Footballski et la Coupe d’Asie des Nations 2015

Karim Hameg
Karim Hameg - Publié le 8 janvier 2015

Dans la plus grande discrétion, la seizième édition de la Coupe d’Asie des Nations va se dérouler en Australie du 9 au 31 janvier. Huit joueurs issus des championnats d’Europe de l’est (ainsi qu’un sélectionneur) s’apprêtent à participer à la compétition. Footballski vous les présente.

Ivan Franjic

27 ans – arrière droit – Australie (12 sélections)/Torpedo Moscou (Russie)
Comme de nombreux joueurs qui ont fait la gloire du football australien ces dernières années, Ivan Franjic est d’origine croate. Natif de Melbourne, Franjic évolue pendant de nombreuses années en tant que semi-professionnel avant de signer en 2009 avec un club de A-League, le Brisbane Roar. Dans le Queensland, il devient rapidement indispensable, garnissant son palmarès. Franjic remporte deux fois le championnat par la voie régulière (2011 et 2014) et trois fois grâce aux playoffs (2011, 2012 et 2014). Devenu international en 2012, Ivan Franjic a profité de la retraite progressive des anciens pour s’imposer en sélection. Il est sélectionné pour la Coupe du Monde 2014 mais l’aventure tourne court pour lui puisqu’il ne joue qu’un peu plus d’une mi-temps lors de la défaite face au Chili (1-3) avant de se blesser et de ne plus jouer de la compétition. Dans la foulée, Ivan Franjic s’offre sa première expérience européenne et signe au Torpedo Moscou, marchant sur les traces de son compatriote Luke Wilkshire qui avait évolué quelques années au Dynamo Moscou. Son bilan en Russie n’est pour l’instant pas vraiment positif : l’arrière droit n’a joué que cinq matchs (quatre titularisations, 355 minutes de temps de jeu cumulé) depuis son arrivée en août dernier.

Sardar Azmoun

20 ans – attaquant – Iran (4 sélections, 2 buts)/Rubin Kazan (Russie)
La politique de recrutement du Rubin Kazan est parfois orientée vers l’Asie centrale et le Moyen-Orient. C’est ainsi que le club tatar est parvenu à mettre la main sur Sardar Azmoun. Cet attaquant iranien d’origine turkmène, fils d’un ancien volleyeur, a rejoint la Russie début en provenance du Sepahan Ispahan alors qu’il n’a que dix-huit ans. Après avoir relativement peu joué à ses débuts, Azmoun s’impose progressivement comme titulaire : il a déjà joué quinze matchs toutes compétitions confondues cette saison même s’il n’est pas toujours titulaire. Le joueur qui vient de fêter ses vingt ans attise tout de même les convoitises puisque selon les rumeurs Arsenal s’est déjà renseigné à son sujet. Azmoun a fait ses débuts avec le Team Melli début 2014 et faisait partie de la pré-sélection pour le Mondial brésilien sans faire partie de la liste finale. Buteur deux fois en amical en fin d’année, il a en revanche logiquement été retenu par Carlos Queiroz pour la Coupe d’Asie des Nations 2015, une compétition dont l’Iran sera l’un des favoris.

Alireza Haghighi

26 ans – gardien – Iran (10 sélections)/Penafiel (Portugal), prêté par le Rubin Kazan (Russie)
Azmoun n’est pas le seul Iranien à faire partie de l’effectif du Rubin Kazan. Début 2012, le champion de Russie 2008 et 2009 accueillait Alireza Haghighi, le gardien de Persepolis, l’un des grands clubs de Téhéran. Haghighi devenait ainsi le premier iranien à évoluer dans le championnat de Russie. Barré par Sergei Ryzhikov, le portier ne joue pas un seul match et est prêté à son club d’origine à l’été 2013. De retour à Kazan, il est de nouveau prêté, cette fois au Sporting Covilhã, en deuxième division portugaise, jusqu’à la fin de la saison 2013/2014. Dans la foulée, il est sélectionné pour la Coupe du Monde 2014 et est titularisé devant Daniel Davari qui évolue pourtant en Bundesliga. Haghighi donne raison à son sélectionneur et réalise deux prestations de haut niveau face au Nigeria et surtout face à l’Argentine. Durant cette rencontre, il écœure les attaquants de l’Albiceleste, ne cédant qu’en toute fin de rencontre sur un tir de Lionel Messi. En dépit de ce superbe Mondial, Alireza Haghighi ne part pas titulaire au Rubin Kazan pour la saison 2014/2015 et il est donc à nouveau prêté en début de saison. Toujours au Portugal mais cette fois à Penafiel, un promu qui lutte pour sa survie en Primeira Liga.

