Le football dans les RSS – #18 la Biélorussie : le Belarus Minsk, éphémère club capitale

Quentin Guéguen
Quentin Guéguen - Publié le 20 décembre 2017

À moins d’un an de la Coupe du Monde, nous avons décidé de nous replonger dans l’histoire du football soviétique des différentes (quatorze, hors Russie) Républiques socialistes soviétiques d’Union Soviétique, avec quatorze semaines spéciales, toutes reprenant le même format. Cette semaine, nous parlons de la Biélorussie. Épisode 18 : l’échec du Belarus Minsk, de 1960 à 1962. 

L’histoire de l’actuel Dinamo Minsk, qui a été le plus grand club de la république soviétique de Biélorussie et de la République de Biélorussie jusqu’à ce que le BATE Borisov prenne le pouvoir, n’est pas tellement différente d’un autre club soviétique. Créé en 1927 – ou du moins il a joué son premier match à cette date, ce qui en fait le plus vieux club de football biélorusse, le Dinamo vient d’avoir 90 ans en juin dernier et en a profité pour les fêter comme il se doit en organisant une rencontre amicale entre des légendes du Dinamo Minsk et du Spartak Moscou. En 90 ans d’existence, le Dinamo a eu le temps de connaître des hauts, des bas et plusieurs changements de nom. Ils sont d’ailleurs souvent synonymes de bons résultats pour le club. Pas pour le Belarus Minsk.

Inutile de revenir sur les origines du nom Dinamo puisque nous en avons déjà parlé en long, en large et en travers. Créé sous cette bannière et sous l’égide, le club change néanmoins de nom en 1954, année lors de laquelle le Dinamo prend le nom de Spartak Minsk sous l’ordre du ministère de l’Éducation et de l’Office de la culture physique et du sport. À cette occasion et pour sa première saison, le club réalise jusque-là son meilleur exercice en première division soviétique avec une troisième place. Le Dinamo ne fera pas mieux jusqu’à 1963. La saison qui suivra le changement de nom après la dernière saison du Belarus Minsk.

Une expansion pour renaître            

Pendant l’hiver 1959-1960, le comité sportif de l’URSS décide de changer la formule de la Classe A. Le football soviétique se développe et veut s’étendre. Ainsi, de douze équipes, la première division du championnat de football soviétique passe désormais à 22 équipes. Arrivent en Classe A les meilleurs clubs des diverses républiques sociales soviétiques qui évoluaient jusque-là dans les groupes de la Classe B : le Kalev Tallinn (Estonie), le Spartak Erevan (Arménie), l’Avangard Kharkov (Ukraine), le Pakhtator Tashkent (Ouzbékistan), le Spartak Vilnius (Lituanie), le Kairat Alma-Ata (Kazakhstan), le Daugava Riga (Lettonie), le Neftyanik Bakou (Azerbaïdjan), l’Admiralteets Leningrad, vainqueur d’un tournoi avec les quatre meilleures équipes russes de la Classe B et… le Spartak Minsk pour la Biélorussie. Seules les républiques soviétiques du Tadjikistan, du Kirghizistan et du Turkménistan ne seront pas représentées.

Le territoire biélorusse et Minsk, aux portes de la Russie, avaient un rôle prépondérant et ont évidemment subi des dégâts importants pendant la Grande Guerre patriotique. À la fin des années 50, les plaies sont pensées et la ville est désormais reconstruite. De ce fait, le développement de la capitale explose du fait d’une industrialisation massive. Les usines repartent et le nombre d’habitants augmente rapidement, dépassant nettement celui d’avant la guerre. À l’aube de la saison 1960, le football biélorusse cherche lui aussi à renaître. Depuis sa troisième place en 1954, le Spartak Minsk fait l’ascenseur, descend en 55 pour remonter l’année suivante avant de redescendre une nouvelle fois en 1957. Alors que le club termine septième de la deuxième zone de la Classe B en 1959, cette expansion de la Classe A permet au Spartak Minsk de monter.

