu’ils ont du ballon.

Moi, mon objectif, c’était de travailler et de jouer en CFA, puis au final ma détection en Italie a fonctionné. J’ai joué en Serie C avec l’équipe de jeunes de Monza. Je n’ai pas pu signer professionnel, car à cette époque, une loi favorisant les jeunes Italiens venait de sortir. Je n’ai pas eu ma chance parce que je n’étais pas Italien. Puis j’ai signé en seconde division roumaine.

Au Gloria Buzău, c’est ça ?

Ouais. Ça s’est très bien passé en Roumanie. J’ai joué deux ans en seconde division et une demi-année en première division. J’ai été à Botoșani, aux Pandurii puis j’ai terminé au FC Clinceni, à Bucarest. Là, c’était un peu plus compliqué, car c’était la fête tous les soirs ici. C’est une ville qui bouge tout le temps. Je n’arrivais plus me concentrer, il y a trop de tentations et je me suis blessé. Honnêtement, j’ai fait une mauvaise saison cette année-là car je ne me reposais jamais. Du coup j’ai été en Allemagne après ces six mois avec Clinceni.

Tu te retrouves donc en 3ème division allemande ?

À Zweibrücken, pas loin de Forbach et de la frontière. C’est une ville morte, mais tu as quelques grosses villes juste à côté, comme Stuttgart à une heure ou Sarrbrücken à trente minutes où il y a aussi un club historique qui végète dans les divisions inférieures. Le club s’est retrouvé avec nous en quatrième division. Il y avait de bonnes équipes, en plus là-bas, même à ce niveau, tu es professionnel. J’ai kiffé. Malheureusement, il y a eu une crise car le sponsor n’a plus soutenu le club à cause d’un joueur. En fait, un joueur azéri est arrivé avec un très gros salaire payé par le sponsor. C’était Dadashov. Il n’était pas vraiment bon, mais comme il était international et payé par ce sponsor, il devait jouer tout le temps. Qu’importe son niveau. Mais notre coach, un Serbe, n’était pas très content de lui.

En fait, ce coach, c’était un fou. Un énorme caractère. Il gérait une grosse entreprise en plus de son poste d’entraîneur. Au final, lui, il entraînait juste pour le plaisir et l’amour du football, mais il s’en foutait un peu de se faire limoger. Du coup, n’étant pas d’accord avec l’arrivée de cet Azéri, il est arrivé un jour et a déchiré le contrat du joueur. Les présidents ne savaient plus quoi faire à partir de là, soit être du côté du coach, soit être avec le sponsor. On est tombé dans une crise. Pour te dire, à un moment, c’était l’entreprise de notre entraîneur qui me versait mon salaire.

C’était un challenge pour moi cette aventure allemande. J’avais envie de réussir. Après, j’ai eu la chance de rebondir en Serie C, à Olbia, en Sardaigne … c’était autre chose là ! L’eau bleue, les fruits de mer, la température. T’imagines, certains paient pour venir en vacances ici alors que moi, c’était mon lieu de travail. Bon, malheureusement, le mec qui jouait à mon poste était vraiment trop fort. Dès que je suis arrivé, il a commencé à planter des buts de malade. Il joue à La Spezia, en Serie B, maintenant.

Comment s’est passé ensuite ce transfert au Bylis Ballsh en 1ère division albanaise ?

J’étais sans club, je suis arrivé en test, mais bon je n’ai jamais loupé un test, à part avec le PSG et Caen quand j’étais jeune. J’ai fait l’une de mes meilleures saisons là-bas, après celle à Botoșani, en Roumanie. Au bout de six mois, j’avais le Partizani qui me voulait, mais mon président a demandé trop d’argent pour moi.

On te retrouve alors ici, à Skopje, dans un club à la forte identité albanaise. Est-ce que le fait d’avoir joué en Albanie a influencé ton choix de venir à Shkupi ?

En fait, Shkupi était le seul club qui m’a accueilli quand j’étais dans la galère. Byllish, ça a été une première année magnifique en première division. J’ai fait de bons matchs. C’était vraiment bien. Mais quand on a été en seconde division, ça a été un problème. Je ne voulais pas jouer en D2, le club ne payait plus, les joueurs s’en foutaient. C’était assez dur à vivre. J’ai voulu partir, mais le président n’a pas voulu, le problème étant que j’ai dû aller exercer mes droits jusque devant la FIFA. À partir de là, en quittant Byllish, aucun club ne me voulait de peur d’avoir un problème avec moi. Le seul club qui a voulu me prendre, c’est Shkupi. J’ai un grand respect par rapport à ça. Je suis redevable de ce que le club a fait pour moi. Après, quand j’ai vu la ferveur derrière l’équipe, les ultras, le nombre de likes sur la page Facebook en comparaison avec mon ancien club, ça ne m’a pas fait hésiter. D’autant qu’ils m’ont aidé sur certaines démarches pour me dégager de mes obligations vis-à-vis de Byllish.