Odil Ahmedov

27 ans – milieu de terrain – Ouzbékistan (60 sélections, 11 buts)/FK Krasnodar (Russie)
7 janvier 2011, Doha. L’Ouzbékistan affronte le Qatar, pays organisateur, en ouverture de la Coupe d’Asie des Nations 2011. On approche de l’heure de jeu et le score est encore de 0-0. C’est alors que le numéro 9 ouzbek balance une énorme frappe de trente-cinq mètres qui frappe la barre transversale avant d’entrer. L’Ouzbékistan s’imposera 2-0 et filera vers une performance historique en atteignant pour la première fois de son histoire les demi-finales de la compétition. L’auteur du but ? Odil Ahmedov, vingt-trois ans à l’époque, qui sera l’une des révélations du tournoi qu’il n’aura pourtant pas disputé à son poste habituel. Lui le milieu de terrain a été forcé de jouer en défense centrale pour pallier des blessures. Cette Coupe d’Asie va permettre à la carrière d’Ahmedov de franchir un palier. Juste après le tournoi, il quitte l’Ouzbékistan et le Pakhtakor Tachkent pour la Russie et l’ambitieux Anzhi Makhatchkala où il s’imposera comme titulaire. Présent à l’époque de l’arrivée de joueurs de haut niveau, il restera au club même après la cure d’amaigrissement imposée par le président Kerimov. Il finira toutefois par quitter le Daguestan à l’été 2014 après la relégation de l’Anzhi mais il restera en Russie et signera au FK Krasnodar, un club qui joue le haut du tableau.

Vitaliy Denisov

27 ans – arrière gauche – Ouzbékistan (48 sélections, 1 but)/Lokomotiv Moscou (Russie)
Son patronyme à consonance slave, Vitaly Denisov le doit à ses origines biélorusses. Son père Gennadi, natif de Minsk, a représenté l’Ouzbékistan lors de la Coupe d’Asie des Nations 1996. Vitaliy Denisov n’a jamais joué en club en Ouzbékistan. Formé au CSKA Moscou, il quitte l’ancien club de l’Armée Rouge sans jouer un seul match et signe en 2007 au Dnipro Dnipropetrovsk. Quelques mois plus tard, alors qu’il a à peine vingt ans, il participe avec la sélection ouzbèke à la Coupe d’Asie 2007, en Asie du sud-est (l’Ouzbékistan sera éliminé en quarts de finale par l’Arabie saoudite, 1-2). Denisov quitte Dnipropetrovsk à l’été 2013 et revient à Moscou pour porter cette fois les couleurs du Lokomotiv. Il s’impose très rapidement dans son couloir gauche, contraignant même l’international russe Renat Yanbayev à déserter son poste habituel pour prendre le flanc droit, et donne six passes décisives dès sa première saison. Avec sa sélection, il tentera de réaliser une bonne Coupe d’Asie après avoir raté l’édition 2011.

Sanjar Tursunov

28 ans – milieu droit – Ouzbékistan (36 sélections, 5 buts)/Vorskla Poltava (Ukraine)
Natif de Tachkent, Sanjar Tursunov n’a quasiment jamais joué dans son pays d’origine. Il est parti très jeune en Russie pour évoluer dans les divisions inférieures. C’est en signant en 2009 au Volga Nijni Novgorod qu’il se révèle et honore ses premières sélections avec l’Ouzbékistan. Tursunov participe à l’aventure de la Coupe d’Asie 2011 et découvre dans la foulée l’élite russe avec son club, promu. Début 2012, il signe à l’Alania Vladikavkaz, en FNL, avec lequel il accède à la Premier-Liga. Un an après son arrivée dans le Caucase, il signe au Lokomotiv Tachkent… pour quelques mois seulement avant de repartir en D2 russe, direction le Gazovik Orenbourg. Après la Russie et l’Ouzbékistan, Tursunov a ajouté un dernier pays de l’ex-URSS, en l’occurrence l’Ukraine, à son parcours mouvementé. Il évolue actuellement au Vorskla Poltava.