Représenter la république

Le Spartak Minsk est alors renommé en Belarus Minsk. Le nom est symbolique et fort. Le Belarus Minsk a pour vocation de représenter et défendre l’honneur d’une république en plein essor, mais aussi d’aller titiller les puissances footballistiques de l’époque que sont le Dynamo Kiev, le Dinamo Moscou et le Torpedo Moscou. Pour faire cela, le ministère des sports biélorusse met les moyens et crée ce que l’on peut appeler une Dream Team biélorusse. La sélection nationale n’existe pas, le championnat soviétique est une bonne occasion de montrer que la Biélorussie sait produire des talents et les montrer au reste de l’URSS. Du coup, les meilleurs joueurs du Spartak (Gennadiy Khasin et Eduard Zarembo, deux joueurs qui sont devenus des légendes du Dinamo Minsk) sont gardés au Belarus Minsk, auxquels s’ajoutent les meilleurs joueurs de l’Urozhay Minsk, l’autre club de la capitale, créé en 1957, qui évolue alors en Classe B… comme le Spartak Minsk. C’est pourtant l’historique Dinamo qui est choisi pour porter les couleurs de la Biélorussie. D’autres joueurs arrivent des autres clubs de Classe A : Albert Denisenko, Vitali Arbutov et Vladimir Terekhov arrivent du Torpedo Moscou pendant que Anatoli Zhukov débarque du Dinamo Moscou. Les maillots sont rouge et blanc, aux couleurs de la Biélorussie.

Le club fait appel à Viktor Nikolov pour mener ce projet bâti autour d’une toute nouvelle équipe, avec des joueurs qui ne se connaissent que très peu. Le Belarus Minsk s’attend à galérer les premiers mois de la saison 1960 avant d’aller chercher les premières positions du classement. C’est pourtant totalement l’inverse qui se produit. Le 9 avril 1960, pour la première journée du groupe B de Classe A, le Belarus Minsk va s’imposer à Moscou, face au Spartak. Un but de Dmitriy Korneev, un des joueurs de l’ancien Spartak Minsk, vient donner ses premiers points au nouvellement créé Belarus. S’en suit quatre autres victoires, face au Shakhtar Stalino (1-0, au Spartak Vilnius (1-0), au grand Dynamo Kiev que le Belarus vaincra à l’aller et au retour sur le même score (2-1) et enfin au Krylia Sovetov (3-1) avant la première défaite face au Kairat Alta-Ama au Dinamo Stadion de Minsk, dans lequel les 40 000 places trouvaient régulièrement preneuses à cette époque.

Trois saisons et puis s’en va

À la fin des matchs allers, le Belarus Minsk se retrouve en tête du groupe B. Le club n’a perdu que deux fois et impressionne par sa solidité défensive plus que son jeu offensif chatoyant, sûrement la raison pour laquelle le Belarus est beaucoup plus à l’aise à domicile qu’à l’extérieur. Pourtant, cette première partie de saison 1960 sera la seule période positive de ce projet Belarus Minsk. Sur les matchs retours, le Belarus ne gagne que deux fois et termine sixième du groupe, suffisant pour se battre pour les places allant de six à douze. Le Belarus terminera onzième, son meilleur résultat sous ce nom. Malgré des recrues intéressantes les deux saisons suivantes avec notamment les grands Ivan Mozer, légende du football russe, et Mikhail Mustygin, plusieurs fois nommé dans les 33 meilleurs joueurs Soviétiques de l’année et deux fois meilleur buteur du championnat, le Belarus Minsk ne parviendra jamais à atteindre son objectif de grandeur avec deux 19es places en 1961 et 1962. Le Belarus Minsk aura quand même glané le prix du fair-play en 1961.

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Avec l’arrivée de Alexander Sevidov comme entraîneur avant le début de la saison 1962, le Belarus Minsk entame un processus de reconstruction qui annonçait sa fin. Beaucoup de joueurs biélorusses, jugés pas au niveau, retrouvent les équipes biélorusses de Classe B et sont remplacés par de nombreux joueurs moscovites, avec notamment Valery Urin, double champion national, un grand nom qui débarque au Belarus Minsk. Si la saison est mauvaise et bien en deçà des espérances au niveau des résultats, elle est utilisée comme sorte de formation en vue des saisons suivantes. Les liens entre les joueurs sont tissés, les tactiques du nouvel entraîneur sont apprises et les joueurs progressent au contact d’autres plus expérimentés. Mikhail Mustygin termine meilleur buteur du championnat avec 17 buts et les joueurs sentent une nette progression grâce à l’entraîneur qu’ils appellent « San Sanych ». Plus que le ministère du sport biélorusse : le Belarus Minsk est cédé à la société Dinamo. Le Dinamo Minsk terminera troisième la saison suivante.

Quentin Guéguen


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J'aime les draniki sans champignon, et accessoirement le football biélorusse et autrichien.

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