Par la suite, il y a eu un engouement en lien avec mes prestations. Ma première saison ici s’est très bien passée et j’espère faire de même pour cette seconde. J’ai eu pas mal d’offres d’ailleurs, le Vardar a même eu un intérêt pour moi après un match face à eux. Ils ont téléphoné, alors qu’honnêtement, je n’avais pas fait un grand match. Mais là, le plus important, c’est de confirmer cette année et voir comment ça va se passer par la suite. Avec Shkupi, c’est une histoire particulière malgré tout. C’est rare d’avoir ce lien, cet accueil, cet esprit de famille.

fcshkupi.com

Tu t’es intéressé un peu à la situation entre les Macédoniens et les Albanais quand tu es arrivé ici ? 

Je la connaissais déjà un peu, étant donné que je suis passé en Albanie avant. C’est ce que l’on retrouve aussi vis-à-vis des Serbes où il y a quelques liens avec les Macédoniens, dans l’Orthodoxie et la langue par exemple. Moi, je sais que c’est politique, et je n’ai jamais voulu entrer là-dedans. Quand une personne vient me dire, « ouais, tu sais, les Macédoniens, blablabla. » Je lui dis, « Écoute, ça ne m’intéresse pas. Pourquoi tu ne les aimes pas ? Parce que c’est politique ? Historique ? On est en 2017, il faut oublier les rancœurs et toi, aujourd’hui, tu peux changer cette situation. Ce n’est pas parce qu’il est Macédonien que c’est une mauvaise personne. » Je pense qu’il est préférable que ces personnes apprennent à se connaitre et à comprendre les point communs existants entre eux. Ce sont des Hommes. C’est tout.

Tu as vu différents pays, différentes cultures. Tu parles albanais, aussi, non ? 

Bah écoute, je parle cinq langues. Je parle albanais, roumain, italien, français et anglais. L’albanais, ça a été difficile, j’ai appris en parlant avec les gens, en sortant avec eux. J’ai la capacité d’apprendre assez vite une langue. J’ai appris le roumain en sept mois environ, et l’albanais en sept-neuf mois aussi. 

J’imagine que tu étais obligé de l’apprendre pour t’intégrer dans le vestiaire.

Ouais, dans le vestiaire, ça parle albanais majoritairement, et macédonien du fait qu’il y ait des joueurs et coachs macédoniens. 

Hier, à Shkëndija, on nous a fait comprendre que ça ne parlait qu’albanais là-bas.

Ouais, après eux, c’est peut-être un peu plus radical. Ici aussi, ils sont dans cette idée, mais au final, si tu dois leur parler en macédonien, ce n’est pas vraiment un problème. En fait, les Albanais et Macédoniens ne s’aiment pas, mais c’est politique tout ça. 

Après, pour moi, Shkëndija, avec les Ballistët, ils vont trop loin. Tu regardes, la différence entre les Ballistët (Shkëndija) et Shvercerat (Shkupi), c’est que chez nous, à Shkupi, quand on perd, les Shvercerat continuent de chanter et ne viennent pas critiquer les joueurs. Les Ballistët, si tu as le malheur de perdre, tu es mort. Tu ne sors pas de chez toi pendant trois jours ou une semaine. Pour te prendre un exemple, quand on a perdu le derby contre le Vardar, le lendemain, je suis sorti dans les rues, ils sont venus pour me féliciter malgré la défaite. C’est bonne ambiance. C’est ça la différence entre les deux clubs, on a beaucoup moins de pression. Et je pense que si on prenait autant d’argent que Shkëndija, ça serait la même chose dans le constat que j’en fais. 

Shkupi c’était un club important aussi il y a quelques années, on t’a parlé de cette histoire particulière ?

En fait, avant que le club s’appelle FK Shkupi, c’était le FK Sloga Jugomagnat. On a une vraie histoire et les meilleurs supporters. Si tu veux, quand le président de Sloga est parti, derrière, personne n’a su reprendre le club comme il le fallait. L’histoire est assez particulière. Sloga, c’est du macédonien, puis le club a changé de nom pour devenir « Shkupi », qui veut dire « Skopje » en albanais. 

