Footballskitrip Balkans #10 – On a vécu Gjilani-Besa Pëjë, une après-midi dans la ville de Xherdan Shaqiri

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 6 octobre 2017

Le 25 mai 2013 à Londres, le Bayern Munich remporte la Ligue des Champions en disposant du Borussia Dortmund sur le score de 2-1. Lors des célébrations d’après match, Xherdan Shaqiri fait beaucoup parler de lui en disposant en drapeau suisse et un drapeau du Kosovo sur le terrain. Une terre d’accueil, une terre d’origine. Le petit ailier n’a jamais oublié d’où il venait et c’est exactement là où nous nous rendons en ce dimanche ensoleillé.


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Quelques heures après la qualification historique du Kosovo au tour principal des qualifications pour le prochain mondial de basketball, nous revoilà d’attaque. Direction Gjilan, une ville de 130 000 habitants située non loin de la frontière serbe, à l’est de la capitale Prishtina. Tristement célèbre pour le massacre de 104 civils serbes par l’UCK, Gjilan est aujourd’hui l’une des plus grandes villes du pays et reste toujours protégée par une base de l’OTAN située à quelques kilomètres. Malheureusement pour nous c’est dimanche. Et qui dit dimanche dit beaucoup moins de bus! Le coup d’envoi du match entre le KF Gjilani et le Besa Pëjë étant prévu à 17h, il faudra louper les dix dernières minutes du match pour éviter de devoir rentrer en taxi. Direction la gare routière de Prishtina sous une chaleur plus que torride. Immense soulagement pour nous, le bus est climatisé, ce qui nous permettra d’éviter de fondre au cours des deux prochaines heures. Sur la route, à la sortie de la capitale, nous traversons Gracanica, la ville serbe de la région. Nous pouvons apercevoir les restes d’un conflit qui n’est toujours pas enterré. Des drapeaux serbes tout les deux mètres, une statue « Missing » dans le centre ville pour contrer le « NewBorn » de la capitale, les caméras de sécurité… On se croirait revenu plusieurs années en arrière mais nous sommes bel et bien en 2017. La route se poursuit dans la campagne du Kosovo, nous passons à proximité du sanctuaire des ours mais aussi d’un bar karaoké répondant au nom de « nazi » (oui, oui).

Le centre ville de Gjilan ©KosovaPress

En voyant l’état de la gare routière de Prishtina, on se demandait bien ce que l’on allait trouver dans les villes de campagne. Quasiment à l’abandon, sachez que la gare routière de Gjilan bénéficie de toilettes modernes et de sèches main automatiques, certainement le seul équipement hype du coin. La ville en elle même dénote de ce que nous avons pu voir auparavant dans notre voyage. Peu de curiosités touristiques, le tour de celle-ci est rapidement effectué. En attendant le coup d’envoi du match nous décidons de goûter les pâtisseries albanaises dans le café branché de la ville. Un café que le petit bonhomme dont nous avons parlé dans l’introduction de cet article doit bien connaître! Natif de Gjilan, celui-ci retourne assez souvent dans sa ville même s’il n’y a vécu qu’un an. Très présent dans le pays même s’il évolue sous le maillot suisse, il a ouvert sa propre académie au Kosovo et supporte Drita, l’autre club de la ville. Au grand dam de Blen, grand supporter du KF Gjilani qui nous explique sa passion pour le club.

Fondé en 1945, le club des Rouge et Blanc est le plus ancien de la ville. Mis en place par les communistes de l’ex-Yougoslavie, son ancien nom était Crvena Zvezda, du même nom de son homologue de Belgrade! Un nom qui change en 1976: le voici désormais appelé KF Gjilani. Sa rivalité avec le Drita est connue dans tout les Balkans, mais contrairement à ce qu’on peut voir lors d’un Zvezda-Partizan, ici pas d’affrontements ni de réelle animosité. Juste un amour pour le maillot. Certains membres d’une même famille peuvent supporter des clubs différents, pas de haine, juste une fierté. Signe de cette rivalité bon enfant, les deux groupes ultras des équipes s’arrangent pour ne pas emprunter la même route pour aller au stade afin d’éviter tout souci. Mais quand les supporters arrivent au stade c’est une autre histoire. Pyros tout le match et surtout, ça fait du bruit! Gjilani a l’un des plus gros groupes ultras du pays avec Drita, et Prishtina et bénéficie d’une bonne base de fans. Ce soutien sans faille est d’ailleurs une base importante du club! En début d’année les résultats n’étaient plus la, l’administration commençait à faire n’importe quoi et les ultras sont intervenus: protestations dans la rue et au stade qui ont engendré une démission de l’ancien groupe et un nouveau conseil d’administration. Le président quand à lui est très attaché au club. C’est un local qui met beaucoup d’argent (à l’échelle du Kosovo) dans son équipe.

