Euro 2016 : XI de légende – Milan Baros, le Banik dans le sang

Raphaël Brosse
Raphaël Brosse - Publié le 11 juillet 2016

Si cet Euro 2016 ne verra aucune équipe Footballski aller au bout, il va sans dire que le football de l’Est et ses joueurs ont souvent marqué les éditions précédentes de cette grande compétition. De quoi vous proposer notre XI de légende à travers une série de onze portraits. Onze joueurs qui ont su marquer l’histoire de la compétition.


Milan Baroš est surtout connu du grand public pour son titre de meilleur buteur de l’Euro 2004, sa victoire en Ligue des Champions avec Liverpool en 2005 et ses quelques écarts de conduite. Ce que l’on sait moins, c’est que l’attaquant tchèque est resté éperdument amoureux du Baník Ostrava, club de ses débuts et dans lequel il aurait sans doute aimé finir sa carrière. Ce qui aurait été possible s’il n’avait pas contrarié ses dirigeants…

XI de légende : Attaquant – Milan Baroš

C’est dans la ville de Valašské Meziřiči, sur les rives de la Bečva, que Milan Baroš voit le jour le 28 octobre 1981. Il grandit non loin de là, à Vigantice, un petit village où il apprend à taper dans un ballon. Une activité que le petit Milan poursuit avec plus d’assiduité dans la commune voisine de Rožnov pod Radhoštěm avant d’intégrer, à l’âge de 12 ans, le club phare d’Ostrava, ancienne ville minière proche des frontières slovaque et polonaise, à cheval sur la Moravie et la Silésie, le Baník Ostrava. Sa capacité d’accélération et son aisance technique lui permettent d’apparaître comme un attaquant à l’avenir prometteur. Il gravit les échelons un à un et foule pour la première fois la pelouse du Bazaly avec l’équipe professionnelle en 1998. Il a alors 17 ans.

Repéré très tôt par Gérard Houllier

Milan fréquente également toutes les sélections de jeunes, des U15 jusqu’aux espoirs. L’année 2000 est faste pour lui : après avoir obtenu le titre honorifique de « Talent roku » pour sa belle saison avec le Baník, il se retrouve en finale de l’Euro espoirs (perdue face à l’Italie, 2-1) puis s’envole pour Sydney afin d’y disputer les Jeux olympiques. C’est d’ailleurs grâce à ses performances au sein de sa sélection nationale que le jeune tchèque tape dans l’œil d’un certain Gérard Houllier, à l’époque à la tête de l’équipe de France U20. Devenu entraîneur de Liverpool, l’ancien DTN a toujours en mémoire le nom de Milan Baroš et, en décembre 2001, celui-ci est recruté par les Reds. Il faut alors quitter le Baník Ostrava, le club qui l’a vu grandir et pour lequel il a inscrit 23 buts en 76 matchs. Mais ce n’est qu’un au revoir…

Sur les bords de la Mersey, Milan côtoie deux illustres compatriotes, Vladimir Šmicer et Patrik Berger. Cependant, des complications administratives le tiennent éloigné des terrains pendant de longs mois. La République tchèque n’étant pas encore membre de l’Union européenne, il lui faut en effet obtenir un permis de travail, ce qui n’est alors pas chose aisée pour un jeune joueur peu capé. Sa situation enfin régularisée, Baroš réalise une saison 2002-2003 prometteuse. Auteur de douze buts en championnat, il remporte la League Cup, son premier trophée majeur.

La belle surprise de l’Euro 2004

Malheureusement, le jeune avant-centre se blesse gravement à la cheville en septembre 2003. Mis au repos forcé pendant cinq mois, son rendement est forcément décevant (deux buts marqués seulement). Il accuse notamment son entraîneur, Houllier, de ne pas lui faire suffisamment confiance, et envisage un départ lors du mercato d’été 2004. Mais l’arrivée de Rafael Benitez à la place du technicien français incite Milan à changer d’avis. Surtout que l’Euro 2004 approche à grands pas.

© Andreas Rentz/Bongarts/Getty Images

© Andreas Rentz/Bongarts/Getty Images

Emmenée, entre autres, par Pavel Nedvěd, Tomas Rosický et Jan Koller, la République Tchèque a plutôt fière allure et arrive au Portugal avec un rôle d’outsider à jouer. Mieux, elle croit longtemps pouvoir aller jusqu’au bout grâce à Milan Baroš. L’attaquant de 22 ans marque lors de chaque match de poule, ce qui permet à sa formation de finir en tête du groupe de la mort (Lettonie, Pays-Bas et Allemagne). Le quart de finale face au Danemark n’est qu’une formalité pour les Tchèques, qui s’en remettent une nouvelle fois au talent du « Maradona d’Ostrava », qui signe un doublé (3-0). C’est finalement le but en argent inscrit par le Grec Dellas, en demi-finale, qui met un terme brutal à l’aventure de Karel Brückner et de ses hommes (1-0). Meilleur buteur de la compétition avec cinq réalisations, Milan Baroš se permet de faire du pied au FC Barcelone, affirmant que ce serait un rêve pour lui de porter le maillot blaugrana. Sans succès néanmoins, puisqu’il reprend la saison 2004-2005 avec Liverpool.