Cette année, notre nouveau président est le leader des ultras et des supporters, et est très influent. Avant qu’il ne reprenne le club, notre ancien président faisait n’importe quoi. Tu avais de l’argent qui rentrait, mais rien ne sortait. Donc il se passait des trucs. Les supporters et joueurs en ont eu marre et un nouveau projet est lancé dorénavant avec ce nouveau président.

 Comment s’est faite la transition ?

Les Shvercerat sont très puissants. Même politiquement parlant. Ils sont vraiment nombreux. D’une certaine manière, ils ont un vrai pouvoir. Quand ils décident une action, du fait de leur nombre, tu es bien souvent obligé d’écouter et de coopérer. Donc ils ont réussi à faire dégager l’ancienne direction. Moi, je suis arrivé en janvier, quand il y avait encore cet ancien président. C’était vraiment compliqué, que ce soit dans l’ambiance générale au sein de l’équipe, des impayés… Quand les joueurs avaient besoin de quelque chose, la direction s’en foutait. Le but était de faire de l’argent. Là, avec l’arrivée d’une personne baignant dans le club et dans les tribunes, c’est autre chose. Tu sens la différence. Je ne connais pas son histoire, je ne sais pas ce qu’il a fait dans sa vie, mais par contre il a une autorité assez impressionnante. Tu sens que c’est un mec respecté dans les tribunes et dans le club. Si, à l’époque, il avait dit qu’il fallait boycotter pendant un an, tout le monde l’aurait fait. Quand il parle, tout le monde se tait. 

Après, on a pu constater sur place que la politique reste un sujet assez tabou. Les gens nous répondent souvent « C’est de la politique ça, je ne veux pas en parler. »

Oui, je vois ce que tu veux dire. Ils ont du mal avec ça. Et quand ça se mélange avec le football, ça devient une bombe nucléaire. D’une certaine façon, en reprenant le club, ça a mis de côté tout cet aspect. J’ai l’impression qu’on remet « la famille » au cœur du projet. Je pense que ça ne peut qu’aller mieux. Après, il n’a pas encore l’âme d’un businessman, mais ça va venir. Il est plus fiable et est connu dans la sphère locale, c’est forcément plus facile pour faire progresser un club avec ces atouts. 

Le Vardar c’est comme le si le PSG pouvait utiliser Clairefontaine et le Stade de France

Là, nous sommes à Čair, qui est une municipalité de Skopje. Et il y a une mairie propre à Čair, même si c’est la mairie de Skopje qui subventionne.

C’est ça ouais. Nous on est assez à part si tu veux. C’est la mairie de Čair qui gère cette zone. Nous, dans notre club, personne ne nous aide. Enfin, en gros, le Vardar ce n’est même pas le club de la ville, c’est le club du pays, c’est le club des Macédoniens. S’il faut aider un club, la mairie de Skopje va forcément se tourner vers le Vardar. Ils ont les meilleures conditions, les meilleurs salaires, le meilleur stade, les meilleures infrastructures. C’est comme si le PSG pouvait utiliser Clairefontaine et le Stade de France en quelque sorte. 

Nous, parfois, on nous coupe les vivres. Alors on se débrouille. Tout ça étant lié à l’Histoire, les Albanais n’étant pas forcément les bienvenus ici. Je ne peux même pas dire que les deux partis cohabitent, mais plutôt qu’ils font avec. 

Avant d’aller au stade, on peut notamment voir des tags en lien avec tout ça. Comme des « Čair is not Macedonia. » 

Tu vois, c’est particulier quand même. Après tu es tranquille ici si tu es quelqu’un de Čair. Tu es à la maison, tu es tranquille, tu n’as pas de problème. Ici, les gens s’entraident. Ils peuvent te prêter de l’argent, une voiture… Il y a vraiment la notion de famille. 

Vous allez jouer un match de coupe, c’est un objectif pour vous ? Être une surprise comme Pelister l’année dernière ? 

Non, on n’a pas d’objectif en coupe. Et je trouve qu’on devrait en avoir. Certaines équipes ne la jouent pas à fond, du coup je pense qu’on peut gratter quelque chose. Pelister c’était une sacrée surprise, ouais. Alors que pour moi, ils ne sont pas bons. Ils ont terminé assez bas au classement et se sont fait exploser en Coupe d’Europe par la suite. Ça reste important pour ces clubs de jouer une telle compétition. Au niveau de l’image, de l’ambiance qui peut s’en dégager, mais aussi pour le côté financier qui n’est pas négligeable. Tu gagnes la coupe, tu as un trophée et un peu d’argent. Tu fais deux matchs européens, tu en rentres également. Derrière, si tu réinvestis un peu et que tu es bien géré, c’est vraiment bien. Par exemple nous, si le club était devenu européen l’année dernière, t’inquiète pas que l’on n’aurait jamais vu la couleur de cet argent. 

