Footballskitrip Balkans #2 – On a vécu Shkëndija Tetovë – Vardar Skopje avec les ultras du Shkëndija

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 30 septembre 2017

Comme chaque année, Footballski part en vacances à l’est, ou plutôt en Footballskitrip. Cet été, vous avez choisi pour nous les Balkans. Pour notre première étape, nous posons pied au pays d’Alexandre le Grand : l’ancienne République yougoslave de Macédoine (que nous appellerons ici Macédoine). L’arrivée dans le petit pays de deux millions d’habitants, à l’aéroport Alexandre le Grand, se fait tardive. Les retrouvailles sont chaleureuses, la nuit est courte et dès le petit matin, nous prenons un bus en direction de Tetovë (ou Tetovo en version française), situé à 45 minutes au nord-ouest de Skopje. Première surprise, le bus est très (trop?) confortable et le réseau de bus est très bien développé. Nous voilà lancés plein fer à la découverte de Tetovë et de son club, le Shkëndija Tetovë.


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Cinquième ville du pays, Tetovë est la municipalité abritant la plus forte concentration de population albanophone (70%). Important centre de négociation avec notamment son marché couvert, elle possède également une grande population étudiante grâce à deux universités. La South East European University est d’ailleurs très réputée et a redonné vie à une ville meurtrie par la guerre civile de 2001. Cette année-là, un confit éclate entre les forces gouvernementales slavo-macédoniennes et l’UÇK-M (armée de libération nationale de Macédoine). Les combats font rage dans les rues de Tetovë, les forces gouvernementales utiliseront des chars, des dizaines de milliers d’habitants fuient la ville et le bilan humain s’élève à 250 morts. Les accords d’Ohrid vont calmer le tout et la paix revient dans la cité.

Cette histoire récente est toujours présente avec des éclats de balles dans certaines bâtisses, mais Tetovë garde tout son charme. De par la majorité albanaise de la ville, on se sent de l’autre côté de la frontière et les drapeaux de l’aigle à deux têtes sont présents à tous les coins de rue. Les repères sont néanmoins difficiles à trouver du fait de l’absence de noms de rues ainsi que de notre ignorance de l’albanais. Nous tombons soudainement sur un magnifique édifice : la mosquée peinte ou Xhamia e pashës. Construite en 1459, ce monument a nécessité selon la légende 30 000 œufs pour confectionner la peinture présente sur les murs extérieurs.

La mosquée peinte de Tetovë | © Footballski

Le mouillage de nuque est obligatoire par cette température extrême. Puis, vient l’heure de notre premier déjeuner en Macédoine. Un petit Burek (pâtisserie feuilletée salée à base de fromage, viande, épinard) avant de retrouver Servet qui s’occupe de la page Facebook des Ballistet (groupe ultras du Shkëndija) et qui nous fera rencontrer de nombreux acteurs de son club au cours de l’après-midi. Après avoir déambulé dans les quatre coins de Tetovë et goûté à une copieuse spécialité albanaise bien bourrative à base de semoule et de chou-fleur, nous prenons la direction du stade. Aujourd’hui, c’est jour de match et plus particulièrement jour de derby. Le calendrier nous réserve une belle surprise avec d’entrée un Shkëndija Tetovë – Vardar Skopje ! Décalé le samedi pour permettre aux deux équipes d’avoir un jour de repos supplémentaire en vue des barrages de la Ligue Europa, ce derby est plus qu’une simple rivalité footballistique. C’est dans un contexte qui dépasse le sport et qui se rapproche plus de la géopolitique entre Albanais de Macédoine et Slavo-macédoniens que nous débarquons au Gradski Stadion de Tetovë.

Arbre qui pousse dans les tribunes, premier rang qui sert de poubelles

© Footballski

Le moins que l’on puisse dire quand on voit l’extérieur du stade, c’est que celui-ci n’a pas bougé depuis l’époque yougoslave ! La première vue est saisissante. Ce n’est pas une ruine, mais bien un stade vivant, en témoigne la présence de petits garages et cafétérias directement sous le stade. Ici, pas de chemins tout tracés pour arriver au pied du stade. Nous sautons un fossé, esquivons quelques obstacles et arrivons à une entrée. Celle de la tribune Ultra où nous allons vivre le match accompagné de Servet. Située juste derrière un but, la tribune des Ballistet ressemble plus à une zone de guerre qu’autre chose.