L’homme qui a abîmé la coupe aux grandes oreilles

Heskey et Owen partis, Cissé gravement blessé, Baroš devient le leader d’attaque des Reds. Le 25 mai 2005, le joueur formé au Baník participe d’ailleurs au match le plus fou de la dernière décennie, à savoir la finale de C1, Milan AC – Liverpool (3-3, 2-3 tab). Titulaire à la pointe de l’attaque, Baroš quitte le terrain à la 85e minute. Il assiste du banc aux prolongations et à la fatidique séance de tirs au but, au cours de laquelle le gardien polonais Jerzy Dudek se mue en homme providentiel. Sans doute trop heureux d’avoir remporté la plus prestigieuse des compétitions de clubs, le Tchèque commet une petite boulette. A l’hôtel, il fait tomber la coupe aux grandes oreilles, qui se fissure légèrement. Le club décide de ne pas réparer le trophée, affirmant que cette trace lui donne désormais un caractère unique. Et tout ça grâce à Baroš !

© MUSTAFA OZER/AFP/Getty Images

© MUSTAFA OZER/AFP/Getty Images

Le titre acquis en Ligue des Champions est sans nul doute l’apogée de la carrière de Milan, qui va ensuite peu à peu sombrer dans l’anonymat. En août 2005, il prend la direction d’Aston Villa, où il inscrit encore une douzaine de buts dans la saison. Le nouveau joueur des Villans se fait particulièrement remarquer à l’occasion du Boxing Day. Face à Everton (ennemi juré de Liverpool), Baroš s’aide délibérément de la main avant de marquer un but. Il ne peut ensuite s’empêcher d’aller chambrer les supporters des Toffees en mettant ses mains derrière ses oreilles. Furieux, les fans d’Everton répliquent en lui lançant des projectiles. En 2e mi-temps, la colère laisse place au dépit lorsque le Tchèque marque un deuxième but, pour une victoire 4-0 des siens. N’entrant pas dans les plans de Martin O’Neill, Milan Baroš prend la direction de Lyon à l’été 2006, John Carew faisant le chemin inverse.

A Lyon, une polémique et un record

Entre Saône et Rhône, l’ancien du Baník retrouve celui qui l’avait fait venir chez les Reds, Gérard Houllier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que son passage en France n’aura pas laissé un souvenir impérissable. Ou, en tout cas, pas pour ses performances sur le terrain. Lors d’un match opposant Lyon à Rennes, en avril 2007, Baroš se bouche le nez alors que le Camerounais Stéphane Mbia s’approche de lui. Ce geste est rapidement assimilé à du racisme et, face à l’emballement médiatique qui s’ensuit, l’international tchèque se justifie en expliquant qu’il avait voulu dire : « Oublie-moi et fais-moi de l’air ». La LFP le suspend jusqu’à la fin de la saison.

Le 1er novembre 2007, le nom de Milan Baroš apparaît cette fois-ci dans la colonne des faits divers. Arrêté par les gendarmes au volant de sa Ferrari F430, il vient en effet d’être flashé à 271km/h sur l’A42 entre Genève et Lyon. Le record d’excès de vitesse dans le département de l’Ain est pulvérisé. Privé de son permis de conduire, Milan doit regagner la capitale des Gaules en taxi. De toute manière, son début de saison est insipide et le nouvel entraîneur lyonnais, Alain Perrin, ne compte guère sur lui. Au mercato d’hiver, Baroš retourne en Angleterre, à Portsmouth plus précisément. Il n’y trouve pas le chemin des filets mais enrichit son palmarès, avec une victoire en finale de FA Cup.

Après douze ans d’exil, le retour de l’enfant chéri

Le Morave passe ensuite cinq ans en Turquie, à Galatasaray, où il marque à 48 reprises pour 93 matchs. En parallèle, ses relations avec la sélection tchèque prennent du plomb dans l’aile. En avril 2009, après une défaite à domicile contre la Slovaquie compromettant sérieusement la qualification pour le Mondial 2010 (1-2), six joueurs, dont Baroš, sont surpris en compagnie de prostituées dans un restaurant, où ils restent jusqu’au petit matin. Ils sont suspendus pour une durée indéterminée par leur fédération. Nommé sélectionneur quelques mois plus tard, Ivan Hašek décide de passer outre cette sanction et de rappeler Milan Baroš, qui prendra sa retraite internationale après l’Euro 2012. C’est, à ce jour, le deuxième meilleur buteur de la sélection tchèque (41 réalisations), derrière le géant Jan Koller (55).