Pour te dire, avant, les billets étaient gratuits ici. Aujourd’hui, la nouvelle direction a mis en place un système d’abonnement pour 25 euros

Et cette année ?

Ce serait un gros truc. Rien qu’au niveau de l’ambiance, ce serait vraiment génial. Puis même financièrement, les recettes liées à la billetterie aideraient également. Pour te dire, avant, les billets étaient gratuits ici. Aujourd’hui, la nouvelle direction a mis en place un système d’abonnement pour 25 euros. Donc en étant européen, ça amènerait encore un peu plus de monde ! 

Tu fais quoi de tes journées à Skopje ?

Je me balade un peu, mais je reste assez souvent chez moi finalement. J’ai un bon confort ici. Après là, avec la chaleur, je ne sors pas beaucoup. J’ai la chance d’avoir des amis jouant dans d’autres clubs du pays, donc je vais parfois manger avec eux. Skopje est une chouette ville où il y fait bon vivre. Puis c’est beau ici. Tu vas au centre-ville de Skopje, c’est magnifique. Dans cinq ans, quand les constructions en cours seront terminées, ça le sera encore plus. Comparé à Tirana, il y a peut-être moins de monde ici à Skopje, mais il fait mieux vivre. À Tirana, ça bouge beaucoup plus, tu as un vrai monde nocturne, mais les gens ne sont pas très sympathiques. Après, moi, en Albanie, j’ai vécu à Fier. Bon là, c’était tranquille (rires). 

Tu connaissais un peu de monde là-bas ? 

Je traînais surtout avec les joueurs de l’équipe. On restait quelques jours sur Tirana quand on jouait des matchs face au Partizani par exemple. Bon par la suite mon club (le FK Bylis Ballsh, NDLR) a été relégué en seconde division et le président n’a pas voulu me laisser partir et j’y ai joué jusqu’à l’hiver dernier avant d’arriver à Skopje. 

C’était folklo ?

Ohlala (Rires) laisse tomber ! Honnêtement, faut être déterminé pour jouer en seconde division. Mais bon, franchement, il y a des matchs que tu n’as même pas envie de jouer. T’arrives dans des stades, c’est une catastrophe. Les terrains ne ressemblent à rien, et quand tu touches un ballon tu as intérêt à faire gaffe à tes jambes. Y a des découpeurs (rires). Le pire, c’est qu’il n’y a même pas d’espace. Il n’y a aucune tactique, les mecs courent partout. Et dès que les mecs voient que tu es au-dessus d’eux, tu es mort. C’est fini après ça, tu te fais découper.

La première division par contre, c’est autre chose. C’est vraiment beau. Les matchs sont télévisés, tu as du monde au stade, de bonnes ambiances, les joueurs sont médiatisés, c’est un autre monde. La première division albanaise, c’est vraiment pas mal. C’est vraiment beau. Ça monte. Et il y a une vraie culture football ! Tu regardes, même ici, en Macédoine, les bonnes ambiances c’est chez les Albanais.

C’est sûr, quand tu vois l’ambiance au Vardar…

Vous n’avez pas eu l’occasion de le voir, mais franchement, quand on joue contre le Vardar chez nous, c’est un truc de fou. Pour eux, c’est invivable. Les mecs balancent des pétards et des bombes agricoles dès que les joueurs du Vardar entrent sur le terrain. On n’a même pas assez de places dans le stade, du coup tu vois des supporters dans tous les immeubles autour du stade. Tu vois des jeunes monter sur les murs pour voir le terrain. C’est un truc de malade. Les gars chantent de la première à la dernière minute. 

Moi, quand je suis arrivé, je suis tombé amoureux. J’ai même refusé des offres. Par exemple, le Sileks m’avait proposé un beau salaire et un bon projet sportif, mais j’ai préféré rester ici quand même. J’ai préféré rester ici pour l’ambiance et par respect pour l’accueil reçu ici lors de mon arrivée.

Tu étais d’ailleurs le joueur le plus applaudi lors du dernier match. Avant de venir ici, on a eu l’occasion de discuter avec un jeune supporter du club. En lui expliquant qu’on allait faire une interview avec toi, on a tout de suite vu des étoiles dans ses yeux. C’est là qu’on voit ta cote de popularité. 