L’impression est saisissante, le stade est assez grand (15 000 places), mais dans un état d’abandon qui lui confère un certain charme ! Il manque la moitié des sièges et quand ils sont présents, il ne faut pas compter sur les dossiers qui ont surement dû être arrachés pour être utilisés comme projectiles quand les matchs étaient plutôt chauds. Car les ultras du Shkëndija Tetovë ne sont pas des tendres, ils revendiquent pleinement leur identité albanaise et chaque match contre un club macédonien est un match relevé. Assez logique quand on apprend que « Shkëndija » signifie « étincelle » en albanais. On remarquera le penchant écologique de ce stade avec une initiative plutôt sympathique de laisser un arbre pousser en pleine tribune, tandis que le premier rang sert de poubelle.

Hors d’âge, en total décalage avec les normes actuelles, ce vieillard comporte toutes les marques et les cicatrices de l’évolution du club. Debout sur un demi-siège délabré, nous nous prenons à penser au poids de l’histoire. C’est ici même que Shkëndija a joué son dernier match avant que la Yougoslavie n’oblige le club à stopper ses activités. C’est ici que la guerre de 2001 a causé une autre période trouble pour le club. Et ici aussi que les succès sportifs comme le titre de 2011 et les victoires dans les derbys ont donné tant de bonheur à tous ses fans. Ce stade transpire le football, aussi délabré qu’empli de caractère. Sous nos yeux, nous ne pouvons que nous réjouir d’avoir un stade de football avec une âme, une vraie. Ce qui n’est pas si facile à trouver en 2017 et pourrait bientôt ne plus exister à cet endroit-ci. En effet, le stade vient d’être racheté par Ecolog, le groupe possédant le Shkëndija Tetovë, qui souhaite totalement rénover le stade.

Place au match désormais ! 10.000 spectateurs sont présents dans les gradins, la musique d’ambiance albanaise est crachée par une vieille sono, notamment le « Kuq e Zi » d’Elvana Gjata, soit l’hymne des supporters albanais durant l’Euro. Une chanson « O sa mire me ken shkipetar » dont le refrain entraînant se termine en Kosova ! nous laisse peu de doute sur l’identité de la musique. Les drapeaux de l’aigle à deux têtes virevoltent dans tout le stade. Au contraire des drapeaux macédoniens puisque les supporters du Vardar sont interdits de déplacement.

Shkëndija Tetovë

En place pour le premier match de la saison | © Footballski

Sur le terrain, les deux coachs affichent un XI de départ traditionnel avec une seule petite surprise du côté du Vardar, la présence du jeune Kolevski (17 ans) en pointe pour remplacer Jonathan Balotelli, parti au Qatar en milieu de semaine. Malgré la présence en barrages de Ligue Europa du Vardar Skopje, c’est la crise dans le club de la capitale. Le président a menacé de quitter le club en réponse aux ultras qui protestaient contre le prix abusif des places pour le match contre Fenerbahçe (34 euros la place la moins chère, pour un salaire moyen dans le pays de 250€). Autant dire que ce match s’annonce déjà capital.

Dès la sortie des joueurs, l’ambiance est somptueuse. Les Ballistet déploient un beau tifo représentant un géant (le Shkëndija) marchant sur le Vardar ainsi que le Dacia Chisinau, l’HJK Helsinski et le Trakai, tous battus en Ligue Europa par les Rouge et Noir. Malgré le côté rudimentaire du stade, les ultras sont bien équipés et distribuent des petits rouleaux de papier dont on ne comprend pas tout de suite l’utilité. Après trente secondes de jeu et une touche obtenue par le club de Tetovë, l’ensemble de la tribune balance les rouleaux sur la pelouse. Six minutes d’interruption de jeu pour tout ramasser, ça commence bien !

Victoire du Shkëndija Tetovë et maillot déchiré

Nous sommes agréablement surpris par les Ballistet qui font preuve d’originalité. Chez eux, aucune reprise de chants occidentaux comme on avait pu l’avoir au Dinamo Tbilisi l’été dernier ! Des chants en l’honneur de l’Albanie et du Kosovo, d’autres amicaux en direction du Vardar et surtout des tribunes latérales qui ont du répondant. Une ambiance très agréable qui pousse le Shkëndija Tetovë à dominer totalement un triste Vardar Skopje. Emmené par son capitaine Hasani, passé notamment par Wolfsburg et le Danemark, ainsi que Besart Ibraimi (le meilleur joueur sur la pelouse), le club de Tetovë ne parvient tout de même pas à ouvrir le score en première mi-temps, malgré de nombreuses actions. À la pause, pas de buvette ni de vente de graines de tournesol, il faudra attendre la fin du match pour se désaltérer dans une chaleur qui pousse bien des supporters à faire tomber le tee-shirt.