© Werner Uumann

© Werner Uumann

2013 est synonyme de retour au bercail pour le fils prodigue qui, douze ans après le début de son périple à l’étranger, porte à nouveau le maillot du Baník Ostrava. Baroš reverse l’intégralité de son salaire au profit des équipes de jeunes et, même s’il n’est pas toujours titulaire, son expérience et son sens du but en font un atout non négligeable pour sa formation. Supportrice inconditionnelle du Baník depuis sa plus tendre enfance, Anna explique pourquoi Milan est si important à Ostrava : « Ici, les gens veulent que les joueurs soient prêts à mourir pour le club, parce qu’eux-mêmes en sont capables. Et Baroš représente parfaitement cet état d’esprit. Il a fait beaucoup pour le club. Il a joué gratuitement pendant près d’un an, est toujours resté très proche des supporters  et n’a pas eu peur de dire ce qui n’allait pas, même si ça ne plaisait pas aux dirigeants. »

Poussé vers la sortie pour avoir un peu trop parlé

L’étudiante de 25 ans fait référence à la situation financière très précaire dans laquelle se trouvait – et se trouve toujours – le Baník Ostrava. Les prises de parole de Baroš, qui n’hésitait pas à confirmer les informations révélées par la presse locale, n’ont évidemment pas plu à l’équipe dirigeante. Mis à l’écart, le chouchou des supporters des Baníček est contraint de mettre les voiles. En juin 2015, il signe au FK Mlada Boleslav. « Afin de protester contre la direction du club, les ultras boycottaient les matchs en début de saison, raconte Anna. Mais, lors d’Ostrava – Mlada Boleslav, ils sont tous venus pour dire au revoir à Milan, chose qu’ils n’avaient pas pu faire à la fin de l’exercice précédent. Ils l’ont acclamé comme si c’était toujours un joueur du Baník. »

Un peu plus de 10 ans après un titre de champion de République Tchèque (2004) puis un autre en coupe nationale (2005), le FC Baník Ostrava a perdu de sa superbe. Un crève-cœur pour les fans, dont le club était l’un des rares à ne pas avoir connu la deuxième division depuis la création du championnat de République Tchèque. L’un des symptômes de la maladie du club est la lutte entre les ultras et la direction. Une fracture dans laquelle Baroš n’a jamais su rester insensibilise.

Si Petr Šafarčík, désormais ancien président du club, peut se vanter d’avoir épongé la dette du club (notamment grâce à une aide exceptionnelle de l’équipe municipale précédente), sa gestion au quotidien ne lui a valu que des critiques tant il semble ne pas prendre en compte l’identité du FCB. Lui qui n’a pas hésité à stigmatiser les ultras en mettant en place un contrôle strict des billets de match, où le nom et l’adresse du propriétaire devaient figurer. Une mesure poussant le boycott des matchs à domicile par la frange des supporters historiques du club.

L’un des paramètres qui explique ce manque d’affluence est, outre le boycott des ultras globalement suivi par les fans plus modérés, le changement de stade à l’intersaison. Après 56 années dans son stade atypique de Bazaly niché à flanc de colline, Baník s’est installé dans le stade municipal du quartier de Vítkovice, les travaux de rénovation de Bazaly n’étant pas réalisables. Un choix loin d’être anodin puisque le club joue désormais à domicile dans la partie morave de la ville. Une région qui, aux yeux des ultras, peut sembler plus étrangère que la Pologne voisine, où s’étend le reste de la Silésie.

Car les villages de Slezská Ostrava et Moravská Ostrava n’ont été réunis qu’en 1941, et le Baník Ostrava s’est construit sur une forte identité silésienne. À l’origine du club, il y a le SK Slezská Ostrava, fondé en 1922. Jumelé avec les Polonais du GKS Katowice, le FCB a toujours été un club silésien. Si bien que les ultras n’ont pas supporté le déménagement dans le Vítkovice Stadion, stade olympique flambant neuf de 15 250 places, mais surtout domicile du MSK Vítkovice, descendant du FC Vítkovice, fondé en 1919.

Tandis que son club de cœur, bon dernier et relégué en Druha Liga, part complètement à la dérive, Milan Baroš réalise une saison plus qu’honorable en Bohême. Epaulé par Skalák, Čermák et consorts, il dispute 22 rencontres et remporte la coupe de République Tchèque. Comme de nombreux autres supporters du Baník, Anna conserve le fol espoir de voir son idole revenir une dernière fois à Ostrava, pour y terminer sa carrière. Histoire de véritablement boucler la boucle.

Raphaël Brosse


Image à la une : © Martin Rose/Bongarts/Getty Images

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A propos de l'auteur

Raphaël Brosse

Raphaël Brosse

Etudiant en journalisme à Sciences Po Toulouse, je garde un souvenir inoubliable de mes quelques mois passés sur les rives de la Vistule, du côté de Varsovie. De retour en France, j'ai intégré la rédaction de Footballski, où j'écris principalement sur le foot hongrois. Avant, pourquoi pas, de repasser à l'Est.

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