C’est assez touchant cette situation, oui. Lors d’un match amical, en arrivant sur le terrain, les ultras ont chanté mon nom sans aucune raison. C’est incroyable de vivre ça. 

Que penses-tu du niveau général dans les Balkans ?

Ça grandit de plus en plus. Il suffit de voir en Coupe d’Europe, l’Olympiakos a eu du mal face au Partizan. Tu as aussi Rijeka et Maribor qui sont présents. Shkëndija était là aussi. Enfin, tu vois quand même que les clubs sont présents et ne font pas de la figuration. Le Vardar aussi a été présent malgré la perte de Balotelli.

D’ailleurs, j’ai lu un article par hasard sur lui qui disait que l’on pouvait retrouver Balotelli à Skopje. Du coup forcément les gens cliquaient ne sachant pas qui il était. C’est un bon joueur et en plus un bon produit marketing (rires). Pour l’anecdote, j’ai connu un peu Mario et son frère, Enok, quand j’allais à Milan. Mario, pour l’avoir côtoyé, est quelqu’un de particulier. Il est très attachant, mais un peu taré quand même. Il peut inviter une dizaine de personnes au restaurant et se barrer au bout de dix minutes. Il est fou (rires)! Mais ses amis l’aiment comme ça, et ce n’est pas quelqu’un de méchant. Vraiment. Si tu as besoin de lui, quand tu es dans son cercle fermé d’amis, tu sais qu’il sera là. Pour l’anecdote, il a filé une Porsche à l’un de ses potes parce qu’il il avait besoin d’une voiture.

Le niveau footballistique est supérieur en Albanie, par contre le sens du professionnalisme est plus élevé ici qu’en Albanie.

Et si tu devais comparer le championnat albanais et le championnat macédonien ?

Je pense que le niveau footballistique est supérieur en Albanie, par contre le sens du professionnalisme est plus élevé ici qu’en Albanie. Je trouve même que les clubs albanais ne sont pas forcément très professionnels, en dehors des quatre gros peut-être. Là-bas, c’est assez délicat, c’est un système un peu mafieux où la politique est très présente. C’est très compliqué de progresser avec ça. C’est beaucoup plus professionnel ici, en Macédoine. Tu es vraiment bien encadré ici, tu ne penses qu’au football. Le club me paie mon appartement, ma bouffe, tout ce qu’il faut.

Footballistiquement parlant, il faut savoir qu’en Albanie, ça court beaucoup et il y a un vrai impact physique. Ça permet une meilleure intensité dans les matchs et un bon niveau de jeu. Ici, en Macédoine, dès que tu élèves le niveau de jeu, tu vois qu’il y a des lacunes techniques. Depuis que je suis à Skopje, c’est mon souci. Moi, j’aime cette idée de mettre de l’impact, d’enclencher un pressing rapide, en bloc, pour récupérer haut le ballon et partir vite vers l’avant. Ici, nous, on n’a pas ça. On est souvent obligé d’enclencher une phase de construction avant en repassant vers l’arrière et en multipliant certaines phases inutiles. Quand je fais du pressing, je suis souvent seul, ce qui est problématique. Alors qu’ici, si tu es bien organisé et que tu fais du pressing, tu gagnes. En face, ils ne savent pas quoi faire et vont perdre le ballon. Bon j’ai essayé de le faire contre le Vardar, ça ne sert à rien, laisse tomber (rires). 

Comment juges-tu la formation ici ?

J’ai envie de te dire que les joueurs ont du talent ici, mais les anciens dirigeants n’ont pas forcément voulu s’y intéresser. Alors qu’il y a un gros vivier à Skopje et les jeunes de notre club sont très forts. Les U17 ont été champions. Il y en a un qui va sûrement signer à Caen prochainement d’ailleurs. Il y a aussi le numéro 11 qui est entré aujourd’hui, vous l’avez vu ? Il va avoir 20 ans. La balle lui colle au pied. 

Et au niveau des infrastructures ? 

Ce n’est pas très développé. C’est le Vardar qui a tout. Alors que le Vardar a moins de bons jeunes que Skhupi. 

Même s’ils sont Albanais ?

L’un des exemples flagrants, c’est Jasir Asani. Il est très célèbre ici. Il a été formé au Vardar, un gros talent. Sauf qu’il voulait jouer pour l’équipe nationale d’Albanie, du coup le Vardar l’a boycotté étant donné que le club voulait qu’il porte le maillot macédonien. Il a joué chez nous et est maintenant un joueur du Partizani, en Albanie. C’est comme des joueurs comme Elif Elmas, Besar Iseni ou Enis Bardhi. Ce sont de gros talents. 