La joie du commentateur de radio à l’idée de passer son après midi au Gjilan City Stadium. ©Footballski

Direction désormais le stade en s’aidant de Google Maps qui va s’avérer une nouvelle fois inefficace au Kosovo. Pas de stade central à l’endroit indiqué sur l’application mais une base militaire! Manque de chance, nous tournons en rond un bon bout de temps avant de nous adresser à un jeune local qui nous trouvera un taxi pour le stade. Et en effet, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il faut connaître le coin pour tomber dessus. Entre deux rues du centre-ville un petit sentier rocailleux mène au stade de 15 000 places avec tribunes en béton. Celui-ci ne semble pas avoir bougé depuis sa construction et semble peu accueillant. L’entre de Gjilani et du Drita devrait par ailleurs bientôt disparaître puisque la municipalité souhaite construire une nouvelle enceinte répondant aux objectifs des deux équipes. Car en effet depuis l’adhésion du Kosovo à l’UEFA et à la FIFA beaucoup de choses ont changé! Pas au niveau financier puisque l’association n’aide pas les clubs financièrement, mais au niveau des objectifs. Pour Blen, une qualification européenne est l’objectif de la saison, que ce soit par la coupe ou le championnat. Cela passe par une victoire contre le Besa Pëjë, club qui a connu son heure de gloire dans les années 2000 avec trois titres de champion et commence à remonter la pente après quelques années difficiles, notamment en atteignant la finale de la dernière coupe nationale. Un match important pour les deux équipes qui souhaitent soigner leur entrée dans la compétition.

©Footballski

Pour nous, le match sera suivi en tribune de presse. Assis dans les tribunes en béton, nous apercevons le cameraman que nous avons rencontré hier au match du Feronikeli, qui nous invite à le rejoindre. Après avoir salué le coach de Gjilani, passé par Prishtina, les Young Boys de Berne et l’Etoile de Carouge, nous montons dans la tribune de presse, c’est à dire le balcon du club house dans lequel on retrouve laverie, vestiaires, petite cuisine et tribune VIP. Une tribune VIP avec des chaises en bois desquelles nous sommes gentiment invités à dégager pour laisser la place à deux jeunes femmes qui passeront l’intégralité du match sur leurs téléphones. Pas de soucis de notre côté, notre rêve depuis tout petit, comme n’importe quel fan de foot, étant de voir un match de Gjilani et c’est chose faîte. Les ultras sont venus en nombre (entre 150 et 200) et nous assistons à un beau craquage de fumigènes dès le coup d’envoi. Sur le terrain, Gjilani est largement supérieur. Les latéraux rapides et techniques posent beaucoup de problèmes à la défense adverse. Ils en sont récompensés à la demi-heure de jeu avec un but d’Eminhaziri, qui coupe un centre au deuxième poteau. Malin, l’attaquant avait repéré le positionnement des caméras en début de match et sprinte sur soixante mètres pour célébrer son premier but de la saison pile devant les objectifs de la RTK. Les joueurs de Besa Pëjë ne respirent pas pendant ce match. A la pause, l’entraîneur décide ainsi d’envoyer quatre joueurs s’échauffer avant de rentrer aux vestiaires. Un échauffement digne d’équipes de district, avec un joueur de champ dans le but et des coéquipiers qui l’allument depuis la surface de réparation. Une mise en condition qui ne portera pas ses fruits puisque dès le début de la seconde période, Gjilani double la mise d’une frappe de l’extérieur de la surface. Le trou est fait, Gjilani baisse tout doucement le rythme et, à force de reculer, voit son adversaire en profiter pour réduire le score en fin de match. Un but insuffisant, même pour viser le match nul. De notre côté, nous quittons rapidement le stade pour retourner à la gare routière, il est temps pour nous de quitter la province kosovare pour retourner dans la capitale.

Les notes Footballski

Standing du stade 3/5

Des tribunes en béton, un club house en bois, des appartements dont la construction n’a pas avancé depuis des années, si vous jouez en district vous ne serez pas dépaysé. Le stade garde malgré tout un certain charme, avec de nombreux tags sur les gradins.

Disponibilité des billets 5/5

Pas besoin de billets pour la tribune à côté du club house. Attention toutefois aux matchs contre Drita ou Prishtina, il faudra s’y rendre plusieurs heures à l’avance!

Tarifs 5/5

Gratuit donc difficile de faire mieux.

Ambiance 4/5

Les ultras de Gjilani font du bruit même si l’ambiance décroit en cours de match. Il y aura tout de même quelques fumigènes et pétards pour vous réveiller.

Risques 4/5

La tribune visiteuse est à l’opposée de celle des locaux. La présence policière était tout de même relativement faible pour le match.

Quartier 2/5

Pas la moyenne car directement autour du stade, il n’y a rien du tout. Il faut marcher bien 500 mètres pour arriver dans le centre-ville où vous verrez une photo du président du Kosovo juste au-dessus d’un KFC (à ne pas confondre avec un Kosovo Fried Chicken). Mais en dehors de la mosquée principale et de monuments à la gloire des leaders de l’UCK, vous n’aurez pas énormément de choses à rater à Gjilan même.

Boissons 2/5

Contrairement à ce que nous avons pu avoir la veille à Drenas, la buvette ce n’est pas le point fort du club. Vous pourrez quand même grignoter quelques arachides auprès du seul vendeur de la tribune.

Antoine Jarrige


Photo de couverture : © Footballski

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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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