Jaka Ihbeisheh

28 ans – attaquant – Palestine (0 sélection)/NK Krka (Slovénie)
Né à Ljubljana, Jaka Ihbeisheh a fait toute sa carrière en Slovénie et porte aujourd’hui le maillot du NK Krka. C’est pourtant avec la Palestine qu’il s’apprête à démarrer sa carrière internationale en participant à la Coupe d’Asie des Nations 2015. Une histoire tout sauf banale. La Palestine, Ihbeisheh ne la connaissait quasiment pas. Il s’agit du pays de son père, originaire de Naplouse, que Jaka Ihbeisheh n’avait pas vu pendant plus de vingt ans, jusqu’à sa décision de se rendre sur place. Il y découvre les difficultés liées au passage de la frontière. Son histoire rejoint celle de la sélection palestinienne, membre de la FIFA depuis 1998 et qui a remporté le 30 mai dernier l’AFC Challenge Cup, une compétition réservée aux « nations émergentes » du continent. Cette victoire a permis à la Palestine de se qualifier pour la Coupe d’Asie organisée en Australie. Désireux de recruter des joueurs au sein de la diaspora palestinienne, le sélectionneur a fait appel à Ihbeisheh qui a accepté l’invitation et qui a été parfaitement intégré par ses nouveaux coéquipiers. Ihbeisheh attend toujours sa première sélection : ce sera peut-être le 12 janvier prochain à Newcastle face au Japon, tenant du titre, pour l’entrée en lice de la Palestine dans la compétition.
(Merci à Damien Goulagovitch pour son aide précieuse)

Alexis Norambuena

30 ans – défenseur – Palestine (5 sélections)/GKS Bełchatów (Pologne)
Alexis Norambuena rêvait sans doute de participer à une compétition internationale avec son pays de naissance, le Chili. Il aurait pu disputer des Coupes du Monde avec les Sánchez, Bravo et autres Vidal. Mais il n’a jamais fait partie des plans des différents sélectionneurs chiliens, peut-être à cause de sa carrière en club. Passé par l’Unión Española puis Ñublense, Norambuena a quitté son pays natal en 2008 pour la Pologne et le Jagellonia Białystok. C’est alors qu’il évolue dans ce club qu’il est convoqué en sélection. Pas avec le Chili mais avec la Palestine. Norambuena fait en effet partie de la petite communauté palestinienne (environ 500 000 personnes) présente au Chili. Ce sont les immigrants palestiniens qui ont fondé en 1920 l’un des grands clubs de Santiago, le Club Deportivo Palestino, et Luis Jiménez, international chilien passé par la Fiorentina, l’Inter Milan et West Ham est l’un des membres les plus connus de cette communauté (il est d’ailleurs citoyen palestinien depuis 2013). Pour en revenir au sujet principal de l’article, Alexis Norambuena (qui évolue au GKS Bełchatów depuis l’été dernier) a porté cinq fois les couleurs de la Palestine qu’il défendra durant la Coupe d’Asie des Nations. À défaut de participer à une Coupe du Monde.

Cosmin Olăroiu

45 ans – sélectionneur – Arabie saoudite/Roumanie
Décidément, les connections entre la Roumanie et l’Arabie saoudite fonctionnent bien dans le domaine du football. Quelques joueurs roumains, et pas des moindres, ont joué pour des clubs saoudiens : Mirel Rădoi et Ovidiu Petre, entre autres. Tout récemment, Lucian Sânmătrean et le Polonais Łukasz Szukała ont quitté le Steaua Bucarest pour rejoindre Al-Ittihad. Ces mouvements ne concernent pas que les joueurs : ainsi, Al-Hilal, finaliste de la dernière Ligue des Champions asiatique, était entraînée par Laurențiu Reghecampf, ancien entraîneur du Steaua Bucarest. La sélection saoudienne n’est pas en reste puisqu’elle a choisi elle aussi un entraîneur roumain en la personne de Cosmin Olăroiu, récemment arrivé pour prendre la suite de l’Espagnol Juan Ramón López Caro, ancien entraîneur du Real Madrid. Olăroiu connaissait déjà l’Asie puisqu’il a évolué à la fin de sa (modeste) carrière de joueur en Corée du Sud et notamment avec les Suwon Bluewings avec lesquels il remportera deux fois la K-League. Mais c’est dans son pays natal qu’il commencera sa carrière d’entraîneur. Il entraînera notamment le Steaua Bucarest présidé par le sulfureux Gigi Becali avec lequel il atteindra les demi-finales de la Coupe de l’UEFA 2005/2006, manquant d’un rien la qualification pour la finale. Après cette expérience, il s’expatriera dans le Golfe, une région qu’il n’a plus quitté depuis, avec un certain succès. Passé par l’Arabie saoudite (Al-Hilal) et le Qatar (Al-Sadd), Olăroiu est établi depuis 2011 aux Émirats arabes unis. D’abord à Al-Ain puis à Al-Ahli où il est toujours en poste (il va cumuler ses fonctions avec celles de sélectionneur). Le Roumain a gagné des trophées partout où il est passé, ce qui lui a permis de décrocher le poste de sélectionneur de l’Arabie saoudite mais aussi de conserver une cote importante en Roumanie en dépit de son éloignement.
(Avec l’aide précieuse de Tristan Trasca)

Karim Hameg

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Ex-géographe aujourd'hui dans l'informatique, passionné de football russe et ukrainien.

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