C’est quoi ton plan de carrière du coup ? Suivre ce chemin ? 

Pour moi, c’est différent de ces joueurs. Moi, ici, avec une bonne saison, je rebondis forcément à Shkëndija , au Vardar ou en Croatie. C’est sûr. Skhupi, c’est un club exposé. 

Les supporters prendraient très mal un transfert au Vardar …

Ah c’est sûr. Mais ce n’est pas eux qui vont prendre l’argent. Au bout d’un moment, il faut faire des choix, tu vois. Justement, Besar Iseni jouait chez nous l’année dernière et a été transféré au Vardar, je ne te raconte pas les insultes qu’il s’est mangées. Après forcément, si dans le même temps j’ai Shkëndija qui vient me proposer les mêmes conditions, j’irais chez eux je pense. Même si le Vardar a un projet sportif plus intéressant … 

Shkendija a quand même un projet intéressant avec le nouveau propriétaire.

Ouais, mais le problème est que la direction n’en fait qu’à sa tête. Je n’en suis pas sûr, mais je pense que la direction a des intérêts sur certains joueurs faisant que ces derniers ont des passes droits. Même si derrière il y a meilleur qu’eux. Ecolog, le sponsor de Shkëndija, a beaucoup d’argent. Donc ce n’est pas ça le problème. Là-bas, il y a une vraie pression. Ecolog a fait comprendre que si jamais le club n’était pas champion cette année, il n’allait pas rester dans le projet. C’est vraiment une grosse pression. Les supporters, c’est la même chose. On peut comprendre l’utilité de mettre des objectifs, car ça reste une grosse équipe, mais je trouve qu’au Vardar, paradoxalement, elle est moins présente. Le projet sportif est plus clair avec le Vardar. 

Pardonne-moi l’expression, mais ça te ferait vraiment bander de jouer devant 500 personnes dans ton stade alors qu’à Shkëndija , tu as une vraie ferveur populaire ?

C’est vrai. Après, tout dépend du projet du footballeur. Si tu veux de l’argent et de l’ambiance, tu signes cinq ans à Shkëndija et tu as ce qu’il te faut. Mais si après, tu te dis que tu as les capacités pour viser plus haut, que tu souhaites un vrai projet sportif et la possibilité de jouer en Europe, il faut aller au Vardar. C’est un bien meilleur tremplin.

Il faudra voir si la direction du Vardar reste aussi, non ?

Oui aussi. Après ce sont des Russes, s’ils restent, ils ont des contacts en Ukraine et en Russie. C’est l’objectif. J’ai 25 ans, le but reste de prendre de l’argent pour moi. Si possible dans un bon championnat. La fin de carrière arrive vite, donc je dois penser à ça.

Tu te sens jouer jusqu’à quel âge ? 30 ans ?

Plus. Je pense rester à l’Est jusqu’à 30 ans. Ça reste un plaisir pour moi. Ne serait-ce qu’humainement. J’ai 25 ans, j’ai vu beaucoup de choses dans ma vie. Différentes cultures. Différents pays. J’ai appris plusieurs langues. J’ai appris et vu beaucoup de choses. Ça m’a ouvert les yeux sur le monde. Aujourd’hui, je peux te dire que le « Français de base » n’a pas franchement à se plaindre de sa condition financière et sociale. J’ai aussi appris à me débrouiller seul. Je suis indépendant. C’est le plus important. Je sais m’adapter, je peux discuter avec n’importe qui. Voyager te fait grandir. Le seul sacrifice que j’ai dû faire, c’est de vivre éloigné de ma famille, ma petite-amie et mes amis. C’est pour ça que je pense finir ma carrière en France. À 35 ans environ. Puis on verra pour intégrer un projet sportif par la suite. 

Quel est ton lien avec les supporters dans la vie ?

Je pense que c’est important d’être ouvert, tout en gardant les limites vis-à-vis de ta vie privée. Mais tu dois aller vers l’autre. Tu sais, je pense qu’au fond de la plupart des supporters se cache le footballeur qu’ils auraient voulu être. Ils auraient aimé être à notre place. Tu ne peux pas agir de manière personnelle alors que ce sont ces personnes qui te permettent de vivre finalement. Nous, on n’est rien. Ce sont eux qui te font vivre. Je trouve que certains joueurs ne s’en rendent pas compte. Certes, tu dois faire des sacrifices pour en arriver à être footballeur professionnel, mais une fois que tu l’es, tu peux les oublier et profiter. Juste profiter. Être ouvert à l’autre. Humainement, je pense que le football apporte un bonheur absolu à ces supporters. Au fond, sourire à l’autre va peut-être illuminer sa journée, tu ne peux pas le savoir. La seule chose que tu sais, c’est que ça ne te coûte rien de le faire. Alors, fais-le.