Shkëndija Tetovë

© Footballski

La seconde période est de même intensité du côté du Shkëndija. Dans la tribune, le capo donne de la voix et Alimi délivre l’Ecolog Arena d’une sublime frappe des 25 mètres qui termine dans la lucarne ! C’est la folie dans les tribunes, premier craquage de fumigènes du séjour, les Ballistet sont aux anges. Surtout que la domination ne va s’arrête pas là. Quelques minutes plus tard, Junior bien lancé par Hasani double la mise. K.O. debout. Le Vardar ne parviendra jamais à réagir et perd d’entrée un match capital pour le titre. Du côté de Tetovë, c’est la grande fête dès la première journée de championnat.

Une scène nous frappe peu avant la fin du match. Les ultras d’abord, puis tout le stade, se mettent alors à scander… le nom du sponsor local « Ecolog ! Ecolog ! Ecolog ! » ainsi que le nom de son président. Pour avoir racheté le club au bord du gouffre et l’avoir ramené sur le devant de la scène, Ecolog est très chaudement remercié par les supporters. Mais il s’agit aussi de signifier au propriétaire que ses investissements ne sont pas vains. En effet, ce dernier aurait affirmé en début de saison que si le Shkëndija ne remporte pas le titre cette année, il renoncerait à poursuivre ses investissements. De quoi continuer à mettre la pression sur les joueurs pour le public.

Au coup de sifflet final, les joueurs font un tour d’honneur, avec le président du club, et finiront même avec des fumigènes à la main. La prochaine étape est le Milan pour le Shkëndija, pour le résultat que l’on sait, mais qui reste un match historique pour le club. Au niveau national, l’équipe semble en tout cas bien partie pour prendre le titre d’un Vardar Skopje décevant. Avant de rejoindre le centre-ville pour discuter avec des ultras, nous voyons un jeune déchirer son maillot du Shkëndija. Surpris, nous apprendrons plus tard que son acte était motivé par le flocage au dos du nom d’un joueur macédonien ayant quitté le club. Signe que ce conflit albano-macédonien est loin d’être terminé…

Shkëndija Tetovë

Le séjour commence bien | © Footballski

Les notes Footballski

Standing du stade (3/5)

Le côté stade abandonné laissant le temps faire librement son oeuvre, on aime bien, surtout quand celui-ci revit dans ce genre de match. Les personnes préférant le confort n’aimeront pas.

Disponibilité des billets (5/5)

Entrée gratuite chez les Ballistet tandis que les places en latérales sont disponibles au Fan Shop en ville ou bien à l’entrée du stade. Rarement complet, vous aurez toujours un bout de béton pour vous poser.

Tarifs (5/5)

Gratuit derrière les buts, les billets en latérales ne doivent pas dépasser les trois euros.

Ambiance (5/5)

Chants tout le match, fumigènes, tifos, drapeaux, mur d’écharpes (et si vous n’en avez pas, un vieux carton de Jack Daniels ou un t-shirt rouge pour respecter les couleurs locales font largement l’affaire), interruption de match, tout ce qu’on aime !

Accessibilité et transports (3/5)

Pas facile de se déplacer dans Tetovë quand on ne connaît pas et qu’on ne parle pas albanais. Le stade est néanmoins situé relativement proche du centre-ville et est facilement accessible à pied. Les jours de match, suivez tout simplement les drapeaux et les maillots de l’Albanie. Sinon, le taxi vous y emmènera pour pas cher.

Boissons (2/5)

Pas de buvette ou de petits vendeurs dans la tribune. Toutefois, on suppose qu’une cafétéria doit être présente sous les tribunes ou en tout cas à proximité au vu du nombre de canettes de bière consommées à la mi-temps.

Quartier environnant (3/5)

Quartier pavillonnaire sans grand intérêt, belle vue sur les montagnes environnantes. On apprécie l’heureux habitant qui repeint son mur en profitant de l’ambiance du match de l’autre côté de la rue. On apprécie aussi l’ancien terrain qui sert désormais de parking, avec les buts toujours en place.

Antoine Jarrige


Image à la une : © kfshkendija.com

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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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