Pour rien au monde je ne vais repousser quelqu’un qui m’aime. Au contraire même, je préfère aller vers les autres.

C’est comme quand tu as pris ce selfie avec l’ambulancier durant le match ?

Oui, voilà. Tu sais, tous les jours, j’ai des personnes qui viennent pour en faire. Je n’ai toujours envie de parler, j’ai aussi parfois mes problèmes personnels, mais je le fais tout de même. Au fond, je ne sais pas ce qu’il se passe dans la vie de ces personnes, mais si je peux au moins apporter ce petit plaisir, je le fais. Dans la situation inverse, je n’aimerais pas qu’un joueur que je supporte tous les week-ends me repousse et ne me calcule pas alors que je crie son nom dans les tribunes. Ça me ferait mal au cœur. Après, ça ne vaut pas que pour les supporters, c’est aussi le cas pour toutes les personnes travaillant dans le club, pour le président, pour les journalistes, etc. Quand on s’intéresse à quelqu’un, c’est normal que cette personne donne en retour. Les gens ne se rendent pas compte de ce que le football peut apporter.

Bon après je suis un peu philosophe là (rires). Mais je pense qu’au fond, l’amour c’est le plus important. C’est la meilleure chose qui soit. Tu ne vois pas les défauts de l’autre, tu ne vois pas ses fautes. Tu l’aimes pour ce qu’il est. Pour ce qu’il fait. Pas par intérêt. Du coup, pour rien au monde je ne vais repousser quelqu’un qui m’aime. Au contraire même, je préfère aller vers les autres.

Et tu serais prêt à partir dans un pays du Golfe pour l’argent ?

Ça dépend. J’ai eu des mauvais retours. Parfois, tu peux avoir de mauvaises aventures, et si tu perds six mois dans une carrière, c’est beaucoup. C’est pour ça qu’il faut un agent comme le mien, qui te conseille vraiment. J’ai reçu une offre du Koweït, j’ai refusé. Je me suis dit que j’étais encore jeune, que j’avais encore des touches ici. Et j’ai bien fait, un ami y a été et ça a été la galère pour lui. Plus personne ne veut de toi en Europe après ça.

Ce que les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas compris, c’est que le football, c’est dans la tête à 80%. Et l’extrafootball, c’en est 70%. Il faut penser marketing, visibilité, mais aussi tout simplement à ton image, à la façon dont tu t’adresses aux personnes. C’est très important. Par ça, tu peux être mieux considéré. Il faut réfléchir à ce que tu veux, à comment tu signes un contrat avec telle et telle clause, tu ne dois pas te reposer que sur un agent. Il faut que ce dernier soit correct avec toi pour que ta carrière soit ce qu’elle doit être. Et même si elle ne va pas comme tu le sens, tant que tu réfléchis à tes actes et à tes décisions, tu pars souvent dans le droit chemin. Je préfère un agent honnête, me disant qu’il n’a pas forcément beaucoup de contacts, mais qui malgré tout propose des idées et un plan de carrière, plutôt qu’un mec qui va te pousser à signer je ne sais où pour qu’il puisse toucher sa commission. Derrière, tu sais qu’un agent comme le mien, il va être là dans les moments difficiles. 

A quels moments ?

Moi, quand ça n’allait pas en Albanie, il me téléphonait tous les jours. Il devait m’avoir plus souvent que sa femme, je pense (rires). Si je ne l’avais pas, même si je sais me débrouiller, je serais dans la merde. Il m’a beaucoup aidé.

Les personnes ne se rendent pas forcément compte de l’importance de l’extrafootball dans la vie d’un joueur. Pour t’expliquer, moi, en Albanie, j’ai dû faire valoir mes droits vis-à-vis de la FIFA suite à des problèmes de paiement. J’ai réussi à m’en sortir, car je savais que j’étais dans mon droit. Et ça, beaucoup de footballeurs ne le savent pas dans certaines situations. Il faut faire valoir ses droits même si ce n’est pas simple, qu’il faut envoyer des lettres recommandées, qu’il faut donner des preuves… Et c’est sur ça que certains chutent. Moi, je ne suis pas Ronaldo, mais je n’ai jamais chuté car j’étais plutôt malin sur ces questions. Et c’est ce que je conseille aux jeunes footballeurs : le talent n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est le travail réalisé dans la durée et l’extrafootball. L’image que tu donnes, la façon dont tu t’exprimes, savoir se gérer soi-même, représenter quelque chose, être sa propre image.

Par exemple, ici, il n’y a pas beaucoup de Noirs. Du coup, je me suis dit, c’est moi qui dois ramener le positif. Une bonne image. Car tu as forcément du jugement, c’est normal. Certains n’avaient jamais vu un Noir avant moi. Ils se disent que c’est Pogba et ses DAB, Eddie Murphy ou je ne sais quoi. Mais si moi, de mon côté, je viens ici avec mon sérieux, ma bonne humeur et mon envie de travailler, je donne alors une bonne image de moi, mais aussi une bonne image générale. Tu comprends ce que je veux dire ? Si tu n’as pas une bonne image de toi-même, tu n’es qu’un joueur lambda. 

C’est comme les réseaux sociaux, c’est très important. Tu mets ton vrai nom et prénom, et ta page Facebook, c’est une page professionnelle. Tu ne dois pas commencer à divaguer sur les choses te faisant rire ou je ne sais quoi. Les gens retiennent ton image. Ton sérieux. Ton comportement. Ton image. C’est ce que les gens retiennent. Tu ne dois pas te montrer à fumer avec une chicha comme Aurier. Si tu veux rebondir par la suite en tant que directeur sportif, comme Sylvestre ou Maxwell, tu dois donner une bonne image à travers ces réseaux.

C’est quelque chose dont tu dois parler avec tes connaissances dans le monde du football. Quelle est leur réaction en générale ?

Les gens idolâtrent ce sport. Même quand tu es un petit joueur, dès que tu dis que tu es footballeur, tu vois l’intérêt de l’autre porté vers toi. Sauf que certains joueurs, eux, s’en foutent finalement. Ils se disent, « oui, bon, je suis footballeur, mais je vis ma vie, je m’en fou moi. » Alors ils sortent en discothèque, fument des chichas et font des photos et vidéos. C’est un suicide social. Pour toi. Pour ta carrière. D’autant plus que, dès le départ, quand tu viens des quartiers, tu dois déjà faire face aux préjugés. Donc si à côté, tu as des mecs qui donnent du grain à moudre, ça n’arrange rien.

J’ai l’idée de monter un projet lié à ça. Pour le faire comprendre aux jeunes des quartiers afin de leur apprendre ces choses. Mais je ne sais pas comment mettre en place cette chose. Ils sont dans leur monde. Ils se disent qu’ils n’ont pas de valeur. Qu’ils sont programmés pour vivre telle ou telle vie. Mais finalement, non. Ils ont de la valeur. Vraiment. Le problème c’est qu’ils se boycottent en agissant d’une certaine façon. Moi, j’aime bien les gens qui entreprennent. Je préfère une personne qui décidé d’entreprendre quelque chose plutôt qu’une personne qui ne fait rien du tout. C’est comme les rappeurs, il y a une démarche derrière le fait de se lancer là-dedans, reste à voir le message que tu veux véhiculer. Si tu sors des armes et viens clamer que ton dernier gun est génial, ça ne m’intéresse pas, tu vois ? Mais malgré tout, il y a une prise d’initiative. C’est important. Il faut juste faire en sorte de la rendre positive pour soi. Qu’elle nous aide et nous sorte de notre situation. À tous les niveaux.

Je pense qu’on a tous une destinée. Qu’on peut tous accomplir quelque chose. Tout le monde ne va pas gagner des milliards, mais tout le monde peut créer quelque chose. Être heureux dans ce que l’on fait. Et si tu n’es pas heureux dans ce que tu fais, alors pars, change, fais quelque chose, prends des initiatives. Personnellement, j’aiderai toujours ces personnes qui essayent de se bouger et d’avancer. Si quelqu’un me dit « j’ai besoin de ci, de ça, » je lui dis non. Je ne suis pas là pour faire les choses à ta place. Par contre si quelqu’un à un projet, qu’il se démène pour faire avancer ses idées, alors là, oui, je suis là pour lui. 

C’est comme vous. Vous avez pris l’initiative de lancer votre projet, de sortir une idée nouvelle, de faire partager aux gens une réalité. De faire casser les clichés. De faire grandir les personnes intellectuellement. C’est ce que j’aime et ce que j’essaye de faire comprendre. 


Tous propos recueillis à Skopje par Antoine Gautier, Antoine Jarrige & Damien F / Retranscription écrite par Pierre Vuillemot 

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Pierre Vuillemot

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